‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 118 sur 146 · LE CHACAL ET L'ADIVE · texte numérisé non relu

LE CHACAL ET L'ADIVE

Nous ne sommes pas assuré que ces deux noms désignent deux animaux d'espèces différentes; nous savons seulement que le chacal est plus grand , pins féroce, plus difficile à apprivoiser que l'adive >, mais qii'au reste ils paroissent se resseml)ler à 'tons égards. Il se pourroit donc que l'adive ne fût que le chacal privé, dont on aurai* fait une race domestique plus petite, plus toible et plus douce que la race sauvage ; car l'adive est

I. J'ai lu dans quelques-unes de nos chroniques de Frauce que, du temps de Cliarlcs I\, beaucoup de femmes à'Ja -cour àVoient des adives au lieu de patitt dii^s.

an chacal à peu près ce que le bichon ou petit chien barbet l^st au chien de berger : cependant comme ce fait n'est indiqué que par quelques exemples particuliers , que l'espèce du < chacal en général n'est point domestique comme celle du chien , que d'ailleurs il se trouve rarement d'aussi grandes différences dans une espèce libre, nous sommes très-porté à croire que le chacal et l'adive sont réellement deux espèces distinctes. Le loup, le reuard, le chacal, et le chien, forment quatre espèces qui, quoique très- voisines les unes des autres, sont néanmoins différentes entre elles. Les tariété»

AniMAUiL <:àrnassiers.

danf Vesfke» da clùea aont en très-grand ' nombre; la |dupart TÎeon^t de l'état de domesticité auquel il paroîl avoir été réduit de tous les temps. L'homme a créé des races dans cette espèce en choisissant et mettant ensemble les plus grands ou les plus petits, les plus jolis ou les plus laids , les plus velus ou les plus nus , etc. ; mais indépendamment de ces races produites par la main de l'homn^y il y a dans l'espèce du chien plusieurs Tariétés qui scmbleiil ne dépendre qiie du climat. Le dogue , le dauois , l'épagneul , le chien turc, celui de Si!>érie, etc., tirent' leur nom du climat d*où ils sont originaires , et ils paruisscnl être plus difFerens entre eux que le chacal ne l'esl de Tadive : il se pourroit donc que les chacals, sous différens climats, eussent subi des variétés diverses, et cela s'accorde assez avec les faits que nous avons recueillis. Il paroit, par les écrits des vojageurs, qu'il y en a partout de grands et de petits ; qu'en Arménie, en Cilirie, en Perse, et dans tonte la partie de l'Asie que nous appelons le Levant, où cette espèce est très-nombreuse, irés-incommode , et très-nuisible, ils sont communément grands comme nos renards ; qu'ils ont seulement les jambes plus courtes , «t qu'ils sont remarquables par la couleur de leur poil, qui est d'un jaune vif et brillant t c'est pour cela que plusieurs auteurs ont appelé le chacal hup doré. V.n Barbarie, aux Indes orientales, au cap de Bonne- * Espérance, et dans les autres provinces de l'Afrique et de l'Asie , celte espèce paroit avoir subi plusieurs variétés ; ils sont plus grands dans ces pays plus chauds , et leur poil est plutôt d'un brun roux que d'un beau jaune , et il y en a de couleurs difféi-entes. L'espèce du cliacal est donc répandue dans toute l'Asie, depuis l'Arménie jusqu'au Malabar, et se trouve aussi en Arabie, en Barbarie, en Mauritanie, en Guinée et dans les terres du Cap : il semble qu'elle ait été destinée à remplacer celle du loup, qui manque, ou du moins qui est très-rare, dans tous les pays chauds.

Cependant comme l'on trouve dés chacals et des adives dans les mêmes terres, comme l'espèce n'a pu être dénaturée par une longue domesticité, et qu'il y a constamment une différence considérable entre ces animaux pour la grandeur et même pour le naturel , nous les regarderons comme deux espèces distinctes, sauf à les réunir lorsqu'il sera prouve par le fait qu'ils se mêlent et

Ênoduisent ensemble. Notre présomption sur ï différence de ces deux espèces est d'autant

