‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 68 sur 146 · LE LÉROT A QUEUE DORÉE · texte numérisé non relu

LE LÉROT A QUEUE DORÉE

Nous donnons ici, d'après M. Allamand, la desniplrnn de ce petit animal, qui resstMubie au lérot par la (aille, la figure et la forme de ta queue , mais qui , pnr la |X)sition et la forme des oreilles, ressemble au rauscardin ; il semble donc faire une espèce moyenne entre celles de res deux animaux.

«C'est, dit M. Allamand, à M. le docteur KIockner qu'on doit la coniioissance de ^ petit lérot; il l'a reçu de Surinam, sans aucune notice ni du nom qu'on lui donne dans le pays, ni des lieux où il habite. Jusqu'à présent il n'a jamais été décrit, ni mènie«ronnu, quoiqn il soit marqué de fuçoft à s'attirer Taliention. Les nomenriateurs à S} sternes ne manci lieront pas de le ranger dans la classe des g lires ou loirs de M. Lin«> ntt>.us; et effectivement il mérite bien autant d'y avoir place que le rhinocéros ; et sans doute ils en feront un membre de la famille des rats, qui comprend tant d autres aui-v. maux qui en approchent moins que celui-ci. Mais sans chercher à déterminer le genre auquel il appartient , j'en donnerai ,une 4Q~r scription exacte qui m'a été fournie par.' M. Klockner, qui , toujours zélé pour l'avancement de rhistoirc naturelle, a bien voiij^ me la communiquer en ni'envoyant l'animal même, afin que je pusse mieux me 'convaincre de son exactitude. J'ai d abord étfe embarrassé sur le nom que je lui douneroiâ. Je n'aime pas ces noms composés qui déterminent l'espèce à laquelle on doit rapporter

ranimai qui le porte, lorsqu'il n'est pas trèsévident qu'il en soit. (Cependant j'ai cru devoir adopter celui que lui a donné M. Klockner, qui est en droit de le désigner par celui qu'il juge le plus convenable : il la appelé ierai à queue dorée, sans prétendre qu'il tombe Clans cet engourdissement causé par le froid aux loirs d'Europe; un quadrupède habitant de la zone torride ne paroit pas devoir y être sujet. Quelque Conformité de figui*e, et surtout de sa qi'ieue avec celle de nos lérots, lui a fait préfô^r cette dénomination à toute autre.

(^'est par la singularité et la beauté de ses (couleurs que cet animal se fait remarquer. Son'cdrpsesl de couleur de marron tirant surlé'fitMirpre, plus foncée aux côtés delà 9ête et* sur le dos, et plus claire sous le <veiitre. (:^lte couleur s'étend sur la queue, à une petite distance de son origine : là les . poils. liuÂJÇl. courts qui la çquyrçut deviennent tout-à-fait noirs juscpi'à la moitié de sa longueur, où ils sont plus longs, et où ils orevyt pt, sans aucune nuance intermédiaire, «ne» belle couleur d'orange, approchant de celle de l'or, et qu'ils gardent jusqu'à î'extré- V(i\\(i de la queue. Une longue tache de celte *mOme couleur jaune orne aussi le front; elle 'prend son origine au dessus du nez; là elle 'est fort étroite; ensuite elle va ens'élargissant jusqu'à la hauteur des oreilles, où elle finit. Cet assemblage de couleurs si fort traO' chantes, et si rares dans les quadrupèdes ,

ILE ILElffi-ÛT Ordre deo' Rongeurs . ûenre Rai . /Cmier/

Ordr^' ttfs Roiifi^eurs ..... ùi — id..

LE LÉROT A

oHre un coup d*œil très-frappant. Sa lète est fort grosse à proportion de son corps ; il a le museau et le n-oiit étroits, les yeux petits. Ses oreilles présentent une large ouverture; mais elles sont courtes, et ne s'élèvent pas jusqu'au dessus de la tète : elles sont couvertes en dehors et eu dedans de poils très-fins; il y en a de plus longs sur leurs bords , mais il faut les regarder de près pour les apercevoir. La mâchoire supérieure avance sensiblement au delà de riuiérieure. L'os du nez est assez élevé, et le haut du museau est couvert de poils; ce qu'on ne voit guère daus les autres quadrupèdes. La lèvre de dessus est fendue du haut en bas , comme dans tous les auimaux de ce genre , et les bords de la fente vont en s'écartanl vers les côtés; ce qui donne à Textrémité du groin la forme d*un triaiigle isocèle. Cette division laisse voir deux dents incisives fort blanches et courtes ; il y en a aussi deux à la mâchoire inférieure, mais qui sont plus

I^rand^s. Cette mâchoire, avec la lèvre qui a couvre, est plus reculée du côté de la gorge.

