‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 13 sur 146 · VARIÉTÉS BANS LES CHIENS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS BANS LES CHIENS

U y avoit , ces années dernières, à la foire Saint-Germain, un chien de Sibérie qui nous a paru assez différent de celui que nous connoissons. Il étoit couvert d'un poil beaucoup plus long et qui tomboit presque à terre. Au premier coup d'œil il ressembloit à un gros bichon ; mais ses oreilles étoient droites et en même temps beaucoup plus grandes. U étoit tout blanc, et avMt vingt pouces et demi de longueur depuis le bout du nez jusqu'à l'extrémité du corps, onze pouces neuf lignes de hauteur, mesuré aux jambes de derrière, et onze pouces trois lignes à celles de devant; l'œil d'un brun châtain; le bout du nez noirâtre, ainsi que le tour des narines et le bord de l'ouverture de la gueule. Les oreilles, qu'il porte toujours dixiites , sont très-garnies de poil d'un blanc jaune en dedans , et fauve sur les bords et aux extrémités. Les longs poils qui lui couvrent la tète lui cachent en

LE CHIEN

partie les yeux et tombent jusque siir le nez; les doigts et les ongles des pieds sont aussi cachés par les longs poils des jambes, qui sont de la même grandeur que ceux du corps ; la queue, qui se recourbe comme celle du chien-loup, est aussi recouverte de trèsgrands poils pendans, longs en général de sept à nuit pouces. C'est le chien le plus vêtu et le mieux fourré de tous les chiens.

D'autres chiens amenés à Paris par des Russes, en 1759, et auxquels ils donnoient le nom de c/iiens de Sibérie, étoient d'une race très-différente du précédent. Ils étoient de grosseur égale, le mâle et la femelle, à peu près de la grandeur des lévriers de moyenne taille , le nez pointu , les oreilles demi-droiles, un peu ptiées par le milieu. Ils n^étoient point effiles comme les lévriers, mais bien ronds sous le ventre. La queue avoit environ huit à neuf pouces de long , assez grosse et obtuse à son extrémité. Ils étoient de couleur noire et sans poils blancs ; ta femelle en avoit seulement une touffe grise au milieu de la tête , et le mâle une touffe de la même couleur au bout de la cjueue. Ils étoient si caressans qu'ils en éi oient incommodes, et dune gourmandise ou plutôt d'une voracité si grande qu'on ne pouvoit jamais les rassasier; ils étoient en même temps d'une malpropreté insupportable, et perpétuellement en quête pour assouvir leur faim. Leurs jambes n'étoient ni trop grosses ni trop menues; mais leurs l»aties étoient larges, plates, et même fort épatées; enfin leurs doigts étoient unis par une petite membrane. Leur voix étoit trèsforte. Ils n'avoient nulle inclination à mordre, et caressoient indistinctement tout le inonde; mais leur vivacité étoit au dessus de toute expression. D'après cette notice il paroit que ces chiens «prétendus de Sibérie sont plutôt de la race de ceux que j'ai appelés chiens d'Islande, qui présentent un grand nombre de caractères semblables à ceux qui sont indiqués dans la description ci-dessus.

« Je me suis informé, m'écrit M. CoUin- « son, des chiens de Sibérie. Ceux qui tirent « des traîneaux et des charrettes sont de « médiocre grandeur; ils ont le nez pointu, « les oreilles droites et longues ; ils portent « leur queue recourbée; quelques-uns sont * comme des loups, et d'autres comme des «( renards; et il est certain que les chiens de « Sibérie s'accouplent avec des loups et des 4 renards. Je vois, continue M. ColUnson, < par vos expériences que quand ces ani- <' maux sont contraints ils ne veulent pas

«s^accoupler; mais en liberté ils y consente tent : je l'ai vu moi-même en Angletenv « pour le chien et la louve; mais je n*ai « trouvé personne qui m'ait dit avoir vu « l'accouplement des chiens et des renards : « cependant, par l'espèce que j'ai vue venir « d'une chienne qui vivoit en liberté dans « les bois , je ne peux pas douter de i'ac- « couplement d'un renard avec cette chienne. « Il y a des gens à la campagne qui oonnois- « sent cette espèce de mulet , qu'Us appellent « cliien-renard, »

La plupart des chiens du Groenland sont blancs, mais il s'en trouve aussi de noii's et d'un poil très-épais. Ils hurlent et grognent plutôt qu'ils n'aboient : ils sont stupides, et ne sont propres à aucune sorte de chasse ; on s'en sert néanmoins pour tirer des iraineaux, auxquels on les attelle au nombre de quatre ou six. Les Groenlandois en man-» gent la chair, et se font des habits de leurs peaux.

Les chiens du Kamtschatka sont grossiers, rudes, et demi-sauvages comme leurs maîtres. Ils sont communément blancs et noirs , plus agiles et plus vifs que nos chiens. Ils mangent beaucoup de poisson. On les fait servir à tirer des traîneaux. On leur donne toute liberté pendant l'été : on ne les rassemble qu'au mois d'octobre pour les atteler aux traîneaux ; et pendant l'hiver on les nourrit avec une espèce de pâte faite de poisson qu'on laisse iermenter dans une fosse. On fiiit chauffer et presque cuire ce mélange avaA de le leur donner.

Il paroit, pur ees deux derniers passages tirés des voyageurs, que la race des chiens de Groenland et du Kamtschatka, et peutêtre des autres dimats septentrionaux , ressemble plus aux chiens dislande qu'à toutes autres races de chiens; car la description que nous avons donnée ci -dessus des deux chiens amenés de Russie à Paris , aussi bien que les notices qu'on vient de lire sur les chiens du Groenland et sur ceux du Kamtschatka, conviennent assez entre elles, et peuvent se rapporter également à notre chien d'Islande.

