‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 127 sur 146 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

GoMMB les détails de l'histoire DatUTelle ne sont iotéressam que pour ceux qui s'ap^ pliquent uniquement à cette science, et que, dans une exposition aussi longue que celle de l'histoire particulière de tous les animaux, il règne nécessairement trop d'uniformité, nous avons cru que la plupart de nos lecteurs nous sauroient gré de couper de temps eu temps le fil d'une métliode qui nous con-

traûxt « par des diseours dans lesquels nom donnerons nos réflexions sur la nature en géuéral , et traiteroos de ses effets en grand. Nous retournerons ensuite à nos détails avec plus de courage; car j'avoue qu'il eu faut pour s'occuper contiouelleaient de petits objets don^ Te^^amen exij^e la plus froide patience, et Me permet rien au génie.

PREMIERE VUE

La nature est le système des lois établies par le Créateur pour l'existence des choses et pour la succession des êtres. La nature n'est point une chose , car cette chose serait tout : la nature n'est point un être, car cet être seroit Dieu ; mais on peut la considê* rer comme uoe puissance vive , immense , qui embrasse tout , qui anime tout , et qui, subordonnnée à celle du premier être, n'a commencé d' agir que par son ordre , et n'agit encore que par son concours ou son consentement. Cette puissance est de la puissance divine la partie qui se manifeste ; c'est en même temps la cause et l'effet, le mode et la substance , le dessein et l'ouvrage : bien différente de l'art humain, dont les productions ne sont que des ouvrages morts, la nature est elle-même un ouvrà^ge perpétuellement vivant, un ouvrier sans cesse actif qui sait tout employer , qui , travaillant d'après soi-même toujours sur le même fonds, bien loin de l'épuiser, le rend inépuisable; le temps , l'espace , et la matière , sont ses moyens , l'univers son objet , le mouvement et la vie son but.

Les effets de celte puissance sont les phénomènes du monde : les ressorts qu'elle em- {)loie sont des forces vives que l'espace et e temps ne peuvent que mesurer et limiter sans jamais les détruire ; des forces qui se balancent, qui se confondent, qui s'opposent sans pouvoir s'anéantir ; les unes pénètrent et transportent les corps, les autres

les échauffent et les animent. L'attraction et l'impulsion sont les principaux instrumens de l'acticm de cette puissance sur les corps bruis ; la chaleur ei les molécules organiques vivantes sont les principes actifs qu'elle met en œuvre pour ja formation et le développement des êtres organisés.

Avec de tels moyens , que ne peut la nature? Elle pourroit tout si elle pouvoit anéantir et créer; mais Dieu s'est réservé ces deux extrêmes de pouvoir : anéantir et créer sont les attributs de la toute-puissance ; altérer, changer, détruire, développer , renouveler, produire, sont le seuU droits qu'il a voulu céder. Ministre de ses ordres irrévocables , dépositaire de ses immuables décrets , la nature ne s'écarte jamais des loià qui lui ont été prescrites ; elle n'altère rien aux plans qui lui ont été tracés , et dans tous ses ouvrages elle présente le sceau de l'Étemel : cette empreinte divine , prototype inaltérable des existences , est le modèle sur lequel elle opère ; modèle dont tous les traits sont exprimés en caractères ineffaçables , et prononcés pour jamais; modèle toujours neuf, que le nombre des moules ou des copies , quelque infini qu'il soit , ne fait que renouveler.

Tout a donc été créé , et rien encore ne s'est anéanti; la nature balance entre ces deux limites sans jamais approcher ni de l'une ni de l'autre : tâchons de la saisir dans quelques points de cet espace immense qu'elle

DE lA NATURE.

remplit et parcourt àepvài Torigine des sièdes.

Quefe objets! un ^ohime îÉBn^nse de mftrfère qui ti>Ût fbrmé ^fiHhie ioMMile, une éponràntable masse, s'H n*eât été divisé- en parties séparées par des espaces mille fois

{>1u5 immenses : mais des miUiere de globes uroineux , placée à des distances inoance- Tables , sont les bases qui servent de 'fondement à rédifioe dn monde ; des mtlliotis de globes opaques , circufont aiitcRrr des promiers, en composent l'ordre et faKhiteeture mouvante. Dôojl forée» prhnitives agitent ces grandes masses, les roulent, les transportent et les animent; chacune agit à tout instant ; et toutes deux , combinant leiirs efforts , tracent les zones des sphères célestes, établissent dans le milieu du vide des lieux fixés et des routes déterminées; et c'est du sein même du mouvement que nait Véquilibre des mondes et le repos de Tonivers.

