‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 104 sur 161 · DU CHARBON PE TERRE · texte numérisé non relu

DU CHARBON PE TERRE

sans déperdition , ont oouveit U surfaoe de la terre de couchés iimoneuses qui de même ont été entraînées par les.eau\, et ont formé en niilie et mille endroits des dépôts en masses et des couches d'une très < grande étendue sur le fond de la mer ancienue ; et ce sont ces mêmes couches de matière végétale ffue nous retrouvons aujourd'hui à d'assez grandes prolbudeurs dans les argiles, les schistes , les grès , et autres matières de seconde formation qui ont été également transportées et déposées par les eaux : la seconde formation de ces veines est donc hien posiérieure à celle des matières primi<- , tives, puisqu'on' ne les trouve qu'avec leurs détrimens et dans les couches déposées par les eaux , et que jamais on n'a vu une seule veine de ce charbon dans les masses primitives de quattz ou de granité.

Comme la masse entière dea couches ou veines de charbon a été roulée , transportée , cf déposée par les eaux en même temps et de la même manière que toutes les autres matières calcaires ou vitreuses réduites en poudre , la substance du charbon se trouve prescfue toujours mélangée de matières hétérogènes, et, selon qu'elle est pure, elle devient plus utile et plus propre à la pré* parationqu elle doit suuir pour poirvoir remplacer cofume combustible tous les usages du bois : il 7 a de ces charbons qui sont si mêlés de poudre de pierre calcaire < , qu'on ne peut eu faille que de la chaux, soit qu'on les brille en graudes ou en petites masses ; il y eu a d'autres qui contiennent une si grande quantité de grés , que leur résidu , après la coiubustiou , n'est (qu'une espère de sable vitreux; plusieurs autres sont mélangés de matière pyriteuse : mais tous sans exception tirent leur origine de matières végétales et animales, dont les huiles et les graisses se sont converties en bitume *»

I. A Alais , et dans plusiVnn antres endroits du Lan|;iiedoc , on fait d^la*cliaux avec le charbon niriiie , sans antre pierre ni matières culcnirns que celles qu'il coiitieut, et aussi sans autre substance combustible que snn propre bitume, qai , spr^ s'«'>lre consumé, laisse à nu la base calcaire que t« charbon conU-noit en grande c|uantité.

a. M. de G«>nsiiniie dislingue cinq espaces de charbon de terre qui sont, i** la houille, a" fe charbon de terre cubique qu'on appelle aussi carré, 3" le charbon à facettes ou ardoisé, 4° le charbon jayet , 5** le bois fossile. Je dois observer que M. de Geiuanne est le seul d**s minéralogistes qui ait pré> sente <ftle division des charbons de terre dans laquelle |p buis fossile ne doit pas être compris tant qu'il n'est {tus bitumineux.

La lioiiillK e,<(t une terre noire bitumineuse et combustible ; elle se trouve toujours fort prés de U surface de la terre* et voi&iue des veriudties

II y a donc beaucoup de ehairboni 4e terre trop im^ urs pour pouvoir être préparés et substitues aux mêmes usages que le charbon de bois ; celui qu'on pourroit appeler pur ne seroit |x)ur ainsi dire que du bitume eomme le jayet, qui meparoit faire la nuance entre les bitumes et le charbon de terre :

mais dans les meilleurs charbons il se trouve toujours quelques-unes des matières étran* fères dont nous venons de parler , et qu'il est difficile d'en séparer; la qualité du charbon est souvent détériorée par refPervescence des pvrites martiales, occasionée par l'humidilede la terre : comme cette elTer^escenoe ne se fait point sans mouvement et sans chaleur , c'est toujours aux dépens du charbon, parce que souvent cette chaleur le pénètre , le consume , et le dessèche ; et lors* qu'on lui fait subir une demi - combustion semblable k celle du bots qu^on cuit en charbon , l'on ne fait que lui eidever et convertir en vapeur de soufre les parties pyriteuses, qui souvent y sont trop abondantes.

