‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 117 sur 251 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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ET DE MERS EN TERRES

de l’air, produite par la chaleur de cet astre. Yoilà donc deux causes de mouvement réunies, et plus grandes sous l’équateur que partout ailleurs: la première, le flux et le reflux, qui, comme l’on sait, est plus sensible dans les climats méridionaux ; et la seconde, le vent d’est qui souffle continuellement dans ces mêmes climats. Ces deux causes ont concouru, depuis la formation du globe, à produire les mêmes effets, c’est-à-dire à faire mouvoir les eaux d’orient en occident, et à les agiter avec plus de force dans cette partie du monde que dans toutes les autres; c’est pour cela que les plus grandes inégalités de la surface du globe se trouvent entre les tropiques. La partie de l’Afrique comprise entre ces deux cercles n’est, pour ainsi dire, qu’un groupe de montagnes dont les différentes chaînes s’étendent, pour la plupart , d’orient en occident , comme on peut s’en assurer en considérant la direction des grands fleuves de cette partie de l’Afrique : il en est de même de la partie de l’Asie et de celle de l’Amérique qui sont comprises entre les tropiques, et l’on doit juger de l’inégalité de la surface de ces climats par la quantité de hautes montagnes et d’îles qu’on y trouve.

De la combinaison du mouvement général de la mer d’orient en occident, de celui du flux et du reflux, de celui que produisent les courants, et encore de celui que forment les vents , il a résulté une infinité de différents effets, tant sur le fond de la mer que sur les côtes et les continents1. Yarénius dit qu’il est très-probable que les golfes et les détroits ont été formés par l’effort réitéré de l’océan contre les terres ; que la mer Méditerranée, les golfes d’Arabie, de Bengale et de Cambaye, ont été formés par l’irruption des eaux, aussi bien que les détroits entre la Sicile et l’Italie , entre Ceylan et l’Inde , entre la Grèce et l’Eubée , et qu’il en est de même du détroit des Manilles , de celui de Magellan et de celui de Danemark ; qu’une preuve des irruptions de l’océan sur les continents, qu’une preuve qu’il a abandonné différents terrains, c’est qu’on ne trouve que très-peu d’îles dans le milieu des grandes mers, et jamais un grand nombre d’îles voisines les unes des autres; que dans l’espace immense qu’occupe la mer Pacifique à peine trouve-t-on deux ou trois petites îles vers le milieu ; que dans le vaste Océan Atlantique, entre l’Afrique et le Brésil, on ne trouve que les petites îles de Sainte- Hélène et de l’Ascension, mais que toutes les îles sont auprès des grands continents, comme les îles de l’Archipel auprès du continent de l’Europe

1. « Parmi les causes qui ont déterminé l’émersion ou l’immersion des basses terres, et les « contours actuels des continents, les plus influentes sont la force élastique des vapeurs renfer- « mées dans l’intérieur de la terre , les variations brusques de la température de certaines « couches épaisses du sol , le refroidissement séculaire et irrégulier de l’écorce et du noyau du

« globe, d’où proviennent les rides et les plissements de la surface solide, etc., etc C’est un

« fait, aujourd’hui reconnu , que l’émersion des continents est due à un soulèvement effectif, « occasionné par une dépression réelle du niveau général des mers. » ( Cosmos , 1. 1 , p. 344,)

et de l’Asie, les Canaries auprès de l’Afrique, toutes les îles de la mer des Indes auprès du continent oriental, les îles Antilles auprès de celui de l’Amérique, et qu’il n’y a que les Açores qui soient fort avancées dans la mer entre l’Europe et l’Amérique.

Les habitants de Ceylan disent que leur île a été séparée de la presqu’île de l’Inde par une irruption de l’océan , et cette tradition populaire est assez vraisemblable ; on croit aussi que l'ile de Sumatra a été séparée de Malaye : le grand nombre d’écueils et de bancs de sable qu’on trouve entre deux semble le prouver. Les Malabares assurent que les îles Maldives faisaient partie du continent de l’Inde, et en général on peut croire que toutes les îles orientales ont été séparées des continents par une irruption de l’océan. (Voyez Varen. Geogr. , p. 203, 217 et 220.)

