‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 81 sur 146 · LA ROUSSETTE ET · texte numérisé non relu

LA ROUSSETTE ET

« un fiuMit déplmsfl&t et fort.... H n'est pu « «t autrement eiact de dire en général : Lês • •€ Indiens en mangent. On sait que Tlndien « «<ne mange d'aucun animai, qu'il n'en tue • « aucun. Peut-être bien les Maures, les Ma- « «* layes, en mangeni-ils; certainement bien « « des Européens en mangent : ainsi , dans le «• « vrai , on manee des roussettes dans Tlnde, • «quoique l'Indien, proprement dit, n'en « « mange pas. Dans cette île, on mange des « roussettes et des rougettes. «

« Après l'examen ci-dessus, je viens au « « corps de l'histoire; il a besoin de rectifica- • «( tion; et pour preuve, je n'ai qu'à opposer « ce que je connois des roussettes, ce que « j'en ai vu , et ce qu'en ont imaginé les au- « très, d'après lequds l'historien de la nature K a parlé.

« Les roussettes et les rougettes sont natu- « relies dans les îles de France, de Bourbon « et de Madagascar. Il y a cinquante ans et m plus (en 177a) que j'habite celle de Bour- « bon. Quand j'y arrivai, en septembre « 1733 , ces animaux étoient aussi communs, « même dans les quartiers déjà établis, qu'ils « y sont rares actuellement. La raison en est t* toute naturelle, i^ La forêt n'étoit pas en- « core Soignée des établissemens, et il leur « faut la forêt ; aujourd'hui elle est très-re- « culée, a^ La roussette est vivipare, et ne «< met au jour qu'un seul petit par an. 3 ** Elle «c est chassée pour sa viande, pour sa graisse, « pour les jeunes individus, pendant tout « l'été, tout Tautomne et une partie de Thi- «« ver, par les blancs au fusil, par les nègres «* au filet. Il faut que l'espèce climinue beau- « coup en peu de temps; outre qu'abandon- M nant les quartiers établis pour se retirer u dans les lieux qui ne le sont pas encore, H et dans l'intérieur de l'île, les nègres mar- M rons ne les épargnent pas quand ils le « peuvent.

« Le temps des amours de ces animaux est « ici vers le mois de mai, c'est-à-dire, en u général, dans le milieu de l'automne; celui f de la sortie des fœtus est environ un mois « après l'équinoxe du printemps : ainsi la «< durée de la gests^on est de quatre et demi « à cinq mois. J'ignore celle de l'accroisse- « ment des petits; mais je sais qu'il paroit M fait au solstice d'hiver, c'est-à-dire à peu u près au bout de huit mois depuis la nais- « sanoe. Je sais de plus qu'on ne voit plus de m petites roussettes passe avril et mai, temps u auquel on distingue aisément les vieilles des •( jeunes par les couleurs plus vives des robes « de celles-ci. Les vieilles grisonnent^ je ne

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sais pas au bout de quel temps, et c'est pour lors qu'elles sont très-dures, les mâles surtout : c'est pour lors que ceux-ci sentent très-fort, comme je l'ai déjà dit, qu'il n'y a que des nègres qui puissent en manger, et qu'il n'y a de bon que leur graisse, dont en général l'espèce est assez pourvue depuis la fin du printemps jusqu'au commencement de rhivor.

« Ce n'est certainement pas la chair, da quelque espèce que ce soit, qui fournit Tembonpoiut des roussettes et des rougettes, ni même qui fait le moindrement partie de leur nourriture ; ce n'est pas de la viande qu'il leur faut. Bref, ces animaux ne sont point du tout carnassiers; ils sont et ne sont que frugivores. Les bananes , les pêches, les goyaves, bien des sortes de fruits dont nos forêts sont successivement pourvues, les baies de gui et autres, voilà de quoi ils se nourrissent, et ils ne se nourrissent que de cela. Ils sout eucore très-friands de sucs de certaines fleurs à ombelle, telles, eotre autres, celles de nos bois puants, dont le nectareum est trèssuccinct Ce sont ces fleurs très-abondantes en janvier et février, plus généralement au cœur de l'été, qui attirent vers le bas de notre île les roussettes en grand nombre; elles font pleuvoir à terre les étamines nombreuses de ces fleurs, et il est trèsprobable que c'est pour la succion du neo tareum des fleurs à ombelle, peut-être encore de nombre d'autres fleurs de genres dii'férents, que leur langue est telle que l'apprend l'exacte et savante description qu'en a donnée M. Daubenton. J'observerai que la mangue est un fruit dont la peau est résineuse, et que nos animaux n'y touchent point. Je sais qu'en cage on leur a fait manger du pain, des cannes à sucre, etc. Je n'ai ^ su si on leur avoit fait manger de la viande crue, surtout : mais en eussent-elles mangé en cage, ce n'est point dans l'état d'esclavage que je les considère, il change trop les mœurs, les caractères, les habitudes à tous les animaux. Dans le très-vrai, Thomme n'a rien à craindre de ceux-ci pour lui personnellement, ni pour sa voUiille. Il leur est de toute impossibilité de prendre , je ne dis pas une poule , mais le moindre petit oiseau. Une roussette ne ipeut pas, comme un faucon, comme un epervier, etc., fondre sur une proie. Si elle approche trop la terre, elle y tombe et ne peut reprendre le vol qu'en grimpant contre quelque appui que ce puisse étrCi

