LE LYNX DU MISSISSIPI
Nous donnons ici la tîgufe d'un lynx du Mississipi, dont les oreilles sont encore plus dépourvues de pinceaux que celles du lynx' du Canada que nous avons fait graver dans ce volume , et dont la queue moiiis gmssc et moins louffnè, et le poil d'une couleur plu» claire, semble le rapprocher davantage dtt lynx ou loup-cervier d'Europe; mais je suis persuadé que ces trois animaux, dont l'un est de l'Europe et les deux autres de l'Amérique septentrionale , ne forment néanmoins qu'une seule et même espèce. On avoit envoyé celui-ci à feu M. l'abbe Aubry , curé •de Saint-Louis, sous le nom de chat'tigre de ]\Jissîssîj)i ; mais il ue faut que le comparer avec les lynx dont nous avons donné les figures, pour reconnoître évidemment qu'il né fait qu'une variété dans l'espèce du lynx , quoiqu'il n'ait point de pinceaux et que la queue soit fort petite.
Il a, du nez à rorigine delà queue, dieux pieds cinq pouces de longueur; la queue est fort courte, n'ayant que trois pouces trois lignes , au lieu que celle de notre lyrix d'Ett- ' rope a six pouces six lignes. Celle du lytifx du Canada est beaucoup plus grosse e'f plus", fournie ; mais ell.e est tout au^i courte que celle du lynx du Mississipi, dont Id fbbfr* é^
5i4 ANIMAUX GARNAêSiCKS.
antii de coîtleiir plus-untfonne et moms va- différences, n'empêchent pas <|u'oii ne don rlée de (aches que dans le lynx de l'Europe regarder ers trois animaux comme de simph et daiM celui du Canada : mais ces iégèrts variétés d*ime seuie et même espèce.
»«-»%i»%^»%%»»»x%v%»*%*>wi^i»^%^»*»%%%<%»^v»v»v»<w>%%<
k*l%«M^ *<^^»%«^»^%%»^\^V%«>» Vl^ <>%%%»»%%%%%»»<» ■V%»«^%<%^<%>%<
LE CARACAL.
QUOIQUE le caracal ressemble au lynx par la grandeur et la forme du corps, par l'air de la tète, et qu'il ail comme lui le tarac- *^tèresinguliei'et pour ainsi dire unique, d'un long pinceau» de poils noirs à la ]K)inie des t)reilles, iipus avons présumé, par les dis* convenances qui se trouvent entre ces deux animaux, qu'ilaéfoient d'espèce différente. Le' caracal n'est point moucheté comme le lytï^ ; il a le poil plus rude et plus court', la queue beaucoup plus longue et d'une couleur • uniforme, le museau> plus allongé , la mine beaucoup moins douce et lè naturel plus féroce. Le lynx n'habite que dans les pays froids ou tempérés ; le caracal ne se trouve que -dans les climats les plus chauds. C'est autant par cette dil'fi&'ence du naturel et du climat que nous les avons jugés de depx espèces-différentes, que par l'inspection et par ta comparaison des deux animaux , que nous avobis vus vivans , et qui , comme tous ceux
3ue nous avons donnés Jusqu'ici, ont été essinés et décrits d'après nature.
Cet animal esi commiui eu Barbarie , en Ar^ie, 0. dans tous les pays qu'habitent le liou, la panthère et l'once. C^omme eux, il vit de proie : mais, élant plus petit et plus foil)le, il a plus de peine à se procurer sa subsistance; il n'a, pour ainsi dii^, que ^ee que les autres lui laissent, et souvent il est forcé à se contenter de leurs restes. Il s'éloigne de la panthère, parce qu'elle exerce ses cruautés lors même qu'elle est pleinement rassasiée; mais il suit le lion, (pu, dès qu'il est repu , ne fait de mal à personne : le caracal profite des débris de sa table ; quelquefois même il l'accompagne d'assez près , parce que , grimpant légèrement sur les ar- Lres, il ne craint pas la colère du lion, qui ne pourroit l'y suivre comme fait la panthère. C'est par toutes ces raisons que l'on a dit du caracal qu'il étoit le guide ou le pourvoyeur du lion ; que celui-ci , dont l'odorat n'est pas fin, s'en servoit pour éventer de, loin les antres animaux , dont il pariageoit ensuite avec lui la dépouille.
