‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 96 sur 240 · Clusius, Exotic., lib. v, cap. ni, p. 9S · texte numérisé non relu

Clusius, Exotic., lib. v, cap. ni, p. 9S

c. Frisch, p. 105.

LE CASOAR

plumes naissantes des autres oiseaux; celui du milieu a près d’un pied de longueur et environ trois lignes de diamètre, c’est le plus long de tous; les latéraux vont en décroissant de part et d’autre comme les doigts de la main, et à peu près dans le même ordre. Swammerdam s’en servait en guise de chalumeau pour souffler des parties très -délicates, comme les trachées des insectes, etc. ®. On a dit que ces ailes avaient été données au casoar pour l’aidera aller plus vite*'; d’autres qu’il pouvait s’en servir pour frapper comme avec des houssines®; mais personne ne dit avoir vu quel usage il en fait réellement ; le casoar a encore cela de commun avec l’autruche, qu’il n’a qu’une seule espèce de plumes sur tout le corps, aux ailes, autour du croupion, etc.; mais la plupart de ces plumes sont doubles, chaque tuyau donnant ordinairement naissance à deux tiges plus ou moins longues et souvent inégales entre elles; elles ne sont pas d’une structure uniforme dans toute leur longueur, les tiges sont plates, noires et luisantes, divisées par nœuds en dessous, et chaque nœud produit une barbe ou un filet, avec cette différence que depuis la racine au milieu de la tige ces filets sont plus courts, plus souples, plus branchus, et pour ainsi dire duvetés et d’une couleur de gris tanné, au lieu que depuis le milieu de la même tige à son extrémité, ils sont plus longs, plus durs et de couleur noire; et comme ces derniers recouvrent les autres et sont les seuls qui paraissent, le casoar, vu de quelque distance, semble être un animal velu et du même poil que l’ours ou le sanglier ; les plumes les plus courtes sont au cou, les plus longues autour du croupion, et les moyennes dans l’espace intermédiaire; celles du croupion ont jusqu’à quatorze pouces, et retombent sur la partie postérieure du corps, elles tiennent lieu de la queue, qui manque absolument'^.

Il y a, comme à l’autruche, un espace calleux et nu sur le sternum, à l’endroit où porte 1e poids du corps lorsque l’oiseau est couché; et cette partie est plus saillante et plus relevée dans le casoar que dans l’autruche L

Les cuisses et les jambes sont revêtues de plumes presque jusqu’auprès du genou, et ces plumes tiraient au gris de cendre dans le sujet observé par Clusius; les pieds, qui sont très-gros et très-nerveux, ont trois doigts et non pas quatre, comme le dit Bontius, tous trois dirigés en avant; les Hollandais racontent que le casoar se sert de ses pieds pour sa défense, ruant et frappant par derrière comme un cheval f, selon les uns, et, selon les autres, s’élançant eu avant contre celui qui l’attaque, et le renversant

a. Collect. acad. étrangère, t. II de YHisloire naturelle, p. 217.

fc. Clusius, Exotic., lib. v, cap. iii, p. 98.

c. Mémoires 'pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. ICO.

d. Idem, partie ii, p. 158.

e. Voyages de la Compagnie hollandaise, t. VII, p. 349.

f. Histoire générale des Voyages, t. VIII, p. 112.

LE CASOAR

avec les pieds, dont il lui frappe rudement la poitrine Clusius, qui eu a vu un vivant dans les jardins du comte de Solms à La Haye, dit qu’il ne se sert point de son bec pour se défendre, mais qu’il se porte obliquement sur son adversaire et qu’il le frappe en ruant; il ajoute que le même comte de Solms lui montra un arbre gros comme la cuisse, que cet oiseau avait fort maltraité et entièrement écorché avec ses pieds et ses ongles*'; il est vrai qu’on n’a pas remarqué à la ménagerie de Versailles que les casoars qu’on y a gardés fussent si méchants et si forts; mais peut-être étaient-ils plus apprivoisés que celui de Clusius : d’ailleurs ils vivaient dans l’abondance et dans une plus étroite captivité, toutes circonstances qui adoucissent à la longue les mœurs des animaux qui ne sont pas absolument féroces, énervent leur courage, abâtardissent leur naturel et les rendent méconnaissables au travers des habitudes nouvellement acquises.

