I.E BOEUF
de pain, et Tautre d'herbe : les ayant ouverts au bout d'un an , j'ai tu que la panse de Tagneau qui avoit vécu d'herbe étoit devenue plus grande de beaucoup que la panse de celui qui avoit été nourri de pain.
On prétend que les bœufs qui mangent lentement résistent plus Ibng-temps au travail que ceux qui mangent vite; que les bœufs des pays élevés et secs sont plus vifs, plus vigoureux , et plus sains que ceux des pays bais et humides ; que tous deviennent plus forts lorsqu'on les nourrit de foin sec que quand on ne leur donne que de l'herbe molle; qu'ils s'accoutument plus difiicilément que les chevaux au changement de climat, et que. par cette raison, Ton ne doit jamais achetei que dans son voisinage des bœu& pour le travail.
En hiver, comme les bœufs ne font rien, il sn£Qra de les nourrir de paille et d'un peu de foin; mais dans le temps des ouvrages, on leur donnera beaucoup plus de foin que de paiQe, et même un peu de son ou d'avoine, avant de les faire travailler: l'été, si le foin manque, on leur donnera de liierbe fraîchement coupée , ou bien de jeunes pousses et des feuilles de frêne, d'orme, de chêne, etc., mais en petite quantité, l'excès de cette nourriture, qu'ils aiment beaucoup, leur causant quelquefois un pissement ne sang. La luzerne, le sainfoin, la vesce, soit en vert ou en sec, les lupins, les navets, l'orge bouillie, etc., sont aussi de très^bons alimens pour les bœufs. Il n'est pas nécessaire de régler la quantité de leur nourriture; ils n'en prennent jamais
S lus qu'il ne leur en faut, et Ton fera bien e leur en donner toujours assez pour qu'ils en laissent On ne les mettra au pâturage que vers le 1 5 de mai : les premières herbes sont trop crues; et quoiqu'ils les mangent avec avidité , elles ne laissent pas de les incommoder. On les fera pâturer pendant tout Tété, et vers le i5 octobre, on les remettra , au fourrage, en observant de ne les pas faire passer brusquement du vert au sec et du sec au vert , mais de les amener par degrés à ce changement de nourriture.
La grande chaleur incommode ces aniraaux'y peut-être plus encore que le [grand froid, n faut pendant l'été les mener au travail dès la pointe du jour , les ramener à i'étable, ou les laisser dans les bois pâturer à l'ombre pendant la grande chaleur, et ne les remettre à l'ouvrage qu'à trois ou quatre heures du soir. Au printemps , en hiver , et en automne , on pourra les faire travailler laus interruption depuis huit ou nenf heu-
BUFPOZf. V.
res du matin jusqu'à cinq ou six heures du soir. Ils ne demandent pa» autant de soin que les chevaux; cependant, si l'op veut les entretenir sains et vigoureux , on ne peut guère se dispenser de les [étriller tous les jours, de les laver, et de leur graisser la corne des pieds, etc. Il faut aussi les faire boire au moins deux fois par jour : ib aiment l'eau nette et fraîche, au Ueu que le cheval l'aime trouble et tiède.
La nourriture et le soin sont à peu près les mêmes et pour la vache et pour le bœuf; cependant la vache à lait exige des attentions particulières, tant pour la bien choisir que pour la bien conduire. On dit que les vaches noires sont celles qui donnent le meilleur lait, et que les blanches sont celles qui en donnent le plus ; mais , de quelque poil que soit la vache à lait , il faut qu'elle • soit en bonne chair, qu'elle ail Tœil vif, la démarche légère, qu'elle soit jeune, et que son lait soir , s'il s« peut, al)ondant et de bonne qualité : on la traira deux fois par jour en été, et une fois seulement en hiver; et si l'on veut augmenter la quantité du lait, il n'y aura qu'à la nourrir avec des alimeni plus succulens que de l'herbe.
* Le bon lait n'est ni trop épais ni trop clair; sa consistance doit être telle que hnqu'on en prend une petite goutte , elle conserve sa rondeur sans couler. Il doit aussi être d'un beau blanc; celui qui tire sur le jaune ou sur le bleu ne vaut rien. Sa saveur doit être douce, sans aucune amertume et sans àcreté; il faut aussi qu'il soit de bonne odeur ou sans odeur. Il est meilleur au moi» de mai et pendant l'été que pendant rhiver, et il n'est parfaitement bon que quand la vache est en bon âge et en bonne santé : le lait des jeunes génisses est trop clair , celui des vieilles vaches est trop sec, et pendant l'hiver il est trop épais. Ces différentes qualités du lait sont relatives à la quantité plus ou moins grande des parties butyreuses , caséeuses , et séreuses qui le composent. Le lait trop clair est celui qui abonde trop en parties séreuses; le lait trop épais est celui qui en manque; et le lait trop sec n'a pas assez de parties butyVeuses et séreuses. Le lait d'une vache en chaleur n'est pas bon, non plus que celui d'une vache qui approche de son terme ou qui a mift bas depuis peu de temps. On tron^e dans le troisième et dans le quatrième estomac du veau qui tette , des grumeaux de lait caillé; ces grumeaux de lait, sèches à l'air, sont la présure dont on se sert pour faire cailler le lait. Plus on garde cette pré-'
A.MaUUX DOMESTIQUES.
sure, meilleure elle est, et il n'en faut qu'une très-peiite quantité pour faire uu grand volume de fromage.
