LA CIVETTE ET LE ZIBET
La plupart des naturalistes ont cru qu'il n'y avoit qu'une espèce d'animal qui fournit le parfum qu'on appelle la civette : nous avons vu deux de ces animaux qui se ressemblent à la vérité par les rapports essentiels de la conformation, tan! à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais qui cependant diffèrent l'un de l'autre par un asse? grand nombre d'autres caractères , pour qu'on puisse les regarder comme faisant deux espèces réellement différentes. Nous avons conservé au premier de ces animaux le nom de cicette , et nous avons donné au second celui de zibett j>our le distinguer. la civette dont nous donnons ici la figure, nous a paru être la même que la civette décrite par MM. de l'Académie royale des Sciences, dans les Mémoires pour servir à l'histoire des animaux; nous croyons aussi qu'elle est la même que celle de Gaïus dans Ge^ner, page 837, ^^ 1^ même encore que celle dont Fabius Columna a donné les figures (tant du mâle que d^ la femelle) dans l'ouvrage de Jean Fabtfr, qm est la suite 'A celui de Hernandès. •
La seconde espèce , que nous appelons le zibet, nous a |mru être le même ammal que celui qui a été décrit ptff M. de La Peyronie, sous le nom â^ ammal du musc, dans les Mémoires de rActidéu^e'des Smences,
année 178 1 : tous deux diffèrent de la etvette par les ménies caractères, tous deuxmanquent de crinière ou plutôt de longs poils sur l'épine du dos : tous deux ont des anneaux bien marqués sur la queue, au lieu que la civette n'a ni crinière ni anneatix apparens." Il faut avouer cependant que notre zibet et l'animal du musc de M. de La Peyronie ne se ressemblent pas assez parfaitement pour ne laisser aucun doute sur leur identité d'espèce : les anneaux de la queue du zibet sont plu» larges qiie ceux de V animal du musc; il n'a pas un double collier; il a la queue plus courte à proportion du corps; mais ces différences nousparoissenl' légères , et pourroient bien n'être que des variétés accidentelles auxquelles les civettes doivent être plus sujettes que les autres animaux sauvages , puisqu'on les élève et qu'on les noumt comme des animaux don^estiques dans plusieurs endroits du Levant et des Indes. Ce qu'il y a de certain , c'est que notre zibet ressemble beaucoup plus à l'animal du musc de M. de La Peyronie qu'à 1^ civette \ et que par conséquent on peut les regarder comme des ani-* maux de même espèce, puisqu'il n'est pas même absolument démontré que la eivettè et le zibet ne soient pas des variétés d'une espèce unique ^ car not» ne savons pas si oea
ANIBIAUX CÀKNAS3IERS.
iidmaux ne pMrron&t pas se mêler et pn>* duire enseniDle ; et lorsque nous disonfe l|u'y<s nous paroissent être d'espèces dîf%» ternes, ce n est point un jugement absolu , inaiH seulement une présomption très>forte , puÎMin'eMe est fondée sur la différence constante de leurs caractères , et que c'est cette constance des différences qui distingue ordinairement les espèces réelles des simples variétés.
L'animal que nous appelons ici chette se nomme faianoue à Madagascar, nzime on nzfttsi à Congo, kankan en Ethiopie, kastor dans la Guinée. C'est la civette cle Guinée : car nous sommes sûrs que cette que nous avons eue avoit été envoyée vivante de Guinée à Saint-Domingue à un de nos corre»rmdans, qui, l'ayant nourrie quelque temps Saint-Domingue, la fit tuer pour nous renvoyer plus facilement.
Le zibet ^st vraisemblablement la civette de TAsie, des Indes orientales et de l'Arabie, où on la nomme zebet ou àbet^ nom arabe qui signifie aussi le parfum de cet animal, et que nous avons adopté pour désigner l'animal même; il diffîère de la civette en ce qu'il a le corps plus allongé et moins épais, le museau plus délié, plus plat et un peu concave à la partie supérieure ; au lieu que le museau de la civette est plus gros , moins long et un peu convexe. Il a aussi les oreilles plus élevées et plus larges , la queue plus longue et mieux marquée de taches et d'anneau^j^, le poil beaucoup plus court et plus mollet : point de crinière , c'est-à-dire de poils plus longs mie les autres sur le cou ni le long de l'épine -du dos ; point de noir au dessous des yeux ni sur les joues ; caractères particuliers et très-remarquables dans la civette; Quelques voyageurs avoient déjà soupçonné qu'il y avoit deux espèces de civettes; mais personne ne les avoit reconnues assez claii'ement pour les décrire. Nous les avons vues toutes deux ; et , après les avoir soigneusement comparées , nous les avons jugées d'espèce et peut-être de climat différens.
