‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 50 sur 146 · LA BELETTE · texte numérisé non relu

LA BELETTE

rochei, colnme le putois et la fouine. Ainsi rhermine n*est pas la belette sauvage» Yictû d'Aristote, puisqu'il dit qu'elle devient fbrt privée, et qu'elle est fort avide de miel : la belette et rhermine, loin de s'apprivoiser, sont si sauvages , qu'elles ne veulent pas manger lorsqu'on les regardé; elles sont dans une agitation continuelle, cherchent toujours à se cacher; et si Ton veut les conserver, il faut leur donner un paquet d'étoupes , dans lequel elles puissent se fourrer : elles y traînent tout ce qu'on leur donne , ne mangent guère que la nuit , et laissent pendant deux ou trois jours la viande fraîche se corrompre avant que d'y toucher. Elles passent les trois quarts du jour à dormir: celles qui sont en liberté attendent aussi la nuit pour chercher leur proie. Lorsqu'une belette peut entrer daus un poulailler, elle n'attaque pas les coqs ou les vieilles poules; elle choisit les poulettes, les petits poussins , les tue par une seule blessure qu'elle leur fait à la tète , et ensuite les empoi'te tous les uns après les autres; elle casse aussi les œufs, et les suce avec une incroyable avidité. En hiver, elle demeure ordinairement dans les greniers, dans les granges : souvent même elle y reste a^ printemps pour y faire ses petits dans le foin ou la paille : pendant tout ce temps elle fait la guerre, avec plus de succès que le chat , aux rats et aux souris , pai'ce qu'ils lie peuvent lui échapper, et qu'elle entre après eux dans leura trous ; elle grimpe aux colombiers, prend les pigeons, les moineaux, eto. Eu été , elle va à quelque distance des maisons , suitoui dans les lieux bas , autour des moulins, le long des ruisseaux, des rivières, se cache dans les buissons pour attraper des oiseaux, et souvent s'établit dans le creux d'un vieux saule pour y faire ses petits; elle leur prépare un lit avec de l'herbe, de la paille, des feuilles, des étoupes^elle met bas au printemps; les portées sont quelquefois de trois, et ordinairement de quatre ou de cinq. Les petits naissent les yeux fermés , aussi bien que ceux du putois , de la marte, de la fouine, etc.; mais en peu de t^nps ils prennent assez d'accroissement et de force pour suivre leur mère à la chasse; elle attaque les couleuvres, les rats d'eau, les taupes, les mulots, etc., parcourt les prairies, dévore les cailles et leurs œufs. Elle ne marche jamais d un pas égal ; elle ne va qu'en bondissant par petits sauts inégaux et précipités, et lorsqu'elle veut monter sur un arbre, elle fait un boud par lequel elle s'élève tout d'un coup à plusieurs pieds de hauteur; elle

bondit de même lofsqu!elle veut attraper im oiseau.

Ces animaux ont , aussi bien que le putois et le furet, l'odeur si forte, qù'-on ne peut les garder dans une chamt)re habitée; ils sentent plus mauvais en été qu'en hiver; et lorsqu'on les poursuit ou qu'on les irrite, ils infectent de loin. Ils marchent toujours en silence, ne donnent jamais de voix qu'on ne les frappe; ils ont un cri aigre et enroué qui exprime bien le Ùïd. de la colère. Gomme ils sentent eux-mêmes fort mauvais, ils ne craignent pas l'infection. Un paysan de ma campagne prit un jour trois belettes nouvellement nées dans la carcasse d'un loup ^^on avoit suspendu à un arbre par les pieds de ^ derrière: le loup étoit presque entièrement^ pourri , et la mère belette avoit apporté des herbes, des pailles et des feuilles, pour faire un lit à ses petits dans la cavité du thorax.

* La belette, appelée moustdle dans le Yi- «varais , est naturellement sauvage et camas- * sière: la chair toute crue est l'aliment qu'elle

f)réfère : elle exhale une odeur forte, surtout orsqu'elle est irritée.

Les belettes qu'on prend très-jeunes perdent leur caractère sauvage et revikïhe : oe caractère se change même en spuAinon et ^délité envers le maître qui pourvoit à leur subsistance.

