Mer d'Oman
d’étendue dans les terres, et le second est la mer Rouge, qui en a plus de 680 en comptant depuis l’île de Socotora:on doit regarder ces deux bras comme deux mers méditerranées, en les prenant au delà des détroits d’Ormuz et de Babelmandel , et quoiqu’elles soient toutes deux sujettes à un grand flux et reflux, et qu’elles participent par conséquent au mouvement de l’Océan, c’est parce qu’elles ne sont pas éloignées de l’équateur où le mouvement des marées est beaucoup plus grand que dans les autres climats, et que d’ailleurs elles sont toutes deux fort longues et fort étroites: le mouvement des marées est beaucoup plus violent dans la mer Rouge que dans le golfe Persique, parce que la mer Rouge, qui est près de trois fois plus longue et presque aussi étroite que le golfe Persique, ne reçoit aucun fleuve dont le mouvement puisse s’opposer à celui du flux, au lieu que le golfe Persique en reçoit de très-considérables à son extrémité la plus avancée dans les terres. Il paraît ici assez visiblement que la mer Rouge a été formée par une irruption de l’océan dans les terres; car si on examine le gisement des terres au-dessus et au-dessous de l’ouverture qui lui sert de passage, on verra que ce passage n’est qu’une coupure, et que de l’un et de l’autre côté de ce passage les côtes suivent une direction droite et sur la même ligne, la côte d’Arabie depuis le cap Rozalgate jusqu’au cap Fartaque étant dans la même direction que la côte d’Afrique depuis le cap de Guardafui jusqu’au cap de Sands.
A l’extrémité de la mer Rouge est cette fameuse langue de terre qu’on appelle l’isthme de Suez, qui fait une barrière aux eaux de la mer Rouge et empêche la communication des mers. On a vu, dans le Discours précédent, les raisons qui peuvent faire croire que la mer Rouge est plus élevée que la Méditerranée * , et que, si l’on coupait l’isthme de Suez, il pourrait s’ensuivre une inondation et une augmentation de la Méditerranée ; nous ajouterons à ce que nous avons dit que, quand même on ne voudrait pas convenir que la mer Rouge fut plus élevée que la Méditerranée, on ne pourra pas nier qu’il n’y ait aucun flux et reflux dans cette partie de la Méditerranée voisine des bouches du Nil , et qu’au contraire il y a dans la mer Rouge un flux et reflux très-considérable et qui élève les eaux de plusieurs pieds, ce qui seul suffirait pour faire passer une grande quantité d’eau dans la Méditerranée, si l’isthme était rompu. D’ailleurs nous avons un exemple cité à ce sujet par Varenius, qui prouve que les mers ne sont pas également élevées dans toutes leurs parties ; voici ce qu’il en dit
1. « La mer Méditerranée parait être au même niveau que Y Atlantique, mais on sait qu’à la « marée basse la mer Rouge est de 8 m. 12 c. plus haute que la Méditerranée , et de 9 m. 9 à la « marée haute. » (Huot et Maltebrun : Précis de géogr. univ.) Voyez ( Compte-Rendu des séan. de l'Acad. des Sci., t. V, p. 915) le résultat du nouveau travail, fait par les Académiciens de Saint-Pétersbourg , touchant la dépression de la mer Caspienne. Voyez aussi ( Compte-Rendu des séan. de l’Acad. des Sci., t. XV, p. 884) une note de MM. Symon et Alderson, touchant la dépression de la mer Morte.
page 100 de sa Géographie : Oceanus Germanicus, qui est Atlantici pars , inter Frisiam et Hollandiam se effundens, eficit sinum qui, etsi parvus sit respectu celebrium sinmm maris, tamen et ipse dicitur mare, alluitque IIollandiœ emporium celeberrimum , Amstelodamum. Non procul indè abest lacus Harlemensis , qui etiam mare Tlarlemense dicitur. Ilujus altitudo non est niinor altitudine sinus illius Belgici, quem diximus, et niittit ramum ad urbem Leidam , ubi in varias fossas divaricatur. Quoniam itaque nec lacus hic, neque sinus ille, Hollandici maris inundant adjacentes agros [de naturali constitutione loquor, non ubi tempestatibus urgentur, propter quas ag gérés facti sunt ) patet indè quod non sint altiores quàm agri Hollandiæ. At vero Oceanum Germanicum esse altiorem quàm terras hasce experti sunt Leidenses, cùm suscepisscnt fossam seu alveum ex urbe sua ad Oceani Germanici littora, propè Cattarum vicum perducere ( distantia est duorum milliarium) ut, recepto per alveum liunc mari, possent navigationem instituer e in Oceanum Germanicum , et hinc in varias terrœ regiones. Verùm enimvero cùm magnam jam alvei partem perfecissent , desistere coacti sunt, quoniam tùm demùm per observationem cognitum est Oceani Germanici aquam esse altiorem quàm agrum inter Leidam et littus Oceani illius; undè locus ille, ubi fodere, desierunt, dicitur Het malle Gat. Oceanus itaque Germanicus est aliquantùm altior quàm sinus ille ILoHandicus , etc. Ainsi