On a appelé ces animaux chats musqués chats-civettes ; cependant ils n'ont rien
ou
de commtm avec le chat que l'agilité du corps; ils ressemblent plutôt au renard, surtout par la tète. Ils ont la robe marquée de baatfes el de taches : ce qui les a fait prendre aussi pour de petites panthères par ceux qui ne les ont vus que oe loin ; mais ils diffèrent des panthères à tous autres égards. Il y a un animal, qu'on appelle la gemtie, qui est Itthé de même; qui a la
tète à peu près de la même forme, et qui porte , comme la dvette , un sac dans lequel se filtre une humeur odorante ; mais la ge^ nette est plus petite que nos civettes ; elle a les jambes beaucoup plus courtes et le corps bien plus mince : son parfum est trèifoible et de pea de durée; au contraire , le parfum des civettes est très-fort : celui du Kibet est d'une violence extrême , et plus vif encor^que celui de là civette. Ces liqueurs odorantes se trouvent dans i'ouviertiire que ces deux animaux ont auprès des patties de la génération : c'est une humeur épaisse , d'une consistance semblable à oèfte des pommades, et dont le parfum , quoique très-fort , est agréable au sortir même dit^torps de l'animal. U ne faut pas confondis ?oette matière des civettes avec le musc , q^ est une humeur sanguinolente qu'oirtiiie d'un animal tout différent de la civette ou 'du zibet : cet animal qui produit le musc est une espèce de chevreuil sans bois ou de chèvre sans cornes , qui n'a rien de commun avec les civettes que de fournir, comme elles « ua parfum violent.
Ces deux espèces de civet|çs n'avoient donc jamais été nettement (lËstingaées l'une de l'autre ; toutes deux qftt été quelquefois confondue avec les bele&s odmuntes <, la genette et le chevî^uil Hu musc ; on les a prises aussi pour l'hyène. Belon, qui a donné une figure et une dllScrîption de la civette, a prétendu que c*lloit ITiyène de^nciens : son erreur est d'autant plus excusable, qu'elle n'est pas sans fondement ; et il est sûr que la plupart des fables que les anciens ont débitées sur Thyène ont été prises de la civette : les philtres qn'on tirort de certaines parties de l'hyène, la force de ces philtres pour exciter à l^mour, indiquent assez la vertu stimulante que Ton connoît à la pommade de civette dont on se sert encore à cet effet en Orient. Ce qu'ils ont dit de l'incertitude du sexe dans l'hyène convient encore mieux à la civette ; car le mâle n'a rien d'apparent au detyors que trois ouvertures tout-à-feit pareiÈss à eelles de la femelle, à laquelle u ressemble si fort par ces parties extérieures qu'il n'est guère possible de s'assurer dn sexe autrement que par la dissection : )*ouvert(ire au dedans de bquelle èb trouve la liqueur dii plutôt Thu-
I. Aldrorandd a dit que 1a belette odorante, an'on appelle à la TiirgiAfe'ocMrfit, étéit la civette. ÇAldr. , d$ qnadmp, àigét.t p. 34 a-) Cette erreur a été adoptée par H ans Sloaa« , qoi , dans son Hùtoire de la Jamaïque , dit qu'il y a dm dveUes à la Virgijue.
lÀ CIVETW %T LE ZIBEt.
St7
meur épaisse Au paiium est entre les deux autres et sur une même ligne droite qui s'étend de l'os sactum au pubis.
Une autre erMnr qui a fait beaucoup plus de progrès que celle de Belon , c'est celle de Grégoire de Bolivar, au sujet des climats où se trouve Tanimal civette : après avoir dit qu'elle est commune aux Indes orientales et en Afrique , il assure positivement qu'elle se trouve aussi , et même en très-grand nombre, dans toutes les parties de l'Amérique méridionale. Cette assertion, qui nous a été transmise par Faber, a été copiée par Aldrovande, et ensuite adoptée par tous ceux qui ont écrit sur la civette : cependant il est certain que les civettes sont des animaux des climats les plus chauds de l'ancien continent , qui n'ont pu passer par le Nord pour aller dans le nouveau , et que réellement et dans le fait il n'y a jamais eu en Amérique d'autres civettes que celles qui y ont été transportées des îles Philippines et des côtes d'Afrique. Comme cette assertion de Bolivar est positive, et que la mienne n'est que négative , je dois donner les raisons particulières par lesquelles on peut prouver la fausseté du fait. Je cite ici les passages de Faber en entier t, pour qu'on soit en état d'en juger, ainsi que des remarques que je vais faire à ce sujet : i** La figure donnée par Fater (page 538) lui avoit été laissée par Recchi , sans description > : cette figure a pour inscription : Animal zibethicum americanum; elle ne ressemble
I. « Hoc aoiinal (zibethicum scilicev) nascitnr in « maltis Indiz oricntatis atqae omidpntalis parti- <r bas , cujusmodi in orientali sxxm provincia; Ren- «gala, Ceylan, Sumatra, Java major et minor, « Malipur» ac plares alie.... In Nova-Hispania vero « sunt provincial de Qnatemala , Campeg^e , Nicara- « g^a , de Vera-Gruce, Florida , et magna illa in- « sula Sancti«Doiirib)ici aat Hispaniola , Cuba , Man- «talino, Gnadalupa et alix.... in regno Peruano u animal hoc magna copia reperitur, in Paraguay, « Tucuman , Chiraguants, Sancta-Crace de la Sier- «ra, Yungas , Andes, Chiachiapoias , Quizo$, Ti> <f mana , Noto Regno , et in omnibus provinciis «mag'oo flumine Maragnone confinibns, qua; circa « hoc fere sine numéro ad duo leucarnm mi lia sont u extensc Multo adhuc plura ejusmodi animalia « nascuntar iii Brasilia » ubi mercatura vel cambium M zibethi sii^ algalis exercitatur. m ( Novœ-Hisp. anim. Nardi AntouU Recchi imagines et nomina , Joanis Faùri Ljnrei expositione, p. SSg.)
