‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 14 sur 251 · Observât, sur l’hist. nat., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Observât, sur l’hist. nat., 1. 1, p

NOTICE SUP BUFFON

fait précéder l’action dn feu par celle des eaux. 11 lui fallut trente années de méditations et d’études pour comprendre l’ordre naturel, et y revenir, pour placer l’action du feu avant celle des eaux.

Voyez sur quel ton il parle de Leibnitz dans son premier volume ; il vient de consacrer un chapitre particulier au système de Whiston, un autre à celui de Burnet, un troisième à celui de Woodward, et il ne parle de Leibnitz que dans un chapitre intitulé : De quelques autres systèmes ; il relègue le système de Leibnitz parmi les systèmes à la suite; et ici encore, il commence par celui de Bourguet, qui veut que la terre, d’abord fluide, mais fluide par l’eau, se condense par le feu et soit destinée à finir par une explosion; et c’est alors qu’il ajoute, en mettant sur le même pied les deux systèmes, celui de Bourguet et celui de Leibnitz :

« Le fameux Leibnitz donna, en 1685, dans les Jetés de Leipsick , « un projet de système bien différent, sous le titre de Protogœa. La « terre, selon Bourguet et tous les autres, doit finir par le feu ; selon « Leibnitz, elle a commencé par là, et a souffert beaucoup plus de « changements et de révolutions qu’on ne l’imagine1. »

Je viens de dire que Buffon met sur le même pied les deux systèmes de Bourguet et de Leibnitz : grâce à Dieu , il ne inet pas sur le même pied les deux hommes. Il dit de Bourguet : « 11 m’a paru manquer de cette « partie si nécessaire aux physiciens, de cette métaphysique qui ras- « semble les idées particulières, qui les rend plus générales, et qui élève « l’esprit au point où il doit être pour voir l’enchaînement des causes et « des effets 2. » Et il dit des idées de Leibnitz : « Quoique ces pensées soient dénuées de preuves, elles sont élevées, et on sent bien qu’elles « sont le produit des méditations d’un grand génie. Les idées ont delà « liaison, les hypothèses ne sont pas absolument impossibles 3... »

Les idées avaient de la liaison , les hypothèses n’étaient pas impossibles; et Buffon nous l’a bien prouvé.

On ne peut suivre sans un vif intérêt le progrès qui se fait dans l’esprit de Buffon, à mesure qu’il pénètre plus avant dans cette grande étude.

Au moment où il écrit son système sur la formation des planètes ,

NOTICE SUR BUFFON

par lequel il continue sa théorie de la terre et la complète jusqu’à un certain point, l’idée du globe, primitivement incandescent et fluide, n’est encore, pour lui, qu’une probabilité , qu’une conjecture.

« Quelque grande que soit à mes yeux, dit-il alors, la vraisemblance « de ce que j’ai dit sur la formation des planètes et de leurs satellites, « comme chacun a sa mesure, surtout pour estimer des probabilités de « cette nature, et que cette mesure dépend de la puissance qu’a l’esprit « pour combiner des rapports plus ou moins éloignés, je ne prétends pas « contraindre ceux qui n’en voudront rien croire l. »

Bien des années s’écoulent, bien des travaux se succèdent : au milieu de tous ces travaux, l’idée de l'incandescence primitive du globe reste la grande pensée de Buffon; et, dans un de ses derniers volumes, voici comment il en parle :

« Descartes avait déjà pensé que la terre et les planètes n’étaient que « de petits soleils encroûtés, c’est-à dire éteints. Leibnitz n’a pas hésité « à prononcer que le globe terrestre devait sa forme et la consistance de « ses matières à l’élément du feu; et néanmoins ces deux grands philo- « sophes n’avaient pas, à beaucoup près, autant de faits, autant d’ob- « servations qu’on en a rassemblé et acquis de nos jours : ces faits sont « actuellement en si grand nombre et si bien constatés2... »

C’est par le hardi système sur la formation des planètes , auquel il semblait faire allusion, quand il disait plus tard avec un sens très-fin : « Un système sert au moins à sortir de l’ornière des faits particuliers, il « enchaîne nos idées et prouve qu’on sait penser, » que Buffon commence la longue suite d’articles qu’il a intitulés : Preuves de la théorie de la terre , et où il examine successivement, avec autant de critique que d’étendue, tout ce que l’on savait alors sur la géographie, sur la production des couches ou lits de la terre, sur les coquillages et autres productions marines qu’on trouve dans l’intérieur des terres, sur les inégalités de la surface de la terre et du fond de la mer, sur les courants marins, sur les volcans et les tremblements de terre, sur les îles nouvelles, sur les changements de terres en mers et de mers en terres, etc.

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