La première de ces forces est également répartie ; la seconde a été distribuée en mesures inégales. Chaque atome de matière a une même quantité de force d'attraction , chaque globe a une quantité différente de force d'impulsion : aussi est-il des astres fixes et des astres errans ; des globes qui ne semblent être fiuts que pour attirer, et d'ai»tres pour pousser ou pour être poussés; des sphères qui ont reçu une impulsion commune dans le même sens, et d'autres une impulsion particulière; des astres solitaires, et d'autres accompagnés de satellites; des corps de lumière , et des masses de téndares ; des planètes dont les différentes parties ne jouissent que successivement d'une lumière empnmtée ; des comètes qui se perdent dans l'obscurité des proftmdeurs de l'espace, et reviennent après des siècles se parer de nouveaux feux; des soleils qui paroissenl, dis^ paroissent, et semblent alternativement se rallumer et s'éteindre ; d'autres qui se montrent une fois, et s'évanouissent ensuite pour jamais. *Le ciel est le pays des grands événemens; mais à peine l'œil humain peut-il les saisir ; un soleil qui périt et qui<cause la catastrophe d'un monde ou d'un-système de monde ne fait d'autre effet à nos^ yeux que celui d'un feu follet qui brille et qui s'éteint : l'homme, borné à l'atome terrestre sur lequel il végète, voit cet atome comme un monde, et ne voit les mondes que comme des atomes.

Car cette terre qu'il habite , à peine reeonnoissable parmi les autres globes, est tout à fait invisible pour les sphères éloi-

gnées, est un million de fois plus petite que le soleil c|iM' l>èclaire ;- tetrmiile fois plus p tite * que d'mitfes planètéis qQÎ comme é Bont sobordonnées A la puissance de œt astre, et forcées à circuler autom'de lui. Saturne. Jupiter, Mars-, la terre, Yéaus, Mmm et le soleilf ocevpeat la petite partie des cieuK que nous appelons notrt unipen. Toutes ces plauètes avec leurs satellites, entninées par un mouvement rapide daos le même sens et presque datas le même plan, composent une roue d'un vaste diamètre.

dont l'esaien porte toste la charge, et qui, tournant lui-même avec rapidité, a dû {b diftnffer , s'embraser et répandre la chaiem et la lumière jusqu^nx extrémités de la circonférence : tant que ces mouvemens doreront (et ils seront étemels, à moins queb main du premier moteur ne s'oppose et D'eoiploie autant de force pour les détruire qu'il en a fallu pouur les cl^éer), le soleil brilien et remplira de sa splendeur toutes les sphères du monde ; et comme dans an sysinst où tout s'attire rien ne peut ni se

ni s'éloigner sans retour , la quantité de matière restant toujours la même « cette sotirte féconde de lumière et de vieae s'épiiisen. ne tarira jamais ; car les autres soleils, qiï lanoeni aussi oiNUinueUeraent leuis feu.\, rendent à noire soleil tout auMt de lomièit qu'ils en reçoivent de lui. >

Les comètes, en beaucoup plus ^^ nombre que les planètes, et depeiidautiii comme elles de la puissance du soleil, présent aussi $ur ce foyer commun , en alimentent la charge, et eoBlribuent de toi^ leur poids à scm embrasement : elles foQ> partie de notre univers, puisqu'elles sos' sujettes, comme les plauètes, à Taltractioi! du soleil ; mais elles n'ont rien de comiuai entre elles ni avec les planètes dans leur mouvement d'impulsion ; elles drculenl chacttif dans un plan différent, et décrivent destf bes plus ou moins allongés dans des péri(XK> différentes de temps , dont les unes sont» plusieurs années , et les autres de quelque siècles. Le soleil toumantsurlui-même,n«"5 eu reste immobile au milieu dn tout, sen en même temps de flambeau, de foyer,* pivot , à toutes ces parties de la macbioe do monde.