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AKIMAUX CARNASSIERS.

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q«*ele icBcoBtrAt «. Une ■b me port ^oe s*y mber

tNr lim««ile qse le ■«■§ de leaq« qa'tëm péat; cOt B^ott peint faîte pour b coone. Vmdhuft-db ittrsper u oiseaD sur mM IwMictn ? b dégaine avec laquelle cile est jawiutt oUigM d*cB parcourir aoe pour alkr «en le imitt ■étire le vent dam ses Toiles, pour aller psendre son vol, montre évidniinicnt que telles tentatives ne lui rénssiroicnt jamais. El , afin de me mienx faire entendre, je dois dire que, pour s'envoler, ees animaux ne peuvent , comme les oiseaux, s'élancer dans Pair; il faut qu'ils le battent des ailes à plusieurs reprises, avant de dépendre les griffes de leurs pitles de l'endroit où ib se sont acerocbés; et quelque pleines que soient les voiles en quittant b pbce, leur poids les abaisse; et, pour s'élever, ik pareourivit la concavité d'une courbe. Mais b pbce où ils se trouvent quand il faut partir n'est pu toujours commode pour le jeu libre de Miurs ailes ; il peut se trouver des branches trop procbes qui Fempécheroient , et dans cette conjoncture la roussette parcourt la bnmcbe jusqu'à ce qu'elle puisse prendre son essor saus risque. Il arrive assez sou* vent, dans une nombreuse troupe de ces quat^upèdes vobss, surprise, ou par un coup de tonnerre ou nn coup de fusil, on par tel autre épouvantail subtt , et surprise sur un arbre oe médiocre hauteur, comme de vinçt à trente pieds, sous les branches; il arrive, dis-je, assez ordinairement que plusieurs tombent jusqu'à terre avant d'avoir pu prendre l'air nécessaire pour les soutenir, et on les voit inoontinent remonter le long des arbres qui se trouvent à leur portée, pour prendre leur vol sitât Qu'elles le peuvent. Que Fon se représente «tes voyageurs chassant ces animaux qu'ils ne cotifioissent point, dont b forme et la figure leur causent mi certain effroi, entourés tout à conp d'un nombre de roussettes tombée^ de leur faite; qne qnek[u'un de {a bande se trquve empêtré d*mie ou deux rousset^ gpiÈapai^, et que, cher-

,«Qtrcr au vol dan* ma maispii ) la |;rande brune , s'abattre exacleinent, aux pieds d'une jeune Détresse de aepi à Ikult an», et ineoHtineiit i^rîmyer |0 Umy 4» «eue «aAint, qû, par bojdïffur» était proaha df noi. Je la déj^rraaaai asa« pfowptameut pov <|ua les «rochets dea ailes n'eussent ^oint tncore atteint oo tea épaules ou son rlaa^a.

chant à se débamsMr et s'y prenant mal, il «Mt égratigoéy mènm nordb, se voîlàt-îi pM b tloe d'âne rebtion i|ui fiera ks ransaettai fémees, ae nia«t sur bs bommes, cfaerebant à les hb«er an visage , à les dévorer, ete. ? El, au bout du ooinpte, ceU se réduira à b reneontre fortuite d'animaux d'espèces bimdiflereDles,qui a voient graud'peur les uns des autres. J'ai dit plus haut qu'il faUoit b iorêt aux roussettes ; on voit bien ici que c'est par instinct de con^ servation qu'eUet b eherchent, et non par caraetère sauvage et farouche. A a que j'ai déjà fût coiuettie des roussette etf)^ rougetles, si j'ajqute quelles m donnent point sur b duirogne, que uatu rellement eUes ne mangent point à terre qu'il faut qu'dbs soient appendues pou prendre leur nourriture, j'aurai, je peast détruit le préjugé qui les fait cernivores voraoes, méchantes, cruelles, etc. Si je di de plus que leur vol est auifi lourd, stuss bru^aul, surtout proche de terre, qu^ celui des vampires doit l'être peu, doit ètn légor, j'aurai, par ce dernier caractère éloigné oonsida*abkinent encore une es pèce de l'autre.