Les vaches et les bœufs aiment beaucoup le vin , le vinaigre , le sel ; ils dévorent avec avidité une salade assaisoâuée. En Espagne et dans quelques autres pays , on met auprès du jeune veau à Tétable une de ces pierres qu*on appelle salègres, et qu^ou trouve dans les mines de sel gemme : il lèche cette pierre salée pendant tout le temps que sa raèie est au pâturage; ce qui excite si fort Fappétit ou la soif, qu'au moment que la vache airive , le jeune veau se jette à la mamelle, en tire avec avidité beaucoup de lait, s'engraisse et croit bien plus vite que ceux auxqtiels on ne donne point de sel. C'est par la même raison que quand les bœufs ou les vaches sont dégoûtés, on leur donne de l'herbe trempée dans du vinaigre ou saupoudrée d'un peu de sel : on peut leur en donner aussi lorsqu'ils se portent bien et que l'on , veut exciter leur appétit pour les engi'aisser en peu de temps. C'est ordinairement à l'âge de dix ans qu'on les met à l'eugrais : , si l'on attend plus tard, on est moins sûr de réussir, et leur chair n'est pas si bonne. On peut les engraisser en toutes saisons; mail l'été est celle qu'on préfère , parce que l'engrais se fait à moins de frais, et qu'en commençant au mois de mai ou de juin , on est presque sûr de les voir gras avant la fin d'octobre. Dès qu'on voudra les engraisser , on cessera de les faire travailler ; on le$ fera boire beaucoup plus souvent; on leur donnera des nourritures succulentes en abondance, quelquefois mêlées d'uu peu de sel , et on les laisswa ruminer à loisir et dormir à l'étable pendant les grandes chaleurs : en moins de quatre ou cinq mois ils deviendront si gras , qu'ils auront de la peine à marcher, et qu'on ne pourra les conduire au loin qu'à très-petites journées. Les vaches , et même les taureaux bisiournés, peuvent s'engraisser aussi; mais la chair de la vache est plus sèche , et celle du taureau bislourné est plus rouge et plus dure que la chair du bœuf, et elle a toujours un goût désagréable et fort.
Les taureaux, les vaches et les bœufs sont fort sujets à se lécher , surtout dans les , temps qu'ils sont en plein repos ; et comme l'on croit que cela les empêche d'engraisser, on a soin de frotter de leur fiente tous les endroits de leur corps auxquels ils peuvent atteindre; lorsqu'on ne prend pas celte précaution , ils enlèvent le poil avec la langue, qu'ils ont fort rude , et ils avalent ce poil en
grande quant ilê. Comme cette substance n? |)evit se digérer , elle reste dans leur estomac et y forme des pelotes rondes qu'on a appelées égagropiles, et qui sont quelquefois d'une grosseur si conddérable, qu'elles doivent les incoipmoder par leur volume, et les empêcher de digérer par lem* séjour dans Testomac. Ces pelotes se revêtent avec le temps d'une croûte brune assez solide , qui n'est cependant qu'un mucilage épaissi, mais qui, par le frottement et la coction, devient dur et luisant. Elles ne se trouvent jamais que dans la panse; et s'il entre du poil dans les autres estomacs , il n'yséjourne pas , non pins que dans les boyaux : il passe apparemment avec le marc des alimens.
Les animaux qui ont des dents incisives,' comme le cheval et l'âne , aux deux mâdioires, broutent plus aisément l'herbe courte que ceux qui manquent de dents incisives à la mâchoire supérieure ; et si le mouton et la chèvre la coupent de très-près, c'est parce qu'ils sout petits et que leurs lèvres sont minces : mais le bœuf, dont les lèvres sont épaisses, ne peut brouter que rherbe longue, et c'est par cette raison qu'il ne fait aucun tort au pâturage sur lequel il vit : comme il ne peut pincer que l'extrémité des jeunes herbes, il n'en ébranle point la racine et n'en retarde que très-peu l'accroissement; au lieu que le mouton et la chèvre les coupent de si près, qu'ils détruisent la tige et gâtent la racine. D'ailleurs le cheval choisit l'herbe la plus fine, et lai3se grener et se multiplier la grande herbe, dont les tiges sont dures ; au lieu que le bœuf coupe ces grosses tiges et détruit peu à peu l'herbe la plus grossière : ce qui fait qu'au bout de quelques années la prairie sur laquelle le cheval a vécu n'est plus qu'un mauvais pré, au lieu que celle que le bœuf a broutée devient un pâturage fin.
L'espèce de nos bœufs , qu'il ne faut pas confondre avec celles de l'aurochs, du buffle, et du bison, parott être originaire de nos climats tempères , la grande chaleur les incommodant autant que le froid excessif. D'ailleurs cette espèce , si abondante en Europe, ne se trouve point dans les pays méridionaux, et ne s'est pas étendue d'undeli de l'Arménie et de la Perse en Asie , et audelà de l'Egypte et de la Barbarie en Afrique; car aux Indes , aussi bien q[ue dans le reste de l'Afrique, et même en Amérique, ce sont des bisons qui ont une bosse sur le dos, ou d'autres animaux, auxquels les voyageurs ont donné le nom de bœufs ^ mais qui sout d'une espèce différente de celle de
LE BŒUF
• nos bœufs. Ceux qu'on rrouve au cap de Bonne-Espérance et en plusieurs contrées de rAmérique, y ont été transportés d'Europe par les Hollandais et par les Espagnols. En général, il paroît quëk les pays un peu froids conviennent mieux à nos bœufs que les pays chauds, et qu'ils sont d'autant plus gros et plus grands que le climat est plus humide et plus abondant en pâturages. Les bœufs de Danemarck, de la Podolie, de rukraine , et de la Tartarie quliabitent les Calmouks, sont les plus grands de tous; ceux d'Irlande, d'Angleterre, de Hollande, et de Hongrie, sont aussi plus grands que • ceux de Perse, de Turquie, de Grèce, dltalie, de France, et d'Espagne; et ceux de Barbarie sont les plus petits de tous. On assure même que les HoUandois tirent tous les ans du Danemarck un grand nombre de vaches grandes et maigres , et que ces vaches donnent en Hollande beaucoup plus de lait que les vaches de France. C'est apparemment cette même race de vaches à lait qu'on t transportée et multipliée en Poitou, en Aunis, et dans les marais de la*Charente, où on les appelle saches flcaidrines. Ces vaches sont en effet beaucoup plus grandes et plus maigres que les vaches communes, et elles donnent une fois autant de lait et de beurre; elles donnent aussi des veaux beaucoup plus grands et plus forts. Elles ont du lait en tout temps, et on peut les trahie toute l'année, à l'exception de quatre ou cinq jours avant qu'elles mettent bas. Mais il faut pour ces vaches des pâturages excellens ; quoiqu'elles ne mangent guère jplus que les vaches communes, comme elles sont toujours maigres , toute la surabondance de la nourriture se tourne en lait : au lieu que les vaches ordinaires deviennent grasses et cessent de donner du lait dès qu'elles ont vécu pendant (yielque temps dans des pâturages trop gras. Avec un taureau de cette race et des vaches communes, on fait une autre race qu^on appelle bâtarde, et qui est plus féconde et plus abondante en lait que la race commune. Ces vaches bâtardes donnent souvent deux veaux à la fois , et fournissent du lait pendant toute l'année. Ce sont ces bonnes vaches à lait qui font une partie des richesses de la Hollande , d'où il sort tous les ans pour des sommes considérables de beurre et de fromage. Ces vaches, qui fournissent une ou deux fois autant de lait que les vaches de France , en donnent six fois autant que celles d« Barbarie.