11 paraît qu’autrefois l’île de la Grande-Bretagne faisait partie du continent, et que l’Angleterre tenait à la France ' : les lits de terre et de pierre, qui sont les mêmes des deux côtés du Pas-de-Calais, le peu de profondeur de ce détroit, semblent l’indiquer. En supposant, dit le docteur Wallis, comme tout paraît l’indiquer, que l’Angleterre communiquait autrefois à la France par un isthme au-dessous de Douvres et de Calais, les grandes mers des deux côtés battaient les côtes de cet isthme, par un flux impétueux, deux fois en 24 heures; la mer d’Allemagne, qui est entre l’Angleterre et la Hollande, frappait cet isthme du côté de l’est, et la mer de France du côté de l’ouest : cela suffit avec le temps pour user et détruire une langue de terre étroite, telle que nous supposons qu’était autrefois cet isthme : le flux de la mer de France agissant avec une grande violence, non-seulement contre l’isthme, mais aussi contre les côtes de France et d’Angleterre, doit nécessairement, par le mouvement des eaux, avoir enlevé une grande quantité de sable, de terre, de vase , de tous les endroits contre lesquels la mer agissait; mais étant arrêtée dans son courant par cet isthme, elle ne doit pas avoir déposé, comme on pourrait le croire, des sédiments contre l’isthme, mais elle les aura transportés dans la grande plaine qui forme actuellement le marécage de Romne2, qui a quatorze milles de long sur huit de large; car quiconque a vu cette plaine ne peut pas douter qu’elle n’ait été autrefois sous les eaux de la mer, puisque dans les hautes marées elle serait encore en partie inondée sans les digues de Dimchurch,

La mer d’Allemagne doit avoir agi de même contre l’isthme et contre les côtes d’Angleterre et de Flandre, et elle aura emporté les sédiments en Hollande et en Zélande, dont le terrain , qui était autrefois sous les eaux , s'est élevé de plus de 40 pieds; de l’autre côté, sur la côte d’Angleterre, la

1. Sur cette opinion, si vraisemblable, de l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France, voyez M. Lyell : Principes de géolog. , t. II , p. 280.

2. liomney. « Rye, située au sud du marais de Romney, fut jadis emportée par la mer; .. « depuis elle a été rebâtie, etc. » (Lyell , Principes de géolog. , t. II , p. 285.)

ET DE MERS EN TERRES

mer d’Allemagne devait occuper cette large vallée où coule actuellement la rivière de Sture, à plus de vingt milles de distance, à commencer par Sandwich, Cantorbéry, Chattam, Chilham, jusqu’à Ahsford, et peut-être plus loin ; le terrain est actuellement beaucoup plus élevé qu’il ne l’était autrefois, puisqu’à Chattam on a trouvé les os d’un hippopotame enterrés à 17 pieds de profondeur, des ancres de vaisseaux et des coquilles marines.

Or, il est très-vraisemblable que la mer peut former de nouveaux terrains en y apportant les sables, la terre, la vase, etc.; car nous voyons sous nos yeux que dans l’île d’Okney, qui est adjacente à la côte marécageuse de Romne, il y avait un terrain bas toujours en danger d’être inondé par la rivière Rother, mais en moins de 6 0 ans la mer a élevé ce terrain considérablement en y amenant à chaque flux et reflux une quantité considérable de terre et de vase; et en même temps elle a creusé si fort le canal par où elle entre, qu’en moins de 50 ans la profondeur de ce canal est devenue assez grande pour recevoir de gros vaisseaux, au lieu qu’auparavant c’était un gué où les hommes pouvaient passer.

La même chose est arrivée auprès de la côte de Norfolk, et c’est de cette façon que s’est formé le banc de sable qui s’étend obliquement depuis la côte de Norfolk vers la côte de Zélande; ce banc est l’endroit où les marées de la mer d’Allemagne et de la mer de France se rencontrent depuis que l’isthme a été rompu, et c’est là où se déposent les terres et les sables entraînés des côtes : on ne peut pas dire si avec le temps ce banc de sable ne formera pas un nouvel isthme, etc. (Voyez Trans. Phil. Abr., vol. IV, p. 227.)

