‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 12 sur 251 · Éloge de Dufay · texte numérisé non relu

Éloge de Dufay

2. Lettres historiques et critiques sur l’Italie. T. II, p. S6.

3. « Le Roi, dit un écrivain contemporain, les accepta volontiers, et ce grand monarque ne « regardait pas le plaisir qu’il prenait à les considérer comme un amusement indigne de lui. »

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de botanique, méthodique et complète, par la combinaison de la synonymie de Linné avec la classification de Tournefort, on sut en disposer l’ensemble de manière q éveiller la curiosité du public par l’attrait d’un intérêt nouveau , d’un intérêt qui s’adressait à son intelligence.

Dès ce moment, les dons affluèrent; Buffon sut les multiplier en flattant adroitement l’amour-propre; il lia partout des correspondances : entraînés parle mouvement général, les ministres eux-mêmes se laissèrent facilement aller à ne plus rien refuser de ce qui leur était demandé pour un établissement que la nation semblait adopter.

Ainsi placée sous la sauvegarde d’une popularité si habilement acquise, la partie matérielle de sa grande œuvre ne demandait plus à Buffon que la surveillance nécessaire pour maintenir l’impulsion qu’il avait donnée : il s’assura, dans chaque branche spéciale, d’un homme capable de suivre ses vues et de lui en rendre compte, et quitta Paris pour n’y revenir qu’une fois l’année.

Il s’était choisi pour retraite Montbard, son pays natal ; c’est là qu’il alla chercher le calme et la liberté dont les longues et sérieuses études ont toujours besoin : il y consacra dix années entières à la méditation la plus profonde avant de commencer la publication de son grand ouvrage.

Le plan, qu’il s’était formé, était, d’ailleurs, le plus vaste et le plus hardi qu’il ait été donné à un homme de concevoir. Buffon osa tout embrasser : les phénomènes pour les expliquer, les êtres de ce globe pour les décrire, et les différents globes eux-mêmes pour en fixer l’origine et les âges.

Nul homme encore n’avait atteint à cette hauteur de vues et de conceptions. Pline, qui, dans son livre, aspire aussi à tout embrasser, n’approfondit rien ; il se borne à rapporter ce qu’ont dit les autres; il n’a point observé, il n’a ni généralisation ni critique; mais il écrit, et , relève tout par le style. Aristote a, au suprême degré, le don de comparer et de généraliser ; son livre n’est qu’une suite de généralisations graduées, il excelle par l’invention, par la méthode : à l’éloquence de Pline, au coup d’œil profond d’Arislôte, Buffon réunit une force nouvelle de s’élever par la discussion des faits actuels à l’origine des choses

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passées1, et une certaine majesté de génie2, que lui seul a eue.

En 1749, parurent, enfin, les trois premiers- volumes de Y Histoire naturelle : magnifique introduction où se trouvent déjà posés les trois grands problèmes qu’il ne perdra plus de vue3 : la formation de ce globe , celle des planètes, et celle de la vie.

Son premier regard est pour le globe. 11 réunit tout ce qu’on avait recueilli d’observations, tout ce qu’on avait publié de recherches à §on époque, et présente le résumé de sa vaste élude dans le discours qu’il intitule : Théorie de la terre. Comme les auteurs que Buffon avait sous la main, principalement Woodward, qui lui sert ici de guide, n’avaient vu que la superficie de la terre, laquelle est couverte partout de coquilles marines, il rapporte uniquement, dans ce discours, à l’action des eaux la formation du globe.

Le second regard de Buffon embrasse toutes les planètes. Cette fois, il se laisse inspirer par les idées de Leibnitz, le premier qui ait su remarquer les traces d’incandescence que présente la terre. Il produit son système sur la formation des planètes et, par une supposition hardie, les considère comme des fragments du soleil, détachés de cet astre par le choc d’une comète.

Le troisième regard de Buffon fut pour la vie : il se demande comment s’est formée la vie.

C’est l’éternelle question que se lèguent de siècle en siècle tous les grands esprits. Buffon ne pouvait manquer de se la poser à son tour, et, avec la confiance qu’il a dans ses vues, il ne pouvait manquer d’y répondre par une hypothèse.

Dans la redoutable question de la genèse des êtres, il y a toujours un moment où il faut invoquer une puissance suprême, un miracle. La meilleure des hypothèses est celle qui s’adresse le moins souvent au miracle. N’y ayons recours qu’une fois : Dieu a renfermé dans le premier individu de chaque espèce toute la suite des êtres qui en devaient naître,

1. « Comme il s’agit ici de reconnaître par l’inspection des choses actuelles l’ancienne exis- « tence des choses anéanties, et de remonter par la seule force des faits subsistants à la vérité « historique des faits ensevelis... » T. IX, p. 457.

2. Majestati naturœ par ingenium : inscription mise au bas de la statue qui lui fut érigée de son vivant.

3. « ...Le tout... dirigé par une vue constante vers les grands objets de la nature. » T. IX, p. 81

NOTICli SUR BUFFON.

se dit Leibnitz; et de là le fameux système de la préexistence des germes.

Buffon simplifie encore les choses : Leibnitz admet autant de créations particulières, c’est-à-dire autant de miracles distincts que d’espèces diverses; Buffon imagine qu’à un moment donné, et une fois pour toutes, Dieu a répandu sur le globe un inépuisable fonds de vie, également destiné à tous les êtres, animaux et végétaux. 11 fait consister cette vie, primitive et commune , en une infinité de principes actifs, de particules vivantes et indestructibles, qui, par leur agrégation, forment les individus; et de là le système, non moins fameux que le précédent, des molécules organiques.