Eu Irlande, en Angleterre, en Hollande,
en Suisse , el dans le Nord , on sale et on fume la chair du bœuf en grande quantité , soit pour l'usage de la marine, soit pour l'avantage du commerce. Il sort aussi de ces
Says une grande quantité de cuirs : la peau u bœuf, et mcâie celle du veau , servent , comme l'on sait , à une infinité d'usagés. La graisse est aussi une matière utile; on la . mêle avec le suif du mouton. Le fumier du bœuf est le meilleur engrais pour les terres sèches et légères. La corne de cet animal est le premier vaisseau dans lequel on ait bu , le premier instrument dans lequel on ait soufflé pour augmenter le son , la première matière transparente que l'on ait employée pour fure às& vitres, des lanternes, et que l'on ait ramollie, travaillée, moulée, pour faire des boites , des peignes , et mille autres ouvrages. Mais finissons; car l'histoire naturelle doit finir où commence l'histoire des arts.
* Je dois ici rectifier une erreur que j'ai faite au sujet de Faccroissement des cornes des bœufs, vaches, et taureaux. On m'avoit assuré , et j'ai dit qu'elles tombent à l'âge de trois ans, et qu'elles sont remplacées par d'autres cornes qui; comme les secondes dents , ne tombent plus. Ce fait nVïst vrai qu'en partie; il est fondé sur une méprise dont M. Forster a recherché l'origine. Voici ce qu'il a bien voulu m'en écrire.
« A l'âge de trois ans , dit-il , une lame très-mince se sépare de la corne; cette lame, qui n'a pas plus d'épaisseur qu'une feuille de bon papier commun, se gerce dans toute sa longueur, et au moindre frottement elle tombe ; mais la corne subsiste , ne tombe pas en entier , et n'est pas remplacée par une* autre : c'est une simple exfoliation, d'où se forme cette espèce de bourrelet qui se trouve depuis l'âge de trois ans au bas des cornes des taureaux, des bœufs, et des vaches, et, chaque année suivante , un nouveau bourrelet est formé par l'accroissement et l'addition d'une nouvelle lame conique de corne , formée dans l'intérieur de la corne immédiatement sur l'os qu'elle enveloppe , et qui pousse le cône corne de. trois ans un peu plus avant. Il semble donc que la lame mince, exfoliée au bout de trois ans, formoit l'attache de la corne à l'os frontal , et que la production d'une nouvelle lame intérieure force la lame extérieure , qui s'ouvre par une fissure longitudinale et tombe au premier frottement. Le premier bourrelet formé, les lames inté^ rieures suivent d'année en année , et poussent la corne triennale plus avant, et le bourt^^
AISIMAUX DOMESTIQUES.
let se détache de même par le frottement , car on observe que ces animaax aiment à frotter leurs cornes contre les arbres ou contre les bois dans l'étable : il y a même des gens assez soigneux d« leur bétail pour planter quelques poteaux dans leur pâturage , afin que les bœufs et les vaches puis* sent y frotter leurs cornes : sans cette précaution , îk prétendent' avoir remarqué que ces animaux se^ battent entre eux par les cornes ) et cela parce que la démangeaison qu'ils éprouvent les force à chercher les moyens de la faire cesser, t^e poteau sert
aussi à ôter les vieux poils , qui, poussés * par les nouveaux , causent des démapgeaisons à la peau de ces animaux. »
Ainsi les contes du bcouf sont permanentes , et ne tombent jamais en entier que par accident, et quand le bœuf se heurte avec violence coiitre quelque corps dur ; et ^ lorsque cela arrive » il ne reste qu'un petit moignon qui est fort sensible pendant plusieurs jours; et quoiqu'il se durcisse, il ne prend Jamais d'accroissement, et Tammal est écorne pour toute la vie.