Une belette que j'ai conservée dix. mois, et qu'on avoit prise fort jeune, perdit une partie de son agilité naturelle lorsqu'elle fdt réduite en captivité, et que je l'eus attachée à la chaîne. sUe mordoit furieusement lorsqu'elle avoij, faim : on lui coupa les quatre dents canines très-aiguës, qui déchiroîent les mains jusqu'à l'os. Dépourvue de ces armes naturelles; et, n'ayant plus que des dents molaires ou incisives peu propres à déchirer, elle devint moins féroce ; et comme elle avoit sans cesse besoin de mes services pour manger ou dormir, elle commença à prendre de l'affection pour moi : car manger et dormir sont les deux h*équens besoins de cet animal.

J'avois un petit fouet de fil qui pendoit près de son lit : c'étoit l'instrument de puni* tion lorsqu'elle essayoit de mordre , ou qu'elle se mettoit en colère. Le fouet dompta tellement son caractère colérique, quellç trembloit, se couchoit ventre à terre, et baissoit la tète lorsqu'elle voy oit prendre cet instrument. Je n'ai jamais vu la soumission extérieure mieux dépeinte dans aucun animal : ce qui prouve bien que les chàtimens raisonnables employés à propos, accompa*

ANIMAUX CARNASSIERS

gnés de soins, de caresses et ée bienftits,

Euvent assujettir et attacher à rhomme > animaux sauvages que nous croyons peu •usœptibies d'éducation et de reconnoisaaoce.

Les belettes ont Todorat exquis ; elles aentent de douxe pas un petit morceau de viande gros comme un noyau de cerise et plié dans du papier.

La belette est très-voraoe ; elle mange de la viande jusqu'à ce au^eUe en soit remplie. Elle rend peu d*excremens; mais elle perd presque tout par la transpiration et par les urines , qui sont épaisses et puantes.

J'ai été singuUèrement surpris de voir un jour ma belette, qui avoit faim , rompre sa chaîne de fil d'archal, sauter sur moi, entrer dans ma poche, déchirer le petit paquet, et dévorer en un instant la viande que j'y avois cachée.

Ce petit animal , qui m'étoit si soumis , «voit conservé d'ailleurs son caractère pétulant, cruel ^ colérique pour tout autre qu« moi; il mnrdoit sans discrétion tous ceux qui vouloient badiner avec lui. Les diats, ennemis de sa race, furent toujours Tobjet de aa haine; il mordott au nez les gros mâtins '%m venoient le sentir lorsqu'il étoit dans mes mafha : alors il poussoit un cri de colère, et exhaloit une odeur fétide qui faisoit fuir tous les animaux, criant chi, chi, ehi, chi. J'ai vu des htebis, des chèvres, des chevaux, reculer à cette odeur; et il est certain que quelques maisons voisines où il ne manquoit pas de souris ne furent plus incommodées de ces animaux ta(ï]^*<que ma belette vécut. ^

Les poussins, les rais et les oiseaux étoient surtout l'objet de sa cruauté. La belette ob- ^serve leur allure, et s'élance ensuite preste^ ment sur eiUL : elle se plaît à répandre le sang dont elle se soûle; et, sans être fatiguée du carnage, elle tue dix à douze poussins de suite, éloignant la mère par son odeur forte et désagréable qu'oasent à la distance de deux pas.

Ma belette dormoit la moitié du jour et toute la nuit; elle cherchoit dans mon cabinet im petit recoin à côté de moi : mon mouchoir ou une poché étoient son lit. Elle se plaisoit à dormir dans le sein ; elle se replioit autour d'elle-même, dormoit d'un sommeil profond , et n'étoit pas plus grande, dans cette attitude , qu'une grosse noix du pays, de Tespèce des bombardes. •

Lorsqu'elle étoit une fois endormie , je pouvois la déplier : tous ses muscles étoient alors relâchés et sajos aucune tension i en la

suspendant par la tête, tout son corps étoit flasque, se plioit et pouvoit faire le jeu du pendule cinq à six fois de suite avant que la oéte s'éveillât; ce qui prouve la grande flexibilité de l'épine du dos de cet animal.