Le caracal est de la grandeur d'un renard, mais il est beaucoup plus féroce et plus fort:
on l'a vu assaillir, déchirer et mettre à mor
• en peu d'instans un chien d'assez grand* taille, qui, combattant pour sa vie , se de fendoit de toutes ses .forces. Il ne s'^pri *voise que très-difficilement : cependant , lorsqu'il est pris jeune, et ensuite élevé ave( soin, on peut le dresser à la cbasse, qu'il aime naturellement, et à laquelle il réussit très-bien, pourvu qu'on ailM'atiention de ne le jamais lâcher que contré des animaux qui lui soient inférieurs et qui ne puissent
'lui résister; autrement il se rebute et refuse le service dès qu'il y a du danger. Oq s'en sert aux Indes pour prendre les lièvres, les lapins, et mêmç les grands oiseaux, qu'il sui-prend et saisit avec une adresSe sia- ' gulière. *
* J'ai dit, à l'article du caracal , que le mol karrahkulak signifioit chat aux oreiUei noires; M. le chevalier Bruce m'a assure qu'il signifioit chdt du désert. Il a vu , dans la partie de la Nubie qu'on appeloit autrefois l'ile de Morée, un caracal.qui a quehjue ' différence avec celui de Barbarie, dont nous avons donné la figure. Le caracal de Nubie â la face plus ronde, les oreilles noires en dehors, mais semées de quelques poiU argentés. Il n'a pas la croix de mulot sur le garrot , comme l'ont la pliîpart des caracals de Barbarie. Sur la poiirine,.le "ventre et l'intérieur des cuisses, il y a de petites taches fauve clair et non pas brun noirâtre comme dans le caracal de Barbarie, Ces petites différences ne sont que de légères variétés, dont on peut encore augmenter le nombre: car il s*e trouve même en Barbarie, ou plutôt dans la Libye, aux environs de l'ancienne C^psa , un caracal à oreilles blanches , tandis que les autres les ont noires. Ces oaracals à oreilles blanches ont aussi des pinceaux, mais courts, minces et noirs. Ils
• ont la queue blanche à l'extrémité et ceinte de quatre anneaux noirs, et quatre guet ivs noires derrière les quatre jambes, comme celui de .Nubie; ils sont aussi beaucoup plus petits que les autres caracals , n'étaat guère que de la grosseur d'un grand chai domestique; les oreilles, qui sont fort blan-
t. d»f Carnassiers. FanâSeï^ C
Di{^lipraites. Genre- Chat. /.
Ordre, dar Carnassiers . . .id. .id . .
LE CARACAL. ' M
cbes en dedans et garnies d'un poil fort pinceau*. Il paroît aussi que^ces animaux ,
touffu, sont d'un rotix vif eu dehois. Si cette différence dans la grandeur étoit consianle, on pourroit dire qu'il y a. deux es
qui -varient si fort par tes oreillps, varient paiement par la forme et la longueur de la qpeue , et par là hauteur des jambes ; car
mee& de caracals qui se" trouvent également ' Jw. Edwards nous a envoyé la figure d'un eu Barbarie; Vtine grande, à oreilles noires caracal de Bengale, que nous* donnons ici,
et loMgs pinceaui, et l'autre beaucoup plus petite, à oreilles bUnçhes et à très-petits
dont la' queue et les jambes sont bien pli^s* longues que dans le caracal ordinaire.