Aux deux côtés de la lèvre supérieure, il

Îr a une touffe de poils d'un brun sombre; eur longueur surpasse celle de la lète : ceux qui forineiit la partie intérieure de cette moustache sont moins longs, et dirigés en bas. Derrière chaque œil, il y a une verrue d*où partent aussi six longs poils; et il y en ( deux de même longueur placées au' devant des yeux.

Les jambes de devant sont courtes; leurs pieds ont quatre longs doigts armés d'ongle! crochus et aigus ; plus haut est un petit bouton obtus qui forme une espèce de pouce, mais sans ongle, au dessous de ces pieds il y a cinq émiuences très-remarquables, couvertes d'une peau mince et fort douce au toucher. Les jambes de derrière sont plus longues, et leurs pieds ont cinq doigts, qui sont aussi plus longs que ceux de devant , et sont de même garnis d'ongles crochus et

Sointus, excepté les deux doigts intérieurs, ont les ongles sont un peu obtus- La piaule

QUEUE DORÉE. - ai5

de ces pieds postérieurs ressemble i œlledes antérieurs ; mais les prolubéranoes qu'on y voit sont plus grandes.

La queue est fort longue et trèt-^ûia près du corps; mais sont diamètre diminue à mesure qu'elle s'eu éloigne, et elle se termine en pointe. Quand on en écarte un peu les poils, on voit que la peau est écailleute comme celle du rat.

Au derrière de la tète, ef Jtoul le long du dos, parmi les poils dont l'animal est oouverl, il y en a qui sont plats, et de la longueur d'un pouce; aussi iU s'élèveul au dessus des autres : ils sont aussi plus roides, et résistent davantage quand on \& ouuche. Ils paroissent sortir de pe its étuis transparens; leur nombre va en diminuant sur \ts côtét, et ils deviennent plus petits; sous le ventre ils disparoisaenl tout-à-fait. Leur conformation est assez singulière : près du corps ils sont cylindri(|ues et fort minces, ensuite ik deviennent plats, et leur largeur augmente jusqu'à égaler une demi-ligne, après quoi ils se terminent en une petite pointe foi*t fine. Dans la partie plate du milieu , les bordt sont relevés , et forment une espèœ de gouttière , dont le fond, vu au microscope, paroit jaunâtre et transparent, et dont les cotée sont bruns; ce qui occasionne un double reflet de lumière nui donne ce coloris pour* pré dont j'ai parle.

Le corps, à Texception du ventre, est couvert d'uue peau , ou plutèt d'un cuir fort rude.

L'animal qui vient d'être décrit est une femelle qui a huit |)etites mamelles; il y en a deux entre les cuisses , les six autres sont placées obliquement en s'écartaut de côté et d'autre, et les deux dernières sont entre les jambes de devant.

Il paroit être fait pour grimper sur les arbres , dont il mange les fruits. C'est dom* mage qu'un si joli animal ne soit connu que paj' ce seul échantillon, dont les couleurs ont sans doute pei'du une partie de leur beauté dans la liqueur où il a été mis pour être envoyé. »

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LE HERISSON.

Poli' oîd* atôpêx , ail' éckinos en mégn : le renard sait l)eaticoup de choses, le hérisson n'en sait qu'une grande, disuicnt proverbialement les anciens. Il sait se défendre

sans combattre, et blesser sana attaquer: n'ayant que peu de force et nulle agilité pour fuir, il a reçu de la nature une armure épineuse , avec la facilité de se resserrer ea