1. Voici ce que dit Faber dans sa préface, aa sujet de ses commentaires sur les animaux dont il va traiter : u Non itaque sis nescius , faos in ani- M mafia qnos modo commentarios edimos , mera (f uostra conscriptos e&se industrie ac conjectura , w ad quasnam animantiuM nostrorum species illa (c redaci posiint , quum in aatographo , prater na« « dtun nomen et exactam pictoram, de historia nihil « quidem reperiatur (p. 465). »
point du tout i la civette ni au zîbet , et représente plutôt un blaireau. &<> Faber donne U description et tes figures de deux civettes, Tune lemelle et l'autre mâle, lesquelles ressemblent à notre zibet ; mais ces civettes ne sont pas le même animal ^ que cdui de la première figure ; et les deux secondes ne représentent point des animaux d'Amérique, mais des civettes de l'ancien continent, que Fabius Columna, confrère de Faber à l'Académie de Lyitcei, avoit fait dessiner à Naples , et desquelles ii lui avoit envoyé la description et les .figures. 3** Après avoir cité Grégoire de Bolivar au sujet des climats où se trouve la civette , Faber finit par admirer la grande mémoire de Bolivar 4, et par dire qu'il a entendu de sa bouche ce récit avec toutes ces circonstances. Ces trois remarques suffiroient seules pour rendre très-suspect le prétendu animal zibethicum americanum, aussi bien que les assertions de Faber, empruntées de Bolivar; mais ce qui achève de démontrer l'erreur, c'est que l'on trouve, dans un petit ouvrage de Fernandès sur les animaux d'Amérique, à la fin du volume qui contient V Histoire naturelle du Mexique de Femandès , de Recchi et de Faber, que l'on trouve, dis-je (chap. xxxv, page 1 1) , un passage qui contredit formellement Bolivar, et où Femandès assure que la civette n'est point un animal naturel à l'Amérique ; mais que de son tonps l'on avoit commencé à en amener qndques-unes des îles Philippines à la Nouvelle • Espagne. Enfin , en réunissant ce témoignage positif de Fenkandès avec celui de tous Tes voyageurs, qui disent que les civettes sont en efl'et très-communes aux îles Philippines , aux Indes orientales , en Afrique , et dont aucun ne dit en avoir vu en Amérique, on ne peut plus douter de ce que nous avons avancé dai9 notre énumération des animaux des deux continens; et il restera pour cei^ tain, quoique tous les naturalistres aient écrit le contraire, que la civette n'est point un animal naturel de l'Amérique , mais un
3. Faber est obligé de dire lui-même que cm figures ne se ressemblent pas. u Quantum haec icoa « ab illa mexicana différât , ijiM pagina ostendit. « Ego climatis et regionis differentiam plarinuim « posse non uego (p. &8t). m
4. « Mirer profecto Gregorii nos tri swMuim in « animalium perquisitione industriam et tenadssi- « mam eorum quae vidit unquam niemoriam. Juro « tibi , mi lector, ha?c omnia quae hacteDos ipsius « ab ore et scriptis ^ausi , et posthac dietorus sum « plura rarioraqve illius ipsum ope Ubri memoriter 41 descripsisse , et per compendium qnodam modo « (qnum inter coUoqaia protractiora et jam plura. « autrat) timtam contraxiMe (p. 54o). »
3iS
àkoiattx gabkassiers.
inîmal particulier ' ef propre aux climats chauds ae raacien continent , et qui ne s'est jamais trou¥é dans le nouveau qu'après y avoir été transporté. Si je n'eusse pas moimême été en garde contre ces espèces de méprises qai ne sont que trop fréquentes , nous aurions donné notre civette pour un animal américain , parce qu'elle nous étoit venue de Saint-Domingue; mais ayant recherché le mémoire et la lettre de M. Pages, nui nous l'avoit envoyée^ j'y ai trouvé qu'elle etoit venue de Guinée. J'insiste sur tous ces faits particuliers comme sur autant de preuves du fait général de la différence réelle qui se trouve entre tous les animaux des parties raéridipnales de chaque continent.
