‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 182 sur 251 · ADDITIONS SUR L’EFFET DES PLUIES · texte numérisé non relu

ADDITIONS SUR L’EFFET DES PLUIES

IV. — Sur les ossements que l'on trouve quelquefois dans l’intérieur de la terre.

« Dans la paroisse du Haux, pays d’entre deux mers, à demi-lieue du port de Lan- « goiran , une pointe de rocher haute de 1 1 pieds se détacha d’un coteau , qui avait « auparavant 30 pieds de hauteur; et par sa chute elle répandit dans le vallon une « grande quantité d’ossements ou de fragments d’ossements d’animaux, quelques-uns « pétrifiés. Il est indubitable qu’ils en sont, mais il est très-difficile de déterminer à * quels animaux ils appartiennent : le plus grand nombre sont des dents , quelques- « unes peut-être de bœuf ou de cheval , mais la plupart trop grandes ou trop grosses « pour eu être, sans compter la différence de figure : il y a des os de cuisses ou de «jambes et même un fragment de bois de cerf ou d’élan; le tout était enveloppé de. « terre commune et enfermé entre deux lits de roche. 11 faut nécessairement concevoir « que des cadavres d’animaux ayant été jetés dans une roche creuse, et leurs chairs « s’étant pourries, il s’est formé par-dessus cet amas une roche de 1 1 pieds de haut, ce « qui a demandé une longue suite de siècles

« MM. de l’Académie de Bordeaux, qui ont examiné toute cette matière en « habiles physiciens..., ont trouvé qu’un grand nombre de fragments mis à un feu très- « vif sont devenus d’un beau bleu de turquoise; que quelques petites parties en ont pris « la consistance, et que, taillées par un lapidaire, elles eu ont le poli... Il ne faut pas « oublier que des os qui appartenaient visiblement à différents animaux ont également « bien réussi à devenir turquoises «. »

« Le 28 janvier 1760, on trouva auprès de la ville d’Aix, en Provence, dit M. Guet- « tard, à 160 toises au-dessus des bains des eaux minérales, des ossements renfermés « dans un rocher de pierre grise à sa superficie ; cette pierre ne formait point de lits et « n’était point feuilletée , c’était une masse continue et entière

« Après avoir, par le moyen de la poudre, pénétré à 5 pieds de profondeur dans l’in- « térieur de cette pierre , on y trouva une grande quantité d’ossements humains de « toutes les parties du corps, savoir, des mâchoires et leurs dents, des os du bras, de « la cuisse, des jambes, des côtes, des rotules, et plusieurs autres mêlées confusé- « ment et dans le plus grand désordre. Les crânes entiers ou divisés en petites parties « semblent y dominer.

« Outre ces ossements humains, on en a rencontré plusieurs autres par morceaux « qu’on ne peut attribuer à l’homme; ils sont dans certains endroits ramassés par peio- « tons; ils sont épars dans d’autres

« Lorsqu’on a creusé jusqu’à la profondeur de quatre pieds et demi, on a rencontré six « têtes humaines dans une situation inclinée. De cinq de ces têtes, on a conservé l’occiput « avec ses adhérences, à l’exception des os de la face : cet occiput était en partie incrusté « dans la pierre, son intérieur en était rempli, et cette pierre en avait pris la forme. La « sixième tête est dons son entier du côté de la face, qui n’a reçu aucune altération; « elle est large à proportion de sa longueur : on y distingue la forme des joues char- « nues; les yeux sont fermés, assez longs, mais étroits; le front est un peu large, le « nez fort aplati , mais bien formé ; la ligne du milieu un peu marquée , la bouche bien « faite et fermée , ayant la lèvre supérieure un peu forte , relativement à l’inférieure ; le « menton est bien proportionné, et les muscles du total sont très-articulés ; la couleur « de cette tête est rougeâtre et ressemble assez bien aux têtes de tritons, imaginées par « les peintres; sa substance est semblable à celle de la pierre où elle a été trouvée; elle « n’est, à proprement parler, que le masque de la tête naturelle »

