LE COCHON DE GUINÉE
Quoique cet animal diffère du cochon ordinaire p^* quelques caractères assez marqués , je présume néanmoins qu'il est de la même espèce, et que ces différences ne sont ^e d^s Vaii^g^ produites par l'influence du cKmat ; \ioui en avons l'exemple dans le cochon de Siam, qui (^ffère aussi du cochon d'Europe, el qui cependant est certainement de la même espèce, puisqu'ils se mêlent et produisent ensemble. Le cochon 4e Guinee^l à peu près de la même figure que notre cochon , el de la même grosseur que le cochon de Siam, c'est-à-dire plus petit que notre sanglier ou que notre cochon. Il est bris^aire de Guinée, et a été transporté au'S^iL, où il s'est multiplié comme dans son pays natal ; il y est dojnestique el lout-è-fait privé; il a le poil •court, roux, çt brillant; il n'a pas de soies, pas même sur le dos; le cou seulement et la croupe près de l'origine de la queue sont couverls de poils un peu plus longs que ceux du reste du corps : il n'a pas la tète si grosse que le cochon d'Éuro|>e, el il en diffère encore par la forme des oreilles, qu'il a très-longues, irès-poinlues, el couchées en arrière le long dn cou ; sa queue es! aussi beaucoup plus longue, elle touche presque à terre, m elle est sans poil jusqu'à son extrémité. A<i^ .reste, cette race de cochoQ, qui, selon "Marcgi'ave , est originair^e de Guinée-, se trouve en Asie, et particulièrement dans l'île de Java, d'où u paroit qu'elle a été transportée au cap de Bonne- Espérance par les Uollandois.
LE SANGLIeÎi du CAP VERT.
Il y a dans les terres voisines du cap Vert un auMre cochon ou sanglier qui, par le nombre des dents et par l'énormité des deux défenses de la mâchoire supérieure, uoi^ paroîl être d'ime race et peut-être •même d'une espèce différente de tous les autre» cochons , et s'approcher un peu du
«autour dç presque toutes les cabanes..^ el cinq poucff- de circonférence à U base.
UB tocHorr
êenre Cochoii. /Cao^i-/
tf/ï^fi flfcr Padij-dcrmes . . id. . . id. ..
et ellfls sont courbées et fecourbées à pe!| près comme les cornes d*an taiireau. Ce raractère seul ne suffinjili^^s* pojttjfrf^on dût regarder ce sanglier d^^pie un^wpèce particulière; mais, ce qmjptn^M^faader cette présomption, c'est tju'u difieïiè encore de ^tous les autres cochons par la longue ou-
^ du cap PerU Cet animal est encore viranjlf « (5 mai 1767) dans la ménagée de M. le « prince d'Orange. Je vais de temp$ «n temps « lui rendre visite, et cela toujours avec un « nouveau plaisir. Je ne puis me lasser <c d'admirer la forme singulière de sa tète. « J'ai écrit au- gouverneur du cap de Ronneverture de ses narines, par la grande lar- ' « Espérance, pour le prier de m'en envoyer
geur et la forme de ses mâchoires , et iiai' le nombre et la figure des dents mâchelièies. Cependant nous avons vu les défenses d'un sanglier tué dans nos bois de Bourgogne qui approchoient un peu de cetles de ce sanglier du cap Tei^ : ces défenses avoient environ trois pouces et demi de Isng sur quatre pouces de circonférence à la base; elles étoient contournées comme les cornes d'un taureau; c'est-à-dire qu'elles avoient une double courbure, au lieu que les d4fenses ordinaires n'ont qu'une simple courbure en portion de cercle ; elles paroissent être aussi d'un ivoire solide, et u est rer* tain que ce sanglier devoit avoir la mâchoire plus large que les autres*: aiifsi ^ous pouvons présumer, avec qiîetqtiWrondement , que ce sanglier du cap Vert est une simple variété, une race jparticulière dans l'espèce du sanglier ordinaire.
Nous avons donné une notice au sujet
« un autre, s'il est possible; ce que je n'ose « pas espérer, parce qu'au Cap même il a « })assé pour un monstre, tel que fier-l « sonne n'eu avoit jamais vu de semblable. « Si , contre toute espérance , il m'en vient « un , je l'enverrai en France , afin que « M. de Buffon et vous le Voyiez. On a « cherché à accoupler celui que nous avons ce ici avec une truie; mais, dès qu'elle s'est « présentée , il s'est jeté sur elle avec fureur, « et l*a éventrée. » * .
C'est d*après cette planché gravée , qui nous a été envoyée jwr M. Allamand, que nous avons fait dessiner et graver ce même animal dont nous donnons ici la figure. Nous avons retrouvé dans les Mîscellanea et les Spicilegia zoologica de M. Pallas, et aussi dans les descriptions de ]VI. Yosmaër, la même planche gravée; et ces deux derniers auteurs ont chacun donné une descMption de cet animal : aussi M. Allamand, par
d'un animal qui se trouve en* Afrique et .une lettre datée de Leyde, le 3i octobre
que lions avons appelé sanglier du cap VtrU Nous avons dit que, par l'énormité des deux défenses de la mâchoire supérieure, il nous paroissoit être d'une race et peut-être inèmie d'une espèce différente de tous les autres cochons, desquels il diffère encore par I4 longue ouverture de ses narines , et 'par la grande largeur et la fjprme de ses mâchoires; que néanmoins nous avons vvu les défenses d'un sanglier tué dans nos bois de Bourgogne qui approchoient un peu de celles de ce ^sanglier du cap Yerl, puisque ces défenses avoient environ trois pouces et demi de long sur quatre pouces de circonférence à la base, etc.; ce qui nous falsoit présumer, avec queUpie fondement, que ce sanglier du cap Vert pouvoit être une si|n-
{>le variété et non pas une espâpe particuièrc dans le genre des cochons. M. Allamand, Irès-célebre professeur en histoire naturelle à Leyde, eut la bonté de nous envoyer la gravure de cet animal , et ensuite il écrivit à M. Daubenton. dans les termes suivants.
« Je crois avec vous, monsieur, que le « sanglier représenté dans ja planche que je « vous ai epvoyée est le m^me que celui que « vous avez désigné par le nom de sanglier
17G6, écrivit à M. Daubenton qu'un jeune médecin établi à La Haye en avoit donné U description dans un ouvrage qui probablement ne nous, étoit pas encore parvenu, et qu'il en avoit fait faire la planche. Ce jeune médedln est probablement M. PalIas, et c'est à Jui par conséquent que le public a la première obligation de la connoissançe de cet animal. M. /Allamand dit, dans la même lettre',' que ce qu'il y a de plu? singulier dans ce cochon c'est.la tête;- qu'elle diffère.beaucoup de celle de nos cochons, surtout par deux smpcndices extraordinaire en forme d'omlles qu'il a à côté des yeux.
N^u siniser verons ici que le premief. fait rapporte par M. Allamand du dédalaiét de la cruaule de ce. sanglier envers la truie en chaleur semble prouver qu'il est d'une espèce différente de nos Cochons La disconvenaoce de la forme di^ la tète, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, paroît (e prouver aussi. CepencFant, comme il est neauc^up plus voisin du cochon que d'aucun* eutre ammal, et qu'il se trouve non-seulement dans les terres voisines du cap Vert, mais encore dans celles du cap de Bonne-Espérance, nous l'appellerons le sanglier d* AfiU que; et nous allohi eu donner l'histoire et
la description par extrait d'après MM. Pallas
CemRî l'appelle porc à large groin , ou sanglier d'Afrique; il le distingue, avec raison , du porc de Guinée à longues oreilles poiutues , et du pécari ou taraju d'Amérique, et aussi du babiroussa des. Indes.
«M. de Buffon, dit-il, parlant d'une « partie des mâchoires , de la queue et des « pieds d'ua sanglier extraordinaire du cap « Vert , qu'on conserve dans le Cabinet du « roi , dit qu'il y a des dents de devant à « ces mâchoires; or elles manquent à notre « sujet. »
El de là M. Yosmaër insinue q|ie ce n'est pas le même animal ; cependant on vient de voir que M. Allamand pense , comme moi, que ce sanglier du cap Vert , dont je n'avois vu qu'une partie de la tète, se trouve néanmoins être le même porc à large groin que M. Yosmaër dit être inconnu à tous les naturalistes.
M. Tulbagh , gouverneur du cap de Bonne-Espérance, qui a envoyé ce sanglier, a écrit qu'il avoit été pris entre la Cafrerie et le pays des grands Namaquas , à environ deux cents lieues du Cap, ajoutant que c'étoit le premier de cette espèce qu'on eût TU en vie. M. Vosmaër reçut aussi la peau d'un animal de même espèce qui paruissoit différer à plusieurs égards de celle de ranimai vivant.
« On avoit mis cet animal dan» une cage «de bois; et comme jélois prévenu, dit «M. Vosmaër, qu'il n'étoil pas méchant, je « fis ouvrir la porte de sa cage. II sortit pus « donner aucune marque de colère; il cOu- « roit bondissant gaiement ou furetant pour « trouver quelque nourriture , et prenoit « avidement ce que nous lui présentions ; «•ensuite, l'ayant laissé' seul pendant qucl- « ^y\es momens , je le trouvai , à mon re- « lo^rt.fort occupé à fouiller en terre, où, « noiiobsla^l le pavé fait de pe^ife^ briques « bien liées, il avoit déjà fait un trou d'une « grandeur incroyable, pour se rendre maî- « tre , comn^ nous le découvrîmes ensuite , *> d'une rigole très-profonde qui passoit au- « dessous. Je le fis- interrompre dans son « travail , et ce ne fut qu'avec beaucoup de « peine« el avec l'aide de plusieurs hommes, « qu'on vint à bout de vaincre sa résistance,' «et de le faire rentrer dans sa cage, qui « étoit à claire-voie. II marqua son chagrin « par des cris aigus et lamentables. On peut « eroire qu'il a été pris jeune dans les bois «de TAfrique, car il paroit avoir grandi
(dit }^ngg»y^3||tnt Vouvrage a été imprimé « en l'^&^^Mfl^bien passé l'hiver der-
« iii^', ^ImHIH?^'^ ^*^ ^^^ ^^^^ rude, et « qu'on ^T^^^ « partie àik ^
« II semble ^'emporter en agilité siu* les « porcs de notre pays ; il se laisse frotter vo- « lontiers de la main et même avec un bâ- « ton : il semble qu'on lui fait encore plus « de plaisir en le frottant iiidement; c'est « de cette manière qu'on est venu à bout « de le' Caire demeurer tianquille pour le « dessiner. Quand on l'agace ou qu'on le ««pousse, il se recule «n an'ière, faisant «c toujuifrs face du côté qu'il se trouve as- « sailli , el secouant ou heurtant vivement « de la tête. Après avoir été long-temps « enfermé , si on le lâche il paroit fort gai ; «41 ;5aute et donne la chasse aux daims et « au9' autres animaux , en redi*essant la « queue, qu'autrement il porte pendante. Il « exhale une forte odeur, que je ne puis com- « parer, ctque^je ne trouve pas désagréable. « Quand an le froRe de la main , cette odeur « approche ' beaucoup de celle du fromage « vert. Il mange de toutes sortes de graines ; « sa nourriture à bord du vaisseau étoit le « maïs et de la verdure autant qu'on en «avoit; depuis qu'il a goûté ici de l'orge « et du blé sarrazin, avec lesquels on nourrit « plusieurs autres animaux de la ménagerie, « il s'est décidé préférablemcnt pour cette « mangeaille el pour les racines d'herbes et <c de plantes qu'il fouille dans la terre. Le ic pain de seigle est ce qu'il aime le mieux ; « il suit les personnes qui en ont. Lorsqu'il « mange , il^'appuie fort en avant sur ses « genoux 'ëilni^; ce qu'il fait aussi en bu- « vanl , en fflmafft l'eau de la surface , et il jcc se tient souvent dans cette position sur M les genoux des pieds de devant. Il a l'ouïe « et l'odorat très-bons ; mais il a la vue «bornée, tant par la petitesse que par la « situation de ses yeux , qui l'empêchent de « bien apercevoir les objets qui sont autour « de lui , les yeux se trouvant non-seule- « ment placés beaucoup plus haut et plus « près l'un 'de l'autre que dans les autres «porcs^mais étant encore à côté et en « dessous plus ou moins offusqués par deux « lambeaux que bien des gens prennent pour tt de doubles oreilles. Il a plus d'intelligence « que le porc ordinaire.