Mais avant de parler de la préparation et des usages infiniment utiles de ce charbon, il faut d'abord en considérer la substance dans son état de nature ; il me paroit certain,

veines de charbon.... Le charbon de terre cubique a ses parties constituantes disposées par cubes arrangés Ie.« uns rniitre les autres ; de sorte qu'en les pilunt, même tres-menu , ces mêmes parties conservent toujotirs une configuration cubique : il est fbrt luisant à la vue ; il s'en trouve qui représente les plus belles couleurs de l'iris, qui ne sont que Teffet d'une l^g^re efHorescence de soufre.... Le charbon à facettes ou ardoisé ne diffère du charbon cubique que par la con1i^'uration de ses parties Constituantes, et qu'en ce qu'il est plus sujet que' le précédent à renfermer des grains de pjntes qui détérion-nt sa qualité : on distingue » la vue simple f}u'il est composé de petites lames entassées lei unes sur le^ autres , dont l'ensemble forme de petits corps irréguliers rangés les uns h cdté'des antres.... Le charbon jayet est une substance bitumineuse plus ou moins compacte, lisse, ei fort lui- Saute; il est plus pesant que les èharbons précédeiis. Sa rlureté est fort variable : il y en a qui est si dur qu'il prend un as>ez beau poli , et' qu'on le taille comme les pierres : on en Tait dans bien drs endroits des boutons d'habits, des colliers, et d'antres menus ouvrages de cette espèce : il y en a d'autre qui est sl mou qu'on le pelote dans la maiii ; et toutes ces difrrreiiceS ne viennent que dn plus ou du moins de substance huileuse que ce foesih' reiifernie ; car H est bnn de remarquer qu'il n'est point de charbon de terre, de quelque es|}éce «(u'il' soit, qui ne contienne une portion plus ou moins considérable d'uue huih^ connue sous le nom de pétrole ou d'asphalte. I^e jayet n'est pas , comme le dit M. de Oensanne, plus pesant que les charb<mS de terre : il est au contraire pins léger; car les cLiirbori» de terre ordinaires ne surna".eiit point dans l'eau au, lieu «(ne le jayet y snrna{.e, et c'est it:èiiie par cette propriété qu'où peut le disUngue^ du charbon.

3o4 MINÉRAUX.

comme je viens de le dire, que la matière qui en feit le fonds est entièrement végétale. J*ai cité les faits par lesquels il est prouvé

3u*au dessus du toil et dans la couverture e la tête de toutes les veines de charbon il se trouve des bois fossiles et d'autres végétaux dont Torganisation est encore reconnoissable , et que souvent même on y rencontre des couches de bois à demi charbonnifié > ; on reconnoit les vestiges des végétaux non seulement dans la substance du charbon , mais encore dans les terres et les schistes dont ils sont environnés : il est donc évident que tous les charbons de terre tirent leur origine du détriment des végétaux.

De même on ne peut pas nier que le charbon de lerre ne coatieniie du bitume» puisqu'il en répand Todeur et Fépaisse fumée au moment qu'on le l>rûle. Or le bitume n'é-

X. Outre l«s impressions de plantes assez communes dans le toit de ces mines , on rencontre fréquemment, dans lenr voisinage on dans les fouilles qu'entraîne lenr exploitation , des portions de bois» et même des arbres entiers.

M. l'abbé de Sauvages fait mention dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1743» page 4i3 , de fragmens de bois pierreox fortement incrustés du côté de l'écorce, d'un ou denx pouces de charbon de lerre, dans lequel s'étoit faite cette pétrification.

Il est très<ordinaire de trouver au dessus des mines de houille du bois qui n'est point du tout décomposé ; mais à mesure qu'on le trouve enfoui plus profondément , il est sensiblement plus altéi é.

A Bull , près de Cologne et de Bonn , M. de Bury, fameux bouilleur de Liège , en faisant foailler dans on vallon , trouva une espèce de terre houiUe , qui n'étoit autre chose que du bois qui avoit été couvert par une montagne de terre.