a. Histoire de l’Académie des Sciences, année 1719 , p. 21,

La relation ci-dessus a été envoyée par M. le baron de Gaillard-Longjumeau à madame de Boisjourdain , qui Ta ensuite fait parvenir à M. Guettard , avec quelques morceaux des ossements en question. On peut douter avec raison que ces prétendues têtes humaines soient réellement des têtes d’hommes 1 : « Car tout ce qu'on voit dans cette carrière, dit « M. de Longjumeau, annonce qu’elle s’est formée de débris de corps qui ont été brisés, r, et qui ont dû être ballottés et roulés dans les flots de la mer, dans le temps que ces ■i os se sont amoncelés ; ces amas ne se faisant qu’à la longue , et n’étant surtout recou- « verts de matière pierreuse que successivement , on ne conçoit pas aisément comment c il pourrait s’être formé un masque sur la face de ces têtes , les chairs n’étant pas long- « temps à se corrompre , lors surtout que les corps sont ensevelis sous les eaux : on peut ■' donc très-raisonnablement croire que ces prétendues têtes humaines n’en sont réel- <• lement point... ; il y a même tout lieu de penser que les os qu’on croit appartenir à » l’homme sont ceux des squelettes de poissons dont on a trouvé les dents , et dont < quelques-unes étaient enclavées dans les mêmes quartiers de pierre qui renfermaient « les os qu’on dit être humains.

« Il paraît que les amas d’os des environs d’Aix sont semblables à ceux que M. Borda « a fait connaître depuis quelques années, et qu’il a trouvés près de Dax, en Gascogne. <> Les dents qu’on a découvertes à Aix paraissent, par la description qu’on en donne, « être semblables à celles qui ont été trouvées à Dax , et dont une mâchoire inférieure b était encore garnie : on ne peut douter que cette mâchoire ne soit celle d’un gros poisb son.... Je pense donc que les os de la carrière d’Aix sont semblables à ceux qui ont b été découverts à Dax..., et que ces ossements , quels qu’ils soient , doivent être rappor- « tés à des squelettes de poissons plutôt qu'à des squelettes humains

b Une des têtes en question avait environ sept pouces et demi de longueur, sur trois b de largeur et quelques lignes de plus; sa forme est celle d’un globe allongé, aplati à b sa base, plus gros à l’extrémité postérieure qu'à l’extrémité antérieure , divisé suivant b sa largeur, et de haut en bas, par sept ou huit bandes larges, depuis sept jusqu’à b douze lignes : chaque bande est elle-même divisée en deux parties égales par un léger b sillon; elles s’étendent depuis la base jusqu’au sommet: dans cet endroit, celles b d’un côté sont séparées de celles du côté opposé, par un autre sillon plus profond , b et qui s’élargit insensiblement depuis la partie antérieure jusqu’à la partie postéb rieure.

b A cette description , on ne peut reconnaître le noyau d’une tête humaine ; les os de b la tête de l’homme ne sont pas divisés en bandes, comme l’est le corps dont il s’agit : b une tête humaine est composée de quatre os principaux , dont on ne retrouve pas la b forme dans le noyau dont on a donné la description; elle n’a pas intérieurement une b crête qui s’étende longitudinalement depuis sa partie antérieure jusqu’à sa partie pos- « térieure , qui la divise en deux parties égales , et qui ait pu former le sillon sur la parb tie supérieure du noyau pierreux.

« Ces considérations me font penser que ce corps est plutôt celui d’un nautile que a celui d’une tête humaine. En effet, il y a des nautiles qui sont séparés en bandes « ou boucliers, comme ce noyau : ils ont un canal ou siphon qui règne dans la lon- « gueur de leur courbure, qui les sépare en deux et qui en aura formé le sillon pier- « reux, etc. a. »

Je suis très-persuadé, ainsi que M. le baron de Longjumeau, que ces prétendues têtes

a. Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1760 , p. 209 jusqu’à 21 8.

1. Récit trop puéril pour arrêter, un moment, le lecteur. Mais, ce qui est bien digne de remarque , c’est qu’on n’a point encore trouvé, même au moment où j’écris ceci , d’os humain véritablement fossile. (Voyez mes notes sur la Ve Époque de la nature.)

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