on peut croire que la mer Rouge est plus haute que la Méditerranée, comme la mer d’Allemagne est plus haute que la mer de Hollande. Quelques anciens auteurs, comme Hérodote et Diodore de Sicile, parlent d’un canal de communication du Nil et de la Méditerranée avec la mer Rouge, et en dernier lieu M. Delisle a donné une carte en 1704 , dans laquelle il a marqué un bout de canal qui sort du bras le plus oriental du Nil et qu’il juge devoir être une partie de celui qui faisait autrefois cette communication du Nil avec la mer Rouge. (Yoyez les Mcm. de V Acad, des Se., an. 1704.) Dans la troisième partie du livre qui a pour titre, Connaissance de l'ancien monde, imprimé en 1707, on trouve le même sentiment, et il y est dit, d’après Diodore de Sicile, que ce fut Néco roi d’Égypte qui commença ce canal, que Darius roi de Perse le continua, et que Ptolomée II l’acheva et le conduisit jusqu’à la ville d’Arsinoé; qu’il le faisait ouvrir et fermer selon qu’il en avait besoin. Sans que je prétende vouloir nier ces faits, je suis obligé d’avouer qu’ils me paraissent douteux, et je ne sais pas si la violence et la hauteur des marées dans la mer Rouge ne se seraient pas nécessairement communiquées aux eaux de ce canal; il me semble qu’au moins il aurait fallu de grandes précautions pour contenir les eaux, éviter les inondations , et beaucoup de soin pour entretenir ce canal en bon état : aussi les historiens qui nous disent que ce canal a été entrepris et achevé, ne nous disent pas s’il a duré, et les vestiges qu’on prétend en reconnaître aujourd'hui sont peut-être tout ce qui en a jamais été fait. On a
donné à ce bras de l’océan le nom de mer Rouge, parce qu’elle a en effet cette couleur dans tous les endroits où il se trouve des madrépores sur son fond1 : voici ce qui est rapporté dans l 'Histoire générale des Voyages, tome I, pages 198 et 199. « Avant que de quitter la mer Rouge Dom Jean examina « quelles peuvent avoir été les raisons qui ont fait donner ce nom au golfe « Arabique par les anciens, et si cette mer est en effet différente des autres « par la couleur; il observa que Pline rapporte plusieurs sentiments sur « l’origine de ce nom; les uns le font venir d’un roi nommé Érythros qui « régna dans ces cantons, et dont le nom en grec signifie rouge ; d’autres « se sont imaginé que la réflexion du soleil produit une couleur rougeâtre « sur la surface de l’eau, et d’autres que l’eau du golfe a naturellement « cette couleur. Les Portugais, qui avaient déjà fait plusieurs voyages à « l’entrée des détroits, assuraient que toute la côte d’Arabie étant fort rouge, « le sable et la poussière qui s’en détachaient, et que le vent poussait dans « la mer, teignaient les eaux de la même couleur.
« Dom Jean qui, pour vérifier ces opinions, ne cessa point jour et nuit « depuis son départ de Socotora, d’observer la nature de l’eau et les qua- « lités des côtes jusqu’à Suez, assure que loin d’être naturellement rouge, « l’eau est de la couleur des autres mers, et que le sable ou la poussière « n’ayant rien de rouge non plus, ne donnent point cette teinte à l’eau du « golfe. La terre sur les deux côtes est généralement brune, et noire même « en quelques endroits; dans d’autres lieux elle est blanche : ce n’est qu’au « delà de Suaquen2, c’est-à-dire sur des côtes où les Portugais n’avaient « point encore pénétré, qu’il vit en effet trois montagnes rayées de rouge, « encore étaient-elles d’un roc fort dur, et le pays voisin était de la couleur « ordinaire.
«•La vérité donc est que cette mer, depuis l’entrée jusqu’au fond du « golfe, est partout de la même couleur, ce qu’il est facile de se démontrer « à soi-même en puisant de l’eau à chaque lieu ; mais il faut avouer aussi « que dans quelques endroits elle paraît rouge par accident, et dans d’autres « verte et blanche : voici l’explication de ce phénomène. Depuis Suaquen «jusqu’à Kossir, c’est-à-dire pendant l’espace de 136 lieues, la mer est « remplie de bancs et de rochers de corail ; on leur donne ce nom, parce « que leur forme et leur couleur les rendent si semblables au corail, qu’il « faut une certaine habileté pour ne pas s’y tromper; ils croissent comme « des arbres, et leurs branches prennent la forme de celles du corail ; on en « distingue deux sortes, l’une blanche et l’autre fort rouge ; ils sont cou-
1. L’opinion la plus récente est que la mer Rouge doit sa coloration (en ce cas, vraisemblablement périodique) à une algue microscopique d’un rouge très-vif. (Voyez, dans le Compte- Rendu des séan. de l'Acad. des Sci., t. XIX, p. 172 , un mémoire de M. Montagne qui rappelle les observations de M. Ehrenberg et celles de M. Évenor Dupont.)