fondée qn*ette paroit a'aoeoider avec Vopinion des anciens. Aristote, après avoir parlé clairement du loup , du renard et de rbyène, indique assee obscurément deiii autres animaux du même genre, l'un sou^ le nom de panfher el l'autre sous celui de tftos. Les traducteurs d' Aristote ont inter ^prêxé panther par lupus canarius, et i/ios pc-; /iifttu ctTf'ar/ifi ; loup-canier , loup-cervier. Cette interprétation indique assez qu'ils regardoient le panther et le thos comme dv> espèces de loups : mais j'ai fait voir à Taiticle du lynx que le iuptis cervaritts des Latinsr n'est point le thos des Gret;s ; ce lupus cervaritu est le même que le chaus de Pline, le même que. nôtre l>nx ou loup-cervier. dont aucun caractère ne convient au thos. Homère , en peignant la vaillance d' Ajax , qui seul se précipite sur une foule de l>oyeiL> au milieu desquels Ulysse blessé se trouvoit engagé, fait la comparaison d'un lion qui , fondant tout à coup sur des thos attroupés autour d'un cerf aux abois^ les disperse d les chasse comme de vils animaux. Le scoliaste d'Hoinère interprète le mot thos y^i celui de panther, qu'il dit être une espèce de loup foible et timide : ainsi le thos et lo panther ont été pris pour le même animul par quelques anciens Grecs; mais Aristuie paroît les distinguer, sans leur donner néanmoins des caractères ou des attributs différens. « Les thos,. dit-il, ont toutes les par- « lies internes semblables à celles du loup... « Ils s'accouplent comme les chiens, et pio- « duisfiit deux, trois ou quatre petits, qui " naissent les yeux fermés. Le thos a le coi p> « et la queue plus longs que le chien, a\(c «< moins de hauteur; et , quoiqu'il ail les jam- « bes plus courtes , il ne laisse pas d'avoir au- K tant de vitesse, parce que, étant souple et « agile, il peut sauter plus loin... Le hon et « le thos sont ennemis, parce que, vivant « tous deux de chair, ils sont foixiés de prenez dre leur nourriture sur le même fonds et « par conséquent de se la disputel'... Les <c thos aiment l'homme, ne l'attaquent point «et ne le craignent pas beaucoup; ils se u battent contre les chiens et avec le lion ; « ce qui fait que dans le même lieu on ne t€ trouve guère des lions et des thos. Les «r meilleurs thos sont ceux qui sont les plus « petits : il y en a deux espèces, quelques- « uns même en font trois. » Voilà tout ee qu'Arislote a dit au sujet des thos, et il en dit infiniment moins sur le panther : on ne trouve qu'un seul passage dans le même chapitre XXXV du sixième livre de son Histoire des Animaux, « Le panther, dit-il, produit

ILE riMAirAL AenTE

. OrWre iie.f f «riiftHBiers. Fnmi7/e oîv Carnivores. 2H6u des DiOTfiii^radi'K. Genre C'tien. /Cnùri

- * m CHACA.L ET VÀDtfTE.

H quaire pelit»;'>ib <»« 1« T*»» Serines » comme les petits loil|)j lors de leur aais- « sance. >> En comparant nee^çiNages avec celui d'Homère et avec ceux des antres auteurs grecs , il mé paroît presque certain que le thos d'Aristote est le grand chacal, et que le panther est le petit chacal ou l'adive.On Toit qu'il admet deux espèces de thos , qu'il ne parie du panther qu'une seule fols et poiuainsi dire à l'occasion du thôsrU «st donc très-probable que ce.panther esWfe thos de la petite espèce; et cette probabilité semble devenir une certitude par le témoignage d'Oppien , qui met le patother au nombre des petits animaux^ tels ^neles loirs et les chats.

Le thos esiêtj^Ê^ est l'adive ; et , soft ^i pèces différentesou qtt»|'en fassent qu'une, il est certain que ce qu^^s les anciens ont dit du thos et du pauiherHonvientau cliacal fet à l'adive, et ne peut s'appliquera d'autres animaux; et si jusqu'à ce jour la vraie signification de ces noms-a^é ignorée, s'ils ont toujours été mal interprétés, c'est pftrce que les traducteurs ne connoissoient pas les animaux , et que les naturalistes modernes, qui les cooBoiaeoient peu , n'olït pu les réformer.

Quoique respècé du loup soit fort voisine de celle du chien, celle du chacal ne laisse pas de trouver place entreles deux, le chacal ou adive, comme dit Belon, est bête entre loup et chien. Avec la férocité d» loup U a en effet m\ peu de la familiarité du chien; sa voix est un hurlement mêlé d'aboiement et de gémissement; il est plus criard que le chien, plus voràce que le loup. Il ne va jamais seul, mais toujours par troupe de vingt, trente ou quarante ; ils se rassemblent chaque jour pour faire la guerre et la chasse ; ils vivent de petits animaux , et se font redouter des plus puissans par le nombre; ils

' attaquent «toute espèce de bétei! ou de volaille presque à la vtie desliommes ; ils etiti«nt insolemment et sans marquep^e crainte dans les bergeries, les étables, les écuries f et lorsqu'ils n'y trouvent pas autre chose ,

• jfe dévorent le cuir deS'harnois, des- bottes, des sotitf^s « et ^fnportent les lanières' iqu'ilt