Les ongles du casoar sont très-durs, noirs au dehors et blancs en dedans Linnæus dit qu’il frappe avec l’ongle du milieu, qui est le plus grand** : cependant les descriptions et les ligures de MM. de l’Académie et de M. Crisson représentent l’ongle du doigt intérieur comme le plus grand, et il l’est en effet®.

Son allure est bizarre ; il semble qu’il rue du derrière, faisant en même temps un demi-saut en avantf ; mais malgré la mauvaise grâce de sa démarche, on prétend qu’il court plus vile que le meilleur coureur la vitesse est tellement l’attribut des oiseaux, que les plus pesants de cette famille sont encore plus légers à la course que les plus légers d’entre les animaux terrestres.

Le casoar a la langue dentelée sur les bords, et si courte , qu’on a dit de lui, comme du coq de bruyère, qu’il n’en avait point ; celle qu’a observée M. Perrault avait seulement un pouce de long et huit lignes de large ** ; il avale tout ce qu’on lui jette, c’est-à-dire tout corps dont le volume est proportionné à l’ouverture de son bec. Frisch ne voit avec raison , dans cette habitude, qu’un trait de conformité avec les gallinacés , qui avalent leurs aliments tout entiers et sans les briser dans leur bec ’ ; mais les Hollandais , qui paraissent avoir voulu rendre plus intéressante l’histoire de cet oiseau, déjà si singulier, en y ajoutant du merveilleux, n’ont pas manqué de dire, comme on l’a dit de l’autruche, qu’il avalait non-seulement les pierres, le

a. Histoire générale des voyages, t. VIII, p. 112.

h. Clusius, Exotic., lib. v, cap. iii.

c. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 162.

d. Gen., 86, édit. X. « Ungue iutermedio majore feiit. »

e. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 158. — Ornithologie de Brisson, t. V, p. 11.

f. Voyages des Hollandais, t. YII, p. 349.

g. Ibidem.

h. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 167.

i. Frisch, p. et fig. 105.

LE CASOAE.

fer, les glaçons, etc., mais encore des charbons ardents, et sans même en paraître incommodé®.

On dit aussi qu’il rend très-promptement ce qu’il a pris^ et quelquefois des pommes de la grosseur du poing, aussi entières qu’il les avait avalées ' ; et en effet le tube intestinal est si court, que les aliments doivent passer très-vite; et ceux qui, par leur dureté, sont capables de quelque résistance, doivent éprouver peu d’altération dans un si petit trajet , surtout lorsque les fonctions de l’estomac sont dérangées par quelque maladie : on a assuré à Clusius que, dans ce cas, il rendait quelquefois les œufs de poule, dont il était fort friand, tels qu’il les avait pris , c’est-à-dire bien entiers avec la coque, et que les avalant une seconde fois il les digérait bien Le fond de la nourriture de ce même casoar, qui était celui du comte de Solms, était du pain blanc coupé par gros morceaux, ce qui prouve qu’il est frugivore, ou plutôt il est omnivore, puisqu’il dévore en effet tout ce qu’on lui présente, et que s’il a le jabot et le double estomac des animaux qui vivent de matières végétales®, il a les courts instestins des animaux carnassiers; le tube intestinal de celui qui a été disséqué par MM. de l’Académie avait quatre pieds huit pouces de long et deux pouces de diamètre dans toute son étendue; le cæcum était double et n’avait pas plus d’une ligne de diamètre sur trois, quatre et cinq pouces de longueur f : à ce compte, le casoar a les intestins treize fois plus courts que l’autruche, ou du moins de celles qui les ont le plus longs; et par cette raison il doit être encore plus vorace et avoir plus de disposition à manger de la chair; c’est ce dont on pourra s’assurer, lorsqu’au lieu de se contenter d’examiner des cadavres, les observateurs s’attacheront à étudier la nature vivante '.

