T. Il, p
XKIV
NOTICE SUR BUFFON
double , homo duplex , marque à Buffon sa place parmi les philosophes, en très-petit nombre, qui ont su faire pénétrer un jour nouveau dans letude, si difficilement accessible, des facultés intimes de l’homme.
Viennent ensuite les histoires particulières des animaux, rangés, comme je l’ai déjà dit1, selon leurs rapports d’utilité ou de voisinage, relativement à l’homme. Buffon commence par ce qu’il connaît le plus; aussi est-ce là ce qu’il peint le mieux : d’abord le cheval, puis l’âne, puis le bœuf, la brebis, le chien, etc., tous les animaux domestiques, en un mot; puis les animaux à demi domestiques : le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre, le lapin, etc.; puis les animaux sauvages et carnassiers de nos climats : le loup, le renard, le blaireau, l’ours, la loutre, etc.; puis ceux des climats étrangers, où, dès les premiers pas, dès les premières pages de l’histoire du lion 2, Buffon saisit cette grande vue, par laquelle il sépare tous les animaux de l’un des deux continents de tous ceux de l’autre.
Tout peut éveiller le génie, et tout le sert. Buffon dédaigne la méthode ordinaire des naturalistes, la classification par les organes : ce dédain de la méthode le jette dans la distinction des espèces par leur patrie ; et cefie distinction nouvelle lui découvre la magnifique loi de la distribution des êtres vivants sur le globe.
Je n’ai point rapproché des histoires particulières des animaux les additions et corrections qui s’y rapportent, parce que je n’ai pas voulu substituer un ordre matériel à une pensée fine et délicate : ces histoires ont été conçues d’après un dessein réfléchi, dans un ordre calculé pour un effet donné; là chaque individu apparaît avec sa physionomie, son caractère, ses instincts, ses ruses; et de toutes ces nuances, habilement mises en relief, sort une composition, qui emprunte de son unité même une grande partie du charme que nous y trouvons. Le tableau de l’âne suit celui du cheval, et en fait presque partie ; le tableau de la chèvre suit celui de la brebis et ne serait pas complet s’il en était détaché;