« La tête est d'une figure affreuse; la « forme aplatie et Jggge du nez , jointe à la « longueur extrurflffinaire de la tête, à son « large groin, aux lambeaux singuliers, aux
« considérablement ici ; il est encore vivant '«4)rotubéranc^ pointues , taillant^ des
« deux côtés de ses ^ciul/^^I^ t^r fcSi'te/ .« a des dents molaires; inaU''4^es sont fQtt
« défenses , tout cela luHWslgiift aspect » en arrière dans le musoau , €9)#«réyaùù:e
« des plus monsti'ueux. '* jBrEj%»^ " -« « de Panimal nous a empêch©«â&î(rawir.
'i&'C^i t«^, « Les yeux, à proportion de la tète, sont
Vimensions prises Çpied^aMin). "l^f^'^ P^^f^^ &^, ^^"^ **f«s ï^„t^^« «^
' ' « plus près lun de laulre et des oreilles que
pieds, pouces. «« Jans le pofc commun. L'iris esl d'un brun
Longueur du corps entier.. . . 4 3 « foncé sur une cornée blanclie. Les pau-
Hau leur du train de devant. . * a 3 «pières supérieures sont garnies de cils
Hauteur du train de derrière.. 4 n "Aô ' « bruns, roides, droits, et fort serrés, plus
La plus grande épaisseur du « longs au mHieu que des deux côlés ; les
c^Jï^ps • 3 I* * «e paupières inférieures en sont dépoiurvues.
La moindre épaisseur du corps, «Les oreilles sont assez giwndes , • plus
près des cuisses a lo i/a „ rondes que pointues , en dedaus fort velues
Longueur de la tête jusque « de poil j»me; elles se renversent en ar-
entre les oreilles i 3 „ rière contre le corps. Sous les yeux on
Lai'geur de la tête entre les „ aperçoit une espèce de petit sac bulbeux
lambeaux » 9 i/a ^ ^ «ou glanduleux, et immédiatement au
Largeur du groin entre les m^*" t. dessous se font Voir'deux pellicules rondes,
défenses » 6 r5/i 6 „ plates , épaisses , drojies , et horizontales ,
Longueur de la queue » 11 i3/i6 «que j'appelle lambeaiur. des yeux- leur
« longueur et largeur est d'environ deux
« La forme du corps approche assez de « pouces un quart Sur une ligne droito
« celle de notre cochon Joines^qtie. Il me « entre ces pellicules et le museau paroit, de « paroit plus petit, ayant le dos plus aplati « chaque côté de la léte, une protubérance « en dessus, et les pieds plus courts. « djire, ronde, et pointe, saÛlante en dece La tête, en comparaison de celle des « hors. « autres porcs, est difforme, tant ijar la « La peau semble fort épaisse et remplie « structure que par sa grandeiu\ Le musçau « de lard" aux endroits ordinaires , mais dé- « est fort large, aplati, et très-dur. Le nez'' " tendue au cou, aux aines, et au fanon; «est mobile, à côté un peu recourbé \e\s «en quelques endroits elle pa^ît légère- « le bas et coupé obliquement. Les narines « m^ut cannelée, inégale, et comme si la « sont grandes, éloignées l'une de l'autre; « peau $iq)érieure muoil par intervalles. Sur n elles ne se voient que quand on soulève «tout le corps se montrent quelques poils « la tète. La lèvre supérieure est dure et •« clair-semés , comme en petites brosses de «épaisse, à côt^é, près des défenses, par « trois, quatre et cinq poils, qui sont plus «dessus et autour desquelfejaJJa., est fort «ou moins longs et posés en ligne droite «avancée et pendante, ÇSSJBT surtout . «les uns prés des autres. Le frojtt, entre « derrière les défenses, unenaise demi-ovale « les oreilles, paroîl ridé, et il est garni de « pendante et cartilagineuse qui couvre les «poils blancs et bruns fort serres, qui j^ « coins du museau. «« pariant du centre, s'aplatissent ou s'abais-
« Cet animal n'a point de dents de devant « sent de plus en plus. De là , vers le ^
«ni en dessus ni en dessous; mais les gen- « du museau, descend au milieu d«da^ê
« cives antérieures sont lisses, arrondies, et « une bande \,élroi le de poils noire et Çjts,
«dures. «qui, parlant du milieu, s'abalteîit de,
« Les défenses, à la mâchoire supérieure, « chaqVie côté de la tète; du reste, ils sont
«sont à leur base d'un bon poupe d'épais- «clair-semés. C'est principalement sur la
«seur, recourbées et sallantès de cinq « nuque du cou et sur la partie antérieure
« pouces et demi dans leur ligne courbe , « du dos qu'il y a le plû;^ de suies, qui sont
« fort écartées en dehors et se terminant en « aussi les plus serrées et les plus longues :
« une pointe~obtuse , elles sont aussi, à côté « leur couleur est le brun obscur et le gris:
«de chacune, poiwvues d'une espèce de «quelques-unes ont jusqu'à sept ou huit
« raie ou cannelure ; celles de la mâchoire « pouces de longueur avec l'épaisseur de
«inférieure sont beaucoup p!us petite! ; « celles des porcs copimuns, él se fendent
«moins recourbées, P^dbuf triangulaires, «de même. Toutes ces soies ne sont pas
«et 'usées par leur fiwementf continuel «droites, mais légèrement inclinées. Plus
«contre les défenses supérieures y elles pa- «loin, "sur le dos, elles s'éclaircissent et
« roissent comme obliquement coupées. l\y « diminuent tellement en nombre qu'elles
AMIMAUX DOMrsTinilP«.
sa! voir porlout la peau niiï. Du :, ]ea flancs, le poitrail et le ventre,
- les eàt^ de la léle el le cou, soDt |;amii
- de peliWi «oies lilaiicLes/
» Les pieds soril conrormes k ceiii de nos uporcs, diiisés en deiii. onglet iminliiset
- noirs. Les fàun onglets fioient aussi i " terre, maii sont pendants la plupart du 1 temps. La quene estaue, perptndiciilai- ' i< remeul peticlaiils, rase, el se termine
- presque en pointe. Les lestii'ules sont ad-
is k la iicau du i
f cuisjps; le prépuce est fort i
. <■ La couleur de l'animal (
entre les
de Bonn
.r^'iCid
nu de même du cap U. Vosmaêr e e dentier pelke' et te museau moius lai^e :
' manquoit les deux lambeaux sous les > veut; cependant on j tojoit de petites - émineuee» qui en paroissent être les bases • ou principes : mais il n'y avait point ces Li protubérances rondes el pointues qui sont « placées eu lignedroite entre ces lambeaux
. défens.
it des d.
■I supérieures,
■ profonde fos - terminent en pointes ai|;ues sortaiil de
• plus de six pouces el demi des cotés du
• museau, el les inférieures de deui pouces
• el demi : celles-ci, par leur Irollemeut . contre les premières, sont obliquement K us^ , et par U Ton aiguës. La grandeur
■ des défenses du dernier sujet montre €■ assez que cette peau ne peut être d'uD x jeune animal. Au reste, je n'ai trouvé'
• aucune dilTêrence aux pieds. >
M, Vosmaër termine ainsi celle destripttopiT-at suun^une que ces dinérences qn'jt vient d'indiiiiier peuvent provenir de la différence du scie. Pour mû, je ue suis •pas encore convaincu ijue ce sanglier J'Amque, malgré la première repu g uance qu'il a mai-quée pour la iruie qui lui a été présentée, ne soit pas une simple variété de notre cochon d'Eui'upe. Nous vojoiis soii) nos yeia celle même espcc» varier beaucoup en Asie , k Siam , el à la Chine ; «t les grosses défenses que j'ai trouvées sin iiue tcle énorme d'un sanglier tué dans mes propre» bois il y a rtiviron trente ans, défenses qui étuieut presque aussi que («Iles du canj^ier du Ca toujours dan» l'iacertituile
(ous des jeux esl un renfort qui va en diminuanl jusqu'au bout du groin , dç manière qu î^emble que ce soient deux tètes, dont 1^ moiiié de l'une est encliâssée dans l'autre; qu'au reste, la chair de ce cochon est glaireuse et a peu de goùl. i:elle notice me fait croire <iue l'animal que j'ai d'abord indiqué sous le nom de sanglier du Cap Vert, parce que ta lile nous a été envoyée des terres voisines du Cap, qu'ensuite je nomme laagHer 4'Afriqm, parce qu'il exista dans les terres du cap de Bonne-Espérance, se trouve aussi dans l'ile de Ma-
Daos le temps même qae je revoyoîs la feuille précédente, el que j en corrigeoii répreuve pour l'impression , il m'est arrivé de Hollande une nouvelle édition de mon ouvrage sur l'bistoire naturelle, el j'ai troine, dans le quiniième volume de cette édition, des additions très-importantes, faites par M, Allamand, dont je viens de parler. Quoique ce quinxième volume loit imprimé à Amsterdam en 1771 , je n'eii ai eu coimolssance qu'aujourd'hui i3 juillet 17 75 , et j'avoue que c'est avec la plus p'ande satisfaction que j'ai parcouru l'édition ko- ' ^ien toignèe itous égards; jioles el les additions de if judideuses el û bien écrites que je. miî fais un grand plaisir de les adopter;*je les insérerai donc dans ce volume, à la suite des articles auxquels ces observations ont rapport. Je meseroii iAea dispensé de copier ce que l'un vient de lire, j'aurais même évité quelques recherches pénibles et plusieurs discussions que j'aiété contraint de taire, si j'avais eu nlns tôt coniioissance de ce travail de M. Allamand, 1 sera aussi satisfait que mmencer par donner id e que ce savant homnie a dit au sujet du iiiglier d'Afi'iquc.
DU SANGLIRR D'AFRIQUE.
tiére, qui esl ^iei j'ai irouïé.jBS jio' M. AllamaM if
Je crois que l'on 1
Add.ilc
iDniTm
SI grasse»
e laisseat
Buffon n< « e don u^3B^ cochon, il a démon animar^chappe i touw tes m
" (;'tat un sanglier qvii a fié envoyé , en • [^fiS, dii rap de Bonne-Espéranre i la '■nénagerie dii prinred'Orangf , etqiil jus- ■ tgu'aiors a élé inconnu de iniis les natii- -raiiile». Oiid
-erochon d'Europe un animal • d'une ftpèce isolée, celiii-ci nous offre
■ de nou>elleS ananialle* qui le dislinEiienl
■ de Ions les aulrei du mime i^nre; ear
■ non seulement il a la léle difféiiTnmcat > lipirée , mais eneorr il n'a poiui de dents < incisive*, d'où la phrpart des nonipiiela- ~ leiin ont lire les carartères dislinctib de
■ eetie sorte d'animaux , quoique Ifiir nom-
■ bre nEioil poi ni constant dans nos cochons
- domestiques.
■ M. Tulbagh, gouvernenr du cap de ■Bonne-E3|iéranre, qui ne perd aucune
- orcasion de rassHnbler cl'd'enTojer en " ' ' il liabilo
■ES roCHONS. jS
• Notre sanglier arriohi reisemblei celui
• d'Euroiie par le coqis-, mais il en difTère
■ paF la léte, qui est d'une grosseur mona-
• Inieuse. Ce (|m frappe d'al)ord i^yeui ,
■ ce sont deui énormes défriisesqui sortent " de rhnqiie cdté de la mâchoire supérieure,
• et qui sont dirigées (ffcsque perpendicu-
• lairemenl en haut. Elles ont près de sept " pouces de longueur, el se lemiiaent en ■• nue |>oiLite émnuisée. Deux senihlables -dcnis, mais iriiis petiles, el surtout plus •I minces dans leur colé intérieur, sortent
■ de la mâchoire inférieure , et s'apnliqiiput
• cxaclenient au colé eitérieur des défensel " supérieures quand ta gueule esl fermée; D ce sont là de poissantes armes dont il peut "Se servir utilement dans le pays qu'il ha- •■ bits, où il est ïraisemblahiemenl exposé
• sfluient aux attaques des bétet camas-
l de c
« Sa téle est fort large , et plaie par de- -vanl; elle se termine en un ample boii- > loir, d'un diamètre presque égnl à la lar-
• geiir de la léte, et d'une dureté qui ap- " proche de celle de la corne : il s'en sert, " comme nos cochons, pourcreuser la terre.
