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NOTICE SUR BUFFON
J’ai cru devoir rapprocher de ces Preuves de la théorie de la terre les Additions et Corrections à cette même théorie, qui ne se trouvent pourtant que dans le Ve volume des Suppléments de l’édition in-4° de l’Imprimerie royale.
Ces Additions et Corrections marquent les changements successifs par lesquels passent les vues théoriques de Buffon; et il m’a semblé que, dans l’étude que nous faisons de la manche progressive d’un grand esprit, il importait de ne pas laisser le lecteur trop longtemps sous l’influence d’idées que, du moment où il les a produites, Buffon travaille sans cesse à modifier et à transformer.
V Histoire générale des animaux , ou, à parler plus exactement, la comparaison raisonnée de tous les êtres vivants, V étude de la vie, forme la seconde partie de notre premier volume.
C’est là que sont passées en revue toutes les productions de la nature, et qu’à chacune sont assignés son rang et son importance : « Le « minéral n’est qu’une matière brute, inactive, insensible, n’obéissant « qu’à la force généralement répandue dans l’univers ; » le végétal, privé de mouvement, possède cependant une force individuelle, il croît et se reproduit; l’animal « réunit toutes les puissances de la nature; il veut, il « agit, il opère, il communique par ses sens avec les objets les plus éloi- « gnés.... » C’est là qu’à propos de l’être animé se trouve ce mot profond : « La matière est moins le sujet que l’accessoire, » et, à propos de l’homme, cette haute pensée : « c’est l’organisation, la vie, « l’âme qui fait proprement notre existence; la matière n’est qu’une « enveloppe étrangère dont l’union nous est inconnue et la présence « nuisible ; » c’est là que sont posées toutes ces belles lois de l’uniformité du plan de la nature, des nuances graduées des êtres, de la distinction des deux vies, de l’influence du développement de chaque organe sur la nature des différentes espèces, etc., et que, pour la première fois, nous sont dévoilés tous les grands principes de la physiologie générale.
C’est là enfin que Buffon nous déroule son système sur la formation des êtres vivants par les molécules organiques, qu’à l’ hypothèse de ces molécules il joint celle des moules intérieurs sans se laisser arrêter par la contradiction des termes, qu’il veut que les moules intérieurs soient
NOTICE SUR BUFFON
les parties mêmes du corps1 2, oubliant qu’il n’imagine les moules que pour expliquer la formation des parties , et que, dans un moment de naïve bonhomie, se mettant en communication plus familière avec son lecteur, il convient que « la question de la reproduction est peut- « être de nature à n’être jamais résolue. »
Le second volume s’ouvre par X histoire de V homme.
De la vie, considérée en général, Buffon passe à l’histoire particulière des êtres vivants , et il commence par le premier, le plus élevé , le plus noble de tous, par le seul être créé qui se connaisse lui-même et connaisse Dieu^y par l’homme.
Il en étudie la formation, le développement, les âges, la mort. Après avoir étudié X individu y il étudie X espèce y et crée l’histoire naturelle de l’homme, marquant, d’un trait également sûr, et X unité de l’espèce humaine : « L’homme, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie « et rouge en Amérique, n’est que le même homme teint de la couleur a du climat; » et l’infranchissable limite qui sépare l’homme de tout le reste des êtres animés3 : « Quelque ressemblance qu’il y ait entre le « Hottentot et le singe, l’intervalle qui les sépare est immense, puisque « à l’intérieur il est rempli par la pensée et au dehors par la parole 4. »
Après avoir étudié l’homme physique, Buffon étudie l’homme moral; il écrit, sur l’histoire philosophique des sens, quelques pages, dignes d’être mises à côté de ce que Locke a laissé de meilleur en ce genre, et nous présente cette belle image de l’homme, qui, s’éveillant à la vie, prend successivement possession de chacune des parties de son être, se les découvre à lui-même, et découvre aussi, à mesure, ce que chacune lui apporte d’impressions particulières et d’idées distinctes 5.
A l’étude de l’homme succède celle des quadrupèdes; et là nous troüvons cet admirable Discours sur la nature des animaux , œuvre d’une rare perfection, qui nous rappelle Descartes par la discussion sincère, par le raisonnement sensé, et qui, par la belle conception de X homme
1. « Les corps organisés ont une certaine forme que nous avons appelée le moule intérieur... »