‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 3 sur 146 · BOEUF · texte numérisé non relu

BOEUF

la vache * et elles sont remplacées par d'antrès cornes, qui, comme les secondes dents, ne tombent plus; celles du bœuf et de la vache deviennent seulement plus grosses et plus longues que celles du taureau. L'accroissement de ces secondes cornes ne se fait pas d'une manière uniforme et par un développement égal : la première année, c'est-à-dire la quatrième année de l'Age du bœuf, . il lui pousse deux petites cornes pointues, nettes, unies, et terminées vers la tête par une espèce de bourrelet; l'année suivante ce bourrelet S'éloigne de la tête, poussé par un cylindre de corne qui se forme et qui se termine aussi par un autre bour* relet, et ainsi de suite; car tant que l'animal vit, les cornes croissent : ces bourrelets deviennent des nœuds annulaires, qu'il est aisé de distinguer dans la corne, et par lesquels l'âge se {)eul aisément compter, en prenant pour trois ans la pointe de ta corne jusqu'au premier nœud , et pour un an de plus chacun des intervaÛea entre les autres nœuds.

Le cheval mange nuit et jour, lentement, mais presque continuellement; le bœuf, an contraire, mange vite et prend en assea ' peu de temps toute la nourriture qu'il lui faut , après quoi il cesse de manger et se couche pour ruminer : cette différence vient de la différente conformation de l'estomac de ces animaux. Le bœuf, dont les quatre estomacs ne forment qu'un même sac d'une très-grande capacité, peut sans inconvénient prendre à la fois beaucoup d'herbe et le remplir en peu de temps, pour ruminor ensuite et digérer à loisir. Le cheval, qui n'a qu'un petit estomac, ne peut y recevoir qu'une petite quantité d'herbe et le remplir successivement à mesure qu'elle s'afiaisse et qu'elle passe dans les intestins , ou se fait principalement la décomposition de la nourriture; car ayant observé dans le bœuf et dans le cheval le produit successif de la digestion, et surtout la décomposition du foin, nous avons vu dans le bœuf qu'au sortir de la partie de la panse qui forme le second estomac, et qu'on appelle le bonnet^ il est réduit en une espèce de pâte verte, semblable à des épinards hachés et bouillis; que c'est sous cette forme qu'il est retenu et contenu dans les plis ou livret du troisième estomac, qu'on appelle l&feuiUet; que la décomposition en est entière dans le quatrième estomac, qu'on appelle la caillette; et que ce s'e«t pour ainsi dire .que le marc oui passe dans les intestins : au lieu que dans le cheval le foin ne se décompose guère^

ANIMAUX DOMESTIQUES

ni dans restomac, ni dans les premiers boyaux , où il dericnt seulement plus souple et plus flexible, comme ayant été macéré et pénétré de la liqueur active dont il est environné; qu'il arrive au eœcum et au colon sans grande altération; que c'est principalement dans ces deux intestins , dont r&orme capacité répond à celle de la panse des ruminans, que se fait dans le cneval la décomposition de la nourriture, et que cette décomposition n*est jamais aussi entière que celle qui se fait dans le quatrième estomac du bœuf.

Par ces mêmes considérations , et par la seule inspection des parties, il me semble qu'il est aisé de concevoir comment se fait la rumination , et pourquoi le cheval ne rumine ni ne vomit, au lieu que le bœuf, et les autres animaux qui ont plusieurs estomacs, semblent ne digérer l'herbe qu'à mesure qu'ils ruminent. La rumination n'est qu'un vomissement sans effort, occasioné par la réaction du premier estomac sur les alimens qu'il contient. Le bœuf remplit ces deux premiers estomacs, c'est-à-dire la panse et le oonnet, qui n'est qu'une portion de la panse, tout autant qu'ils peuvent l'être: cette membrane tendue réagit donc alors avec force sur l'herbe qu'elle contient, qui n'est que très-peu mâchée, à peine hadiée, et dont le volume augmente beaucoup par la fermentation. Si l'aliment étoit liquide , cette force de contraction le feroit passer par le troisième estomac, qui ne communique à l'autre que par un conduit étroit, dont même l'orifice est situé à la partie postérieiu>e du premier, et presque aussi haut que celui de l'œsophage. Ainsi ce conduit ne peut pas admettre cet aliment sec, ou du moins il n'en admet que la partie la plus coulante; il est donc nécessaire que les parties les plus sèches remontent dans l'œsophage, dont l'orifice est plus large que celui du conduit : elles y remontent en effet; l'animal les remâche, les macère, les imbibe de nouveau de sa salive , et rend ainsi peu à peu l'aliment plus coulant ; il le réduit en pâle assez liquide pour qu'elle puisse couler dans ce conduit qui communique au troisième estomac, où elle se macère encore avant de passer dans le quatrième; et c'est dans ce dernier estomac que s'achève la décomposition du foin , qui est réduit en parfait mucilage. Ce qui confirme la vérité de cette explication, c'est que tant que ces animaux tettent ou sont nourris de lait et d'autres alimens liquides et coulans, ils ne ruminent pas et qu'ils ruminent beaucoup

plus en hiver et lorsqu'on les nonmt d'atimens secs, qu'en été, pendant lequel ils paissent l'herbe tendre. Dans le cheval , au contraire, l'estomac est très-petit, l'orifice de l'œsophage est fort étroit, et celui du pylore est fort large : cela seul suffiroit pom* rendre impossible la rumination; car l'aliment contenu dans ce petit estomac , quoique peut-é(re plus foitement comprimé que dans le grand estomac du bœuf, ne doit pas remonter, puisqu'il peut aisément descendre par le p>lore, qui est fort large. Il n'est pas même nécessaire que le foin soit réduit en pâte molle et coulante pour y entrer; la force de contraction de l'estomac y pousse l'aliment encore presque sec, et il ne peut remonter par l'œsophage, parce que ce conduit est fort petit en comparaison de celui du pylore. C'est donc par cette différence générale de conformation que le bœuf rumine, et que le cheval ne peut ruminer; mais il y a encore une différence particulière dans le cheval, qui fait que non seulement il ne peut ruminer, c'est-à-dire vomir sans effort , mais même qu'il ne peut absolument vomir, quelque effort qu'il puisse faire : c'est que le conduit de l'œsophage arrivant très-obliquement dans l'estomac du cheval , dont les membranes forment une épaisseur considérable , ce conduit fait dans cette épaisseur une espèce de gouttière si oblique, qu'il ne peut que se seiTcr davantage , au lieu de s'ouvrir par les convulsions de Testomac. Quoique cette différence, aussi bienque les autres différences de conformation qu'on peut remarquer dans le corps de»

animaux, dépendent toutes de la nature lorsqu'elles sont constantes, cependant il y a dans le développement, et surtout dans celui des parties molles, des différences, constantes en apparence, qui néanmoins.

pourroient varier, et qui même varient par les circonstances. La grande capacité de la panse du bœuf, par exemple , n'est pas due en entier à la nature ; la panse n'est pas telle par sa conformation primitive, elle ne le devient que successivement et par le grand volume des alimens : car dans le veau qui vient de naître, et même dans le veau qui est encore au lait et qui n'a pas mangé d'herbe, la panse, comparée à la caillette, est beaucoup plus petite que dans le bœuf. Cette grande capacité de la pause ne vient donc que de l'extensioL qu'occasionne le gi^ud volume des alimens : j'en ai été convaincu par une expérience qui me {laroît décisive. J'ai fait nourrir deux agneaux de même âge et sevrés en même temps , l'un

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