C'est par sa grandeur même qu'il demfl8< immobile, et qu'il régit les autres glooe»comme la force a été donnée proportionnfllement à la masse , qu'il est incoffl^ra^'^^ ment plus grand qu'aucune des comètes, « qu'il contient mille fois plus de matière qij la plus grosse planète, elles ne peuvent w

PREMIÈRE VUE

le déranger ni ae soustraire à sa puissance, qui , s'étendant à des distances immenses^ les contient toutes , et lui ramène, au bout d'un tem|)S , celles qui s'éloignent le plus ; quelques-unes mente à leur retour s'en approchent de si près, qu'après avoir é(é re< froidies pendant des siècles, elles éprouvent une chaleur inconcevable ; elles sont sujettes à des vicissitudes étranges par ces alternatives de chaleur et de froid extrêmes, aussi bieu que par les inégalités de leur mouvement, qui tantôt est prodigieusement accé' 1ère , et ensuite infiniment retardé : ce sont, pour ainsi dire, des mondes en désordre, en comparaison des planètes, dont les orbiles étant plus régulières , les mouvemens plus égaux , la température toujours la même, semblent être des lieux de repos, où tout étant constant, la nature peut établir uu plan , agir uniformément , et se développei* successivement dans toute son étendue. Parmi ces globes choisis entre les astres errans, celui q(je nous habitons paroît encore être privilégié ? moins froid, moins éloigué que Saturne, Jupiter, Mars, il est aussi moins brillant que Yénus et Mercure , qui parois* sent trop voisins de l'astre de lumière.

Aussi avec quelle maguificence la nature ne brille-t-eUe pas sur la terre! Une lumière pure , s'étendant de î'prient au coucliant, dore successivement les hémisphères de ce globe ; uu élément ti^ansparent et léger l'environne; une chaleur douce et féconde anime, fait éclore tous les germes de vie : des eaux vives et salutaires servent à leur entretien, à leur accroissement; des éminences distribuées dans le milieu des terres arrêtent les vapeurs de l'air, rendent ces sources intarissables et toujours nouvelles; des cavités immenses faites i)our les recevoir partagent les continens. L'étendue de la mei' est aussi gi'aude que celle de la terre : ce n'est point un élément fioid et stérile; c'est uu nouvel empire aussi riche , aussi peuplé ((ue le premier. Le doigt de Dieu a marqué leurs confins : si la ^er anticipe sur les plages de l'occident, elle laisse à découvert celles de l'orient. Cette masse immense d'eau, inactive par elle-même , suit les impressions des mouvemens célestes ; elle balance par des oscillations régulières de flux et reflux ; elle s'élève et s'abaisse avec l'astre de la -nuit; elle s'élève encore plus lorsqu'il concourt avec l'astre du jour, et que tous deux, réunissant leurs forces dans le temps des équinoxes , causent les grandes marées : 'notre correspondance avec le ciel n'est nulle part mieux marquée. De ces mouvemens con-

BuFFOxr. V,^

stans et généi'aux résultent des mouveniens variables et particuliers, des transporta de terre , de§ dépôts qui forment au fond des eaux des éminences semblables à celles que nous voyons sur la surface de la terre ; des coui'ansqui, suivant la direction de ces chaînes de montagnes , leur donnent une figure dont tous les angles se correspondent , et coulant au milieu des ondes, comme les eaux coulent sur la terre, sont en effet les fleuves dje la nier.

L'air, encore phis léger, plus fluide que l'eau, obéit aussi à un plus grand nombre de pui^anoes ; l'action éloignée du soleil et de la lune, 4^action immédiate de la mer, celle de la chaleur qui le raréfie , celle du froid qui le condense , y causent des agitations continuelles : les vents sont ses courans ; ils poussent, ils assemblent les nuages ; ils produisent des météores, et transportent au dessus de la surface aride des continens terrestres les vapeurs humides des plages maritimes; ils déterminent les orages, répandent et distribuent les pluies fécondes et les rosées bienfaisantes; ils troublent les mouvemens de la mer ; ils agitent la sui-face mobile des eaux , arrêtent ou précipitent les courans, les font rebrousser, soulèvent les flots, excitent les tempêtes : la mer irritée s'élève vers le ciel, et vient en mugissant se briser contre des digues inébranlables, qu'avec tous ses efforts elle ne peut ni détruire ni surmonter.