LE SERVALî
C£T ai^imal^ qui à vécu pendgint quelques aimées à la Ménagerie du Roi , sous le nom de chat^tigre^ nous paroît être le même que ■ <»lui qui a été décrit par MM. de l'Académie , cous le nom de chat-pard; et nous ignorerions peut-ètse encone $on vrai nom , si M. le marquis de MontmiraS ne Teiil trouvé -dans un voyage italien .dont il a fait la traduction eti'extrait. « Le maraputé, que les «. Portugais <le l'Inde appelleul serval ^ dit « le i*. Vincent-Marie , est iin animal sauce vage et féroce, plus gros que le chat saii- « vage et un peu plus petit que la civette, « de laquelle il diffère , en ce que sa tête « est plus ronde et plus grosse relativement « au volume de son corps , et que son front « fVar.oit creusé dans le milieu. -Il/essomble V à la panthère par les couleurs du poil , qui « est fauve sur la tête, le dos , les flancs, et '<^ blanc sous le ventre, et aussi par les tact ches , qui sont, distinctes , également dis- « tribuées , et un peu plus petites que celles «( de la panthère ;*ses yeux sont trèâ-brillaus, « ses moustaches fournies de soies * longues « et roides ; il a la queue courte , les pieds (c grands et armés d'ongles longs et crochus. « On le trouve dans les montagnes de l'Inde : « on le voit rarement à terre; il se tient « presque toujours sur les arbres , oii il fait « son nid et prend les oise>aux , desquels il' « se nourrit :il saute aussi légèrement q^'un M singe dW arbre à Vautre, et avec tant » d'adresse et d'agilité qu'en un instant il * parcourt un ^rand espacé , et qu'il ne fait, « pour-annsi dire que paroi ire et disparoître. « Il eftt d'un naturel féroce : cependant il
« fuit à Paspect de l'homme, à moins qu'on « lie l'irrite , surtout en dérangeant sa bauge ; « car alors il devient' furieux , il s'élance , « mord et déchire*, à peu près comme la « panthère. »
• La captivité, les bons ou les mauvais traitemens , ne peuvent ni dompter ni adoucir la férocité de cet animal ; celui que nous avons vu à la Ménagerie étôit toujours sur le point.de s'élancer contre ceux qui l'approchoient : on n'a pu le dessiner ni le décrire qu'à travers la grille de sa loge. On le nourrissoit de chair comme les panthères et les léopards.
Ce serval, ou maraputé dû Malabar et des Indes, nous paroît être le même ani- • mal que le chat-ti^re du Sénégal et du cap de Bonne-Espérance, qui," selon le témoignage des voyageurs , ressemble au chat par Ja figure, et.au ti^re (c'est-à-dire à la panthère ou au léopard) parles taches noires et blanches de son poil. « Cet animal , di- « sent-îls , est quatre fois plus gros qu'un « chat; il est vorace et mange les singes, les « rats , et les autres animaux. »
Par la comparaison que nous avons faite du serval avec le chat-pard décrit par MM. de l'Académie nous n y avons' trouvé d'au- ' très différences que les longues taches du dos et les anneaux delà queue du chat-pard , qui ne sont pas dans le àerval; il a seule- ,ment ces taches du dos placées plus près que celles des autres parties du corps ; mais cette petite disconvenance fait une différence trop légère pour qu'on puisse douter de l'identité d'espèce de ces deux animaux.
St«
ANIMAUX. CARNASSIERS
»<t»i» <»■*'»■%<»* ««^■•'♦«'^'^"'«wi^t** Vt«^ v%^ik« M ««« «Mi%«M 1
t'***'»%fc^»#»ii'%»^^%»»%%<
L'OCELOT.
L^ocEiiOT est un animal d' Amérique , féfoce et carnassier , que Ton doit placer à côté dii jaguar, du ooaguar, ou immédiatement après; (Ar il en approche pour la grandeur et leur ressemble par le naturel et par la 'figure. Le mâle et la femelle ont été apportés mans à Paris par M. Lescot , et on les a vus à la foire SainUOvide, au mots de septembre de Tannée 1764. Us ve- Aoieiit des terres voisines de Carthagèiie, et ils avoient été enlevés tout petits V leur mère au mois d^oçtobre 1 763 : à trois mois d'âge ils étoient déjà devenus assez» forts et assez cruels poiu* tuer et dévorer une chienne qu'on leur avoit donnée pour nourrice; à ijn an d'âge, lorsque nous les avons vus, ils avoient environ deux pieds de longueur, et il est certain qu'il leur restoit encore à croître, et que probablement ils n'avoient pris alors que la moitié ou les deux tiers de leur entier accroissement. On les montroit sous ie nom de clhatS'tigres ; mais nous avons rejeté cette dénomination précaire et composée, avec d'autant plus de raison qu on nous a envoyé sous ce même nom le jaguar, le serval, el le margay , qui cependant s<^nl tous ti'ois différons les uns des autres et différens aussi de celui dont il est ici question.