Le casoar a une vésicule du fiel, et son canal, qui se croise avec le canal hépatique, va s’insérer plus haut que celui-ci dans le duodénum, et le pan-

a. Hist. gén. des Voyages, t. VIII, p. 112.

b. Voyages des Hollandais, t. VII, p. 319

c. Hist. gén. des Voyages, t. VIII, p. 112.

d. Clusius, Exotic., lib. v, cap. iii, p- 99.

e. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 155, 156, 157 et 170. Il y .a dans ce dernier endroit une ligne omise au Las de la page qui indiquait la différence qui se trouve entre les ventricules dans divers individus; cette différence consiste, si je ne me trompe, en ce qu’ils sont tantôt musculeux et tantôt membraneux, structure indécise et qui convient assez à la nature équivoque d’un animal qui n’est proprement ni oiseau, ni quadrupède, et qui réunit les estomacs des granivores avec les intestins des carnassiers

f. Animaux de Perrault , p. 163.

1. « Le casoar ne parait pas surpasser l’autruche en délicatesse de goût et d’odorat : il

« avale, comme elle, tout ce qui se présente Celui de la ménagerie consomme par jour

« trois livres et demie de pain , six ou sept pommes et une botte de carottes. Il boit environ

« quatre pintes d’eau en été Dans les basses-cours, les petits poulets et les canards ne sont

« pas toujours en sûreté devant le casoar ; il les avale quelquefois en passant , mais lorsque ces « oiseaux se défendent un peu , le casoar est obligé de les abandonner. » ( Cuvier.)

2 (e). Voyez la nomenclature de la p. 235 et les notes 1 et 2 de la p. 2U.

LE CASOAR

créatique s’insère encore au-dessus du cystique conformation absolument différente de ce qu’on voit dans l’autruche. Celle des parties de la génération du mâle s’en éloigne beaucoup moins ; la verge a sa racine dans la partie supérieure du rectum, sa forme est celle d’une pyramide triangulaire, large de deux pouces à sa base et de deux lignes à son sommet; elle est composée de deux ligaments cartilagineux très-solides, fortement attachés l’un à l’autre en dessus, mais séparés en dessous, et laissant entre eux un demi-canal «qui est revêtu de la peau ; les vaisseaux déférents et les uretères n’ont aucune communication apparente avec le canal de la verge ^ en sorte que cette partie, qui paraît avoir quatre fonctions principales dans les animaux quadrupèdes, la première de servir de conduit à l’iirine, la seconde de porter la liqueur séminale du mâle dans la matrice de la femelle, la troisième de contribuer par sa sensibilité à l’émission de cette liqueur, la quatrième d’exciter la femelle, par son action, à répandre la sienne, semble être réduite dans le casoar et l’autruche aux deux dernières fonctions , qui sont de produire dans les réservoirs de la liqueur séminale du mâle et de la femelle les mouvements de correspondance nécessaires pour l’émission de cette liqueur

On a rapporté à Clusius que l’animal étant vivant, on avait vu quelquefois sa verge sortir par l’anus % nouveau trait de ressemblance avec l’autruche.

Les œufs delà femelle sont d’un gris de cendre tirant au verdâtre, moins gros et plus allongés que ceux de l’autruche, et semés d’une multitude de petits tubercules d’un vert foncé; la coque n’en est pas fort épaisse, selon Clusius, qui en a vu plusieurs; le plus grand de tous ceux qu’il a observés avait quinze pouces de tour d’un sens , et un peu plus de douze de l’autre

Le casoar a les poumons et les dix cellules à air comme les autres oiseaux, et particulièrement comme les oiseaux pesants, celte bourse ou membrane noire propre aux yeux des oiseaux, et cette paupière interne qui, comme on sait, est retenue dans le grand angle de l’œil des oiseaux par deux muscles ordinaires % et qui est ramenée par instants sur la cornée par l’action d’une espèce de poulie musculaire qui mérite toute la 'uriosité des anatomistes

Le midi de la partie orientale de l’Asie paraît être le vrai climat du casoar; son domaine commence, pour ainsi dire, où finit celui de l’au-

a. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, p. 163.

b. Idem, ibidem.

c. Clusius, Exotic., ubi supra, p. 99.

d. Ibidem. « Ova punctis excavatis, » dit Linnæus : cela ne ressemble point à ceux que Clusius a observés.

e. Hist. de VAcad. royale des Sciences de Paris, t. II, p. 279.

f. Mém. pour servir à l’hist. des animaux, partie ii, p. 1G7.

Page 1