ADDITIONS SUR L’ EFFET DES PLUIES
la Flandre jusqu’à la rivière d’Aa , entre les dunes et les terres élevées des environs de Bergues, etc. ? Il faut que dans les siècles reculés, lorsque la Flandre n’était qu’une vaste forêt, une inondation subite de la mer ait submergé tout le pays, et en se retirant ait déposé tous les arbres , bois et roseaux qu’elle avait déracinés et détruits dans cet espace de terrain , qui est le plus bas de la Flandre, et que cet événement soit arrivé vers le mois d’aoüt ou septembre, puisqu’on trouve encore les feuilles aux arbres , ainsi que les noisettes aux coudriers. Cette inondation doit avoir été bien longtemps avant la conquête que fit Jules César de cette province, puisque les écrits des Romains, depuis cette époque, n’en ont pas fait mention
Quelquefois on trouve des végétaux dans le sein de la terre, qui sont dans un état différent de celui de la tourbe ordinaire : par exemple, au mont Ganelon, près de Compiègne, on voit d’un côté de la montagne les carrières de belles pierres et les huîtres fossiles dont nous avons parlé , et de l’autre côté de la montagne on trouve à mi-côte un lit de feuilles de toutes sortes d’arbres, et aussi des roseaux, des goémons, le tout mêlé ensemble et renfermé dans la vase; lorsqu’on remue ces feuilles, on retrouve la même odeur de marécage qu’on respire sur le bord de la mer, et ces feuilles conservent cette odeur pendant plusieurs années. Au reste, elles ne sont point détruites; on peut en reconnaître aisément les espèces : elles n’ont que de la sécheresse et sont liées faiblement les unes aux autres par la vase b.
« On reconnaît, dit M. Guettard, deux espèces de tourbes : les unes sont compo- « sées de plantes marines , les autres de plantes terrestres ou qui viennent dans le? « prairies. On suppose que les premières ont été formées dans le temps que la mer « recouvrait la partie de la terre qui est maintenant habitée ; on veut que les secondes « se soient accumulées sur celles-ci. On imagine, suivant ce système, que les courants « portaient dans des bas-fonds, formés par les montagnes qui étaient élevées dans la « mer, les plantes marines qui se détachaient des rochers, et qui, ayant été ballottées par « les flots, se déposaient dans des lieux profonds.
« Cette production de tourbes n’est certainement pas impossible; la grande quantité « de plantes qui croissent dans la mer paraît bien suffisante pour former ainsi des « tourbes : les Hollandais même prétendent que la bonté des leurs ne vient que de ce « qu’elles sont ainsi produites, et qu’elles sont pénétrées du bitume dont les eaux de la « mer sont chargées
« Les tourbières de Villeroy sont placées dans la vallée où coule la rivière d’Essonne;
« la partie de cette vallée peut s’étendre depuis Roissy jusqu’à Escharcon C’est
« même vers Roissy qu’on a commencé à tirer des tourbes;... mais celles que Ton « fouille auprès d’Escharcon sont les meilleures
« Les prairies où les tourbières sont ouvertes sont assez mauvaises; elles sont rem- « plies de joncs , de roseaux, de prêles et autres plantes qui croissent dans les mauvais « prés; on fouille ces prés jusqu’à la profondeur de 8 à 10 pieds... Après la couche qui « forme actuellement le sol de la prairie est placé un lit de tourbe d’environ un pied; « il est rempli de plusieurs espèces de coquilles fluviatiles et terrestres
« Ce banc de tourbe qui renferme les coquilles est communément terreux; ceux qui « le suivent sont à peu près de la même épaisseur, et d’autant meilleurs qu’ils sont
a. Mémoire pour la subdélégation de Dunkerque, relativement à l’iiistoire naturelle de ce canton.
b. Lettre de M. Leschevin à M. de Buffon : Compiègne, 8 août 1772. C’est la seconde fois, et ce ne sera pas la dernière , que j’aurai occasion de citer M. Leschevin, chef des bureaux de la Maison du Roi , qui , par son goût pour l’histoire naturelle et par amitié pour moi , m’a facilité des correspondances et procuré des observations et des morceaux rares pour l’augmentation du Cabinet du Roi.