De tous les hommes, soit du siècle actuel, soit du précédent, Cuvier est celui qui a le mieux compris Buffon, qui en a le plus approché, e* qui en a le plus profité, sans le dire.

Dans son article sur Buffon ( Biographie universelle ), article si judicieux et si réfléchi, et dont l’auteur sent qu’il comptera lui-même assez aux yeux de la postérité pour qu’elle lui demande compte, un jour, de la manière dont il aura jugé Buffon, M. Cuvier dit : « Ses idées (les idées « de Buffon ) concernant l’influence qu’exercent la délicatesse et le degré <' de développement de chaque organe sur la nature des diverses espèces « sont des idées de génie, qui feront désormais la base de toute histoire « naturelle philosophique, et qui ont rendu tant de services à l’art des « méthodes, qu’elles doivent faire pardonner à leur auteur le mal qu’il « a dit de cet art... »

M. Cuvier ajoute : « Ses idées sur la dégénération des animaux et sur « les limites que les climats, les montagnes et les mers assignent à chaque « espèce peuvent être considérées comme de véritables découvertes qui se « confirment chaque jour, et qui ont donné aux recherches des voya- « geurs une base fixe, dont elles manquaient absolument auparavant. »

Voilà le jugement du maître : tout y est exact, tout y est saisi; rien, dans une sphère donnée, n’y échappe à la pénétration du coup d’œil, ni à la justesse de l’exprestion ; rien d’outré; tout est mesuré, sensé, propre à Buffon. L’éloge est grand parce qu’il est simple.

M. Cuvier dit ensuite : « La partie de son ouvrage la plus parfaite,

NOTICE SUR BUFFON

xvn

(c celle où il restera toujours l’auteur fondamental , c’est l’histoire des « quadrupèdes. »

Ici il faut distinguer.

Si par ces mots : la partie la plus parfaite , on entend la partie la plus complète, la plus achevée, la plus sûre jusque dans les plus petits détails, à la bonne heure.

Mais si vous entendez la plus élevée , la plus grande, celle qui a le plus étonné les hommes et le plus étendu le domaine de leur pensée, ce n’est assurément pas X histoire des quadrupèdes , ce sont tant d’idées, tant de vues supérieures et quelquefois sublimes, sur les lois de la nature, sur la matière, sur la vie, sur les êtres qui en sont doués, sur la succession, sur la rénovation de ces êtres, sur la formation du globe, et, pour nommer enfin un ouvrage déterminé, ce sont les époques de la nature .

M. Cuvier dit enfin : « Personne ne peut plus soutenir dans leurs « détails ni le premier, ni le second système de Buffon sur la théorie de « la terre : cette comète qui enlève des parties du soleil , ces planètes « vitrifiées et incandescentes, qui se refroidissent par degrés et les unes « plutôt que les autres... »

Il faut encore ici distinguer. Personne, sans doute, ne peut plus soutenir : cette comète qui enlève des parties du soleil ', mais tout le monde peut soutenir et soutient : ces planètes vitrifiées et incandescentes qui se refroidissent par degrés. L’incandescence primitive du globe et son refroidissement successif sont aujourd’hui la base de la géologie tout entière ; mais c’est là un point qui avait échappé au coup d’œil, si perçant d’ailleurs, de M. Cuvier.

Dans son admirable Discours sur les révolutions de la surface du globe, il s’exprime ainsi : « Le grand Leibnitz lui-même s’amusa à faire, « comme Descartes, de la terre un soleil éteint, un globe vitrifié sur « lequel les vapeurs , étant retombées lors de son refroidissement , for- « mèrent des mers... »

Ce mot amusa est curieux à propos de l’une des deux grandes idées de l’histoire naturelle moderne; car ce que j’appelle les deux grandes idées de l’histoire naturelle moderne, c’est d’abord celle de X incandescence

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primitive du globe et de son refroidissement successif , et c’est ensuite celle de la succession des espèces, l’idée des espèces perdues.

De Buffon partent deux grandes impulsions, et, si je puis ainsi parler, deux grands courants, l’un zoologique et l’autre géologique.

Le courant zoologique se continue. par Daubenton, Camper, Pallas, Vicq-d’Azyr, et Cuvier enfin, qui s’est élevé jusqu’à saisir, dans toute son étendue, l’idée, si vaste et si neuve, des espèces perdues, et nous a donné la paléontologie.

Le courant géologique se continue par Deluc, Pallas, de Saussure et Léopold de Buch, le premier qui ait su découvrir dans l’action puissante du feu central, démontré par Buffon, ce que Buffon n’avait pas eu le temps d’y voir, c’est-à-dire la cause réelle et première, la cause unique, de toutes les révolutions du globe, des tremblements de terre, des volcans, du soulèvement des montagnes, des changements des terres en mers, du changement des mers en terres, etc., etc.

L’ Histoire naturelle en était à peine au quatrième volume, lorsque le grand écrivain, surnommé déjà le peintre de la nature, fut appelé à l’Académie française (le 23 juin 1753 ). Reçu le 25 août de cette même année, il prononça ce célèbre Discours sur le style, où, comme le dit Cuvier, « Buffon donne à la fois le précepte et l’exemple : » résumé brillant, et non moins sensé qu’éloquent, des longues et profondes méditations d’un grand maître sur l’art, essentiellement un , de penser et d’écrire.

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