‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 173 sur 251 · IV. — Des laves et basaltes · texte numérisé non relu

IV. — Des laves et basaltes

A tout ce que nous venons d’exposer au sujet des volcans , nous ajouterons quelques considérations sur le mouvement des laves , sur le temps nécessaire à leur refroidisscsement et sur celui qu’exige leur conversion en terre végétale.

La lave qui s’écoule ou jaillit du pied des éminences formées par les matières que le volcan vient de rejeter, est un verre impur en liquéfaction et dont la matière tenace et visqueuse n’a qu’une demi-fluidité: ainsi les torrents de cette matière vitrifiée coulent lentement en comparaison des torrents d’eau , et néanmoins ils arrivent souvent à d’assez grandes distances ; mais il y a dans ces torrents de feu un mouvement de plus que dans les torrents d’eau ; ce mouvement tend à soulever toute la masse qui coule , et il est produit par la force expansive de la chaleur dans l'intérieur du torrent embrasé; la surface extérieure se refroidissant la première , le feu liquide continue à couler audessous , et comme l’action de la chaleur se fait en tout sens , ce feu , qui cherche à s’échapper, soulève les parties supérieures déjà consolidées et souvent les force à s’élever perpendiculairement; c’est de là que proviennent ces grosses masses de lave en forme de rochers qui se trouvent dans le cours de presque tous les torrents où la pente n’est pas rapide. Par l’effort de cette chaleur intérieure, la lave fait souvent des explosions , sa surface s’entr’ouvre, et la matière liquide jaillit de l’intérieur et forme ces masses élevées au-dessus du niveau du torrent. Le P. de la Torré est , je crois , le premier qui ait remarqué ce mouvement intérieur dans les laves ardentes , et ce mouvement est d’autant plus violent qu’elles ont plus d’épaisseur et que la pente est plus douce ; c’est un effet général et commun dans toutes les matières liquéfiées par le feu, et dont on peut donner des exemples que tout le monde est à portée de vérifier dans les forges a. Si l’on observe les gros lingots de fonte de fer qu’on appelle gueuses , qui coulent dans un moule ou canal dont la pente est presque horizontale, on s’apercevra aisément qu’elles tendent à se courber en effet d’autant plus qu’elles ont plus d’épaisseur b. Nous avons démontré par les expériences rapportées dans les mémoires sur la durée de l’incandescence s, que les temps de la consolidation sont à très-peu près proportionnels aux épaisseurs, etque la surface de ces lingots étant déjà consolidée, l’intérieur en est encore liquide : c’est cette chaleur intérieure qui soulève et fait bomber le lingot; et, si son épaisseur était

а. La lave des fourneaux à fondre le fer subit les mêmes effets : lorsque cette matière vitreuse coule lentement sur la dame, et qu’elle s’accumule à sa base, ou voit se former des éminences , qui sont des bulles de verre concaves , sous une forme hémisphérique. Ces bulles crèvent , lorsque la force .expansive est très-active, et que la matière a moins de fluidité ; alors il en sort avec bruit un jet rapide de flamme ; lorsque cette matière vitreuse est assez adhérente pour souffrir une grande dilatation , ces bulles , qui se forment à sa surface , prennent un volume de 8 à 10 pouces de diamètre , sans se crever ; lorsque la vitrification en est moins achevée, et qu’elle a une consistance visqueuse et tenace, ces bulles occupent peu de volume , et la matière , en s’affaissant sur elle-même, forme des éminences concaves, que l’on nomme yeux-de-crapaud. Ce qui se passe ici en petit dans le laitier des fourneaux de forge , arrive en grand dans les laves des volcans.

б. Je ne parle pas ici des autres causes particulières qui souvent occasionnent la courbure des lingots de fonte : par exemple , lorsque la fonte n’est pas bien fluide , lorsque le moule est trop humide, ils se courbent beaucoup plus, parce que ces causes concourent à augmenter l’effet de la première ; ainsi l’humidité de la terre , sur laquelle coulent les torrents de la lave, aide encore à la chaleur intérieure à en soulever la masse , et à la faire éclater en plusieurs endroits par des explosions suivies de ces jets de matière dont nous avons parlé.

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