Ma belette avoit un goût décidé pour le badinage, les agaceries, les caresses et le chatouillement; elle s'étendoit alors sur le dos ou sur le ventre, se ruoit et mordoit tout doucement comme les jeunes chiens qui badinent. Elle avoit même appris une sorte de danse ; et lorsque je frappois avec les doigts sur une table, elle tournoit autour de la main, se levoit droite, alloit par sauts et par bonds, faisant entendre quelques murmures de joie; mais, bientôt fatiguée, elle se laissoit aller au sommeil et dormoit presque dans l'instant.

La belette dort repliée autour d'elleHosême comme un peloton, la tête entre les deux jambes de derrière : le museau sort alors un peu AU dehors, ce qui facilite la respiration; cependant, lorsqu'elle n'est pas couchée à son aise, elle dort dans une autre posture, la tète couchée sur son Ut de repos; mais elle se plaH et dort bien plus long-temps lorsqu'elle peut se plier en peloton : il faut pour cela qu'elle ait une place commode. Elle avoit pris l'habitude de se glisser sous mes draps, de chercher un des points du matelas qui forme un enfoncement, et d'y dormir des six heures entières.

La belette est très-rusée : l'ayant fouettée pour avoir fait ses ordures sur mes papiers, -contre son usage, elle vint dormir auprès de moi «ur ma table : la crainte l'éveilla souvent au moindre bruit; elle ne changea pas de place; mais elle observa, les yeux ouverts, ma démarche, faisant semblant de dormir. Elle connoissoit parfsiitement le ton de caresse ou de menace, et j'ai été souvent surpris de trouver tant d'intelligence dans une bête si petite dans l'ordre des quadrupèdes.

Les phénomènes que nous présente la belette sont parfaitement expliqués. La belette a l'épine du dos très-flexible ; elle se fauire dans des trous de sept lignes de laideur : elle se plie et se replie en tous sens ; son poil ou plutôt sa belle soie est très-fine et très-souple : une langue très-large pour le corps saisit toutes les surfaces plates, saillantes et rentrantes; elle aime à lécher : ses pattes sont larges et point raccornies , cour- ' tes : le sens du toucber étant ainsi répandu dans tout le corps de la bête, elle a appris à s'en servir : ce qui motive le jugement que nqus portons de son intelligence» Ce sens est

tk feELEXTfe.

d^aiileurs très-bien servi par ceux de Todorat et de la vue.

Lorsque j'oubliais de lui donner à manger, elle se .levoit de nuit, et se rondoit aune maison à une autre à Antragues, où elle mangeoit chaque jour. EHe alloit par les chemins les plus courts , descendant d'abord dans un balcon et dans la rue, descendant encore et montant plusieurs marches, entrant dans une basse-cour, passant à travers des amas de feuilles sèches de châtaigniers, de trois pieds de hauteur, pour prendre le plus court diemin : ce qui fait voir que rodorat guide cet animal. Elle passoit ensuite dans, la cuisine , où elle mangeoit à Taise, après avoir fait un chemin de deux cenis pas.

Le mâle est très-libertin : je Vai vu se satisfaire sur un autre mâle mort et empaillé; mille caresses et murmures de joie et de désir Tauimoient : en sentant mes mains qui avoièht touché ce cadavre, il reconnut une odeur qui lui plaisoit si fort , qu'il restoit immobile pour la savourer à son aise.

Ma belette bâilloit souveiit; elle se levoit après avoir dormi en tiraillant ses membres et soulevant le dos en arc. Elle léchoit Teau en buvant ; sa langue étoit âpre et hérissée de pointes. Elle ronfloit quelquefois en dormant, et avoit communiqué son odeur forte et désagréable à une petite cage où elle avoit son lit : son petit matelas étoit aussi puant qu'elle-même dans l'état de colère.

Ma belette souHroit impatiemment d'être renfermée dans sa cage, et elle aimoit la compagnie et les caresses ; elle avoit rongé à différentes reprises quatre petits bâtons , pour se faire une issue pour sortir de sa prison.

Cet animal aime extrêmement la propreté ; sa robe est toujours luisante.

En faisant observer un certain régime à ces bêtes on peut tempérer l'odeur forte qu'elles exhalent, et leur affreuse puanteur lorsqu'elles sont en colère. Le laitage adoucit beaucoup leurs humeurs , de même que le régime végétal.