• Ses yem sont pelîls et {daeés sur ledennt de laçoH qu'il ne peut guère
is seulemeiil devant soi ;
■ est redevable de «e sanglier. Dans la lettre ' -donl-il raerompagna , il marquoil qu'il
• iroit élé pris fort avant dans les terres,
• i environ deun cents lieues du Cap, et
- que c'étoit le premier qu'on j eût vu vi-
• vant. (^pendant il en a envov^ un aulre
■ l'année passée, qui vit eneor^ o( en 175-
■ il enavoil envoyé unrpeaUj Jogfon n'a
• pu conserver que ta lêle, ce qui semble
■ indiquer que ces animaux Tirlsoiit pas
• rares dans leur pays nalal. Je ne sais si
- c'est d'eux que Kollie a voulu parler quand
• il dit -.Onne uoiffuc rarement (/» cochons
• sauvages iA(R> /et conlrtet qu'occupent les
• Hollandais; commt il n'jr a giit peu dt
■ ni sont pas tentai d'r iitnir .- d'ailleurs les ' lious. L tigris. et%i «.,t,a anirnaux Je 'proie , k-s delruîsenl 11 tien qu'ils ne sau-
• raient beaucoup multiplier.
• (kimme il n'ajoute à cela aucune des-
■ Criplion, on n'eu peut rien conclure; et
■ ensuite il range au nombre des cochons
• du Oaji le grand fou
*t*fiioil
illes qtlt dans le sanglier eurO'
• peen ; au dessous est un enfoncement de « la jwau qnifunne une espèce de eactrcs- « ride. Ses oreille* sont fort garnies de poil - en dedans. Un pen plus bas, ]H««|uei
• coté des yeux, la peau s'élève et fonne "deuï.eici-0i.^nne8*qHi, vues d'une cer- ■ tairie distance, ressemhlcDl tout-i-fait à
elles e
hgure,
■ grandeur; et, sausétre fort mobiles, elles
■ forment presque un même jilan avec le
• devautdelat£le:au dessous, eiilre ces ex-
■ croissances et les défenses, il j a une ^fflff^..
• verrue à rliaquecoté de la tête. Oa.co ~ iséiBeal qi '
E cDiiliMiration le phjstbtiomie . Quand on le regarde de
^mble ,à
■elle d'ail
r'orhôn. Quel ras il Dit fqmf^"»'
I inspire de la
• crainte par la grandeur de ses défenses.
• MM. Fallas el Vosmaèr, qui uou}.en ont-
• donué une ' Lonne descrîpiioa. disent
• qu'il étoit foil doux el liès-apprivoîsé i quand il airiva en Hollaude ; f-umme il
mimai 1]' Amérique ' -.a au c'orhôn. Que
« que'dilDitf^dfaFiussi - et qu'il avuil été pris asseï jeune, il éloit ■"^^ -presque devenu domestique ; cejiendtnt.
AmM\UX D
« si on le paui'fuivair, el s'il ne connoissoit
• pas \t$ gens , il se retirait tentemen) en
• Hriîcrc, en préseiilanl le front d'iiii air -mciiapnt, el cem-ià mêmes (|u'il imoil
■ loLii lei jours dévoient saa» défier.
• Lliomnie à [[iii U gacde en élolt ron&ée
• en B fait une trislc expérience : cel aui-
• ma] se mit un jour Je mauvaise Ltimeiir
• contre lui , et d'un coup de ses défenses
• il liJ G[ une large blessure à la cuiasse,
- dont il moiinil le leiiJcinaiii. Pour pré-
• venir de pureil) aceideus dans la suite,
- ok du nbiiçé de l'oler de la ménagerie ,
• 01 de le tenir dans un endroit renfi^rmé,
• où peraoune ne pDuvoÏL eu approcher. Il
• est mort au Lont d'W" année, et sa dé- « poitille se voit daiis-te Cakinel d'Iiisloire
• naturelle du princt^d'Orangc. Celui igui
• l'a remplacé, et qui est acluellemenl dans
• ta même ménagerie, est encore fort jeune ;
- SCS défi^nses n'ont guère plus de deux .
■ pouces de longueur. Quand on le laisse •■ sortir du tieu ofi on le reutemie, il té-
■ moigne sa joie par des bonds el des sauts,
- et eu couranl i\eK beaucoup plus d'agilité
• (lue uos eoclioiis; il lient alors sa queue
- élevée et fort droile. C'est |ioui' cela , sans
• doute , (jue les lialiilans du C^ lui ,oat
- donné le Uoni de karlhiiper, «U Je cou- •
« Un ne peut pas douter que cet animal
- ne fasse ua genre Irès-disliuct de ceux qui
• oui élé connus jusqu'à présent Jalis la
- race des codions : quoiqu'il leur ressem'
• b)e par le corps, le défiintde dents inci-
■ sives cl la siujjiiiièi'e coiifigiiralion Je sa « tète sont des caractères dislincljfs trop
• mai'qués pour qu'on puisse Ic^ attribuer
• aux changemens opéras par le climat, et -
• cela d'autant plus qu il jr a eu Afiique,
■ des coeboui qui ne diffèi'enl en rien des rs que ji^'la taille, qui est plus petite.
.ftqui . qu'if ne
])aroU pas qu'il puisse multiplier avec nos codions; du muûls' a-t-ou lieu de le jnésumer par l'eipériciice qu'on ta a fuite. Ou lui donna une truiede Guinée; apràs qu'il l'eut flairre pendant quelque temps, il la poursuivit jusqu'à ce qu'il la liut dans un endixiil doit elle ne pouvoii pas s'échapper, el là il^'é
1^ de dénis. Il ne fit pa(.liadfrnr acril à une Iruie orJiiiilire quoji'lui pi-é-
|u'il y a à Mada-
ont deux cornes
nme deux callo-
« sites, et que ces animaux sont presque
• aussi dangereux qu'en France. M. de
• Buffon croit qu'il s'agit dans ce passage
• du ba'^iroussa, el peut-être a-l-il raison;
• peul-élre aussi y esl-il question de nuire
- sanglier ; ces cornes, qui ressemblent à
• deux callosités, peuvcul aussi bien être
- les défenses de ce sanglier (|ue celles du
• babiroussa , mais tiès-mal décrites ; et ce
• que Flarcouil ajoute, que ces animaux sont
• dangereux , semble mieui convenir à notre a sanglier afiicaitL M.Adanson, en parlant
- d'un sanglier qu'il a vu au Séaégar, s'ex-
• pinme en ces termes : ./'a/wr^ui, dit-il,
■ un de ces titormei sangliers particuliers à
■ FÂfriqat , et dont je ne sache pas au' aa- M can naturaliste ait encore parlé, il était
. cercle vers le front , on elles imitaient Us rcornes que partent tl'aiitresanimaïa.M.de • Ituffon suppose encore que M. Adansou a ' voulu parliT du babiroussa; el , sansson
s porte à croire que
seuta quelijue temtis ajnês; il 1 li foil qu'il fallut liienlot la r
• ne comprends pas c
• qu'aucun, naturaliste n'en a pailé, s'il a
- eu te luiliiToussa en vue; il est trop versé 'dans l'iliifbire natureUe pour Ignorer que ' « cei animal i éié souvent décrit, et qu'on
■ trouve la léte de son squelette dans pres-
• que Ions les cabinets de l'Europe.
« Mais jiedl-êlrc aussi j a-t-il en Afrique > une autre espèce de sanglier qui ne nous
■ est pas encore connue, cl qui est celle qui
■ a clé apci'çue par M. Adansou, Ce qui me
• le fàil suup^nner, c'est la Jescrïplion que
■ M. Daubenlon a. duunée d'une parlie des
■ màelioircs d'un sanglier du ctp Vcit ; ce
• qu'il en dit pi'uuveclairenienl qu'il diffère ode nos sangliers, el seroil lout-à-fail ap-
• plicab'e à celui dont il csl ici question , s'il
• n'avoit pas des dents incisives dans du-
- cime de ces michoires. ■
^. Je soiisci'is bien volouliers à la plupart Ses réflexions que fàil ici M. Altamand : seulement, je persisle à croire, comuie^ii l'a cru d'âboi'd Jui-méme, que le sanglier du Cap doal nous avons patlé, et dot mi-
1,16 jriHiniHiN B'AiRmRir
Ûrtirif <iAf Carnassier» J''iwii3e ifiv Carnivores. Triha ifrv
DiffitijjTiidea (''enre- Chien, /fiaiirrj
choires duquel M. Daubentôti a donné la descripuon, est le même animal que celui-ci, quoiqu'il n'eût point de dent^ incisives; il n'y a aucun gem^ d'animaux crû T^i^dre et le nombre des dents varient 'plus^ie dans le cochon. Celte différence seule ne me pa-. roîl donc pas suffisante pour faire deux espèces distinctes du sanglier d'Afrique, et de celui du cap Vert, d'autant que tous. les autres caiaclères de la tête paroissent être les mêmes.
* Nous avons dit ci-dessus que le sanglier du cap Vert , dont M. Daubenton a donné la description des mâchoires, nous paroissoit être le même auimab que celui dont nous avons donné la figure sous le nom de s/ingiier d'Afrique, Nous sommes .maintenant bien assurés que ces deux animaiil forment deux espèces très-distinctes. El lel* .différent en effet l'une de l'autre par plusieurs caractères remarquables, surtout par la conformation, tant intérieure qu'extérieure, de la tête, et pai*ticulièrement par le défaut
de dents incisives qui manquent Constamment an sanglier d* Afrique, tandis qtt*on on trouve six dans la mÀonoire inférieure du sanglier du cap Yert et deux dans la mâchoire supérieure.
Le sanglier du cap Tert 2^ la tète longue et le museau délié, au lieu que celui d'Afrique ou d'Ethiopie a le museau très-large et aplati. Les oreilles sont droites, relevéfes, et" pointues; les soies qui les garnissent sont très-longues , ainsi que celles qui couvrent le corps, particulièrement sur les épaules, le ventre, et les cuisses, où elles sont plus longues que partout ailleurs. La queue est menue, terminée par une grosse touffe de soies, et ne descend que jusqu'à la longueur des cuisses. On. le rencontre non-seulemeni au cap Vert, mais sur toute la côte occidentale de l'Afrique, jusqu'au cap de Bonne- Espérance. Il paroît que c'est cette espèce de sanglier que M. Adanson a vue au Sénégal , et qu'il a désignée sous le nom dt très-grand sanglier d* Afrique^
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LE CHIEN
La. grandeur de la taille , l'élégance de la forme, la force du corps, la liberté des mouvemens, toutes les qiialités extérietu'es, ne sont pas ce qu'il y a de plus noble dans un être animé : et comme nous préférons dans l'homme l'esprit à la figure, le courage à la force, les seutimens à la beauté, nous jugeons aussi que les qualités intéiicures sont ce qu'il y a de plus relevé dans l'animal; c'est par elles qu'il diffère de l'automaie, qu'il s'élève au-dessus du végétal, et s'approche de nous : c'est le sentiment qui emioblit son être, qui le régit, qui le, vivifie, qui commande aux organes, rend' les membres actifs, fait naître le désir, et', donne à la matière le mouvement progressif, la volonté, la vie.
La perfection de l'animal dépend dt)nc de la perfection du sentiment ; plus il est étendu, plus l'animal a de facultés et de ressources; plus il existe, plus il a de rapports avec le reste de l'univers : et lorsque le sentiment est délicat, exquis, lorsqu'il peut encore être perfectionné jiar l'éducation, l'animal devient digne d'entrer en société avec l'homme; il sait concourir à ses desseins. -
veiller à sa sûreté, l'aider, le défendre, le flatter; il sait, par des servicesiflialdus , par des caresses réiiérées, se concilier son maître, le captiver, et de son tyran se faire un protecteur.
Le chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de la vivacité, de la force, de la légèreté, a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent lui. attirer les regards de l'homme. Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguii^ire. rend le chien sauvage redoutable à tous les animaux, e^ cède dans le chien domestique aux scntiinens les phis doux , au plaisir de s'attacher, ei.au désir de plaire; il vient en rampant meltre aux pieds de son maître son courage, sa force, ses lalcns; il attend ses ordres pour en faire usage; il le consulte, il l'inten'oge, il le supplie; uii^coup d'œil suffit, •'Ht entend les signes de^sa volonté. Sans avoir, comnie Tbomme, ^a lumière de la pensée, il a toute la chaleur du sentiment; il a de plus que lui la fidélité, la constance dans ses affections : nulle ambition, nul in« térêt , nul désir de vengeance , nulle crainte que celle de déplaire; U est tout zèle, tout
miMÀint DOMESTIQUES.