Le premier auteur qui ait fait mention expresse de cet animal , el d'une manière à le faire reconnoitre , est Fabri : il a fait graver les dessins qu'en avoit faits Recchi , et eh a composé la description d'après ces mé mes, dessins, qui étoient coloriés; il en donne aussi une espèce d'histoire , d'après ce que Grégoire de Bolivar en avoit écrit et lui en avoit raconté. Je fais ces remarques dans la vue d'éclaircir un fait qui a jeté les natusalistes dans.nne espèce d'erreur, et sur lequel j'avoue que je m'élois trompé comme eux : ce fait est de savoir si les deux animaux dessinés par Recchi, le premier avec le nom de tlalaulufuiocetoU, et le second avec celui de tlacoozlotl ^ tlalocelotly et ensuite décrits par Fabri cpmme étant d'espèces différentes , ne sont pas le même animal. On éloit fondé à les regarder et on les regardoil en effet comme dii'férens, quoique les figures soient assez semblables, parce qu'il ne laisse pas d'y avoir des différences dans les noms, et même dans les descriptions. J'avois donc cru que lé premier pou-
voit être le même que le jaguar , en sorte que, dans la nomenclature de cet animal, j'y ai rapporté lé nom mexicain tlatlauhquiocehtl. Or , ce nom mexicain ne lui appartient pas; et depuis que nous avons vu les animaux mâlp et femelle dont nous parlons ici, je me suis persuada j}ue les deux qui ont été décrittf^par Fabri ne sont que re même animal, dont le premier est le mâle, et le second la femelle. U falloit un hasard comme celui que nous avons eu , tet voir ensenU>le le*mâle et la femell«r, pour reconnofttre cette petite erreur. De tous les animaux à peau tigrée , l'ocelot mâle a certainement la robe la plus belle e,\ la plus élégamment variée; celle du léopard même n'en approche pas |îour là vivacité des couleurs et la régularité dur dessin, et celle du jaguar , de la panthère , ou de Ponce , eu approché encore moins.; mais dans l'ocelot femelle les couleurs sont bien plus foibles, «t le dessin moins régulier , et c'est cetie différence très-apparente qui a pu tromper Recchi , Fabri , et les autres. On verra , en comparant les ligures et les descriptions de l'un et de l'autre , que les différences ne laissent pas d'être considérables, et qu'il manque à la robe de la femelle beaucoup de fleurs et d'omemcns qui se trouvent sur celle da mâle.
Lorsque l'ocelot a pris son entier accrois sèment, il a, selon Grégoire de Bolivar, deux pieds et demi de hauteur sur environ qnalre pieds de longueur*; la queue , quoi (pie assez longue, ne touche cependant pas la terre lorsqu'elle est pendante , et par conséquent elle Ti'a guère que deux pieds de longueiu*^ Cet animal est très-vorace ; il est en même temps timide : il attaque raremeni ,Ies hommes, il craint les chiens; et dès qu'il en est poursuivi , il gagafe les bois et grin>pe 'Sur un arbre : il' y demeure, el même y séjourne pour dormir et pour épier le gibier ou le bétail , -sur lequel il s'élance dès qu'il le voit à portée. Il préfère le sang à la chair ; el c'est par cette raison qu'il détruit un grand nombre d'animaux, parce qu'au lieu de se rassasier en les dévorant, il ne fait que se désaltérer en leur suçait le sang.
Dans l'état de captivité, il conserve ses mœurs; rien ne peut adoucir son natui*el féroce , rien ne peut calmer ses hiouvemens inquiets ; on est obligé de le tenir toujours
L' OCIEILOT DJOTliorades. Gaa-e- Chat, /