Les belettes ont les yeux étincelans et lumineux : mais celte lumière n'est point propre à cet aninial , elle n'est point électrique et ne réside pas dans l'organe de la vue; ce n'est qu'une simple réflexion de lumière qui a lieu toutes les fois que l'œil observateur est placé entre la lumière et les yeux de la belette, ou qu'une bougie se trouve entre les yeux de l'observateur et de l'animal. Ce phénomène est commun à un grand nombre de quadrupèdes et à quelques serpens , et

cause est prouvée par les elpéi'iences j'ai lues, en 1780, à l'Académie deg

cette

que

sciences, sm* les yeux des chats, etc.

« Les observations de M. de Buffon , U description anatomique de M. Daubenton, la lettre de M. Giély (voyez à l'article de l'hermine), et le présent détail, forment rhisioire complète de la belette. M. de Buf-* fon avoit d'abord dit que ces animaux nes'apprivoisent pas, et demeurent sauvages dans des cages de fer : je sais par expérience que cela est vrai lorsque les belettes sont priseb vieilles, ou même à l'âge de trois ou quatre mois. Pour donner aux belettes Féducation dont elles sont susceptibles, ef leur faire goûter la domesticité, û faut les prendre jeunes et lorsqu'elles .ne peuvent s'enfuir: on fut obligé de couper les quatre dents canines de celle qu'on m'apporta â Antragues, et de la châtier souvent pour fléchir son caractère.

« On voit, d'après tout ce que j'ai dit sur €et animal, que, quelque petit qu'il soit, c'est un dé ceux que la nature a le moins néglj^. Dans l'étal sauvage, c'est le tigre des petits individus. Il se garantit par son agilité des quadrupèdes plus gi'ands que lui ;. il est bien servi par l'oreille et pas la vue. Il est pourvu d'armes offensives dont il fait usage en peu de temps avec une sorte de discernement : il aime le sang et le carnage, et se plaît à la destruction sans qull ait même besoin de satisfaire son appétit.

. « En état de domesticité , ses sens se perfectionnen^niit ses mœurs s'adoucissent par le châtiment. La belette devient susceptible d'amitié, de reconnotssance et de crainte; elle s'attache a celui qui la nourrit, qu'elle reconnoit à l'odorat et à la simple vue. Elle est rusée et libertine à l'excès; elle aime le» caresses, le repos et le sommeil; elle est gourmande et si vorace qu'elle pèse jusqu'à un cinquième de plus après ses repas. Sa vue est perçante, son oreille bonne, l'odorat est exquis , le sens du toucher est répandu dans tout son corps, et la flexibilité de ce petit corps menu et long favorise infiniment la bonté de ce sens en lui-même. Tous ces phénomènes tiennent à l'état de ces sens, qui sont achevés et parfaits. *»

Ces observations sur les habitudes de la belette en domesticité s'accordent parfaitement avec celles que mademoiselle de Lai&tre a faites sur cet animal, et qu'elle a bien Youhi me communiquer par une lettre datée de Brieune, le 6 décembre 1782.

« Le hasard, dit mademoiselle de Laistre, m'a procuré une jeune ))elette de la petite

I90 ÂmMXVX caknàssiërs.

espèce. Sollicitée par mielqu'un à qui elle ne Teût pas éveillé : il ne montre d*humeur f«isoit pitié , et sa fbibiesse m'en' inspirant , que lorscin'on Tenferme ou qu'on le contrarie je lui aonnai mes soins. Les deux premiers jours je la nourris de lait chaud; mais, jugeant qu'il lui falloit des alimens qui eussent plus de consistance, je lui présentai de la viande crue , qu'elle mangea avec plaisir : depuis elle a vécu de bœuf, de veau ou de mouton indifféremment, et s'est privée au point qu'il n'y a point de chien plus familier.