•rdMir, el tout (4)iiutn<ie. Plut uoiilile au MUTenir dm bieafiiis qu'à celui îles outra^, il ne *e rebute pas par les mauvaii trailemens ; il lo iiibit, lei auLilie. ou ne l'en KtufieDl Me pinir l'allarbprdaveniage: hia de l'înrftér ou de fuir, il l'expuie de lui-mâiiie i de nouretle* é|)reuve>; il lèrhe
de le frapper; il ne lui 0[)|iuse que la |i el la déuniie enfin par îi palience el
I docile q
l'homme, plus toupie LEUEOBux , ncin-sculemcDl ie n peu de temps, mais méoit
il te couforme uièrei, à toutes les hubiludes de ceux qui lui cuDinuudiMil ; il prend le laa de lu mai- •ou qu'il lialiiie; romniG les autrei dometliquef , il eti dédaigneu:i chez les gi'anJs, et nuire à la campagne, Timjiiuri empressa pour ion mallre el |irévetianl puui'
i\£eiu
iudifféreiu, par état ne «uni faiis <|ue pour impurluner; il Ici couDoit aux vélemi'n», à la voix , à leun geslei, el les empùclie d'opprucliiT. Lorsqu'on lui a confié pendant la nuit la {^e de la maison, il devient pins ûir. et
auelquefois féroce ; il veille, il fait U ronde; jeut de loin les étrangers; et pour peu qu'ils t'arrétenl uu lenleiit de fnuicliir les barrières, il s'élance, s'oppuie, et, par det abuiemenl réitérél, des ell'oris, el dei crit lie ctdere, il douue l'alarme, avertit, et
de proie (jue conlre les animaux carnassien, il se précipite sur eux, les Ulesse, les déehiiï, leur Ole ce qu'ils s'eflurçoirnl d'en-
ropose sur les déjiouillei, n'y touche pas, même pour saiisfaire Sun a|)jiétit, el donne eu même lemps des exemples de courage, de tempérance, el de fidclil&
Un sentira de quelle importance cette espèce csl daus l'ordre de la nature, en sud> posant un insU Comment l'ha cours du chien en esclavage 1< ^urroit-il eni chasser, délruî ÙhlesP Pourst
S rédocatioa dn diien, at le fniit d* cet arl. la cuaquéie et la posKnioD paisiU«
de la terre.
La plûparl des animaux ont plui d'agililé, plus de vitesse, plus de force, el même plus uurage que l'homme : la naliin: les a 11 iiiuuit, mteni armés. Ils ont ainù les sens, et surtout l'odorai, plus parfaits. Avoir gagné une espèce courageuse el docile comme celle du chien , c'est avoir acquit de nouveaux sens et les facultés qui nous manquent. Les macliines, les inslruœua que nous avons imagitiés pour perfectionner nos autres sens, pour en augmenter l'étendue, n'appnxhenl pas, même pour Tutilité, de ces machines toutes faites que la-na1ur« nous présente, et qui, en suppléant à l'imperferlîha de noire odorat, nous ont fourni de crands et d'éternels movens de vaincra el de régner : et le chien, fidèle à l'homme, conservera toujours une punion de l'empire, un degré de supériorile siu- les autres anlmani; il leur commande , il règne lui-même à la léte d'un troupeau; il s'y fait mieni entendre que la voix du bei^er : la sûreté, l'ordre, el la discipline, soni les friiilt de sa vigilance et de son acllvilé; c'est un pe'iule qui lui est soumis, qu'il conduit, qu'il prof '
prolege , jamais la f "
Mais c'est
que pour y m
e leiiuei il n'emploie
que le bru
U guerre, c'est contre iK ennemis ou iudé|iendaas qu'é- ^urage, et que son intelligence luul entière : les talens naturels qualités acquises. Dès !S le fait entendre , de* la voix du chasseur ■ 4uuné le signal d'une gucri-e prochaine, brillant d'une ardeur noutelle. le chien marque sa joie par les jiliis vifs transports;
cris, l'impatience de combatlre el le désir de vaincre : marchant ensuite en silence, il cherclie i recoonoilre le pajs, à découvrir, à surprendre l'eimemi dans sou Furi; il rechei-che ses Iraces , il les suil pai à pas , et, par des accens différeiis, indique le temps, la distance, l'espèce, et même l'ige de celui
Intimidé, pressé, désespéraiil de trouver son salut dans la fuite, l'animal se sert aussi de toutes ses farullcs, il oppdse la Rise à la sagacité. Jamais les ressources de l'instinct ne furent plus admirables : pour faire ^lerdre sa Irare, il la, vient, el revient sur ses pas; il fait des bonds, il vuudroil se délacht-r de la tore et supprimer les espaces : il franchit d'un saul les roules, les
IJE CMUETT TOTL^ CltOEniLAHIIÎ
sel tr« w inii ieo
RI
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du in loi dé du
Uia
haies; passe h la na^ les niSsseaut, les rivières : mais , toujours poursuivi , et ne poUTant anéantir son corps , il cherche k en mettre un autre à sa place, il va lui-même troubler le repos d'un voisin plus jeune et moins expérimenté, le faire lever, marcher, fuir avec lui, et lorsqu'ils ont confondu leurs traces, lorsqu'il croit l'avoir substitué à sa mauvaise fortune, il le quitte plus brusquement encore qu'il ne l'a joint, afin de le rendre seul l'objet et la victime de renuemi trompé.
Mais le chien, par cette supériorité que donnent l'exercice et l'éducation, par cette finesse de sentiment qui n'appartient (ju'à lui , ne perd pas l'objet de sa poursuite ; il démêle les pomts communs, délie les noeuds du fil tortueux qui seul peut y conduire; il voit de l'odorat tous les détours du labyrinthe, Toutes les fausses routes où l'on a voulu l'égarer; et loin d*abandouner l'ennemi pour tm indifférent, après avoir triom- Shé de la ruse, il s'iudigne, il redouble ardeur, arrive enfin, l'attaque, et, le mettant à mort , étanche dans le saug sa soif et sa haine.
Le penchant pour la chasse ou la guerre nous est commun avec les animaux : l'homme sauvage ne' sait que combattre et chasser. Tous les animaux qui aiment la chair, et qui ont de la force et des armes , chassent naturellement. Le lion, le tigre, dont la force est si grande qu'ils sont sûrs de vaincre, chassent seuls et sans art; les loujis, les renards, les chiens sauvages, se réunissent, s'entendent, s'aident, se relaient, et partagent la proie: et lorsque l'éducation a perfectionné ce talent naturel dans le chien domestique, lorsqu'on lui a appris à réprimer son ardeur, à mesurer ses mouvemens.
attaquait le bétail «t tnsultent même les hommes. On est donc obligé de les écarter
Ear la force, et de les tuer comme les autres êtes féroces ; et les chiens sont tels en effet tant qu'ils ne connongent pas les hommes : mais lorsqu'on les approche avec douceur, ils s'adoucissent, deviennent bientôt familiers, et demeurent fidèlement attachés à leurs maîtres; au lieu que le loup, quoique pris jeune et élevé dans les maisons, n'est doux que dans lé premier âge, ne perd ja« mais son goût pour la proie, et se livre tôt ou tard à son penchant pour la rapine et la destruction.
L'on peut dire que le chien est le seul animal dont la fidélité soit k 1 épreuve; le seul qui connoisse toujours son maître et les amis de la "
maison; le seul qui, lorsqu'il arrive un inconnu , s'en aperçoive ; le seul qui enteude son nom , et qui reconnoisse la voix domestique; le seul qui ne se confie point à lui-même;. le seul qui, lorsqu'il a
f>erdu son maître et ^u'il ne peut le trouver, 'ap|>elle par ses génïlssemens ; le seul qui, dans un voyage lonst|u'il n'aura fait qu'une fois, se souvienne dii chemin et retrt^uve là route; le seul enfin '4ptit les talens naturels soient évidens et l'éducation toujours heureuse.
Et de même que de tous les animaux le chien est celui dont le naturel est le plus susceptible d'impression, et se modifie-le plus aisément par les causes morales , il éM aussi de ions celui dont la nature est le plus sujette aux variétés et aux altérations causées par les influences physiques : le tempérament, Jes facultés, les habitudes du corps, varient prodigieusement, la forme même n'est pas constante : dans le même pays un chien est très-différent d'un autre chien.
qu'on l'a accoutumé à une marche régulière» et l'espèce est pour ainsi dirci toute direct à l'espèce de discipline nécessaire à cet — *~ """ — * — '" ■ '" "*"""" '* — *~
art , il chasse avec méthode , et toujours avec succès.
Dans les pays déserts, dans les contrées dépeuplées, il y a des chiens sauvages qui , pour les mœurs, ne diffèrent des loups que par la facilité qu'on trouve à les apprivoiser; ils se réunissent aussi en plus grandes troupes pour chasser et attaquer en force lea sangliers, les taureaux sauvages, et même les lions et les tigres. En Amérique, ces chiens sauvages sont de races anciennement domestiques; ils y ont été transportes d'Europe; et quelques-uns, ayant été oubliés ou abandoimcs dans ces déserts, s'y sont multipliés au point qu'ils se répandent par troupes dans les contrées hauitées, où ils
rente d'elle-même dans les différens cltmats. De là cette confusion, ce mlipinge, ti cette variété de races si nombreuses, qu'on ne peut en faire l'énuméralion : de là ces différences si marquées pour la grandeur de la taille, la figure du corps, l'allongement du museau, la forme de la tête, la longueur et la direction des oreilles et de la queue, la' couleur, la qualité, la quantité du*poil , etc. i en sorte qu'il ne reste rien de constant , rien de commim à ces animaux que la conformité de iWganisation intérieure, et la faculté de pouvoir tous produire ensemble; et conune ceux qui diffèreut le plus les uns des autres à tous égards ne laissent pas de produire des individus qui peuvent se perpétuer en produisant eux-mêmes d'autres
individus , il eit évident que toui Ij^td^ieos, quelque différens , quelque varrps 'qu'ili soient, ne font qu*une seule et mémo espèce.
Mais ce qui est di(||cile à saisir dans cette . nombreuse variété d^^ races différentes, c'est . le caractère de la race primitive, de la race originaire, de la race mère de toutes les autres races ; comment reoonnoitre les effets produits par Finfluence du climat, de la nourriture, etc.? comment les distinguer encore des autres eflets, on plutôt des résultats qui proviennent du mélange de ces différentes races entre elles, dans Tétat de liberté ou de domesticité? £n effet, toutes CCS causes al4^rQiit avec le temps les formes les plus consiniltcs, %t Tempreinie de la nalurc ne conserj^c pas. toute sa pureté dans les objets que rfimume a beaucoup maniés. Xes animaux assez^iiuépendaris pour cboisir eux^mètueS' leui' climat et leur nourritm'e solit» ceux qui conservent le mieux cette empreinte originaire; et l'on peut croire que, dans ces espèces J ]é premier, le j»lus ancien de tous, nous est encore aujourd'hui assez fidèlement rej»r«8aité par ses descendans : mais ceux quèi^bomme s'est soumis, ceux mril'a transportés de climats en climats, ceux dont il a chaugé la nourriture, les habitudes, et la manière de vivre, ont aussi dû changer pour la forme plus que tous les autres; et Ton trouve en effet bien plus de variété dans les espèces d'animaux domestiques que dans celle des animaux sauvages : et comme, parmi les animaux domestiques, le* chien est de tous celui qui s'est attaché à l'homme de plus près; celui qui, vivant comme l'homme, vit aussi le plus irrégulièrement; celui dans lequel le sentiment domine assez pour le rendre do-
AmMAtJX DOMESTIQUÉS.
Sroeurer de nouvelles races de chieni et 'autres animaux. D^ailleurs, quoique toutes les espèces soient également anciennes, le nombre des générations, depuis la création, étant beaucoup plus grand dans les espèces dont les individus ne vivent que peu de temps, les variétés,, les altérations, la dcgéueration môme, doivent en être devenues plus sensibles, puisque ces animaux sont plus loin de leur souche que ceux qui vivent
{)lus long-temps. L'homme est aujourd'hui luil fois plus près d'Adam que le chien ne l'est du premier chien , puisque l'homme vit quatre-vingts ans, et que le chien n'en vit f^ dix. Si donc, ]>ar quelque cause que ce puisse être , ces deux espèces tcndoient égalemeni à dégénérer, cette altération seroit aujourd'hui huit fois plus marquée dans le chien que dans l'homme.