Il y a plusieurs mines dans lesquelles on ne peut méconnottre des troncs et des branches d'arbres qui ont conservé leur textnre fibreuse, compacte, comme on en trouve à Querfurt, dont la couleur est d'un brun jaunâtre. M. Darcet a vu, dans la mine de Wentorcastle , tm tronc de la grosseur d'un mftt de petit vaisseau , qui étoit implanté dans l'argile, tont-à-fait à l'extrémité et hors de la mine: la partie snpérieure étoit du vrai charbon de lerre absolument semblable à celui de la mine , tandis que la partie de dessous ce même tronc étoit encore du bois, et ne sautoit pas en éclats comme celle du dessus ; mais elle se fendoit , et la hache y étoit retenue comme elle a coutume de s'arrêter dans le bois.

Outre ces troncs d'arbres épars, ces débris de bois , il est des endroits ou l'on ne connoît pas de mines de charbon de terre , et où l'on rencontre , à une grande profondeur, des amas de bois fossiles , disposés par bancs séparés les uns des autres par des lits terreux, et qui présentent en tout des soupçons raisonnables d'un passage de la nature ligneuse à celle de la houille, d'une vraie transmutation de bois en charbon de lerre. {Du charbon de terre , par M. Morand , p. 5 et 6.)

M. de Gensanne cite lui-même quelques nnnes de ebarlion de terre dont les têtes sont composées de ^is fossiles.

tant que de Thuile végétale ou de la graisse animale imprégnée d acide , la substauce entière du charbon de lerre n'est donc formée que de la réunion des débris solides et de rhuile liquide des végétaux, qui se sont ensuite durcis par le mélange des acides. Cette vérité , fondée sur ces faits particuliers , se prouve encore par le principe général qu'aucune substance dans la nature n'est combustible qu'en raison de la quantité de matière végétale ou animale qu'elle contient , puisqu'avant la naissance des animaux et des végétaux la lerre entière a non seulement été brûlée , mais fondue et liquéfiée par le ieu : en sorte que toute matière purement brute ne peut brûler une seconde fois.

Et l'on auroît tort de confondre ici le êou- 'fre avec les bitumes , par la raison qu'ils se trouvent souvent ensemble dans le cnarbon de terre. Le soufre ne provient que de la combustion des pyrites formées elles-mêmes de l'acide et du feu fixe contenus dans les substances organisées , au lieu que les bitumes ne sont que leurs huiles grossières imprégnées d'acide : aussi les bitumes ne comiennent point de soufre .et les soufres ne contiennent point de bitume. Ces deux combinaisons , opposées dans des matières qui toutes deux proviennent du détriment des corps organisés , indiquent assez que les moyens employés par la nature pour les former sont différens l'un de l'autre, puisque ces deux produits ne se réunissent ni ne se rencontrent ensemble. En effet , le soufre est formé fiar l'action du feu , et le bitume par celle de l'acide sur l'huile. Le soufre se produit par la combinaison du feu fixe < contenu dans les substances organisées lorsqu'il est saisi par l'acide viu'iolique; les bitumes , au contraire , ne sont que les huiles mêmes des végétaux décomposées par l'eau et mêlés avec les acides : aussi l'odeur du soufre et celle du bitume sont-elles très-différentes dans la combustion; et l'un des plus grands défauts que puisse avoir le charbon de terre , surtout pour les usages de la métallurgie , c'est d'être trop mêlé de matière pyritetise, parce que, dans la combustion , les pyrites donnent une grande quantité de soufre : l'excellente qualité du charbon vient au contraire de la pureté de la matière vé- \ gétale et de l'intimité de son union avec le!

I. Si l'on objecte qu'il se produit du soufre non • seulement par le feu , mais sans feu , et par ce que l'on appelle la voie humide, comme dans les voiries et les fosses d'aisances, je répondrai que ce passage ou changement ne se fait que par une effervescence accompagnée d'une chaleur qui fait ici le nii'me ffret que le feu.