« De ce que l'on voit parfob des rouasettei raser b surface de Teau , i peu près comoM fait l'hirondelle, on le9 fait se nourrir di poisson , on en a fait des pécheurs ; et il le falloil bien, dès qu'on vouioit qu'elle! mangeassent de tout. Cette chair ne keur convient pas f^os que loute autreu Encore une fois, elles ne se nourrissent que de végétaux. Cest pour se baigner qu'dles l'aseat Teau ; et si elles fe soutiennent au vol plus près de l'eau qu'eHçs ne b peuvent de la terre , c'est que b résistance de colle-cî intercepte le battement de^ aibs, qui est libre sur l'eau. Dé ceci résulte évidemment la propreté naturelb des roussettes. J'en ai bien vu, j'en ai bien tué, je n'ai jamais trouvé sur aucune é^elb» b moindre saleté; elles sont aussi propres que le sont eu général les oiseaux.

« La roussette n'est pas de ees anioMuix que nous sommes portés à trouver beaux; elle est même déplaisante à voir en mouvement et de pré». 9 n'y a qu'un seul point de vue, et â n^ a qu'une seule attitude qui lui sait avantageuse relativement à nous , daus laquette on b voie avec une sorte de plaisir, dans lacpielle tout oe qu'bHe a de hideux , de monstrueux, disparoit. Branchée à un arbre. eUes'y tient b tète en bas, les aib» plîees et exacte-

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LA RQU^S^TTE lî Î4 RQTOPTTE.

voilure» qiai Mi sa difFprwitéi 4^ iPf|B9 que sds pajtles 4^ 4i^àP0 qui \^ soull^nu«^t à raidQ des gFiffos 4ont e)l^ «(Hit armées , Bfi p^rPis^eot po^nt. L'on ji^ voi( en fiendant qu'un corps rundi potelé, vêtu d'une robe d'un bpun foncé, très-pfopre et bien colorié , auquel tient fine téie dont la physionomie a quelque c)iose de vif q( de ^ Voilà ratiitude d^ repos des roussettes, elles n*Qnt quQ celle-là , et c'est celle dans laquelle e(le se tiennent le pins long" temps pendant \p jopr. Quant au j^int de vue , c'es^ à nonf à le clioisir. Il faut ae placer de manière à les voir dans un demi-raoconrci , c'^t-à-dire à réléva«< tion au dessus de terre de quarante à soixante pieds , et 4^i\& une dislance de cent cinquanie pipds, plus ou mojns, JVl^in-* tenant qu'on se représente la tète d'un grand arbrç garniç, dans son pourtour çt dans son n^ili^u, d^ cent, cent cinquante, peul-étre d*m\ cents de pareilles giran<* doles, n'ayant de n^oqvement que celui que le vent donne aux branpl^es , et l'où se fera l'idée d'un tableau qui ip'a toujonn paru curieifx, et qni ^ fj»it irega^'^^ ^yt^ç

5 plaisir. X)9m l^ <;M>ûte}s l«j» 1^ mlm nn • s^jets 41fi6tpii'Q pfturelle, pi^ ^p manque 4f pas à^ plaper unii roufs^ite déployée çt « dan# tou(e l'étendue de SOB envergure, de « sorte qu'on la montre dans ^Q^ action et « dans tout son laid. Il faudrait » ce me sem- « })le, s'il éioi^ possible, en montrer à calé 4fOn au dessus quelqu'iihf dws Taftitude 4f naturelle du repps; par celle que montre f l'estampe ne^t point encore la Yéritable: f on pe yoii jamais les rdusset^ à terre « tranqniiief «u'* leurs quatre jambes.

« Je terminer4i ces notes §n disant que « la roussette et la rougette fournissent une H nourriture saine. On n'a jamais entendu « dire qu^ qui que ce soit en ait été incom- <f mode , quoique nombre de fois on en ail « niangé avec excès. Cela ne doit point sur- « prendre, dés que Ion sait bien que ces w animapj^ ne vivent que de fruits mars , de « sucs et de fleurs , et peut-être des exsuda- « tions de nombre d'arbres. Je |e soupçonne nois fortement ; le passage d'Hérodote me « |p fait croire ; mais je ne l'ai pas assez vu V pour donner la cbose comme nné vérité 14 cons^pte, 'f

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