Les petits animaux éphémères, ceux dont la vie est si courte qu'ils se renouvellent tous les ans par ta génération, sont iufmimcnl plus sujets que les autres animaux aux variétés et aux attéraiions de tout genre. Il en est de même des plantes annuelles en comparaison des autres végétaux ; et il y en a même dont la nature est pour ainsi dire arliilcielle et factice. Le blé, par exemple, est un« plante que l'homme a -changée au point qu'elle n'existe nulle part dans l'éiat de nature : on voit bien qu'il a quelque rapport avec l'ivraie, avec les gramens, les chiendents, et quelques autiTS herbes des prairies; mais ou ignore à laquelle de ces herbes on doit le rapporter : et comme il se renouvelle tous les ans, et que, servant de nourriiure à Ihomme, il est de toutes les planles celle qu'il a le plus travaillée, il est aussi de toutes celle dont la nature est le plus altérée. L'homme peut donc non seule-
cile, obéissant, et susceptible de toute im- ^ncnt faire servir à ses besoins, à son usage
pi%ssioa et même de toute contrainte, il '— ■--'--■' ' *' -"- — - -'
n'est pas étonjbnt que de tous les animaux ce soû aussi ït lui dans lequel on trouve les
plus grandes variétés pour la figure, pour la taille, pour la couleur, et pour les autres qualités... • -.-^
Quelques * circonstances concourent encore à celle altération. Le chien vit assez peu de temps ; il produit souvent et en assez grand nombre; et comme il c^t perpétuellement sous lès yeux de Thomme, dès que, par un hasard assez ordinaire -à- la nature, il se sera trouvé dans quelques individus des singularités ou des variétés apparentes, on aura tâché de les perpétuer en unissant ensemble ces individus singuliers, comme on le fait encore aujourd'hui lorsqu'on veut se
tous les individus de l'univers, mais il peut encore, avee le temps, changer^ modiiier, et perfectionner les espèces ; c'est même le plus beau droit qu'il ait sur la nature. Avoir transformé une herbe stérile en blé est une espèce de créai ion dont cependanl il ne doit pas s'enorgueillir, puisque ce n'est qu'à la sueur de son front et par des cultures réitérées qu'il peut tirer du sein de lu terre ce pain souvent amer qui fait sa subsistance. Les espèces que l'homme a beaucoup travaillées, tant dans les végétaux que dans les animaux, sont donc celles qui de toutes sont le plus altérées; et comme quelquefois elles le sont au point qu'on ne peut reconnoître leur forme primitive, comme dans le blé , qui ne ressemble plus à la plante dont
LE CHIEN
Sf
il a tiré son origine, il ne seroit pas impossible que dans la nombreuse variété des chiens que nous voyons aujourd'hui, il n^y en eût pas un seul de semblable au premier chien, ou plutôt au premier animal de cette espèce , qui s'est peut-être beaucoup altérée depuis la création , et dont la soucne a pu par conséquent être très-difTérente des races qui subsistent actuellement, quoique ces races en soient originairement toutes également provenues.
"La nature cependant ne manque jamais de reprendre ses droits dès qu'on la laisse agir en liberté. Le froment jeté sur une terre inculte dégénère à la première année : si Ton recueilloit ce grain dégénéré pour le jeter de même, le produit de cette seconde génération seroit encore plus altéré, et au bout d'im certain nombre d'années et de reproductions l'homme verroit reparoitre la plante originaire du froment, et sauroit combien il faut de temps à la nature pour détruire le produit d'un art qui la contraint, et pour se réhabiliter. Cette expérience seroit assez facile à faire sur le ble et sur les autres plantes qui tous les ans se reproduisent pour ainsi dire d'elles-mêmes dans le même lieu ; mais il ne seroit guère pos sible de la tenter avec quelque espérance de succès sur les animaux qu'il faut rechercher, appareiller, unir, et qui sont difficiles à manier, parce qu'ils nous échappent tous plus ou moins par leur mouvement, et par la répugnance souvent invincible qu'ils ont pour les choses qui sont contraires à leurs 'nabitudes ou à leur naturel. On ne peut donc pas espérer de savoir jamais par cette 'Voie quelle est la race primitive des chiens, non plus que celle des autres animaux, qui, comme le chien , sont sujets à des variétés permanentes ; mais au défaut de ces connoissances de faits qu'on ne peut acquérir, et qui cependant seroient nécessaires pour arriver à la vérité, on peut rassembler des indices et en tirer des conséquences vraisemblables.
Les chiens qui ont été abandonnés dans les solitudes de l'Amérique, et qui vivent en chiens sauvages depuis cent cinquante ou deux cents ans , quoique originaires de races altérées, puisqu'ils sont provenus des chiens domestiques, ont dû, pendant ce long espace de temps, se rapprocher, au moins en partie , de leur forme primitive. Cependant les voyageurs nous disent qu'ils ressemblent à nos lévriers ; ils disent la même chose des chiens sauvages ou devenus sauvages au Congo, qui, comme ceux d'Amérique, se
rassemblent par troupes pour fiûre la gaerrt aux tigres, aux lions, etc. Mais d'autres, sans comparer les chiens sauvages de Saint- Domingue aux lévriers, disent seulement qu'ils ont pour l'ordinaire la tête plate et longue, le museau effilé, l'air sauvage, le corps mince et décharné; qu'ils sont trèslégers à la course; qu'ils chassent en perfection; qu'ils s'apprivoisent aisément en les prenant tout petits. Ainsi ces chiens sauvages sont extrêmement maigres et légers ; et comme le lévrier ne diffère d'ailleurs qu'assez peu du mâtin ou du chien que nous appelons ichien de berger, on peut croire que ces chiens sauvages sont plutôt de cette espèce que de vrais lévriers; parce que d'autre côté les anciens voyageurs ont dit que les chiens naturels du Canada avoient les oreilles droites comme les renards, et ressembloient aux mâtins de médiocre gran* deur de nos villageois, c'est*à-dire à nos chiens de berger ; que ceux des sauvages des Antilles avoient aussi la tête et les oreilles fort longues et approchoient de la forme des renards; que les Indiens du Pérou n'avoient pas toutes les espèces de chiens que nous avons en Europe , qu'ils en avoient seulement de grands et de petits qu'ils nommoient alco; que ceux de l'isthme de 1*Amérique étoient laids , qu'ils avoient le poil rude et long, ce qui suppose aussi les oreilles droites. Ainsi on ne peut guère douter que les chiens originaires d'Amérique, et qui, avant !a découverte de ce nouveau monde, n'avoient eu aucune communication avec ceux de nos climats, ne fussent tous pour ainsi dire d'une seule et même race, et que de toutes les races de nos chiens celle qui en approche le plus ne soit celle des chiens â museau effile , à oreilles droites , et à long poil rude, comme les chiens de berger; et ce qui me fait croire encore que les chiens devenus sauvages à Saint-Domingue ne sont
}>as de vrais lévriers, c'est que, comme les évriers sont assez rares en France, on en tire pour le roi de Constantinople et des auti'es endroits du Levant, et que je ne sache pas qu'on en ait jamais fait venir de Saint-Domingue ou de nos autres colonies d'Amérique. D'ailleurs, en redicrchant dans la même vue ce que les voyageurs ont dit de la forme des chiens des difTéreos pays, on trouve que les chiens des pays h'oids ont tous le museau long et les oreilles droites ; que ceux de la Laponie sont petits, qu'ils ont le poil long , les oreilles droites , et le museau pointu ; que ceux de Sibérie, et ceux que l'on appelle chiens - loups, sont plus
ANIMAUX DOMESTIQUES
gros que ceux de la Laponie , mais qu'ils ont de même les oreilles droites, le poil rude, et le museau pointu; que ceux dlslande sont aussi à trè»*peu près semblables à ceux de Sibérie; et que de même dans les dimats chauds , comme au cap de Bonne-Espérance, les chiens naturels du ptys ont le museau pointu , les oreilles droites, la queue longue et traînante à terre , le poil clair, mais long et toujours hérissé ; que ces chiens sont excellens pour garder les troupeaux, et que par conséquent ils ressemblent non seulement par la figure, mais encore par Tinslinct, à nos chiens de berger; que dans d'autres climats encore plus chauds, comme à Madagascar, à Madure, à Calicut, au Malabar, les chiens originaires de ces pays ont tous le museau long, les oreilles droites, et ressemblent encore à nos chiens de berger;
aue quand même on y transporte des mâtins, es épagneuls, des faiarbets, des dogues, des chiens courans, des léyriers, etc. , ils dégénèrent à la seconde ou à la troisième génération; qu'enfin dans les pays excessiTement chauds , comme en Guinée , cette dégénération est encore plus prompte , puisqu'au bout de trois ou quatre ans ils perdent leur Toix, qu'ils ne produisent plus que des chiens à oreilles droites comme celles des renards; que les chiens du pays sont fort laids , qu'ils ont le museau pointu , les oreilles longues et droites , la queue longue et pointue sans aucun poil , la peau du corps nue, ordinairement tachetée, et quelquefois d'une seule couleur; qu'enfin ils sont désagréables à la Tue, et plus encore au toucher.
On peut donc déjà présumer avec quelque vraisemblance que le chien de berger est de tous les chiens celui qui approche le le plus de la race primitive de cette espèce,
{misque dans tous les pays habités par des lommes sauvages , où même à demi civilisés ,. les chiens ressemblent à cette sorte de chiens plus qu'à aucune autre; que dans le continent entier du Nouveau-Monde il n'y en avoit pas d'autres; qu'on les retrouve seuls de même au nord et au midi de notre continent, et qu'en France où on les .appelle communément chiens de Brie, et dans les autres climats tempérés , ils sont encore en grand nombre , quoiqu'on se soil beaucoup plus occupé à faire naître ou multiplier les autres races qui avoient plus d'agrémens, qu'à conserver celle-ci, qui n'a que de l'utilité, et qu'on a par cette raison dédaignée et abandonnée nti\ paysans chargés du soin des troupeaux . Si 1 on considère aussi que
ce chien , malgré sa laideur et son air triste et sauvage , est cependant supérieur par l'instinct à tous les autres chiens; qu'il a un caractère décidé auquel l'éducation n'a point de part; qu'il est le seul qui naisse pour ainsi dire tout élevé, et que, guidé par le seul naturel, il s'attache de lui-même à la garde des troupeaux avec une assiduité , une vigilance , une fidélité singulière; qu'il les conduit avec une intelligence admirable et non communiquée; 'que ses talens font l'étounement et le reiM)s de son maître , tandis qu'il faut au contraire beaucoup de temps et de peines pour instruire les antres chiens et les dresser aux usages auxquels on les destine; on se confirmera dans l'opinion que ce chien est le vrai chien de la nature, celui qu'elle ùous a donné pour la plus grande utilité, celui qui a le plus de rapport avec l'ordre général des êtres vivans, qui ont mutuellement besoin les uns des autres ; celui enfin qu'on doit regarder comme la souche et le modèle de l'espèce entière.
Et de même que l'espèce humaine paroît agreste, contrefaite et rapetissée dans les climats glacés du nord; qu'on ne trouve d'abord que de petits hommes fort laids en Laponie, en Groenland > et dans tous les pays où le froid est excessif, mais qu'ensuite dans le climat voisin et moins rigoureux on voit tout à coup paroître la belle race des Finlandois , des Danois , etc. , qui , par leur figure , leur couleur, et leur grande taille, sont peut-être les plus beaux de tous les hommes; on trouve aussi dans l'espèce des chiens le même ordre et les mêmes rapports. Les chiens de Laponie sont très-laids, très-petits, et n'ont pas plus d'un pied de longueur. Ceux de Sibérie , quoique moins laids , ont encore les oreilles droites , l'aii agreste et sauvage, tandis que dans le climat voisin , où l'on trouve les beaux hommes Jont nous venons de parler, on trouve aussi les chiens de la plus belle et de la plus grande taille. Les chiens de Tartarie, d'Albanie, du nord de la Grèce, du Danemarck, de l'Irlaude, sont les plus grands , les plus forts et les plus puissans de tous les chiens: on s'en sert pour tirer des voitures. Ces chiens, que nous appelons chiens d' Irlande, ont une origine U'ès-ancienne , et se sont fiiaintenus , quoique en petit nombre , dans le climat dont ils sont originaires. Les an- (iens les appeloient chiens d'Épire, chiens d'Albanie; et Pline rapporte, en termes aussi élégans qu'énergiques, le combat d'un lie ces chiens contre uo lion, et ensuite
(f,„W ,/<.<■ Cftvn.i8airrs.^rfm//* ,/r.f CM'oivoreH . Trifiu (ie.r
LE CHIEN
contre un éléphant. Ces chiens sont beaucoup plus grands que nos plus gi'ands mâtins. GoQune ils sont fort rares en France, je n'en ai jamais . Yu;qu*un , qui me parut avoir , tout assis , près de cinq pieds de hauteur, et ressembler pour la forme au chien que nous appelons grand danois; mais il en différoit beaucoup par Ténormité de sa taille : il étoit tout blanc et d'un naturel doux et tranquille. On trouve ensuite dans les endroits plus tempérés , comme en Angleterre , en France , en Allemagne , en Espagne, en Italie, des hommes et des chiens de toutes sortes de races. Cette variété provient en partie de Tinfluence du climat , et en partie du ooncoui's et du mélange des races étrangères ou différentes entre elles , qui ont produit en très-grand nombre des races metives ou mélangées dont nous ne parlerons point ici, parce que M. I)aubenton les a décrites et rapportées chacune aux races pures dont elles proviennent; mais nous observerons, autant qu'il nous sera ])ossible, les ressemblances et les différences que Tabri, le soin, la nourriture et le climat , ont produites parmi ces animaux.