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LE BÉLIER ET LA BREBIS
L'oir ne peut guère douter que les animaux actuellement domestiques n'aient été sauvages auparavant : ceux dont nous avons dojEiné l'histoire en ont fourni la preuve ; et l'on trouve encore aujourd'hui des chevaux, des ânes, et des taureaux sauvages. Mais l'homme, qui s'est soumis tant de millions d'individus, peut-il se glorifier d'avoir conquis une seule espèce entière? Comme toutes ont été créées sans sa participation , ne peut-on pas croire que toutes ont eu ordre de croître et de multiplier sans son secours? Cependant, si l'on fait attention à la. foiblesse et à la stupidité de la brebis, si Ton considère en même temps que cet animal sans défense ne peut même trouver son salut dans la fuite; qu'il ^ pour ennemis tous les. animaux carnassiers, qui semblent le ehercher de préférence et le dévorer par goût; que d'aiUeurs cette espèce produit peu, que chaque individu ne vit que peu de temps, etc., on seroit tenté d'imagmer que dès les commencemens la brebis a été confiée à la garde de l'homme, qu'elle a eu besoin de sa protection pour subsister, et de ses soins pour se multiplier, puisqu'en efitet on ne trouve point de brebis sauvages dans les déserts; que dans tous les lieux où l'homme ne commande pas , le lion, le tigre, le loup, régnent par la force et par la cruauté; que ces animaux de sang et de carnage vivent plus long-temps et multiplient tous beaucoup plus que la brebis; et 2u'enfin, si l'on abandonnoit encore aujour- 'huî dans nos campagnes les troupeaux nombreux de cette espèce que nous avons tant multipliée , ils seroient nientôt détruits
sous nos yeux, et l'espèce entière anéantie par le nombre et la voracité des espèces ennemies.
Il paroit donc que ce n'est que par notre secours et par nos soins que cette espèce a duré , dure , et pourra durer encore : il paroit qu'elle ne subsisteroit pas par ellemême. La brebis est absolument sans ressource et sans défense : le bélier n'a que de foibles armes; son courage n'est qu'une pétulance inutile pour lui-même , et incommode pour les autres, et qu'on détruit par la castration. Les moutons sont encore plus timides que les brebis; c'est par crainte qu'ils se rassemblent si souvent en troupeaux ; le moindre bruit extraordinaire suffit pour qu'ils se précipitent et se serrent les uns contre les autres; et cette crainte est accompagnée de la plus grande stupidité, car ib ne savent pas fuir le danger : ils semblent même ne pas senfir l'incommodit? de leur situation ; ils restent où ils se trouvent, à la pluie, à la neige; ils y demeurent opiniâtrement; et, pour les obliger à changer de lieu et à prendre une route, il leur faut un chef qu'on instruit à marcher le premier, et dont ils suivent tous les mouvemens pas à pas. Ce chef demeureroit luimême, avec le reste du troupeau, sans -mouvement, dans la même place, s'il n'étoit chassé par le berger ou excité par le chien commis à leur garde, lequel sait en effet veiller à leur sûreté, les défendre , les diriger, les séparer, les rassembler, et leur communiquer les mouvemcns qui leur manquent.
Ce sont donc, de tous les animaux qua-
"LE BEtEER ■ Uni* dar "Sainànaais . ûènre Itimtaa. /(iaùf/
LE BÉLIER ET LA BREBIS
drupèdes, les plus stupides; ce sont ceux qui ont le moins de ressource et d'instinct. Les chèvres,' qui leur ressemblent à tant d'autres égards » ont beaucoup plus de sentiment; elles savent se conduire; elles évitent les dangers, elles se familiarisent aisément avec les nouveaux objets, au lieu que la brebis ne sait ni fuir ni s'approcher : quelque besoin qu'elle ait de secours, elle ne vient point à lliomme aussi volontiers que la chèvre; et, ce qui, dans les animaux, paroit être le dernier degré de la timidité ou de l'insensibilité , elle se laisse enlever son agneau sans le défendre, sans s'irriter, sans résister, et sans marquer sa douleur par un cri différent du bêlement ordinaire.
Mais cet animal si chétif en lui-même, si dépourvu de sentiment, si dénué de qualités intérieures, est pour l'homme l'animal le plus précieux, celui dont l'utilité est la plus immédiate et la plus étendue : seul il peut suffire aux besoins de première nécessité ; il fournit tout à la f&is de quoi se nourrir et se vêtir, sans compter les avantages particuliers que l'on sait tirer du suif, du lait, de la peau, et même des boyaux, des os, et du fumier de cet animal, auquel il semble que la nature n'ait, pour ainsi dire, rien accordé en propre , rien donné que pour le rendre à l'homme.
L'amourj qui, dans les animaux, est le sentiment le plus vif et le plus général, est aussi le seul qui semble donner quelque vivacité, quelque mouvement au béher; il devient pétulant , il se bat , il s'élance contre les autres béliers, quelquefois même il attaque son berger ; mais la brebis, quoique en chaleur, n'en paroit pas plus animée, pas plus émue; elle n'a qu'autant d'instinct qu'il en faut pour ne pas refuser les approches du mâle, pour choisir sa nourriture, et pour reoonnoitre son agneau. L'instinct est a'autant plus sûr qu'il est plus machinal, et, pour ainsi dire , plus inné : le jeune agneau cherche lui-même dans un nombreux troupeau, trouve et saisit la mamelle de sa mère sans «jamais se méprendre. L'on dit aussi que les moutons sont sensibles aux douceurs du chant, qu'ils paissent avec plus d'assiduité, qu'ils' se portent mieux, qu'ils engraissent au son du chalumeau , que la musique a pour eux des attraits ; mais l'on dit encore plus souvent, et avec plus de fondement, qu'elle sert au moins à charmer l'ennui du berger, et que c'est à ce genre de vie oisive et solitaire que l'on doit rapporter l'origine de cet art.
Ces animaux, dont le naturel est si sim-
ple, sont aussi d un tempérament Lrès-foible; lis ne peuvent maiclier long -temps; les voyages les affoiblissent et les exténuent; dès qu'ib courent , ils palpitent et sont bientôt essoufflés ; la grande chaleur, Tai'deur du soleil, les iocommodent autant que l'humidité, le froid, et la neige; ils sont sujets à grand nombre de maladies, dont la plupart sont contagieuses ; la surabondance de - la graisse les fait quelquefois moiu^r, et tou^ jours elle empêche les brebis de produire ; elles mettent t>as difficilement, elles avortent fréquemment, et demandent plus de soin qu'aucun des autres animaux domestiques.
