‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 93 sur 251 · ARTICLE XVI · texte numérisé non relu

ARTICLE XVI

DES VOLCANS ET DES TREMBLEMENTS DE TERRE

Les montagnes ardentes, qu’on appelle volcans, renferment dans leur sein le soufre, le bitume1 et les matières qui servent d’aliment à un feu souterrain, dont l’effet, plus violent que celui de la poudre ou du tonnerre, a de tout temps étonné, effrayé les hommes, et désolé la terre : un volcan est un canon d’un volume immense, dont l’ouverture a souvent plus d’une demilieue; cette large bouche à feu vomit des torrents de fumée et de flammes , des fleuves de bitume, de soufre et de métal fondu, des nuées de cendres, et de pierres, et quelquefois elle lance à plusieurs lieues de distance des masses de rochers énormes, et que toutes les forces humaines réunies ne pourraient pas mettre en mouvement; l’embrasement est si terrible, et la quantité des matières ardentes, fondues, calcinées, vitrifiées, que la montagne rejette est si abondante qu’elles enterrent les villes, les forêts, couvrent les campagnes de cent et de deux cents pieds d’épaisseur, et forment quelquefois des collines et des montagnes qui ne sont que des monceaux de ces matières entassées. L’action de ce feu est si grande, la force de l’explosion est si violente qu’elle produit par sa réaction des secousses assez fortes pour ébranler et faire trembler la terre, agiter la mer, renverser les montagnes, détruire les villes et les édifices les plus solides à des distances même très-considérables.

Ces effets, quoique naturels, ont été regardés comme des prodiges, et quoiqu’on voie en petit des effets du feu assez semblables à ceux des volcans, le grand, de quelque nature qu’il soit, a si fort le droit de nous étonner que je ne suis pas surpris que quelques auteurs aient pris ces montagnes

1. Le bitume et le soufre ne se trouvent pas dans la lave même des volcans; mais le soufre se trouve , presque toujours, dans le voisinage des volcans, ou dans les terrains que les volcans traversent; le bitume ne se trouve que dans quelques terrains volcaniques. (Voyez, ci-devant, la note de la page 59.) Les produits volcaniques sont des silicates de magnésie, d 'alumine, de chaux, de potasse, de soude, des oxides de fer et de manganèse. Les roches, qui résultent de l’association de ces principes, sont le quartz, le feld-spath, le mica, Yamphibole, le pyroxène. Ces minéraux , ces roches , se trouvent dans les produits volcaniques de toutes les époques : seulement les roches de quartz , de feldspath et de mica (les granités ) sont plus abondantes dans les produits les plus anciens; le feld-spath sadique , Valbite ( trachytes ), dans les produits des volcans éteints; et les roches pyroxéniques (basaltes), dans les plus modernes. Dans les produits des volcans modernes , on trouve , de plus , du cuivre , du plomb, de l 'arsenic, du sélénium. (Voyez M. Constant Prévost: article Volcan du Dict. univ. d’hist. nat.) — a D’abord, le volcan vomit des scories incandescentes, des courants de lave « formée de trachyte , de pyroxène , d’obsidienne , etc. , sous forme de cendres, accompagnées «cfun dégagement considérable de vapeurs d’eau presque toujours pures. — Plus tard, le « volcan devient solfatare : les vapeurs d’eau qu’il émet sont mélangées d’hydrogène sulfuré et « d’acide carbonique. Enfin, le cratère lui-mème se refroidit entièrement, et il ne s’en exhale « plus que du gaz acide carbonique. » ( Cosmos , t. I , p 281)

DES VOLCANS

pour les soupiraux d’un feu central1, et le peuple pour les bouches de l’enfer. L’étonnement produit la crainte, et la crainte fait naître la superstition : les habitants de l’île d’Islande croient que les mugissements de leur volcan sont les cris des damnés, et que ses éruptions sont les effets de la fureur et du désespoir de ces malheureux.

Tout cela n’est cependant que du bruit, du feu et de la fumée : il se Irouve dans une montagne des veines de soufre, de bitume et d’autres matières inflammables; il s’y trouve en même temps des minéraux, des pyrites qui peuvent fermenter2, et qui fermentent en effet toutes les fois qu’elles sont exposées à l’air ou à l’humidité; il s’en trouve ensemble une très-grande quantité, le feu s’y met et cause une explosion proportionnée à la quantité des matières enflammées, et dont les effets sont aussi plus ou moins grands dans la même proportion; voilà ce que c’est qu’un volcan pour un physicien, et il lui est facile d’imiter l’action de ces feux souterrains, en mêlant ensemble une certaine quantité de soufre et de limaille de fer qu’on enterre à une certaine profondeur, et de faire ainsi un petit volcan dont les effets sont les mêmes, proportion gardée, que ceux des grands, car il s’enflamme par la seule fermentation, il jette la terre et les pierres dont il est couvert, et il fait de la fumée, de la flamme et des explosions.

Il y a en Europe trois fameux volcans, le mont Etna en Sicile, le mont Hécla en Islande, et le mont Vésuve en Italie près de Naples. Le mont Etna3 brûle depuis un temps immémorial, ses éruptions sont très-violentes, et les matières qu’il rejette si abondantes qu’on peut y creuser jusqu’à 68 pieds de profondeur, où l’on a trouvé des pavés de marbre et des vestiges d’une ancienne ville qui a été couverte et enterrée sous cette épaisseur de terre rejetée, de la même façon que la ville d’Héraclée a été couverte par les matières rejetées du Vésuve. Il s’est formé de nouvelles bouches de feu dans l’Etna en 1650, 1669 et en d’autres temps : on voit les flammes et les fumées de ce volcan depuis Malte, qui en est à 60 lieues; il s’en élève continuellement de la fumée, et il y a des temps où cette montagne ardente vomit avec impétuosité des flammes et des matières de toute espèce. En 1537, il y eut une éruption de ce volcan qui causa un tremblement de terre dans toute la Sicile pendant douze jours , et qui renversa un très-grand nombre de maisons et d’édifices; il ne cessa que par l’ouverture d’une nouvelle bouche à feu4 qui brûla tout à cinq lieues aux environs de la montagne;

1. Dans la théorie actuelle, les volcans ne sont, en effet, que les soupiraux d’un feu central. (Voyez les notes des pages 57 et 58.)

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