La civette et le zibet sont donc tous deux des animaux de l'ancien continent; elles n'ont entre elles que les différences extérieures que nous avons indiquées ci-devant : celles qui se trouvent dans leurs parties intérieures et dans la structure des réservoirs qui contiennent le parfum ont été si bien indiquées , et les réservoirs eux-mêmes décrits avec tant de soins par MM. Morand •t de La Peyronie , que je ne pourrois que répéter ce qu'ils en disent. Et à l'égard de oe qu'il nous reste à exposer au sujet de ces deux animaux , comme ce sout ou des choses qui leur sont communes , ou des iaits qu'il seroit bien difficile d'appliquer à l'un plutôt qu'à l'autre, nous avons cru devoir réunir le tout dans un seul et même article.
Les civettes (c'est-à-dire la civette et le zibet , car je me servirai maintenant de ce mot au pluriel pour les indiquer toutes deux); les civettes, dis-je, quoique originaires et natives des climats les plus chauds de l'Afrique erde l'Asie, peuvent cependant vivre dans les pays tempérés et même froids, pourvu qu'on les défeude avec soin des injures de l'air, et qu'on leur donne des alimens succulens et choisis ; on en nourrit en assez grand nombre en Hollande, où l'on fait commerce de leur parfum. La civette faite à Amsterdam est préférée par nos commerçans à celle qui vient du Levant ou des lu des , qui est ordinairement moins pure ; celle qu'on tire de Guinée seroit la meilleure de toutes, si les Nègres, ainsi que les Indiens et les Levantins, ne la falsifioient en y mêlant des suCs végétaux, comme du ladanum, du storax, et d'autres drogues balsamiques et odoriférantes. Pour recueillir ce parfum , ils mettent l'animal dans une cage étroite où il ne peut se tourner ; ils ouvi'ent la caw oar le bout , tirent l'animal
par la queue, le contraignefit a demeurer dans cette situation, en mettant un bâton à travers les barreaux de la cage , au moyen duquel ils gênent les jaipibes de derrière ; ensuite ils font entrer une petite cuiller dans le sac qui contient le parfum ; ils raclent avec soin toiites les parois intérieures de ce .sac, et mettent la matière qu'ils en tirent .dans un vase qu'ils couvrent avec soin. Cette opération se répète deux ou trois fois par semaise. La quantité de l'humeur odoraute dépend beaucoup de la qualité de la nourriture et de l'appétit de l'animal ; il en rend d'autant plus ju'ii est mieux et plus délicatement nourri : de la chair crue et hachée, des œufs, du riz, de petits animaux , des oiseaux , de la jeune volaille, et surtout du poisson, sont les mets qu'il faut lui offrir et varier de manière à entretenir sa sauté et exciter son goût ; il lui faut très-peu d'eau ; et, quoiqu'il boive rarement, il urine fréquemment, et Ton ne distingue pas le mâle de la femelle à leur manière de pisser.
Le parfum de ces animaux est si fort, qu'il se communique à toutes les parties de leur corps ; le poil en est {fnbu et le corps pénétré au point que l'odeur s'en conserve long-temps après leur ittort , et que de leur vivant l'on ne peut en soutenir la violence, surtout si l'on est renfermé dans le même lieu. Lorsqu'on les échauffe on les irritant , l'odeur s'exalte encore davantage ; et si on les tourmente jusqu'à les faire suer , on recueille la sueur, qui est aussi irès-parfumée et qui sert à falsifier le vrai parfum , ou du moins à en ^ygmenter le volume.
Les civettes sont naturellement farouches et même un peu féroces ; cependant on les apprivoise aisément , au moins assez pour les approcher et les manier sans grand danger. Elles ont les dents fortes et tranchantes, mais leurs ongles sont foi))les et émousscs. Elles sont agiles et même légères, quoique leur corps soit assez épais; elles sautent comme les chais , et peuvent aussi courir comme les chiens. Elles vivent de chasst' , surprennent et poursuivent les petits animaux, les oiseaux ; elles cherchent, comme les renards, à entrer dans les basses-cours pour emporter les volailles. Leurs yeux brillent la nuit , et il est à croire qu'elles voient dans l'obscurité. Lorsque les animaux leur manquent, elles mangent des racines et des fruits ; elles boivent peu et n'habitent pas dans les terres humides ; elles se tiennent volontiers dans les sables brùlans et dans les montagnes ari4e$. Elles produisent en