DU CHARBON DE tERKfi.

bîloine ; néanmoins les rharlxiQs trop bitumineux opt peu de chaleur , et donnent une Samme trop {Mssagère ; et il paroît que la parfaite qualité du charbon vient de la parfaite union du bitume avec la base terreuse, qui ne permet que successivement les progrès et le dévelop|)emeut du feu.

Or les matières végétales se sont accumulées en masses, en couches, en veines, en filons, ou se sont dispersées en peiiis vo* lûmes , suivant les différentes circonstances; et lorsque ces grandes masses , composées de végétaux et de bitume, se sont trouvées voisines de quelques feux souterrains , elles ont produit , par une espèce de distillation naturelle, les sources de pétrole, d'asphalte, et des autres bitumes liquides que Ton voit couler quelquefois à la surface de la terre , mj4s plus ordinairement à de certaines profondébrs dans son intérieur, et même au fond des lacs ' et de quelques plages d» la mer >. Ainsr foutes les huiles qu'on appelle terrestres , et qn*on n^garde vulgairement comme des huiles minérales , sont des bitumes qui tirent leur origine des corps organisés , et qui appartiennent encore au règne végétal ou animal ; leur inflammabilité , la constance et la durée de leur flamme, la quantité très-petite de cendres ou plutôt de matière charbonneuse qu'ils laissent après la combustion , démontrent assez que ce ne sont que des hu*les plus ou' moins dénaturées par les sels de la terre , qui leur donnent en même temps la propriété de se diur* cir et de faire ciment daus la plupart des matières où ils se trouvent incolores.

Mais , pour nous en tenir à la seule considération du charbon de terre dans son état de nature, noiis observerons d'abqrd qu'on peut passer par degrés de la tourbe récente et sans mélange de bitume à des tourbes plus anciennes devenues bitumineuses, du boischarbonnifié aux véritables charbons de terre, et que par conséquent on ne peut guère douter , indépendamment des preuves rapportées ci-devant, que ces charbons ne soient de véritables végétaux que le bitume a conservés. Ce qui me fait insister

X. L'asplialte est «n tr^çrande quantité dans la mer Morte de Judée « à laquelle on a même donné le nom de Ue AsphaUiquei ce bitume s'dèTe & la surface de l'eau, et les voyageurs ont remarqué duos les plaines voisines de ce lac plusieurs pierres «t mottes de terre bitumineuses.

a. Flaccour dit avoir vu eutre le cap Vert et !• cap de Bonne Espérance un espace de mer qui avoit une teinture jaune , comme d'une huile ou bitume qui somaf^eoit , et qui , venant à se Gf^er par succession de temps , durcit ainsi que l'ambre jaune

ou tucua.

jaune

Buppoir. U.

sur re point r*est qu'il v a des observateurs qui donnent a ces charbons une tout autre origine : par exemple, M. Genneté prétend que le charbon de terre est produit par un certain loc ou grès auquel il donne le nom d'amas ^; et M. de Gensanne, i'im de nos plus savaus minéralogistes , veut que la substance de ce charbon ne soit que de Targile.

La première opinion n*est fonaée que sur ce' que M. Genneté a vu des veines de charbon sous des bancs de grès ou d'agas , lesquelles veines paroissent s*augmenier ou se regénérer dans leâ endroits vides dont on a tiré le charbon quelques années auparavant : il dit positivement que le roc(ff^^) est la matrice du charbon ; que daus le pays de Liège la masse de ce roc est à celle du charbon comme aS sont à I, en sorte qu'il y a vingt -cinq pieds cubiques de roc pour un pied cube de charbon, et qu'il est étonnant que ces vingt-cin4| pieds de roc suffisent pour fourair le sue nécessaire a la formation d'un pied cube de chai'bon. Il assure qu'il se reproduit dans ces mêmes veines treole ou quarante aiu; après qu'elles ont été vidées, et que ce charbon non veillaient produit les remplit dans ce même espace de temps. « On voit, ajoutet-il, que la houille est formée d'un suc bitumineux qui distille du roc, s'v arrange en veines d'une grande régularité , s'y durdt comme la pierre; et voila a. ssi sans doute pourquoi elle se reproduit Mais pendant mille ans qu'une veine de houille demeure entre les bancs de roc qui la soutiennent et la couvrent sans aucun vide, et sans que cette veine augmente en épaisseur non plus quVn long et en large, et encore sans qu'elle usse de dépôt ailleurs , autant qu'on sache,

