L’Arno
4. « Ravenne se trouve actuellement à plus de 7,000 mètres de l’eau salée. Malgré cette retraite « apparente de la mer, on a cité des faits tendant à prouver que le niveau de l’Adriatique se serait
« élevé par rapport à celui de la cathédrale de Ravenne Mais Venise, avec ses quais, aux-
« quels on n’a rien changé, avec ses lîdi qui seraient si facilement détruits par une élévation de « la mer, Venise est un monument irréfragable de la complète invariabilité du niveau de l’Adria- « tique. Il est arrivé simplement que la lagune de Ravenne a été comblée jusqu’à son propre « lido, et a entièrement disparu. » ( M. Élie de Beaumont : Leçons de géolog. pratiq ., p. 336. )
5. Le sol de plusieurs parties de la Hollande est à 24 pieds au-dessous des hautes marées ordinaires.
ET DE MERS EN TERRES
submergea soixante-douze villages, plusieurs châteaux, noya 100,000 âmes, et fit périr une infinité de bestiaux. La digue de l’Yssel se rompit, en 1638, par quantité de glaces que le Rhin entraînait, qui, ayant bouché le passage de l’eau, firent une ouverture de quelques toises à la digue, et une partie' de la province fut inondée avant qu’on eût pu réparer la brèche; en 1682, il y eut une pareille inondation dans la province de Zélande , qui submergea plus de trente villages et causa la perte d’une infinité de monde et de bestiaux qui furent surpris la nuit par les eaux. Ce fut un bonheur pour la Hollande que le vent de sud-est gagna sur celui qui lui était opposé ; car la mer était si enflée que les eaux étaient de 18 pieds plus hautes que les terres les plus élevées de la province, à la réserve des dunes. (Voyez les Voyages hist. de l'Europe, t. V, p. 70.)
Dans la province de Kent, en Angleterre, il y avait à Hythe un port qui s’est comblé malgré tous les soins que l’on a pris pour l’empêcher, et malgré la dépense qu’on a faite plusieurs fois pour le vider : on y trouve une multitude étonnante de galets et de coquillages apportés par la mer dans l’étendue de plusieurs milles, qui s’y sont amoncelés autrefois, et qui de nos jours ont été recouverts par de la vase et de la terre sur laquelle sont actuellement des pâturages; d’autre côté, il y a des terres fermes que la mer avec le temps vient à gagner et à couvrir, comme les terres de Goodwin, qui appartenaient à un seigneur de ce nom, et qui à présent ne sont plus que des sables couverts par les eaux de la mer; ainsi la mer gagne en plusieurs endroits du terrain, et en perd dans d’autres; cela dépend de la différente situation des côtes et des endroits où le mouvement des marées s’arrête, où les eaux transportent d’un endroit à l’autre les terres, les sables, les coquilles, etc. (Voyez Trans. Phil. Abr., vol. IV, p. 234.)
Sur la montagne de Stella, en Portugal, il y a un lac ians lequel on a trouvé des débris de vaisseaux, quoique cette montagne s t éloignée de la mer de plus de 12 lieues. (Voyez la Géographie de Gordon, édition de Londres, 1733, p. 149.) Sabinus, dans ses Commentaires sur les Métamorphoses d’Ovide, dit qu’il paraît, par les monuments de l’histoire, qu’en l’année 1460 on trouva dans une mine des Alpes un vaisseau avec ses ancres.
Ce n’est pas seulement en Europe que nous trouverons des exemples de ces changements de mer en terre, et de terre en mer; les autres parties du monde nous en fourniraient peut-être de plus remarquables et en plus grand nombre si on les avait bien observées.
Calicut a été autrefois une ville célèbre et la capitale d’un royaume de même nom; ce n’est aujourd’hui qu’une grande bourgade mal bâtie et assez déserte; la mer, qui depuis un siècle a beaucoup gagné sur cette côte, a submergé la meilleure partie de l’ancienne ville avec une belle forteresse de pierre de taille qui y était; les barques mouillent aujourd’hui sur leurs
ruines , et le port est rempli d’un grand nombre d’écueils qui paraissent dans les basses marées et sur lesquels les vaisseaux font assez souvent naufrage. (Voyez Lett. édif., Recueil II, p. 187.)
La province de Jucalan*, péninsule dans le golfe du Mexique, a fait autrefois partie de la mer; cette pièce de terre s’étend dans la mer à 100 lieues en longueur depuis le continent, et n’a pas plus de 25 lieues dans sa plus grande largeur; la qualité de l’air y est tout à fait chaude et humide : quoiqu’il n’y ait ni ruisseaux ni rivières dans un si long espace, l’eau est partout si proche, et l’on trouve, en ouvrant la terre, un si grand nombre de coquillages, qu’on est porté à regarder cette vaste étendue comme un lieu qui a fait autrefois partie de la mer.