Le grand danois , le mâtin et le lévrier, quoique différens au premier coup d'œil, ne font cependant que le même chien : le grand danois n'est qu'un mâtin plus fourni , plus étoffé; lejévrier, un mâtin plus délié, plus effilé , et tons deux plus soignés ; et il n'y a pas plus de différence entre un chien grand danois , un .mâtin et un lévrier , qu'entre un HoUandois , un François et un Italien. En supposant donc le mâtin originaire ou plutôt naturel de France, il aura produit le grand danois dans un climat plus froid, et le lévrier dans un climat plus chaud ; et c'est ce qui se trouve aussi véririfié par le fait ; car les grands danois nous viennent ■ du Nord , et les lévriers nous viennent de Conslantinople et du Levant. Le chien de berger , le chien-loup , l'autre espèce de chien-loup que nous appellerons chien de Sii)érie, ne font aussi tous trois qu'un même chien : on pourroit même y joindre le chien de Laponie, celui de Canada, celui des Hottentots, et tous les autres chiens qui ont les oreilles droites, ils ne diffèrent en effet du chien de berger que par la taille, et parce qu'ils sont plus ou moius étoffés, et que leur poil est plus ou moins rude, plus ou moins long , cl plus ou moins fourni. Le chien courant, le braque, le basset , le barbet , et même l'épagneul , peuvent encore être regardés comme ne Uisant tous qu'un même chien : leur forme
et leur instinct sont à peu près les mêmes , et ils ne diffèrent entre eux que par la hauteur des jambes et par l'ampleur des oreilles, qui, dans tous, sont cependant longues, molles et pendantes. Ces chiens sont naturels à ce climat, et je ne croîs pas qu'on doive en séparer le. braque, qu'on appelle chien de Bengale, qui ne diffère de notre braque que par la robe. Ce qui me fait ])enscr que ce chien n'est pas originaire du liengale ou de quelque autre endroit des ludes, et que ce n'est pas, comme quelques uns le prétendent , le chien indien dont les anciens ont parlé et qu'ils disoient être engendré d'un tigre et d'une chienne , c'est que ce même chien étoit connu en Italie il y a plus de cent cinquante ans et qu'on ne l'y regardoit pas comme un diien venu des lades, mais comme un braque ordinaire : Canis sagax (vulgo bracims), ditAldrovande , an unius vel uarii coloris sitparum refert; in Italia eligitur varias etmaculosœ Lynci persimilis , quum tamen niger color 'velalbus, autfulvus, non sit spernendus. L'Angleterre, la France, TAIIemagne, etc., paraissent avoir produit le chien courant , le braque et le basset; ces chiens mêmes dégénèrent dès qu'ils sont portés dans des climats plus chauds , comme en Turquie , en Perse; mais les épagneuls et les barbets sont originaires d'Espagne et de-Barbarie , où la température du climat fait que le poil de tous les animaux est plus long, plus soyeux et plus fin que dans tous les autres pays. Le dogue, le chien que l'on appelle petit danois ( mais fort improprement , puisqu'il n'a d'autre rapport avec le grand danois que d'avoir le poil court), le chienturc, et, si l'on veut encore, le chien d'Islande, ne font aussi qu^ln même chien, qui, transporté dans un climat très-froid comme l'Islande , aura pris une forte fourrure de poils , et dans les climats très-chauds de l'Afrique et des Indes aura quitté sa robe ; car le chien sans poils , appelé chienturc , est encore mal nomm^ : ce n'est point dans le climat tempéré de i% Turquie que les chiens perdent leur poil ; c'est en Guinée et dans les climats les plus chauds des Indes que ce changement arrive^ et le chien* turc n'est autre chose qu'un petit danois, qui , transporté dans les pays excessivement chauds, aura perdu son poil, et dont la race aura ensuite été transportée en Turquie, où l'on aura eu soin de les multiplier. Les premiers que l'on ait vus en Europe, au rapport d'Aldrovande, furent apportés de son temps en Italie, oùcependamt ils ne purent,
ANIMAUX DOMESTIQUES
dit-il, ni durer ni multiplier, parce que \é climat étoit beaucoup trop froid pour eux; mais comme il ne donne pas la description de ces chiens nus , nous ne savons pas s'ils étoient semblables à ceux que nous appelons aujourd'hui chiens-turcs, et si Ton peut par conséquent les rapporter au petit danois, parce que tous les cniens, de quelque race et de quelque pays qu'ils soient, perdent leur poil dans les climats excessivement chauds, et, comme nous l'avons dit , ils perdent aussi leur voix. Dans de certains pays ils sont tout-à-fait muets, dans d'autres ils ne perdent que la faculté d'aboyer; ils hurlent comme les loups, ou glapissent comme les renards. Ils semblent par cette altération se rapprocher de leur état de nature ; car ils changent aussi pour la forme et pour l'instinct : ils deviennent laids , et prennent tous des oreilles droites et pointues. Ce n'est aussi que dans les climats tempérés que les chiens conservent leur ardeur, leur sagacité, et les autres talens qui leur sont naturels. Ils perdent donc tout lorsqu'on les transporte dans des climats trop chauds : mais, comme si la nature ne vouloit jamais rien faire d'absolument inutile, il se trouve que, dans ces mêmes pays où les chiens ne peuvent plus servir à aucun des usages auxquels nous les cmployolis , on les recherche pour la table , et que les Nègros en préfèrent la chair à celle de tous les autres animaux. On conduit les chiens au marché pour les vendre , on les achète plus cher que le mouton, le chevreau , plus cher même que tout autre gibier; enfin le mets le plus délicieux d'un Festin chez les Nègres est un chien rôti. On pourroit croire que le goût si décidé qu'ont ces peuple^ pour la chair de cet animal vient du changement de qualité de cette même chair qui, quoique très-mauvaise à manger dans nos climats tempérés , acquiert peutêtre un autre goût dans ces climats brûlans : mais, ce qui me fait penser que cela dépend plutôt de la nature de l'homme que de celle du chien , c'est que les sauvages du Canada, qui habitent un pays froid, ont le même goût que les Nègres pour la chair du chien , et que nos missionnairr^en ont quelquefois mangé sans dégoût : «< Les « chiens servent en guise de mouton pour « être mangés en festin, dit le P. Sabard m Théodat. Je me suis trouvé diverses fois m à des festins de chien. J'avoue véritable- « ment que du commencement cela me fai- " soit horreur ; mais je n'en eus pas mangé « deux fois, que j'en trouvai la chair bonne
et de goût un peu approchant de celle da porc. »
Dans nos climats les animaux sauvages i approchent le plus du chien, et surtout u cnien à oreilles droites , du chien de berger , que je regarde comme la souche et le type de l'espèce entière, sont le renard et le loup ; et comme la conformatitm intérieure est presque entièrement la même, et que les dinèrences extérieures sont assez légères , j'ai voulu essayer s'ils^poorroient produire ensemble : j'espérois qu'au moins on parviendroit à les faire accoupler, et que, s'ils ne produisoient pas des individus féconds, ils en^endreroient des espèces de mulets qui auroient participé de la nature des deux. Pour cela j'ai fait élever une louve , prise dans les bois à l'âge de deux ou trois mois, avec un mâtin de même âge. Ils étoient enfermés ensemble et seuls dans une assez grande cour, où aucune autre bêle ne pouvoit entrer, et où ils avoient un abri pour se retirer. Ils ne oonnoissoient ni l'un ni l'antre aucun individu de leur espèce, ni même aucun homme que celui qui étoit chargé du soin de leur porter tous les jours à manger. On les a gardés trois ans , toujours avec la même attention , et sans les contraindre ni les enchaîner. Pendant la première année ces jeunes animaux jouoient perpétuellement ensemble et paroissoient s'aimer beaucoup. A la seconde année ils commencèrent par se disputer la nourriture , quoiqu'on leur en donnât plus qu'il ne leur en falloit. La querelle venoit toujours de la louve. On leur portoit de la viande et des os sur un grand plat de bob que l'on posoit à terre : dans Tinstant même la louve, au lieu de se jeter sur la viande, coromençoit par écarter le chien , et prenoit ensuite le plat par la tranche si adroitement , qu'elle ne laissoit rien tomber de-ce qui étoit dessus, et emportoit le tout en fuyant ; et comme elle ne pouvoit sortir, je l'ai vue souvent faire cinq ou six fob de suite le tour de la cour, tout le long des murailles , toujours tenant le plat de niveau entre ses dents , et ne le reposa* à terre que pour reprendre haleine et pour se jeter sur la viande avec voracité, et sur le chien avec fureur lorsqu'il vouloit approcher. Le chien étoit plus fort que la louve ; mais comme il étoit plus doux, ou plutôt moins féroce , on craignit pour sa vie, et on lui mit un collier. Après la deuxième année les querelles étoient encx>re plus vives, et les combats plus fréquens , et on mit aussi un collier à la louve , que le chien commen-
LE CHIEN
520Ît à ménager beaucoup moins que dans les premiers temps. Pendant ces deux ans il^'nV eut pas le moindre signe de chaleur ou de désir ni dans l'un ni dans l'autre : ce ne fut qu'à la fin de la troisième année que ces animaux commencèrent à ressentir les impressions de Tardeur du rut, mais sans , amour; car, loin que cet état les adoucit ou les rapprochât l'un de l'autre, ils n'en devinrent que plus intraitables et plus féroces : ce n'étoient plus que des hurlemens de douleur mêlés à des cris de colère ; ils maigrirent tous deux en moins de ti'ois ■semaines, sans jamais s'approcher autrement t[ue pour se déchirer : enfin ib s'acharnèrent si fort l'un contre l'autre, que le chien tua la louve, qui étoit devenue la plus maigre et la plus foible; et l'on fut obligé de tuer le chien quelques jours après, parce qu'au moment qu'on voulut le mettre en liberté il fit un grand dégât en se lançant avec fureur sur les volailles , sur les chiens, et même sur les hommes.
Tavois dans le même temps des renards, deux mâles et une femelle , que l'on avoit
S ris dans des pièges , et que je faisois garer bin les uns des autres dans des lieux séparés. Tavois fait attacher l'un de ces renards avec une chaîne légère , mais assez longue, et on lui avoit bâti une petite hutte où il se mettoit à l'abri. Je le gardai pendant plusieurs mois : il se portoit bien ; et quoiqu'il eût l'air ennuyé et les yeux toujours fixés sur la campagne qu'il voyoit de sa hutte, il jae laisaoit pas de manger de très-grand appétit On lui présenta une chienne en chaleur que l'on avoit gardée, et qui n'avoi^ pas été couverte; et comme elle ne vouloit pas rester auprès du renard, on prit le parti de l'enchaîner dans le même lieu , et de leur donner largement à manger. Le renard ne la mordit ni ne la maltraita point : pendant dix jours qu'ils demeurèrent ensemble, il n'y eut pas la moindre querelle ni le jour, ni la nuit, ni aux heures du repas; le renard s'approchoit même assez familièrement : mais dès qu'il avoit flairé de trop près sa compagne, le signe du désir disparoissoit , et il s'en retoumoit tristemeut dans sa hutle. U n'y eut donc point d'accouplement Lorsque la chaleur de cette chienne fiit passée , on lui en substitua une autre qui venoit d'entrer en chaleur , ensuite une troisième , et ime quatrième ; le renard les traita tontes avec la même douceur « mais avec la même indifférence : et afin de m'assurer si c'étoit la répugnance naturelle ou l'état de contrainte où Û étoit
qui l'empêchoit de s'accoupler , je lui fis amener une femelle de son espèce. Il la couvrit dès le même jour plus a'une fois , et nous trouvâmes, en la disséquant quelques semaines après, qu'elle étoit pleine, et qu'elle auroit produit quatre petits renards. On présenta de même successivement à l'autre renard plusieurs chiennes en chaleur ; on les enfermoit avec lui dans une cour où ils n'étoient point enchaînés : il n'y eut ni haine, ni amour, ni combat, ni caresses ; et ce renard mourut au bout de quelques mois de dégoût ou d'ennui.