ANIMAUX CARNASSIERS

boule et de présenter de tous côtés des armes délmsiTes, poignantes, et qui rebutent ses ennemis; plus ib le tourmentent, plus il se hérisse et se resserre. U se défend encore par Teffel même de It peur; il lâche son mrine, dont Todeur et rhumidité se répandant sur son corps, achèvent de les dégoûter Aussi la plupart des chiens se contentent de l'aboyer et ne se soucient pas de le saisir ; cependant il y en a quelques-uns qui trouvent moyen, «omme le renard, d'eu Tenir à bout, en se piquant les pieds et se mettant h gueule en sang : mais il ne craint ni la fooine, ni la marte, ni le putois, ni le furet, ni la belette, ni les oiseaux de proie. la feipelle et le mâle sont également couverts d^épines depuis la tète jusqu'à la queue , et il n*y a que le dessous du corps qui soit garni de poils : ainsi ces mêmes armes, qui leur sont si utiles contre les autres, leur deviennent très-incommodes lorsqu'ik veulent s'unir ; ils ne peuvent s'accoupler à la manière des autres quadrupèdes , il faut qu'ils soient face à face, debout ou couchés. C*est au printemfjs qu'ils se cherchent, et ils produisent au commencement de l'été. On m'a souvent apporté la mère et les petits au mois de juin ; il y en a ordinairement trois ou auatre, et quelquefois cinq : ils sont blancs dans ce premier temps, et Ton voit seulement sur leur |)eau la naissance des épines. J'at voulu en élever quelaues-uns; on a mis plus d'une fois la mère i les petits dans un tonneau, avec une abondante provision ; mais , au lieu de les allaiter, elle les a dévorés les uns après les autres. Ce n'étoit pas le besoin de nourriture, car elle mangeoit de la viande, du pain, du son, des fruits; et Ton n'auroit pas imaginé qu'un animal aussi lent , aussi paresseux, auquel il ne manquoit rien que >a liberté , fût de si mauvaise humeur et si fiché d^tre en prison^: il a même de la malice, et de la même sorte que celle du singe. Un hérisson qui s'étoit glissé dans la cuisine, découvrit une petite marmite, en tira la viande et y fit ses ordures. J'ai gardé des miles et des femelles ensemble dans une chambre : ils ont vécu , mais ils ne se sont point accouplés. J'en ai lâché plusieurs dans mes jardins, ils.n*y font pis grand mal, et i peine s'aperçoit-on qu'iLi y habitent : ils vivent de fruits tombés, ils fouillent la terre avec le nez à une petite profondeur; ils mangent les hannetons, les scarabées, les grillons, les vers, et quelques racines; ils •ont aussi très-avides de viande , et la manfent cuite ou crue. A la campagne , on les

trouve fréquemment dans les bois, sous les troncs des vieux arbres, et aussi dans les fentes des rochers , et surtout dans les monceaux de pierres qu'on amasse dans les champs et dans les vignes. Je ne croîs pas

3u'ils montent sur les arbres, comme le tsent les naturalistes , ni qu'ils se servent de leurs épines pour emporter des fruits et des grains de raisin ; c'est avec la gueule qu'ils prennent ce qu'ik veulent saisir: et

5|uoiqu'il y en ait un grand nombre dans nos brefs, nous n'en avons jamais vu sur les arbres; ils se tiennent toujours au pied, dans un creux, ou sous la mousse. Ils ne bougent pas tant qu'il est jour; mais ils courent, ou plutôt ils marchent pendant toute la nuit : ils approchent rarement des habitations ; ils préfèrent les lieux élevés et secs, quoiqu'ils se trouvent aussi quelquefois dans les prés. On les prend à la main, ils ne fuient pas, ils ne se défendent ni des pieds ni des dents; mais ils se mettent en boule dès qu'on les touche, et pour les faire étendre il faut les plonger dans l'eau. Ils dorment pendant l'hiver: ainsi les provisions qu'on dit qu'ils font pendant Tété leur seroient bien diutiies. Ils ne mangent pas beaucoup, et peuvent se passer assez longtemps de noiuriture. Ik ont le sang Iroid à peu près comme les autres animaux qui dorment en hiver. Leur chair n'est pas bonne à manger, et leur peau , dont on ne fût maintenant aucun usage, servoit autre- fois de vèrgelte et de frottoir pour sérancer le chanvre.

- Il en est des deux espèces de hérisson, fun à groin de cochon , et l'autre à museau de chien, dont parlent quelques auteurs, comme des deux e^ces de blaireau ; nous n'en connoissons qu'une seule, et qui n'a même aucune variété dans ces climats : elle est assez généralement répandue ; on en trouve partout en Europe, à l'exception des pays les plus froids, comme la Laponie, la Norwége, etc. Il y a, dit Flaccourt, des hérissons à Madagascar comme en France , et on les appelle sora. Le hérisson de Siam, dont parle le P. Tacbard, nous paroit être un autre animal, et le hérisson d'Amérique, le boisson de Sibérie, sont les espèces les

Elus voisines dii hérisson conmiun; enfin i hérisson de Malaca semble plus approcher de l'espèce du porc-épic que de celle du hérisson.

* J'ai dit , du hérisson , que je doutais

3u'il montât sur les arbres et qu'il emportât es fruits sur ses piquans. Cependant quelques chasseurs m'ont assuré avoir vu des hé-

Ordrf /Aw Conusisirr» . FamiBe d«s- loscclivope» . Oenre Hrrii>»on '/imùr/

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