Il y a grande apparence , dit Ray, que l’île de la Grande-Bretagne était autrefois jointe à la France et faisait partie du continent; on ne sait point si c’est par un tremblement de terre, ou par une irruption de l’océan, ou par le travail des hommes , à cause de l’utilité et de la commodité du passage, ou par d’autres raisons; mais ce qui prouve que cette île faisait partie du continent, c’est que les rochers et les côtes des deux côtés sont de même nature et composés des mêmes matières, à la même hauteur, en sorte que l’on trouve le long des côtes de Douvres les mêmes lits de pierre et de craie que l’on trouve entre Calais et Boulogne ; la longueur de ces rochers le long de ces côtes est à très-peu près la même de chaque côté, c’est-à-dire d’environ six milles; le peu de largeur du canal, qui dans cet endroit n’a pas plus de vingt-quatre milles anglais de largeur, et le peu de profondeur, eu égard à la mer voisine, font croire que l’Angleterre a été séparée de la France par accident ; on peut ajouter à ces preuves qu’il y avait autrefois des loups et même des ours dans cette île, et il n’est pas à présumer qu’ils y soient venus à la nage, ni que les hommes aient transporté ces animaux nuisibles; car, en général, on trouve les animaux nuisibles des continents dans toutes les îles qui en sont fort voisines, et jamais

dans celles qui en sont éloignées, comme les Espagnols l’ont observé lorsqu’ils sont arrivés en Amérique. (Yoyez Ray’ s Disc. , p. 208.)

Du temps de Henri Ier, roi d’Angleterre, il arriva une grande inondation dans une partie de la Flandre par une irruption de la mer; en 1446, une pareille irruption 1 fit périr plus de 10,000 personnes sur le territoire de Dordrecht, et plus de 100,000 autour de Dullart2, en Frise et en Zélande, et il y eut dans ces deux provinces plus de deux ou trois cents villages de submergés j on voit encore les sommets de leurs tours et les pointes de leurs clochers qui s’élèvent un peu au-dessus des eaux.

Sur les côtes de France, d’Angleterre, de Hollande, d’Allemagne, de Prusse, la mer s’est éloignée en beaucoup d’endroits. Hubert Thomas dit, dans sa description du pays de Liège, que la mer environnait autrefois les murailles de la ville de Tongres, qui maintenant en est éloignée de 35 lieues, ce qu’il prouve par plusieurs bonnes raisons, et, entre autres, il dit qu’on voyait encore de son temps les anneaux de fer dans les murailles auxquelles on attachait les vaisseaux qui y arrivaient. On peut encore regarder comme des terres abandonnées par la mer, en Angleterre, les grands marais de Lincoln et l’île d’Ély, en France la Crau de la Provence; et même la mer s’est éloignée assez considérablement à l’embouchure du Rhône depuis l’année 1665. En Italie il s’est formé de même un terrain considérable à l’embouchure de l’Arne3, et Ravenne4, qui autrefois était un port de mer des Exarques, n’est plus une ville maritime; toute la Hollande paraît être un terrain nouveau, où la surface de la terre est presque de niveau avec le fond de la mer5, quoique le pays se soit considérablement élevé et s’élève tous les jours par les limons et les terres que le Rhin, la Meuse, etc. , y amènent; car autrefois on comptait que le terrain de la Hollande était en plusieurs endroits de 50 pieds plus bas que le fond de la mer.

On prétend qu’en l’année 860 la mer, dans une tempête furieuse, amena vers la côte une si grande quantité de sables qu’ils fermèrent l’embouchure du Rhin auprès de Catt, et que ce fleuve inonda tout le pays, renversa les arbres et les maisons, et se jeta dans le lit de la Meuse. En 1421, il y eut une autre inondation qui sépara la ville de Dordrecht de la terre ferme,

1. C’est par de pareilles irruptions successives qu’a été formé le Zuyderzée.

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