M J'ose vous assurer que ce petit animal ne préfère pas la victuaiile corrompue; il ne se soucie pas même de celle qui est hàlée ; c'est toujours la phis fraîche qu'il choisit : à la vérité, il mange avec avidité, et s'éloigne ; mais, souvent aussi il mange dans ma main et sur mes genoux ; il préfère même de prendre les morceaux de ma main. Il aime beaucoup le lait : Je lui en présente dans un vase, il se met auprès et me regarde ; je lui verse peu à peu dans ma main, il en boit beaucoup : mais si je n'ai pas cette complaisance , à peine en goûte-t-il. Lorsqu'il est rassasié , il va ordinairement dormir; mais il fait des repas plus légers qui ne troublent point ses

Elaisirs. Ma chambre est l'endroit quMl haiie. Par des parfums j'ai trouvé moyen de chasser son odeur : c'est dans un de mes matelas, où il a .trouvé moyen de s'introduire par un défaut de la couverture, qu'il dort pendant le jour; la nuit je le mets dans une boîte grillée; toujours il y entre avec peine , et en sort avec joie. Si on lui donne

que lorsqu'on l'enterme ou qu'< trop long-temps; et, par de petits grognemens trâ-différens l'un de l'autre , il montre sa joie et son humeur.

« Au milieu de vingt personnes ce petit animal distingue ma voix, cherche a me voir, et saute par dessus tout le monde pour venir à moi; sou jeu avec moi est pins gai, ses caresses sont plus pressantes; avec ses deux petites pattes il me flatte le menton avec des grâces et une joie qui peignent le plaisir. Je suis la seule qu'il caresse de cette manière; mille autres petites préférences me prouvent qu'il m'est réellement attaché.

Lorsqu'il me voit habiller pour sortir, il ne me quitte pas : quand avec peine je m'en suis débarrassée, j'ai un petit meuble près

ma porte, il va s'y cacher; et lorsque je souvent je ne m'en aperçois pas.

passe , il saute si adroitement sur moi , que

« Il semble beaucoup tenir de l'écureuil par la vivacité, la souplesse, la voix, le petit grognement. Pendant les nuitk d'été il crioit en courant, et ^éloil en mouvement presque toute la nuit : depuis qu'il fait froid, je ne l'ai point entendu. Quelquefois le jour, sur' mon lit, lorsqu'il fait soleil, il tourne, se retourne, se culbute, et. grogne pendant quelques instans. Son penchant à boire dans ma main , où je mets très-peu de lait à la fois, et qu'il boit toujours en prenant les petites gouttes et les bords où il y en a le moins, sembleroit annoncer qu'il boit de la

la liberté avant que je sois levée, après mille » rosée. Rarement il boit de l'eau , et ce n'est

gentillesses qu'il fait sur mon Ut, il y entre et vient dormir dans ma main ou sur mon sein. Suis-je levée la première, pendant une grande demi -heure il me fait des caresses, se joue avec mes doigts comme un jeune chien, saute sur ma tète, sur mon cou, tourne autour de mes bras, de mon corps, avec une légèreté et des agrémens que je n'ai vus à aucun quadrupède. Je lui présente les mains à plus de trois pieds, il saute dedans sans jamais manquer. 11 a beaucoup de finesse et singulièrement de ruses pour venir à ses fins , et semble ne vouloir faire ce qu'on lui défend que pour agacer : dès que vous ne le regardez plus, sa volonté cesse. Comme il ne semble jouer que pour plaire, seul il ne joue jamais; et, à chaque saut qu'il fait , à chaque fois qu'il tourne , il regarde si vous l'examinez : si vous cessez , il va donnir. Dans le temps qu'il est le plus endormi, le réveillez-vousf il entre en gaieté, agace et joue avec autant de grâce que si on

qu'au grand besoin et à défaut de lait : alors il ne fait que rairaichir sa langue une fois ou deux; il paroit même craindre l'eau. Pendant les chaleurs il s'épluchoit beaucoup: je lui fis présenter de l'eau daus une assiette, je l'agaçai pour l'y feire entrer; jamais je n'y pus réussir. Je fis mouiller un linge , et le mis près de lui; il se roula dedans avec une joie extrême. Une singularité de ce charmant animal est sa curiosité; je ne puis ouvrir une armoire, une boite , regarder nn papier, qu'il ne vienne regarder avec moi. Si , pour me contrarier, il s'écarte ou entre dans quelques endroits où je crains 'de le voir, je prends un papier ou un livre que je regarde avec attention; aussitôt il accourt sur ma main , et parcourt ce que je tiens avec une air de satisfaire sa curiosité. J'observerai encore qu'il joue avec un jeune chat et un jeune chien, l'un et l'autre -déjà gros , se met autour de leur cou , de leurs pattes, sur leur dos , sans qu*ils se fassent de mal, ete. »

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