Lorsque la brebis est prête à mettre bas, il faut la séparer du reste du troupeau et la veiller, afin d'être à portée d'aider à l'accouchement-. L'agneau se présente souvent de travers ou par les pieds , et dans ces cas la mère court risque de la vie si elle n'est aidée. Lorsqu'elle est délivrée , on lève l'agneau et on le met droit sur ses pieds ; on tire en Éiême temps le lait qui est contenu dans les mamelles de la mère : ce premier lait est g&té , et feroit beaucoup de mal 4 l'agneau ; on attend donc qu'elles se remplissent d'un nouveau lait avant que de lui permettre de téter : on le tient chaudement et on l'enferme pendant trois ou quatre jours avec sa mère , pour qu'il apprenne à la connoitre. Dans ces preouers temps, pour rétablir la brebis , on la nourrit de bon lait et d'orge moulu, ou de son mêlé d'un peu deu«el ; on lui fait boire de l'eau un peu tiède et blanchie avec de la farine de blé , de fèves, ou de millet : au bout de quatre ou cinq jours, on pourra la remettre par degrés à la vie commune, et la faire sortir avec les autres ; on observera seulement de ne la pas mener trop loin, pour ne pas échauffer son lait : quelque temps après, lorsque l'agneau qui la tette aura pris de la force et qu'il commencera à bonoir, on pourra lui laisser suivre sa mère aux champs.
On livre ordinairement au boucher tous les agneaux qui paroissent foibles, et l'on ne garde pour les élever que ceux qui sont les plus vigoureux, les plus gros, et les plus chargés de laine : les agneaux de la première portée ne sont jamais si bons que ceux des portées suivantes. Si l'on veut élever ceux
3ui naissent aux mois d'octobre, novembre, éoembre, janvier, février, on les garde i retable pendant Thiver ; on ne les en fait sortir que le soir et le matin pour téter, et on ne les laisse point aller aux champs avant le commencement d'avril : quelque temps auparavant, ou leur donne tous les jours ua
peu d*herbe, aiîii de les acooulumer peu à peu i cette iu>ui{,eile nourriture. On peut les leTrer à un mou; mais il vaut miem: ne le faire <pi*& six semaines ou deux mois. Ou préfère toujours les a^eaux blancs et sans taches aux agneaux noirs ou tachés, )a laine blandie se Tendant mieux que la laine noire ou mêlée.
La castration doit se faire à Vâge de cinq ou six mois, ou même un peu plus tard, au printemps ou en automne, dans uii teo^ doux. Cette opération se fait de deux manières : la plus ordinaire est l'incision ; on tire les testicules par Touverture qu*on -vient de faire , et on les enlève aisément : l'autre se fait sans incision; on lie seulement, en serrant fortement avec une corde, les bpurses au-dessus des testicules, et Ton détruit par cette compression les vaisseaux qui 7 aboutissent. La castration rend Tagneau malade et triste, et Ton fera bien de lui donner du son mêlé d'un pei| de sel pendant deux ou trois jours, pour prévenir le dégoût qui souvent succède à cet état.
A un an , les béliers , les brebis , et les moutons, perdent les deux dents de devant de la mâchoire inférieure : ils manquent , comme l'on sait , de dents incisives à la mâchoire supérieure. A dix-huit mois, les deux dents voisines des deux premières tombent aussi, et à trois ans elles sont toutes remplacées : elles sont alors égales et assez blanches ; mais à mesure que l'animal vieillit, elles se déchaussent, s'émoussent , et deviennent inégales et noires. On connoît aussi l'âge du bélier par les cornes ; elles paroissent dès la première année, souvent dès la naissance, et croissent tous les ans d'un anneau jusqu^à l'extrémité de la vie. Communément les brebis n'ont pas de cor- .nes; mais elles ont sur la tête des proéminences osseuses aux mêmes endroits ou naissent les cornes des béliers. Il y a cependant quelques brebis qui ont deux et même quatre cornes : ces brebis sont semblables aux autres ; leurs cornes sont longues de cinq ou six pouces, moins contournées que ceUe5 des Déliers ; et lorsqu'il y a quatre cornes, les deux cornes extérieures sont plus courtes que les deux autres.
Le bélier est en état d'engendrer dès l'âge de dix-huit mois, et à un an la brebis peut produire; mais on fera bien d'attendre que la brebis ait deux ans, et que le bélier en ait trois, avant de leur permettre de s'accoupler: le produit trop précoce, et même le premier produit de ces animaux^ est toujours foible '«t mal conditionné. Un bélier peut aisément
suffire à vingt-cinq ou trente brebis. On le choisit parmi les plus forts et les plus beaux de son espèce : il faut qu'il ait des cornes , car il y • des béliers qui n*en oilt pas; et ces béliers sans cornes sont , dans ces diroats, liioins vigoureux et moins propres à la propagation. Un beau et bon bélier doit avoir la tête forte et grosse, le front large, les y£ux gros et noirs, le nez camus, les oreilles grandes, le cou épais, le corps long et élevé, les reins-^et la. croupe larges , les testicules gros, et la queue longue : les meilleurs de tous sont les blancs, bien chargés de laine sur le ventre , sur la queue, sur la tête, sur les oreilles, et jusque sur les yeux. Les brebis dont la laine est la plus abondante , la plus touffue , la plus longue, la plus soyeuse, et la plus blanche, sont aussi les meilleures pour la propagation, surtout si elles ont en même temps le corps grand , le cou épais , et la démarche légère. On observe aussi que celles qui sont plutôt maigres que grasses produisent plus sûrement que les autres.