3 ne devient donc le suc bitumineux qui, ans quarante ans , peut reproduire et prcH duit eu effet une semblable .veine? Je ne sais, continue-t-il, s'il est possible de dévoiler ce mystère. » . • i M. Genneté est peut-être de tous nos mî»

néralogisles celui qui a donné les meilleurs renseignemens pour l'exploitation des mines de charbon , et ie rends bien volontiers justice au mérite de cet habile homme , qui a joint a une excellente pratique de très4)Oii»

3. «c La nMtrioe dans laquelle s'arrangeât Ua veines de bouille est ane sorte de gris dur comme du fer, dans Tintérieur de la terre , mais qui se réduit en poussière lorsqu'il est exposé à l'air': les bouilleurs nomment cette pierre agas. m J'ai vq dm ces pierres pyriteusés , qui sont eu effet très<daret, dans riiitérîenr de la terre, et dont on ne peut percer les bancs qu*i force de poudre , et qui $e décomposent à l'air ; elles se trouvent «iaM Mmvail «a dassut des veiaet 4m ebarbon.

Ui6t MINÉRAUX.

m remarques ; maU sa théorie, (|ue je viens mais ni le grè),.iii Tag^^ ^ aucune wtfe <f exposer, ne me paroit tirée que d*un fait, roche, n'ont été les matrices d'aucun charparticulier, dont U ne falloit pas faire un bon de terre , à moins qu'ils n'en soient eux* (^incipe généi'al. Il est certain , et je Tai vu mêmes mélangés en trèiy-grande quauùlé» ]|ioi-ménie , qu*il se forme dans q^^elques cir- L'opinion de M. de Gensanne est beauconstances des charbons nouveaux par la, coup mieux appuyée, et ne me paroii s'éslillation des eaux , de la même manière loigner de la vérité que par un point sur

lequel il éloit facile de se méprendre , c'est de regarder l'argile et le limon , ou , pour mieux dire , la terre argileuse et la terre limoneuse, comme n'étant qu'une seule et même chose. Le charbon de terr«, selon M. de Gensanne, est une terre argileuse, qièlée d'assez de bitume et de soufre pour qu'elle soit combustible. « A la vérité, ditil , ce charbon dans son état naturel ne contient aucun soufre formé; mais il en renferme tous les principes, qui, dans le moment de la combustion , se développent , se combinent ensemble, et font un vémaLle soufre. »

Il me semble que ce ^vant -auteur n'auroit pas dû faire entrer le soufré dans sa définition du charbon de terre, puisqu'il avoue que le soufre ne se forme que dans sa combustion. Il ne fait doue pas partie réelle de la composition naturelle du charbon; et en effet , l'on connoit plusieurs de ces charbons qui ne donnent point de soufre à la con»bustion. Ainsi l'on ne doit pas compter le soufre dam les matières dont tout charbon de terre est essentiellement composé , ni dire avec M. de Gensaime qu'on doit regarder les veines de charl)on de terre comme de vraies mines de soufre. Et ce qui pr.ouve évidemment que, dans le charbon pur, il n'y a point de soufre formé, c'est qu'en raffinant le cuivre, le plomb, et l'argent, avec di| charbon pur, on n'observe pas la moindre décom|)Osition du métal ; point de matte^ Eoint de plackmalt, même après plusieurs eures de chauffe '.

