‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 115 sur 251 · ARTICLE XIX · texte numérisé non relu

ARTICLE XIX

Il paraît, par ce que nous avons dit dans les articles i , vii , vm et ix, qu’il est arrivé au globe terrestre de grands changements qu’on peut regarder comme généraux, et il est certain, par ce que nous avons rapporté dans les autres articles, que la surface de la terre a souffert des altérations particulières : quoique l’ordre, ou plutôt la succession de ces altérations ou de ces changements particuliers ne nous soit pas bien connue, nous en

ET DE MERS EN TERRES

connaissons cependant les causes principales, nous sommes même en état d’en distinguer les différents effets ; et, si nous pouvions rassembler tous les indices et tous les faits que l’histoire naturelle et l’histoire civile nous fournissent au sujet des révolutions arrivées à la surface de la terre, nous ne doutons pas que la théorie que nous avons donnée n’en devînt bien plus plausible.

L’une des principales causes des changements qui arrivent sur la terre, c’est le mouvement de la mer, mouvement qu’elle a éprouvé de tout temps ; car, dès la création, il y a eu le soleil, la lune, la terre, les eaux, l’air, etc. • dès lors le flux et le reflux, le mouvement d’orient en occident , celui des vents et des courants se sont fait sentir, les eaux ont eu dès lors les mêmes mouvements que nous remarquons aujourd’hui dans la mer ; et quand même on supposerait que l’axe du globe aurait eu une autre inclinaison ’, et que les continents terrestres aussi bien que les mers auraient eu une autre disposition, cela ne détruit point le mouvement du flux et du reflux , non plus que la cause et l’effet des vents ; il suffît que l’immense quantité d’eau qui remplit le vaste espace des mers se soit trouvée rassemblée quelque part sur le globe de la terre, pour que le flux et le reflux, et les autres mouvements de la mer, aient été produits.

Lorsqu’une fois on a commencé à soupçonner qu’il se pouvait bien que notre continent eût autrefois été le fond d’une mer, on se le persuade bientôt à n’en pouvoir douter 1 2 ; d’un côté ces débris de la mer qu’on trouve partout, de l’autre la situation horizontale des couches de la terre , et enfin cette disposition des collines et des montagnes qui se correspondent, me paraissent autant de preuves convaincantes ; car, en considérant les plaines, les vallées, les collines, on voit clairement que la surface de la terre a été figurée par les eaux; en examinant l’intérieur des coquilles qui sont renfermées dans les pierres, on reconnaît évidemment que ces pierres se sont formées par le sédiment des eaux, puisque les coquilles sont remplies de la matière même de la pierre qui les environne; et enfin en réfléchissant sur la forme des collines dont les angles saillants répondent toujours aux angles rentrants des collines opposées , on ne peut pas douter que cette direction ne soit l’ouvrage des courants de la mer : à la vérité, depuis que notre continent est découvert, la forme de la surface a un peu changé, les montagnes ont diminué de hauteur, les plaines se sont élevées, les angles des collines sont devenus plus obtus, plusieurs matières entraînées par les fleuves se sont arrondies, il s’est formé des couches de tuf, de pierre molle,

1 « Toute hypothèse, fondée sur un déplacement considérable des pôles à la surface de la « terre, doit être rejetée:.... la figure du sphéroïde terrestre, et la position de son axe de rotatiou « sur sa surface, n’ont subi que de légères variations. » (Laplace : Exposition du système du monde, t. II, p. 138 et 139.)

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