« plus profonds ; les tourbes qu'ils fournissent sont d’un brun noir, lardées de roseaux, « de joncs, de cypéroïdes et autres plantes qui viennent dans les prés; on ne voit point « de coquilles dans ces bancs
« On a quelquefois rencontré dans la masse des tourbes des souches de saules et de « peupliers, et quelques racines de ces arbres ou de quelques autres semblables; on a « découvert du côté d’Escharcon un chêne enseveli à 9 pieds de profondeur; il était « noir et presque pourri ; il s’est consommé à l’air ; un autre a été rencontré du coté « de Roissy .à la profondeur de deux pieds entre la terre et la tourbe. On a encore « vu, près d’Escharcon, des bois de cerfs; ils étaient enfouis jusqu’à trois ou quatre b pieds....
a II y a aussi des tourbes dans les environs d’Étampes , et peut-être aussi abondama ment qu’auprès de Villeroy; ces tourbes ne sont point mousseuses, ou le sont trèsb peu ; leur couleur est d’un beau noir, elles ont de la pesanteur, elles brûlent bien au a feu ordinaire , et il n’y a guère lieu de douter qu’on n’en pût faire de très-bon b charbon
« Les tourbières des environs d’Étampes ne sont , pour ainsi dire , qu’une continuité a de celles de Villeroy ; en un mot , toutes les prairies qui sont renfermées entre les b gorges où la rivière d’Étampes coule sont probablement remplies de tourbe. On en a doit, à ce que je crois, dire autant de celles qui sont arrosées par la rivière d’Essonne ; a celles de ces prairies que j’ai parcourues m’ont fait voir les mêmes plantes que celles « d’Étampes et de Villeroy «. »
Au reste , selon l’auteur, il y a en France encore nombre d’endroits où l’on pourrait tirer de la tourbe comme à Bourneuille, à Croué, auprès de Beauvais, à Bruneval , aux environs de Péronne, dans le diocèse de Troyes en Champagne, etc.; et cette matière combustible serait d’un grand secours, si l’on en faisait usage dans les endroits qui manquent de bois.
Il y a aussi des tourbes près Vitry-le-Français, dans des marais le long de la Marne; ces toin-bes sont bonnes et contiennent une grande quantité de cupules de gland : le marais de Saint-Gon, aux environs de Chàlons, n’est aussi qu’une tourbière considérable que Ton sera obligé d’exploiter dans la suite, par la disette des bois b.
III. — Sur les Bois souterrains pétrifiés et charbonijiés , page 310.
b Dans les terres du duc de Saxe-Cobourg, qui sont sur les frontières de la Fran- « conie et de la Saxe, à quelques lieues de la ville de Cobourg même, on a trouvé à une « petite profondeur des arbres entiers pétrifiés à un tel point de perfection, qu’en les b travaillant on trouve que cela fait une pierre aussi belle et aussi dure que l’agate. Les « princes de Saxe en ont donné quelques morceaux à M. Schœpflin, qui en a envoyédeux b à M. de Buffon pour le Cabinet du Roi : on a fait de ces bois pétrifiés des vases et « autres beaux ouvrages c. »
On trouve aussi du bois qui n’a point changé de nature, à d’assez grandes profondeurs dans la terre. M. du Verny, officier d’artillerie , m’en a envoyé des échantillons, avec le détail suivant : b La ville de la Fère, où je suis actuellement en garnison, fait b travailler, depuis le 15 du mois d’août de cette année 1753 , à chercher de l’eau par b le moyen de la tarière : lorsqu’on fut parvenu à 39 pieds au-dessous du sol , on « trouva un lit de marne, que Ton a continué de percerjusqu’à 121 pieds ; ainsi, à ICO
a. Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1761 , p. 380 jusqu’à 397.
&. Note communiquée à M. de Buffon par M. Grignon, le 6 août 1777.
c. Lettre de M. Schœpflin, Strasbourg, 24 septembre 1740.