La saison de la chaleur des brebis est depuis le commencement de novembre jusqu'à la fin d'avril : cependant eDés ne laissent pas de conùevoir en tout temps, si on leur donne, aussi bien qu'au béUer, des nourritures qui les échauffent, comme de l'eau salée et du pain de chènevis. On les laisse couvrir trois ou quatre fois chacune , après quoi on les sépare du bélier, qui s'attache de préférence aux brebis âgées et dédaigne les plus jeunes. L'on a soin de ne les pas exposer à la pluie ou aux orages dans le temps de Taccouplement : l'humidité les empêche de retenir, et nn coup de tonnerre suffit pour les faire avorter. Un jour ou deux après qu'elles ont été couvertes on les remet à la vie commune, et l'on cesse de leur donner de l'eau salée, dont l'usage continuel, aussi bien que celui du pain de chènevis et des autres nourritures chaudes , ne manqueroit pas de les faire avorter. Elles portent cinq mois, et mettent bas au commencement du sixième. Elles ne produisent ordinairement qu'un agneau , et quelquefois deux. Dans les climats chauds, elles peuvent produire deux fois par an ; mais en France et dans les pays plus froids elles ne produisent qu'une fois l'année. On donne le bélier à quelques-unes vers la fin de juillet et au commencement d'août, afin d'avoii des agneaux dans le mois de janvier; on le donne ensuite à un plus grand nombre dans les mois de septembre , d'octobre , et de novembre, et l'on a des agneaux
LE BELIER ET LA BREBIS
abondamment aux mois de février, de mars, et d'avril : on peut aussi en avoir en quantité aux mois de mai, juin, juillet, août, et septembre ; et ils ne sont rares qu^aux mois d'octobre , novembre , ^t décembre. La brebis a du lait pendant sept ou huit mois , et en grande abondance : ce lait est une assez bonne nourriture pour les enfans et pour les gens de.la campagne; on en fait aussi de fort bcms fromages, surtout en le mêlant avec celui de la vache. L'heure de traire les brebis est. immédiatement avant qu'elles aillent aux champs, ou aussitôt après qu'elles sont revenues : on peut les traire deux fois par jour en été, et une fois en hiver.
Les brelâ| engraissent dans le temps qu'elles sont pleines, parce qu'elles mangent plus alors que dans les autres temps. Comme elles se nlessent souvent et qu'elles avortent fréquemment , elles deviennent quelquefois stériles et font assez souveot des monstres : cependant , lorsqu'elles sont bien soignées, elles peuvent produire pendant toute leur vie , c'est-à-dire jusqu'à l'âge de dix ou douze ans; mais ordinaii-ement elles sont vieilles et maléficiées dès l'âge de sept ou huit ans. Le bélier, qui vit douze ou. quatorze ans, n'est bon que jusqu'à huit pour la propagation : il faut le bistourncr à cet âge, et l'engi^aisser avec les vieilles brebis. La chair du bélier, quoique bistoumé et engraissé , a toujours un mauvais goût : celle de la brebis est mollasse et insipide, au lieu que celle du moutdn est la plus succulente et la meilleure de toutes les viandes communes.
Les gens qui veulent former im troupeau, et en tirer du profit, achètent des brebis et des moutons de l'âge de dix-huit mois ou deux ans. On en peut mettre cent sous la conduite d'un seul berger : s'il est vigilant et aidé d'un bon chien, il en perdra peu. Il doit les précéder lorsqu'il les conduit aux champs, et les atcoutumer à entendre sa voix , à le suivre sans s'airêter et sans s'ccartec dans les blés, dans les vignes, dans les bois, et dans les terres cultivées, où ils ne manqueroient pjeis de causer du dégât. Les coteaux et les plaines élevées au-dessus des collines sont des lieux qui leur conviennent le mieux : on évite àe les mener paiire dans les endroits bas, humides, et marécageux. On les nourrit pendant l'hivei, à rétable, de son, de navets, de foin, de paille , de luzerne , de sainfoin , de feuilles d'orme, de frêne, etc. On ne laisse pas de les faire sortir tous les jours , à moins que le temps ne soit fort mauvais; mais c'est
plutôt poiu* les premier que pour les nourrir; et dans cette mauvaise saison on ne les conduit aux. champs que sur les dix heures du matin : on les y laisse pendant
- quatre ou cinq heures, après quoi on les fait boire et on les ramène vers les trois heures après midi. Au printemps et en automne, au contraire, on les fait sortir aussitôt aue le soleil a dissipé la gelée ou l'humidité, et on ne les ramène qu'au soleil couchant. Il suffit aussi , dans ces deux saisons, de les faire boire une seule fois par jour avant de les ramener à l'étable, ou il faut qu'ils trouvent toujours du fourrage , maisjen plus petite ouanlité qu'en hiver. Ce n'est que pendant Teté qu'ils doivent prendre aux champs toute leur nourriture ; on les y mène deux fois par jour, et on les fait boire aussi deux fois: ont les fait sortir de grand matin , on attend que la rosée soit tombée pour les laisser paître pendant quatre ou cmq heures, ensuite on les fait boire et on les ramène à la bergerie ou dans quelque autre endroit à l'ombre; sur les trois ou quatre heures du soir, lorsque la grande chaleur commence à diminuer, on les mène paître une seconde fois jusqu'à la fin du jour : il faudroit même les laisser passer toute la nuit aux champs, comme on le fait en Angleterre, si Ton n'a voit rien à craindre du loup; ils n'en seroient que plus vigoureux , plus propres , et plus sains. Comme la chaleur trop vive les mcommod<^* beaucoup, et que les rayons du soleil leur étourdissent la tète et leur donnent des vertiges, on fera bien de choisir des lieux o|yposés au soleil , et de les mener le matin sur des coteaux exposés au levant, et l'aprèsmidi sur des coteaux exposés au couchant , afin qu'ils aient en paissant la tête à l'ombre de leur corps; enfin il faut éviter de les faire passer par des endroits couverts d'épines, de ronces, d'ajoncs, de chardons, si l'on veut qu'ib conseivent leur laine.
