‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 20 sur 251 · T. VI, p · texte numérisé non relu

T. VI, p

NOTICE SUR BUFFON

« sa famille et abandonnait ses enfants peu de temps après leur naissance. « C’est donc à la tendresse des mères que sont dus les premiers germes « de la société, c’est à leur constante sollicitude et aux soins assidus de « leur tendre affection qu’est dû le développement de ces germes prête cieux. La faiblesse de l’enfant exige des attentions continuelles et produit « la nécessité de cette durée d’affection pendant laquelle le cri du besoin <f et les réponses de la tendresse commencent à former une langue dont « les expressions deviennent constantes et l’intelligence réciproque.... « Il ne peut donc y avoir de langue, soit de paroles, soit par signes, « que dans l’espèce humaine, car l’on ne doit pas attribuer à la structure « particulière de nos organes la formation de la parole, dès que le perro- « quet peut la prononcer comme l’homme; mais jaser n’est point parler, « et les paroles ne font langue que quand elles expriment l’intelligence et « qu’elles peuvent la communiquer. Or, ces oiseaux auxquels rien ne « manque pour la facilité de la parole, manquent de l’expression de « l’intelligence, qui fait seule la haute faculté du langage.... »

Le charme de ces pages éloquentes commençait à exercer son influence, dès celui-là même qui les avait écrites. « Vous ne me mar- « quez pas, dit gaîment Buffon, dans une lettre familière à l’abbé « Bexon (le second des collaborateurs que se donna Buffon pour Y His- « luire des oiseaux ), si le préambule des perroquets vous a fait plaisir; « il me semble que la métaphysique de la parole y est assez bien jasée. »

Il arrive cependant un jour où il convient, avec ce même abbé, qu’il se lasse « de travailler toujours sur des plumes. »

Mais qui pourrait croire qu’il fût las quand il nous trace cette gracieuse et riche peinture de la vie tout aérienne de l’oiseau-mouche !

« De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme, et « le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les métaux, polis « par notre art, ne sont pas comparables à ce bijou de la nature; elle « l’a placé, dans l’ordre aies oiseaux, au dernier degré de l’échelle de « grandeur, maxime miranda in minimis; son èhef-d’œuvre est le « petit oiseau-mouche; elle l’a comblé de tous les dons qu’elle n’a fait « que partager aux autres oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce « et riche parure, tout appartient à ce petit favori. L’émeraude, le rubis,

NOTICE SUR BUFFON

« !a topaze brillent sur ses habits; il ne les souille jamais de la poussière « de la (erre, et dans sa vie tout aérienne.... »

Et, dans l’histoire de la fauvette, par quelles images pleines de fraîcheur il nous ramène à cette nature toujours renouvelée, toujours jeune, et qu’il s’est complu tant de fois à nous faire admirer!

« Le retour des oiseaux au printemps est le premier signal et la douce « annonce du réveil de la nature vivante; et les feuillages renaissants, « et les bocages revêtus de leur nouvelle parure sembleraient moins « frais et moins touchants sans les nouveaux hôtes qui viennent les ani- « mer et y chanter l’amour. De ces hôtes des bois, les fauvettes sont « les plus nombreuses comme les plus aimables : vives, agiles, légères « et sans cesse remuées.... »

Voici comment Buffon nous informe des circonstances qui l’amenèrent à s’adjoindre l’abbé Bexon :

« Depuis quarante ans que j’écris sur l’histoire naturelle, mon zèle « pour l’avancement de cette science ne s’est point ralenti; j’aurais « voulu la traiter dans toutes ses parties, ou du moins ajouter à ce que « j’ai déjà fait, l’histoire des oiseaux et celle des insectes; mais comme « ces deux objets sont d’un détail immense, j’ai senti que j’avais besoin « de coopérateurs, et j’ai engagé mon très-cher et savant ami M. de « Montbelliard, l’un des meilleurs écrivains de ce siècle, à partager ce « travail avec moi. 11 a rempli une partie de cette tâche pénible, et dési- « rant aujourd’hui s’occuper assidûment de celle des insectes, à « laquelle il a déjà beaucoup travaillé, il m’a prié de me charger seul « de ce qui restait à faire sur les oiseaux.... M. l’abbé Bexon, déjà connu « par plusieurs bons ouvrages, a bien voulu m’aider dans ce dernier « travail1..,. »

Tout en laissant successivement à chacun de ses collaborateurs une » grande partie du travail, Buffon n’en abandonna jamais, comme je l’ai déjà fait remarquer2, ni la direction générale, ni la classification, qui, en effet, est excellente. Aussi Cuvier a-t-il dit de cette histoire des oiseaux , « qu’elle fait le fond de tous les livres que l’on a écrits

Page 1