Ces épreuves nous apprennent au moins que le renard et le loup ne sont pas toutà-fait de la même nature que le chien ; que ces espèces non seulement sont différentes , mais séparées et assez éloignées pour ne pouvoir les rapprocher , du moins dans ces climats; que par conséquent le ehien ne tire pas son origine du renard ou du loup ; et que'.les nomenclateurs qui ne regardent ces deux animaux que comme des chiens sauvages), ou qui ne prennent le chien que pour un loup ou un renard devenu domestique , et qui leur donnent à tous trois le nom commun de chien , se trompent , pour n'avoir pas assez consulté la nature.
Il y a dans les climats plus chauds <^\e le nôtre une espèce d'animal féroce et cruel , moins différent du chien que ne le sont le renard ou le loup ; cet animal , qui s'appelle tuUve ou chacal, a été remarqué et assez bien décrit par quelques voyageurs. On en trouve en grand nombre en Asie et en Afrique, aux environs de Trébisonde, autour du mont Caucase , en Mingrélie , en Natolie, enHyrcanie, en Perse, aux Indes, à Surate , à Goa , à Guzarate , au Bengale , au Congo, en Guinée, et en plusieurs autres endroits : et quoique cet animal soit regardé, par les naturels des pays qu'il habite , comme un chien sauvage , et que son nom même le désigne ; comme il est très-douteux qu'il se mêle avec les chiens et qu'il puisse engendrer ou produire avec eux , nous en ferons l'histtire à part , comme nous ferons aussi celle du loup, celle du renard , et celle de tous les autres animaux qui , ne se mêlant point ensemble , font autant d'espèces distinctes et séparées.
Ce n'est pas que je prétende, d'une manière décisive et absolue, que l'adive et même que le renard et le loup ne se soient jamais, dans aucun temps ni dans aucun climat , mêlés avec les chiens. Les anciens l'assurent assez positivement pour qu'on puisse encore avoir surcela quelques doutes,
malgré les épreuves que je viens de rapporter ; et j'avoue qu'il fauuroil un plus grand nombre de pareilles épreuves pour acquérir sur ce mit une certitude entière. Aristote , dont je suis très-porté à respecter le témoignage , dit précisément qu'il est rare que les animaux qui sont d'espèces différentes se mêlent ensemble ; que cependant il est certain que cela arrive dansies cbiens, les renards et les loups; que les cbiens indiens proviennent d'une autre bête sauvage semblable et d'un chien. On pourroit croire que cette bète sauvage , à laquelle il ne donne point de nom , est l'adive : mais il dit dans un autre endroit que ces chiens indiens viennent du tigre et du chien ; ce qui me paroît encore plus difficile à croire, parce que le tigre est d'une nature et d'une forme bien plus différentes de celles du chien que le loup , le renard , ou l'adive. Il faut convenir qu'Aristote semble lui-même infirmer son témoignage à cet égard : car, après avoir dit que les chiens indiens viennent d'une bète sauvage semblable au loup et au renard, il dit ailleurs qu'ils viennent du tigre; et, sans énoncer si c'est du tigre et de la chienne , ou du chien et de la tigresse, il ajoute seulement que la chose ne réussit pas d'abord , mais seulement à la troisième portée; que de la première fois il ne résulte encore que des tigres; qu'on attache les chiens dans les déserts , et qu'à moins que le tigre ne soit en chaleur ils sont souvent dévores ; que ce qui fait que l'Afrique produit souvent des prodiges et des monstres, c'est que, l'eau y étant très-rare et la chaleur fort grande, les animaux de différentes espèces se rencontrent assemblés en grand nombre dans le même lieu pour boire ; que c'est là qu'ils se familiarisent, s'accouplent et produisent. Tout cela me paroit conjectural, incertain, et même assez suspect pour n'y pas ajouter foi ; car plus on observe la nature des animaux, plus on voit que l'indice le plus sûr pour en juger , c'^t l'iastinct. L'ej^amen le plus attentif des parties intérieures ne nous découvre que les grosses différences : le cheval et l'âne, qui se ressemblent parfaitement par la conformation des parties intérieures, sont cependant des animaux d'une nature différente ; le taureau , le bélier et le bouc , qui ne diffèrent en rien les uns des antres pour la conformation intérieure de tous les viscères , sont d'espèces encore plus éloignées que Tâne et le cheval ; et il en est de même du chien , du renard et du loup. L'inspection de la forme extérieure
nous édaîre davantage : mais comme dans plusieurs espèces, et surtout dam celles qui ne sont pas éloignées, il y a, même à l'extérieur, beaucoup plus de ressemblance que de différence , cette inspection ne suffit pas encore pour décider si ces espèces sont différentes ou les mêmes; enfin lorsque les nuances sont encore plus légères , nous ne pouvons les saisir qu en combinant les rapports de l'instinct. C'est en effet par le naturel des animaux qu'on doit juger de leur nature; et si l'on supposoit deux animaux tout semblables pour la forme, mais tout différeus pour le naturel, ces deux animaux qui ne voudraient pas se joindre , et qui ne pourroient produire ensemble, seroient, quoique semblables, de deux espèces différentes.
Ce même moyen, auqnel on est oblige d'avoir recours pour juger de la différence des animaux dans les espèces voisines , est , à plus forte raison , celui qu'on doit employer de préférence à tous autres lorsqu'on veut ramener à des points fixes les nombreuses variétés que l'on trouve dans la même espèce. Nous en connoissons trente dans celle du chien , et assurément nous ne les connoissons pas toutes. De ces trente variétés , il y en a dix- sept que l'on doit rapporter à l'influence du climat, savoir : le chien de berger , le chien-loup , le chien de Sibérie , le chien d'Islande et le chien de Laponie; le mâtin, les lévriers, le grand danois et le chien d'Irlande ; le chien courant , les braques, les bassets, les épagneuls et le barbet; le petit danois, le chien-turc, et le dogue : les treize autres, qui sont le chien-turc métis , le lévrier à poil de loup, le chien-bouffe, le chie de Malte ou bichon, le roquet , le dogue de forte race , le doguin ou mopse, le chien de Calabre, le burgos, le chien d'Alicante, le chien-lion, le petit-barbet, et le chien qu'on appelle artois, issois ou quatre-vingts, ne sont que des métis qui proviennent du mélange des premiers, et en rapportant chacun de ces chiens métis aux deux races dont ils sont issus, leur nature est dès lors assez connue. Mais à l'égard des dix-sept premières races, si l'on veut connoitre les rapports qu'elles peuvent avoir entre elles, il faut avoir égard à l'instinct , à la forme et à plusieurs autres circonstances. J'ai mis ensemble le chien de berger, le chien-loup, le chien de Sibérie , le chien de Laponie et le chien d'Islande, parce qu'ils se ressemblent plus qu'ils ne ressemblent aux autres ))ar la figure et par le poil , qu'ils ont tous cinq le mu-
LE CHIEN
seau pointu à peu près comme le renard, qu'ils sont les seuls qui aient les oreilles droites, et que leur instinct les porte à suivre et garder les troupeaux. Le mâiin , le lévrier, le grand danois, et le chien d^Irlande , ont, outre la ressemblance de la forme et du long museau , le même naturel ; ils aiment à courir , à suivre les chevaux, les équipages ; ils ont peu de nez, et chassent plutôt à vue qu'à l'odorat. Les vrais chiens de chasse sont les chiens, courans, les braques, les bassets , les épagneuls et les barbets : qupiqu'ils diffèrent un peu par la forme du corps, ils ont cependant tous. le museau gros; et comme leur instinct est le n^éme , on ne peut guère se tromper en les mettant ensemble. L'épagneul , par exemple, a été appelé par quelques naturalistes, canis aviarUis terrestris, et le barbet, canis wiarius aquaticus; et en eHet, la seule différeoce qu'il y ait dans le naturel de ces deux chiens, c'est que le barbet, aveo-son poil touffu, long et frisé, va plus volontiers à Teau que l'épagneul, qui a le poil lisse et moins fourni , ou que les trois autres, qui Font trop court et trop clair pour ne pas craindre de se mouiller la peau. Enfin le petit d^/^is et le chien-turc ne peuvent manquer d'aller ensemble, puis-, qu'il est avéré que le chien-turc n'est qu'un petit danois qui a perdu son poil. Ù ne reste que le dogue qui, par son museau court, semble se rapprocher du petit danois plus que d'aucun autre chien , mais qui eu diffère à tant 4'autres égards qu'il paroît seul former une variété différente de toutes^ les autres, tant pour la forme que pour l'instinct. Il semble aussi affecter un climat particulier : il vient dlLngleterre, et Ton a peine à en maintenir la race en France; les métis qui en proviennent , et qui sont le dogue de forte race et le doguin, y réussissent mieux. Tous ces chiens ont le nez si court , qu'ils ont peu d'odorat , et souvent beaucoup d'odeur. Il paroit aussi que la finesse de l'odorat , dans les chiens, dépend de la grosseur plus que de la longueur du museau, parce que le lévrier, le mâtin et le grand danois , qui ont le museau fort allongé, ont beaucoup moins de nez que le chien courant, le braque et le basset, et même que l'épagneul et le barbet, qui ont toi^s, à proportion de leur taille, le museau moins long, mais plus gros que les preliiiers.
La plus ou moins grande perfection des sens, qui ne fait pas dans l'homme une qualité éminente ni même remarquable,
fait dans les animaux tout leur mérite, et produit comme cause tous les lalens dont leur nature peut être susceptible. Je n'entreprendrai pas de faire ici l'énumératiou de toutes les qualités d'un chien de chasse ; on sait assez combien l'excellence de l'odorat , jointe à 1 éducation, lui donne d'avantage et de supériorité sur les autres animaux; mais ces détails n'appartiennent que de loin à l'histoire naturelle ; et d'ailleurs les ruses et les moyens , quoique émanés de la simple nature, que les animaux sauvages mettent en œuvre pour se dérober à la recherche ou pour éviter la poursuite et les atteintes des chiens, sont peut-être plus merveilleux que les méthodes les plus fines de l'art de la chasse.
Le chien, lorsqu'il vient de naître, n'est pas encore entièrement achevé. Dans cette espèce, comme dans celle de tous les animaux qui produisent en grand nombre, les petits, au moment de leur naissance, ne sont pas aussi parfaits que dans les animaux qui n'en produisent qu'un ou deux. Les chiens qaissent communément avec les yeux fermés : les deux paupières ne sont pas simplement collées , mais adhéitîntes par une membrane qui se déchire lorsque le muscle de la paupière supérieure est devenu assez fort pour la relever et vaincre cet obstacle; et la plupart des chiens n'ont les yeux ouverts qu'au dixième ou douzième jour. Dans ce même temps , les os du crâne ne sont pas achevés, le corps est bouffi, le museau gonflé, et leur forme n'est pas encore bien dessinée: mais en moins d'un mois ils apprennent à faire usage de tous leurs sens , et prennent ensuite de la force et un prompt accroissement. Au quatrième mois ils perdent quelques-unes de leurs, dents, qui, comme dans les autres animaux, sont bientôt remplacées par d'autres qui ne tombent plus. lû ont tous quarante-deux dents, savoir : six inciMves en haut et six en bas , deux canines eu haut et deux en bas, quatorze mâchelières en haut et douze en bas : mais cela n'est pas constant; il se trouve des chiens qui ont plus ou moins de dents mâchelières. Dans ce premier âge, les mâles comme les femelles s'accroupissent un peu pour pisser : ce n'est qu'à neuf ou dix mois que les mâles, et même quelques femelles, commencent à lever la cuisse ; et c'est dans ce même temps qu'ils commencent à être eu état d'engendrer. Le mâle peut s'accoupler en tout temps; mais la femelle ne le reçoit que dans des temps marqués : c'est ordiuairement deux fois par an, et plus frc-»
Îuemment en hiver qu'en été. La chaleur ure dix , douze , et quelquefois quinze jours ; elle se marque jpir des signes extérieurs; les parties de la génération sont humides, gonflé-es, et proéminentes au dehors; il y a un petit écoulement de sang tant que cette ardeur dure; et cet écoulement, aussi bien que le gonflement de la Tulre, commence quelques jours avant l*accouplement. Le mâle sent de loin la femelle dans cet état, et la recherche; mais ordinairement elle ne se livre que six ou sept jours après qu*elle a commencé k entrer en chaleur. On a reconnu qu^un seul accouplement suffît pour qu'elle conçoive, même en grand nombre : cependant, lorsqu'on la laisse en liberté, eue s'accouple plusieurs fois par jour avec tous les chiens qui se présentent; on observe seulement que lorsqu'elle peut choisir, elle préfère toujours ceux de la plus grosse et de la plus grande taille, quelque laids et quelque disproportionnés qu'ils puissent être : aussi arrive-t-il assez souvent que de petites chiennes qui ont reçu des mâtins périssent en faisant leurs petits.