Les habitants de Malabar prétendent qu’autrefois les îles Maldives étaient attachées au continent des Indes, et que la violence de la mer les en a séparées; le nombre de ces îles est si grand, et quelques-uns des canaux qui les séparent sont si étroits, que les beauprés des vaisseaux qui y passent font tomber les feuilles des arbres de l’un et de l’autre côté; et en quelques endroits un homme vigoureux se tenant à une branche d’arbre peut sauter dans une autre île. (Voyez les Voyages des Hollandais aux Indes orientales, p. 274.) Une preuve que le continent des Maldives était autrefois une terre sèche, ce sont les cocotiers qui sont au fond de la mer : il s’en détache souvent des cocos qui sont rejetés sur le rivage par la tempête ; les Indiens en font grand cas et leur attribuent les mêmes vertus qu’au bézoard.
On croit qu’autrefois l’ile de Ceylan était unie au continent et en faisait partie , mais que les courants, qui sont extrêmement rapides en beaucoup d’endroits des Indes, l’ont séparée et en ont fait une île; on croit la même chose à l’égard des îles de Rammanakoiel et de plusieurs autres. (Voyez Voyages des Hollandais aux Indes orientales , t. VI, p. 485.) Ce qu’il y a de certain, c’est que l’île de Ceylan a perdu 30 ou 40 lieues de terrain du côté du nord-ouest, que la mer a gagnées successivement.
Il paraît que la mer a abandonné depuis peu une grande partie des terres avancées et des îles de l’Amérique; on vient de voir que le terrain de Jucatan n’est composé que de coquilles; il en est de même des basses terres de la Martinique et des autres îles Antilles. Les habitants ont appelé le fond de leur terrain la chaux, parce qu’ils font de la chaux avec ces coquilles, dont on trouve les bancs immédiatement au-dessous de la terre végétale; nous pouvons rapporter ici ce qui est dit dans les Nouveaux Voyages aux îles de l’Amérique. « La chaux que l’on trouve par toute la grande terre de « la Guadeloupe, quand on fouille dans la terre, est de même espèce que « celle que l’on pêche à la mer; il est difficile d’en rendre raison. Serait-il « possible que toute l’étendue du terrain qui compose cette île ne fût, dans
î. Yucolan.
ET DE MERS EN TERRES
« les siècles passés, qu’un haut-fond rempli de plantes de chaux ', qui, ayant « beaucoup crû et rempli les vides qui étaient entre elles occupés par l’eau, « ont enfin haussé le terrain et obligé l’eau à se retirer et à laisser à sec « toute la superficie? Cette conjecture, tout extraordinaire qu’elle paraît « d'abord, n’a pourtant rien d’impossible, et deviendra même assez vrai- « semblable à ceux qui l’examineront sans prévention; car enfin, en sui- « vant le commencement de ma supposition, ces plantes ayant crû et rempli « tout l’espace que l’eau occupait se sont enfin étouffées l’une l’autre; les « parties supérieures se sont réduites en poussière et en terre, les oiseaux « y ont laissé tomber les graines de quelques arbres qui ont germé et k produit ceux que nous y voyons, et la nature y en fait germer d’autres « qui ne sont pas d’une espèce commune aux autres endroits, comme les « bois marbrés et violets, et il ne serait pas indigne de la curiosité des gens « qui y demeurent de faire fouiller en différents endroits pour connaître « quel en est le sol, jusqu’à quelle profondeur on trouve cette pierre à « chaux, en quelle situation elle est répandue sous l’épaisseur de la terre, « et autres circonstances qui pourraient ruiner ou fortifier ma conjecture. »
Il y a quelques terrains qui tantôt sont couverts d’eau, et tantôt sont découverts, comme plusieurs îles en Norvège, en Écosse, aux Maldives, au golfe de Cambaye, etc. La mer Baltique a gagné peu à peu une grande partie de la Poméranie, elle a couvert et ruiné le fameux port de Yineta: de même, la mer de Norvège a formé plusieurs petites îles, et s’est avancée dans le continent; la mer d’Allemagne s’est avancée en Hollande auprès de Catt, en sorte que les ruines d’une ancienne citadelle des Romains , qui était autrefois sur la côte, sont actuellement fort avant dans la mer. Les marais de l’île d'Ély en Angleterre, la Crau en Provence, sont au contraire, comme nous l’avons dit, des terrains que la mer a abandonnés. Les dunes ont été formées par des vents de mer qui ont jeté sur le rivage et accumulé des terres, des sables, des coquillages, etc. Par exemple, sur les côtes occidentales de France, d’Espagne et d’Afrique, il règne des vents d’ouest durables et violents, qui poussent avec impétuosité les eaux vers le rivage, sur lequel il s’est formé des dunes dans quelques endroits; de même les vents d’est, lorsqu’ils durent longtemps, chassent si fort les eaux des côtes de la Syrie et de la Phénicie, que les chaînes de rochers qui sont couvertes d’eau pendant les vents d’ouest, demeurent alors à sec : au reste, les dunes ne sont pas composées de pierres et de marbres, comme les montagnes qui se sont formées dans le fond de la mer, parce qu’elles n’ont pas été assez longtemps dans l’eau. Nous ferons voir dans le Discours sur les minéraux que la pétrification s’opère au fond de la mer 1 2, et que