Quoique nous ayons donné toutes les variétés constantes que nous avons pu rassembler dans l'espèce du chien, il en reste néanmoins quelques-unes que nous n'avons pu nous procurer. Par exemple, il y a une race de chieps sauvages dont j'ai vu deux individus , et que je n'ai pas été à portée de décrire ni de faire dessiner. M. Auory, civé de Saint-Louis, dont tous les savans connoissent le beau cabinet, et qui joint à beau-.

coup de oonnoiaiaiices en histoire naturéne le goût de iei rendre utiles par la communîcaiion franche et honnête de ce qu'il possède en ce genre, nous a souvent fourni des animaux nouveaux oui nous éloienl inconnus; el, au sujet des cniens, il nous a dit avoir vu, il y a plusieurs années, un chien de la grandeur à peu près d'un épagneul de la moyenne espèce qui avoit de longs poils et une £rande barhe au menton. Ce chien provenoit de parens de même race qui avoient autrefois été donnés à Louis XTV par M. le comte de Toulouse. M. le comte de Lassai eut aussi de ces mêmes chiens; mais on ignore ce que cette race singulière est de- >enue.

A regard des chiens sauvages, dans lesquels il se trouve • comme dfuis les chiens domestiques, des races diverses, je n'ai pas eu d'autre» informations que celles dont j'ai fait meaiiûn dans mon ouvrage; seulement M. le vicomte de Querhoent a eu la bonté de me communiquer une note au sujet des chiens sauvages qui se trouvent dans les terres voisines du cap de Bonne-Espérance. Il dit • qu'il y a au Cap des compagnies « Irès-nombreuses de chiens sauvages qui « sont de la taille de nos grands chiens, et « qui ont le poil marqué de diverses cou- « feurs. Ils ont les oreiÙes droites, courent «d'une grande vitesse, et ne s'établissent « nuUe part fixement. Ils détruisent une «« quantité étonnante de bêtes fauves. On en « tue rarement , et ils se prennent difficilem ment aux pièges; car ils n'fifprochent pas « aisément dies choses que Thomme a (ou- « chées. Comme on rencontre quelquefois de - leurs petits dans les bois, on a tenté de les « rendre domestiques, mais ils sont si mé- « chans étant grands qu'on y a renoncé. »

* On a vu dans l'histoire et la description que j'ai données des différentes races de chiens que ceUe du chien de berger paroit être la souche ou tige commune de toutes les autres races , et j'ai rendu cette conjecture probable par quelques fails et par plusieurs comparaisons. Ce chien de berger, que je regarde comme le vrai chien de nature, se Iroove dans presque tous les pays du monde. MM. Cook et Forster nous disent « qu^ils remarquèrent à la Nouvelle-Zélande « un grand nombre de chiens que les habi- M tans du pays jfiaroissent aimer beaucoup , «* et qu'ils lenoient attachés dans leurs pi- •* rogues par le milieu du ventre. Ces chiens « étoieni de l'espèce à longs poils, et ils res- « sembloient bejiucoup au chien de berger « de M. de Buffon. lis étoient de diverses

ÀinMAUX DOMESTIQUES.

« couleurs, les uns tachés, oeui-ci entièrem ment noirs, et d'autres parfaitement blancs. « Ces chiens se nourrissent de poisson ou des « mêmes alimens que leurs maîtres, qui en- « suite les tuent pour manger leur chair et « se vêtir de leur peau. De plusieurs de ces « animaux qu'ils nous vendireni les vieux ne «voulurent rien manger; mais les jeunes « s'accoutumèrent à nos provisions. »

« A la Nouvelle-Zélande, disent les mêmes « voyageurs, et suivant les relations des pre- « miers voyages aux iles tropiques de la mer « du Sud, les chiens sont les animaux les « plus stupides et les plus tristes du monde; « ils ne paroissent pas avoir plus de sagacité « que nos ihoutons; et comme à la Nouvelle- « Zélande on ne les nourrit que' de poisson, « et seulement de végétaux aans les iles de « la mer du Sud, ces alimens peuvent avoir « contribué à changer leur instinct. »

M. Forster ajoute « que la race des chiens « des iles de la mer du Sud ressemble beau- « coup aux chiens de berger; mais leur tète « est, dit-il, prodigieusement grosse. Ils ont « les yeux d'ime petitesse remarquable, des « oreilles pointues, le poil long, et une « queue courte et touffue. Ils se nourrissent « surtout de fruits aux iles de la Société , « mais sur les iles basses et à la Nouvelle- •( Zélande ils ne mangent que du poisson. « Leur stupidité est extrême. Ils aboient ram rement ou presque jamais ; mais ils jiurlent « de temps en temps. Ib ont l'odorat très- « foible, et ils sont excessivement paresseux. « Les naturels les engraissent pour leur «chair, qu'ils aiment passionnément, et « qu'ils préfèrent à celle du cochon : ils. K fabriquent d'ailledrs avec leurs poils des « omemens; ils en font des franges, des « cuirasses aux iles de la Société , et ils en « garnissent leurs vê|emens à la Nouvelle- « Zélande. »

On trouve également les chiens comme indigènes dans l'Amérique méridionale , où on les a nommés chiens des bois» parce qu'on ne les a pas encore réduits, comme nos chiens, en domesticité constante.

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