Une chose que tout le monde sait, et qui cependant n'en est pas moins une singularité de la nature, c'est que, dans l'accouplement, ces animaux ne peuvent se séparer, même après la consommation de l'acte de la génération : tant que l'état d'érection et de gonflement subsiste, ils sont forcés de demeurer unis; et cela dépend sans doute de leur conformation. Le chien a non seulement, comme plusieurs autres animaux, un os dans la verge, mais les corps caverneux forment dans le milieu une espèce de bourrelet fort apparent, et qui se gonfle beaucoup dans l'éreclion. La chienne, qui, de toutes les femelles, est peut-ètn» celle dont le clitoris est le plus considérable et le plus gros dans le temps de la chaleur, présente de son côté un bourrelet, ou plu» tôt une tumeur ferme et saillante, dont le gonflement, aussi bien que celui des parties voisines, dure peut-être bien plus longtemps que celui du mâle, et suffit peut-éire aussi pour le retenir malgré lui : car au moment que l'acte est consommé , il change de position; il se remet à pied pour se re- )x»ser sur ses quatre jambes ; il a même l'air triste, et les efforts pour se séparer ne viennent jamais de la femelle.
Les chiennes portent neuf semaines, c'està-dire soixante -trois jours, quelquefois loixante-deux ou soixante-un, et jamais moins de soixante : elles produisent six.
sept) et quelquefois jusqu^à douze petits; celles qui sont de la plus grande et de la plus forte taille produisent en phis grand nombre que les petites , qui souvent ne font que quatre ou cinq , et quelquefois qu'un ou deux petits, surtout dans les premières portées, qui sont toujours moins nombreuses que les autres dans tous les animaux.
Les chiens, quoique très-ardens en amour, ne laissent pas de durer; il ne paroit pas même que l'âge diminue leur ardeur : ils s'accouplent et produisent pendant toute la vie, qui est ordinairement bornée à quatorze ou quinze ans , quoiqu'on en ait gardé quelques-uns jusqu'à vingt. La durée de la vie est dans le chien, comme dans les autres animaux, proportionnelle au temps de l'accroissement: il est environ deux ans à croître, il vit aussi sept fois deux ans. L'on peut connoitre son âge par les dents, qui , dans la jeunesse, sont blanches, tranchantes, et pointues, et qui, à mesure qu'il vieillit, deviennent noires, mousses et inégales.
On le connolt aussi par le poil; car il blanchit sur le museau, sur le front, et autour des yeux.
Ces animaux, qu, de leur naturel, sont très-vigilans, très-actifs, et qui sont faits pour le plus grand mouvement, deviennent dans nos maisons, par la surcharge de la nourriture, si pesans et si paresseux, qu'ils passent toute leur vie à ronfler, dormir, et manger. Ce sommeil presque continuel est accompagné de rêves, et c'est peut-être une douce manière d'exister. Us sont naturellement voraces ou gourmands , et cepen dant ils peuvent se passer de nourriture pendant long-temps. Il y a dans les Mé^ moires de VacadémB des sciences l'histoire d'une chienne qui , ayant été oubliée dans une maison de campagne, a vécu quarante jours sans autre nourriture que l'étoffe ou la laine d'un matelas qu'elle avoit déchiré, n paroit que l'eau leur est encore plus nécessaire aue la nourriture. Ils boivent souvent et ai>ondamment : on croit même vulgairement que quand ils manquent d'eau pendant long-temps, ils deviennent enragés. Une chose qui leur est particulière, c'est qu'ils paroissent faire des efforts et sonflrir toutes les fois qu'ib rendent leurs excrémens : ce n'est pas, comme le dit Arislote, parce que les intestins deviennent plus étroits en approchant de l'anus; il est certain , au contraire , que dans Ue chien , comme dans les autres animaux, les gros boyaux s'élargissent toujours de plus en plus , et que le rectum est plus large que
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LE CHIKCC.
le oolon. La sécheresse du tempérament de cet animal suffit pour produire cet effet, et les étranglemens qui se trouvent dans le colon sont trop loin pour qu*on puisse Taltiibuer à la conformation des intestins.
Pour donner une idée plus nette de Tordre des chiens, de leur génération dans les différens ch'roais, et du mélange de leurs races, je joins îd une table, ou, si l'on ▼eut, une espèce d*arbre généalogique, où 4*on pourra voir d'un coup d'œii toutes ces variétés. Cette table est orientée comme les cartes géographiques , et l'on a suivi, autant qu'il étoît possible, la position respective des climats.
Le chien de berger est la souche de l'arbre. Ce chien, transporté dans les climats rigoureux du Nord, s'est enlaidi et rapetissé chez les Lapons, et paroit s'être maintenu et même perfectionne en Islande, en Russie, en Sibérie, dont le climat est un peu moins rigoureux, et où les peuples sont un peu plus civilisés. Ces changemens sont arrivés par la seule influence de ces climats, qui n'a pas produit une grande altération dans la forme; car tous ces chiens ont les oreilles droites, le poil épais et long, l'air sauvage, et ib n'aboient pas aussi rréquemment ni de la même mamère que ceux qui, dans les climats plus favorables, se sont perfectionnés davantage. Le chien d'Islande est le seul qui n'ait pas les oreilles entièrement droites; elles sont un peu pliées par leur extrémité: aussi llslande est de tous ces pajs du Nord l'un des plus anciennement habités par des hommes a demi civilisés.
Le même chien de berger, transporté dans des climats tempérés , et chez des peuples entièrement policés , comme en Angleterre , en France , en Allemagne, aura perdu son air sauvage, ses oreiltei droites, son
SoU rude, épais et long, et sera devenu ogue, chien courant et mâtin, par la seule influence de ces cUmats. Le mâtin et le dogue ont encore les oreilles en partie droites; elles ne sont qu'à demi pendantes, et ils ressemblent assez par leurs mœurs et par leur naturel sanguinaire au chien duquel ils tirent leur origine. Le chien courant est celui des trois qui s'en éloigne le plus : les oreilles longues, entièrement penoantes, la douceur, la docilité, et, si on peut le dire, la timidilé de ce chien, sont autant de
[>reuves de la grande dégénération, ou, si 'on veut , de la grande perfection qu'a produite une longue domesticité jointe k une éducation soignée et suivie.
Le chien courant, le braque et le basset
ne font qu'une seule et même race de chiens ; car l'on a remarqué que dans la même portée il se trouve assez souvent des chiens courans, des braaues et des bassets, quoique la lioe n'ait été couverte que par l'un die ces trois chiens. J'ai accolé le braque du Bengale au braque commun, parce qu'il n'en diffère en effet que par la robe, qui est mouchetée; et j'ai joint de même le basset à jambes - torses au basset ordinaire, parce que le défiiut des jambes de ce chien ne vient originairement que d'une maladie semblable au rachitis, dont quelques individus ont été attaqués , el dont ils ont transmis le résultat , qui est la déformation des os, à leurs descendans.
Le chien courant, transporté en Espagne et en Barbarie, où presque tous les animaux ont le poil fin, long et fourni, sera devenu épagnem et barbet : le grand et le petit épagneul , qui ne diffèrent que par la taille, transportés en Angleterre, ont changé de couleur du blanc au noir, et sont devenus, par l'influence du climat, grand et petit gredins, auxquels ont doit joindre le pvrame, qui n'est qu'un gredin noir comme les autres, mais marqué de feu aux quatre pattes, aux yeux et au museau.
Le mâtin , transporté au nord, est devenu grand danois, et, transporté au midi, est devenu lévrier. Les grands lévriers vieiment du Levant; ceux de taille médiocre, dltalie; et ces lévriers d'Italie, transportés en Angleterre, sont devenus levrons, c'est-à-dire lévriers encore plus petits.
Le grand danois, transporté en Lrlande, en Ukraine, en Tartarie, en Épire, en Albanie, est devenu chien d'Irlande , et c'est le plus grand de tous les chiens.
Le dogue, transporté d'Angleterre en Danemark, est devenu petit danois; et ce même petit danois, transporté dans les climats chauds, est devenu chien-turc. Toutes ces races, avec leurs variétés, n'ont été produites que par l'influence du climat, jomte à la douceur de l'abri, à l'effet de la nourriture, et au résultat d'une éducation soignée. Les autres chiens ne sont pas de races pures , et proviennent du mélange de ces premières races. J'ai- marqué par des lignes ponctuées la double origine de ces races métives.
Le lévrier et le mâtin ont produit le lévrier métis, que l'on appelle aussi lévrier à poil de loitp. Ce métis a le museau moins effilé que le grand lémer, qui est très-rare en France.
Le grand danois el le grand épagneul
ont produit «isemble le chien de Calabre , qui est un beau chien à longs poils touffus, et plus grand par la taille que les plus gros mAlins.
I/épagneul et le basset produisent un autre chien que Ton appdle burgoi.
L*épagneul et le petit danois produisent le chien-lion, qui est maintenant fort rare.
Les chiens à longs poils, fins et frisés, que Ton appelle bouffes, et qui sont de la taille des plus grands barbets , viennent du grand epugneul et du barbet.
Le petit barbet vient du petit épagneul et du barbet.
Le dogue produit avec le mâtin un chien métis que l'on appelle (^ogue de forte race,. qui est beaucoup plus gros que le vrai dogue, ou dogue d'Angleterre, et qui tient plus du dogue que du mâtin.
Le doguin vient du dogue d'Angleterre et du petit danois.
Tous ces chiens sont des métis siipples , et viennent du mélange de deux races ^ures; mais il y a encore d'autres chiens qu'on lK>urroit appeler doubles métis, parce qu'ils viennent du - mélange d'une race pure et d'une race déjà mêlée.
Le roquet est un double métis qui vient du doguin et du petit danois.
Le chien d'Alicante est aussi un double métis qui vient du doguin et du petit épagneul.
Le chien de Malte ou bichon est encore un double métis qui \ient du petit épagneul et du petit barbet.
Enfin il y a des chiens qu*on pourroit appeler triples métis, parce qu'ik viennent du mélange de deux races déjà mêlées toutes deux : tel est le chien d'Artois , issois ou quatre-vingts, qui vient du doguin et du roquet; tels sont encore les chiens que l'on appelle volgairement chiens des rues, qui ressemblent à tous les chiens en général sans ressembler à aucun en particulier, parce qu'ils proviemient du mélange de races déjà plusieurs fois mêlées.
M. de MaiUy, de l'académie de Dijon , connu par plusieurs bons ouvrages de Ut térature, m'a communiqué un iait qui mérite de trouver place dans l'histoire naturelle du chien. Yoici Textrait de la lettre qu'il m'a écrite à ce sujet le 6 octobre 177a:
« Le curé de Norges, près de Dijon, po»- «< sède une chienne qui , sans avoir porté ni «< mis bas, a cependant tous les symptômes M qui caractérisent ces deux manières d'être. « Elle entre en chaleur à peu près dans le « même temps que tous les autres animaux
ANIMAUX DOMESTIQUES
« de son espèce, avec cette différence, qu elle « ne souffre aucun mâle : elle n'en a jamais « reçu. Au bout du temps ordinaire de sa « portée, ses mamelles se remplissent comme « si elle étoit en gésine , sans (|ue son lait « soit provoqué par aucune traite particu- « lière, comme il arrive quelquefois à d'au* « très itnimaux auxquels on tnx tire , ou «( quelque substance fort semblable, en fati- « guant leurs mamelles. Il n'y a rien ici de « pareil; tout se fait selon l'ordre de la na- «« ture , et le lait paroit être si bien dans son X caractère, que cette chienne a déjà allaité «des petits qu'on lui a donnés, et pour tf lesquels elle a autant de tendresse, de «( soins et d'attention, que si elle étoit leur X véritable mère. Elle est actuellen^ent dana .< ce cas, et je n'ai l'honneur de vous assurer « que ce que je vois. Une chose plus sin- « gulière, |[)eut-être , c'est^ que la même M chienne, il y a deux ou trois ans, aUaiia « deux chats, dont l'un contracta si bien les « inclinations de sa nourrice , que son cri •( s'en ressentit ; au bout de quelque temps >> on s'aperçut qu'il ressembloit beaucoup '< tiius à l'aboiement du chien qu'au miaule- ^ Hient du chat. »
Si ce fait de la production du lait , sans accouplement et sans imprégnation, étoit plus fréquent dans les animaux quadrupèdes femelles, ce rapport les rapprocheroit des oiseaux femelles qui produisent des oeufs sans le concours du mâle.