Dans les terrains secs , dans les lieux élevés^ où le serpolet et les autres herbes odoriférantes abondent, la chair du mouton est de bien meilleure qualité que dans les plaines basses et dans les vallées "humides ; à moins que -ces plaines ne soient sablon neuses et voisines de la mer, parce qu'alors toutes les herbes sont salées , et h chair du mouton n'est nulle part aussi bonne que dans ces pacages ou prés salés; le lait des brebis y est aussi plus abondant et de meilleur goût. Rien ne flatte plus l'appétit de ces animaux que le sel; rien aussi ne leur
^ est plus salutaire, lorsqu'il leur est donné
ATOMAUX DOMESTIQUES.
modérément; et dans quelques endroits on met dans la bergerie un sac de sel ou une pierre salée, qu'us Yont lécher tour à tour.
Tous les ans il faut trier dans le troupeau les bètes qui commencent à vieillir, et qu'on^ veut engraisser : comme elles demandent un traitement différent de celui des autres, on doit en faire un troupeau séparé ; et si c'est en été, on Jes mènera aux champs avant le lever du aoleil, afin de leur faire pailre l'herbe humide et chargée de rosée. Rien ne contribue plus à l'engrais des moutons que Veau prise en grande quantité, et rien ne s*y oppose davantage que l'ardeur du soleil : ainsi on les ramènera à la bergerie sur les huit ou neuf heures du matin avant la grande chaleur, et on leur donnera du sel pom* les exciter à boire; on les mènera une seconde fois , sur les quatre heures du soir, dans les pacages les plus frais et les plus humides. Ces petits soins continués pendant deux ou trois mois suffisent pour leur don* ner toutes les apparences de l'embonpoint, Kt même pour les engraisser autant qu'ils })euvent l'être; mais cette graisse, qui ne vient que de la grande quantité d'eau qu'ils ont bue, n'est ;pour ainsi dire qu'une bouffissure, un oedème qui les feroit périr de pourriture en peu de temps, et qu'on ne prévient qu'en les tuant immédiatement après qu'ils se sont chargés de cette fausse ^graisse; leur chair même, loin d'avoir acquis des sucs et pris de la fermeté , n'en est souvent que plus insipide et plus fade : il faut, lorsqu'on veut leur faire une bonne chair, ne se pas borner à leur laisser paître la rosée et boire beaucoup d'eau, mais leur donner en même temps des nourritures plus succulentes que l'herbe. On peut les engraisser en hiver et dans toutes les saisons , en les mettant dans une étable à part et en les nourrissant de farines d'orge , d'avoine , de froment, de fèves^ etc., mêlées de sel, afin de les exciter à boire plus souvent et plus abondamment : mais de quelque manière et dans quelque saison qu'on les ait engraissés, il faut s'en défaire aussitôt; car on ne peut jamais les engraisser deux fois , et ils périssent presque tous par des maladies du foie.
On trouve souvent des vers dans le foie des animaux. On peut voir la description des vers du foie des moutons et des bœufs dans \e Tournai des Savants ^ et dans les Éphémérides d* Allemagne, On croyoil que ces vers singuliers ne se trouvoieiA que dans le foie des animaux ruminans; mais M. Baubenton en a trouvé de tout scn)l)Ia-
bles dans le foie de l'âne, et il est probable qu'on en trouvera de semblables aussi dans le foie de phisieurs autres animaux. Mais on prétend encore avoir trouvé des papillons dans le foie des moutons. M. Kouille, ministre et secrétaire d'état des affaires étrangères, a en la bonté de me communiquer une lettre qui lui a été écrite, en 1749, par M. Cachet de Beaufort, docteur en màecine à Moutiers en Tarantaise, dont voici l'extrait : « L'on a remarqué depuis long-temps «que les moutons, qui, dans nos Alpes, « sont les meilleurs de l'Europe, maigrissent « quelquefois à vue d'oeil, ayant les yeux « blancs, chassieux et concentrés, le sang « séreux , sans presque aucuue^artie rouge «sensible, la langue aride et resserrée, le M nez rempli d'un mucus jaunâtre, glaireux ((et purulent, avec une débilité extrême,, « quoique mangeant beaucoup , et qu'enfin « toute l'économie animale tomboit en dé- «( cadence. Plusieurs recherches exactes ont u appris que ces animaux avoient, dans le « foie, des papillons blancs ayant des ailes « assorties, la tête semi-ovale, velue, et de <( la grosseur de ceux des vers à soie : plus « de soixante-dix , que j'ai fait sortir en «comprimant les deux lobes, m'ont con- « vaincu de la réalité du fait. I^ foie se (( dilatoit en même temps sur toute la partie « convexe. L'on n'en a remarqué que dans « les veines, et jamais dans les artères; on »( en a trouvé de pe^ts, avec de petits vers, « dans le conduit cystique. La veme-porie et « la capsule de Glisson, qui paroissent s'y « manifester comme dans l'homme , cédoient «au toucher le plus doqx. Le poumon et les «c autres viscères étoient sains, etc. » Il seroit à désirer que M. le docteur Cachet de Beaufort nous eût donné une description plus détaillée de ces papillons, afin d'ôter le soupçon qu'on doit avoir que ces animaux
3u'il a vus ne sont que les vers ordinaire^ u foie du mouton , qui iPont fort plats , fort larges, et d'une figure si singulière, que du premier coup d'œil on les prendroit plutôt pour des feuilles que pour des vers.