La terre, élevée au dessus du niveau de la mer, est à l'abri de ses iiTuptions; sa surface émaillée de fleurs, parée d'une verdure toujours renouvelée , peuplée de mille et mille espèces d'animaux differens , est un lieu de repos, un séjour de délices, où l'homme , placé pour seconder la nature , préside à tous les êtres; seul entre tous capable de connoître et digne d'admirer. Dieu l'a fait spectateur de l'univers et témoin de ses merveilles; l'étincelle divine dont il est animé le rend participant aux mystères divins : c'est par cette lumière qu'il pense et réfléchii; c'est par elle qu'il voit et lit dans le livré, dii^onde , comme dans un exemplaire de kA>ivinité.

La nature «st le trône extérieur de h magnificence divine : l'homme qui la contemple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône intérieur de la toute-puissance; fait pour adorer le Créateur, il commande à toutes les créatures ; vassal du ciel , roi de la ten*e, il l'ennoblit, la peuple et l'enrichit ; il établit entre les êtres vivans l'ordre, la subordination, l'harmonie; il embellit la

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DE LA NATURE

nature même, il la citltive, Téteud et la polit , en élague le chardon et la ronce , y multiplie le rabin el la rose. Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées où l'homme n'a jamab résidé, couvertes ou plutôt hérissées de bois épais et noirs dans toutes les parties : des arbres sans écorce et sans cime t courbés, rompus, tombant de vétusté, d'autres, en plus grand nombre, gisant auprès des premiers, pour pourrir sur des monceaux déjà pourris, étouffent, ensevelissent des germes prêts à éclore. La nature, qui partout ailleurs brille par sa jeunesse , paroît ici dans la décrépitude ; la terre , sur- Gihargée par le poids, surmontée par les débris de ses productions, n'offre, au lieu d'une verdure florissante , qu'un espace encombré, traversé de vieux arbres chargés de plantes parasites , de lichens , d'agaric^ , fruits impurs de la corruption : dans toutes les parties basses, des eaux mortes et croupissantes , faute d'être conduites et dirigées ; des terrains fangeux , qui , n'étant iii solides nt liquides , sont inabordables , et demeurent également inutiles aux habitans de la terre et des eaux; des marécages qui, couverts de plantes aquatiques et fétides , ne nourrissent que des insectes venimeux et sei-venl de repaire aux animaux immondes. Entre ces marais infects qui occupent les lieux bas, et les forêts décrépites qui couvrent les terres élevées, s'étendent des espèces de landes, des savanes qui n'ont rien de commun avec nos prairies ; les mauvaises herbes y surmontent, y étouffent les bonnes: ce n'est point ce gazon fin qui semble faire le duvet de la terre, ce n'est point cette pelouse émaillée qui annonce sa brillante fécondité; ce sont des végétaux agrestes, des herbes dures , épineuses , entrelacées les unes dans les autres, qui semblent moins tenir à la terre qu'elles ne tiennent entre elles, et qui, se desséchant et repoussant successivement les unes sur les autres, forment une bourre grossière , épaisse de plusieurs pieds. Nulle route, nulle communication, nul vestige d'intelligence dans ces lieux sauvages : l'homme , obligé de suivre les sentiers de la bête farouche , s'il veut les parcourir, contraint de veiller sans cesse

{>our éviter d'en devenir la proie, effrayé de eurs rugissemens, saisi du silence mémejde ces profondes solitudes , rebrousse chemin , et dit : La nature brute est hideuse et mourante; c'est moi, moi seul qui peux la rendre agréable et vivante : desséchons ces marais , animons ces eaux mortes en les faisant couler ; formons-en des ruisseaux , des

canaux; employant cet élément aeltf et dévorant qu'on nous avoit caché , et qtie nous ne devons qu'à nooMnème ; mettoiu le ko k cette bourre superflue, à ces vieilles forêts déjà à demi consommées ; aebevons de dé* truire avec le fer ce que le feu n'aura pa consumer : bientôt , au lieu da jonc , du nénuphar, dont le crapaud eomposoit son venin , nous verrons paroitre la renoncule , le trèfle, les herbes douées et salutaires; des troupeaux d'animaux bondissans fouleront cette terre jadis impraticable ; ib y trouwront une subsistance abondante , une pâlone toujours renaissante; ils se multiplieront pour se multiplier encore : servons -nous de ces nouveaux aides pour acheva* notre ouvrage; que le bœuf, soumis au joug, emploie ses foix;es et le poids de sa masse. à sillonner la terre; qu'elle rajeunisse par la cuhure: une nature nouvelle va sortir de ites mains.