* vtM *^ yN^ftliips d'avaler. Fadte de proie ^-Timu^, its déterreul les cadavres dies «ai- •diliùx çt des hommes : on est obligé de battre

la terre sur les sépultures-, et d'y mêler de grosses épines pour 1^ empêcher de U gratter et fouir; car tme. épaisseur de quelques pieds de terre *iie suffit pas pour les rebuter; ils travaillent phisieurs ensemble, ils accompagnent de cris lugubres cette exhumation; et, lorsqu'ils sont une fob accoutumés aux cadavres humains , ils ne cessent de' courir

' les cimetières, de suivrai^ aimées, de^'atr tacher aux caravanes : ce sont les corbeaux des quadrupèdes : la chaii^ la plus iofecte ne les dégoûte pas; leur appétit est si constant, si véhément, que le cuii* le plus sec est encore savoureux, et que toute peau,, que toute graisse, toute oniure animale , leur. est également bonne. L'hyène a ce même goût pour la chair pourrie; elle déterre aussi les cadavres, et c'est sur le rapport de cette habitude que Ton a souvent confondu ces deux

*anitnaux, quoique très-dtff&rens l'un de l'autre. L'hyène est une bête solitaire , silencieuse, très-sauvage, et qui, quoique plus fflfrte et plus puissante que le chacal, n'est pas aussi incommode , et se contente de dévorer les morts sans troubler les yivans ; au lieu que tous les voyageurs se plaignent des cris, des vols et des excès da chacal, qui réunit l'impudence du chien à la bassesse du loup, et qui, participant de la nature des deuK , seinble n'être qu'tin odieux composé de toutes les mauvaises quahtés de Ji'un et de l'autre.

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LE CHACAL-ADIVE.

La peau de c«UHadn«lv.<loBO<ée au Cabinet du Roi par M. Sonnerai, sous le nom de renard des Indes , est celle d'un chacal-adive, comme on peut le voir par celui qui est gyavédans.ce volume. , Quoique ce dermer ait été fait d'après un dessin envoyé d'Angleterre sans description, on rccennoit touiours dans les caractères respèoei,que Ton

Jours

BvFFOXf. y.

retrouve ici dans cette peau, où il y a peu de différences marquées avec l'adive décrit •précédemment.

Ce chacal-adive, qui a de longueur vingtun pouces du nez à l'origine de la queue, et vingt-trois pouces dix lignes suivant la courbure du corps , est un peu plus petit que le renard, et plus léger à»x\& les formes; sa

ai

AmMÀtnC GAlNAfiSŒHS. ^^

tétef qui a einq poaœs trois lignes du bovt du nez à l'occiput , est ioague et menue ; le miiseau ell effilé, ce qui lui rend la pbysio» nomie fine; les yeux sonl grands et les pau* pières indinées, oomme dans tous lesr i^qoarda. •

L«a oonleiin de cet adive loot le ^Te,

de longueur ; taat 1i

tie supérieure dâ

éuisseft, soA

peu plus feu

la partie extérieure àtH^

de derrière est dW ftiijw foncé , mais pâle

sur le dessus du pied; la hogi iiitenie est

aeoa,lapa^

épaules et la

tre, mais un

aux épaules;

de devant et

le eris, et le blanc. Cest le laAange deces ^ blanche et fauve, p&le en

trois couleurs , où le blaiio domine , qai iait k couleur générale de cet animal. La tète est fauve ^ mêlée de blanc sur rocciput , autour de l*oreille , aux joues , et plus brunâtre sur le nez et les mâchoires ; le bord des yeux est brunâtre. De Tangle antérieur de l'œil part une bande qui s'élargit an coin de l'oeil et s'étend jusque sur la mâchoire supérieure; celle qui part de Pangle postérieur-est étroite et se perd, en s^affbiblissant, dans les joues , so<is Toreille. Le bout du nez et les uaseaux , le ùoatour de l'ouverture de la gueule et le bord des paupières sont noirs, ainsi que les grands poils au dessus des yeux, et les moustaches, dont les plus grands poils ont trois pouces deux lignes

dont le e placé au

Le pied de devant a cia^' preroierifflii feit ppuoe, a ] poignet, lii plus grand oqgb'aliui't lignes. Le pied <^ aeirière Q*a qne ^fwHre doigts, et a les ongles plus fetîto , i}ç|p|ue le plus grand n'a que cinq lignes ; lf|| ongles sont un peu courbes et en joutlière. La queue ëg\ longue de dix pouces six lignes ; elle est étroite à son origme fi|i|MI touffue dans sa longueur; sa coui^^^ffjBta fouve pâle,

teint de blanc jusqu^à plus d' avec quâqoes la face postérieu de vingt-deux li

éa brun foncé

son extrémiié ,

même couleur sur

gueur des poils est

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