Tous les ans on fait -la tonte de la laine des moutons , des brebis , et des agneaux : dans les pays chauds, où l'on ne craint pas de mettre l'animal tout-à-fait nu , l'on ne coupe pas la laine, mais on l'arrache, et on en fait souvent deux récoltes par an; en France, et "dans les climats plus froids, on se contente de la couper une fois par an, avec de grands ciseaux, et on laisse aux moutons une partie de leur toison , afin de les garantir de l'intempérie du climat. C'est
LE BÉLIER Eï
au mois de mai que se fait cette opération, après les avoir bieii lavés, afin de rendre la laine aussi nette qu'elle peut l'être : au mois d'avril il fait encore trop froid; et si Ton attendoit les mois de juin et de juillet , la laine ne croitroit pas assez pendant le reste de l'été pour les garantir du froid pendant ThiTcr. La laine des moutons est ordinairement plus abondante et meilleure que celle des brebis. Celle du cou et du dessus du dos est la laine de la première qualité; celle des , cuisses, de la queue, du ventre, de la gorge, etc., n'est pas si bonne, et ceDe que l'on prend sur des bétes mortes ou malades est la plus mauvaise. On préfère aussi la laine blanche à la grise, à la brune, et à la noire, parce qu'à la teinture elle peut pren> dre toutes sortes de couleurs. Pour la qu^* iité, la laine lisse vaut mieux que la lame erépne ; on prétend même que les moutons dont la laine est trop frisée ne se portent pas aussi bien que les autres. On peut encore tirer des moutons un avantage considérable en les faisant parquer, c'est-à-dire en les laissant séjourner sur les terres qu'on veut améliorer : il &ui pour cela enclore le terrain et y renfermer le troupeau toutes les nuits pendant l'été ; le fumier, l'urine , et la chaleur du corps de ces animaux, ranimeront %n peu de temps les ten*es épuisées, ou froides et infertiles. Cent moutons amélioreront en un été huit arpents de terre pour six ans.
Les anciens ont dit que tous les animaux ruminans avoient du suif : cependant cela n'est exactement vrai que de la chèvre et du mouton; et celui du mouton est plus abondant, plus blanc, plus sec, plus ferme, et de meilleure qualité qu'aucun autre. La graisse diffère du suif en ce qu'elle reste toujours molle, au lieu que le suif durcit en se refroidissant C'est surtout autour des reins que le suif s'amasse en grande quantité, et le rein gauche en est toujours plus chargé que le droit : il y en a aussi beaucoup dans l'épîploon et autour des intestins; mais ce suif n'est pas , à beaucoup près , aussi ferme ni aussi bon que celui des reins, de la queue, et des autres parties du corps. Le« moutons n'ont pas d'autre graisse que le suif, et cette matière domine si fort dans l'habitude de leur corps, que toutes les extrémités de la diair en sont garnies ; le sang même en contient une assez grande
?[uantité; et la liqueur séminale en est si ort chargée qu'elle paroit éiie d'une consistance (tifférente de celle de la liqueur séminale des autres animaux. La hqoeur de
LA B&ËCIS. 5?
l'homme, celle du -chieu, du cheval, de râne, et pobablemeut celle de tous les animaux qui n'ont pas de suif, se liquéfie par le froid, se délaie à l'air, et devient d'autant plus fluide qu'il y a plus de temps qu'elle est sortie du corps oe l'aniaul; la liqueur séminale du bélier, et probablemeal celle du bouc et des autres animaux qui ont du suif, au lieu de se délayer à l'air, se durcit comme le suif, et perd toute sa liquidité avec sa chaleur. J'ai reconnu cette différence en observant au miccoscope ces liqueurs séminales : celle du bàier se fige quelques secondes après qu'elle est sortie du corps ; et, pour y "voir les molécules organiques vivantes qu'ene contient en prodigieuse quantité, il faut chauffer le porteobjet du microscope, afin de la conserver dans son état de fluidîté.
Le goât de la chair de mouton , la finesse de la laine y la quantité de suif, et même la grandeur et la grosseur dn corps de ces> animaux, varient beaucoup suivant les différens pays. En France, le Berri est la province où ils sont plus abondans; ceux des environs de Beauvais sont le$ pln$ gras et les plus chargés de suif, aussi bien que ceux de quelques endroits de la Normandie ; ils sont très-bons en Bourgogne; mais les meilleurs de tous sont ceux des côtes sablonneuses de nos provinces maritimes.. Los laines d'Italie, d'Eqngne, et même d'Angleterre, sont plus fii^es que les laines de France. Il y a en Poitou, en Provence, aux environs de Bayonne, et dans quelques autres endroits de la France, des brebis qui parois&ent être de races étrangères, et qui sont plus grandes, plus fortes, et plus chargées de laine que celles de la race commune : ces brebis produisent aussi beaucoup plus que les autres, et donnent sou^itot deux agneaux à la fois ou deux agneaux par an. Les béliers de cette race engemlrent avec les brebis ordinaires ^ ce qui produit une race inteimédiaire qui participe des deux dont elle sort. En Italie et en Espagne il y a encore un plus grand nombre de variétés dans les races des brebis; mais toutes doivent ê(re regardées comme ne formant qu'une seule et même espèce avec nos brebis , et cette espèce si abondante et si variée ne s'étend guère au-delà de l'Europe. Les animaux à loneiie et large queue qui sont communs en Alriqtie et en Asie, et auxquels les voyageurs ont donné le nom de moutons de Barbarie, paroissem être d'une espèce différente de nos moutons, aussi bien que la vigogne et le lama d'Amérique.
ANIMAUX DOMESTIQUES
Comme la laine blanche est |)lus estimée que la noire, on détruit presque partout avec soin les agneaux noirs ou tachés; cependant ih j a des endroits où presque tomes les brebis sont noires, et partout db Toit souvent naître d'un bélier blanc et d'une brebis blanche des agneaux noirs. En France il n'y a que des montons blancs ,
bruns, noirs, et tachés; en Espagne il y a des moutons roux; en Ecosse u y en a de jaunes; mais ces difTérences et ces variétés dans la couleur sont encore plus accidentelles que les différences et les variétés des races , qui ne viennent cependant que de la différen'ce de la nourriture et de Tinfluence du climat.