Qu'elle est belle cette nature cultivée! que , par les soins de l'homme , elle est brillante et pompeusement parée ! II en fait lui-même le principal ornement; il en est la production la plus noble: en se multipliant, il en multiplie le germe le plus précieux; elle-même aussi semble se multiplier avec lui; il met au jour par son art tout ce qu'elle receloit dans son sein : que de trésors ignorés ! que de richesses nouvelles ! Les fleurs, les fruits, les grains perfectionnés, multipliés à l'infini ; les espèces utiles d'animaux transportées, propagées, augmentées sans nombre ; les espèces nuisibles réduites, confinées, reléguées; l'or, et le fer, plus nécessaire que l'or, tirés des entrailles de la terre ; les torrens contenus ; les fleuves dirigés , resserrés ; la mer soumise , reconnue , traversée d'un hémisphère à l'autre ; la terre accessible partout , partout rendue aussi vivante que féconde; dans les vallées de riantes prairies, dans les plaines de riches pâturages ou des moissons encore plas riches ; les collines chargées de vignes et de fruits, leurs sommets couronnés d'arbres utiles et de jeunes forêts, les déserts devenus des cités habitées par un peuple immense , qui , circulant saus cesse , se répand de ces centres jusqu'aux extrémités ; des routes couvertes et fréquentées , des communications établies partout comme autant de témoins de la force et de l'union de la société; mille autres monumens de puissance et de gloire démontrent assez que l'homme, maître du domaine de la terre , en a changé, renouvelé la surface entière , et que de tout temps il partage l'empire avec la nature.

Cependant il ne règne que par droit de

PREMIÈRE VUE

eonqitèle: il jouit plutôt qu*il lie possède; il qe ooQserve que par des soins toujours reuottvei^ : s'ils cessent, tottt languit, tout s'ftitère, tout change , tout rentre sous ht main de Ui nature; elle reprend ses droits , efface les ouvrages de rhoinm* , couvre de poussière et de mousse ses plus fastueux monunwns, les détruit avec le temps, et ne lui laisse que le regret d'avoir perdu par sa faute ce que ses ancêtres avoieiit conquis par leurs travaux. Ce temps^ où l'homme perd son domaine , ces siècles de barbarie pendant lesquels tout périt, sont toujours préparés par la guerre , et arrivent avec la disette et la dépopulation. L'homme , qui ne peut que par le nombre, qui n'est fort que par sa réunion , qui n'est heureux que par la paix, a la fureur de s'armer pour son malheur, et de combattre pour sa ruine; excité par riusatiable avidité , aveuglé par l'ambition encore plus insatiable , il renonce aux sentimeos d'humanité, tourne toutes ses forces contre lui-même , cherche à si'entre-détruire, se détruit en effet ; et après ces jours de sang et de carnage , lorsque la fumée de la gloire s'est dissipée, il voit d'un œil triite la terre dévastée, les arts ensevelis, les nations dispersées , les peuples affoiblis, son propre bonhenr ruiné , et sa puissance réelle anéantie.

« Grand Dieu ! dont la seule présence soutient la nature et maintient l'harmonie des lois de l'univers ; vous qui du trône im-

mobile de l'Empyrée voyez rouler sous vos pieds toutes les sphères célestes sans choc et sans confusion ; qui , du sein du repos , reproduisez à chaque instant leurs mouvemens immenses, et seul régissez dans une paix profonde ce nombre infini de cieux et de mondes ; rendez , rehdez enfin le calme à la terre agitée ! Qu'elle soit dans le silence! qu'à votre voix la discorde et la guerre cessent de faire retentir leurs clameurs orgueilleuses ! Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création ; mais l'homme est votre être de choix ; vous avez éclairé son âme d'un rayon de votre lumière immortelle : comblez vos bienfaits en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour ; ce sentiment divm se répandant partout réunira les natures ennemies ; l'homme ne craindra plus l'aspect de l'homme, le fer homicide n'armera plus sa main ; le feu dévorant de la guerre ne fera plus tarir la source des générations ; l'espèce humaine, maintenant affoiblie , mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau et se multipliera sans nombre ; la nature , accablée sous le poids des fléaux , stérile , abandonnée , reprendra bientôt avec une nouvelle vie son ancienne fécondité; et nous , Dieu bienfaiteur, nous la seconderons , nous la cultiverons , nous l'observerons sans cesse pour vous offrir à chaque instant un nouveau tribut de reconuoissance et d'admiration. »

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