Mais un autre point bienph» important, c'est Tasseriion positive que le fonds du charbon de terre n'est que de l'argile ; en sorte que, suivant ce physicien, tous les na turalistes se sont trompés lorsqu'ils ont dit que ces charbons étoient des débris de forêts et d'autres végétaux ensevelis par des bouleversemens quelconques. « Il est vrai , continue-t-il, que la mer Baltique charrie tous les printemps une quantité de bois quelle amène du Nord , et qu'elle arrange par cou.

ches sur les côtes de la Prusse, qui sont successivement ncou vertes par les sables : mais ces bois ne deviendj'oieut jamais chaibon de

Su'il se forme de nouvelles pierres, des alitres , et des marbres nouveaux , dans tous 1^ endroits qui se trouvent au dessous des matières de même espèce : ainsi , dans une yeine de charb<m tranchée verticalement et abandonnée depuis du temps, on voit sur les,

Krois et entre les petits lits de l'ancien char^ n une concrétion ordinairement, brune et quelquefois blanrbâire, qui n'est qu'une véritable stalactite ou concrétion de la même nature que le charbon dont elle tire son origine par la filtration.de l'eau. Ces incrus* tations charbonneuses peuvent augmenter avec le temps, et peut-être remplir, dans une longue succession d'années, une fente de quelques pouces, ou, si l'on veut, de quelques pieds de largeur : mais, pour que cet ehet soit produit , il est nécessaire qu'il y ait au dessus ou autour de la fente ou cavité qui se remplit une masse de charbon , laquelle fournil non seulement le bitume, nais encore les autres parties composantes de ce charlKin qui se forme, c'est -à-dire la partie végétale , sans quoi ce nouveau charlion ne ressembleroit pas à l'autre , et s il ne découlott que du bitume , la stillation ne lormeroit que du bitume pur et non pas du char hou. Or M. Genneté <onvient et même affirme que les veines anciennement vidées se remplissent en quarante ans de charbon tout semblable a celui qu'elles contenoient, et que cela ne se fait (}ue par le suintement du bitume fourni par le roc voisin de cette veine; dès lors il faut qu'il convienne aussi que cette veine ne pourroit , par ce moyen, être remplie d'autre chose que de bitume , et non pas de charbon. Il faut de même qu'il fasse attention à une chose trèa-naturelle et très-pissible, c'est qu'il y a certaines pierres, agas, ou autres, qui non seulement sont bitumineuses , mais enrore mélangées par lits ou par filons de vraie matière de charbon , et que très - probablement les Teines qu'il dit s'être remplies de nouveau étaient environnées et couvertes de cette espèce de roche à demi charbonneuse; et dès lors ce mystère qu'il ne croit pas possible de dévoiler est un effet très simple et très-ordinaire dans la nature. Il me semble l|U'il n'est pas uéces.saire d'en dire (^avantage pour qu'on soit bien convaincu que ja-

I. Note coinnianiqaée par M. Le Camus de Li« mare, le 5 juillet 178p.

s'p n*; tulTfqoil pu aae lubitaoce

A pour

leur donner celle qualilé ; saiu cette liaison ilssepouiriroiiletdeTiendronucrrc.o Ceci m'arrête une seconde rois ; car l'anleur coiiveiianl que le charbon de terre peut se former de bnis et de biliime, pourquoi teutit que tous 'e^ charbons loieiil composés de Icrre argllt qiie, partoi

fange d Ta

combustible ter? Kj abrûlenl en

laquelle toi — ,. —

sont rassemblées : or j'ai dêmirairé en pln- (ieiir« vndroiu de Cet oiiiTtge, el surtout dans tes niémoires de la tnrtie expérimentale, que l'origine du màrtiefer ne doil poinC fhe atlfiliuré au fer, puisqu'on Irouie le même micIteTer dana le feu de l'arierre, tomme dans celui dii forgeron, et que j'ai fuit nioi-mèipe dujnâcbefii en grande quantité avec du cbai'bon de bois s«d et sans addition d'aucun minéral : dès lors le ckarbon de lem doit ta produire comme la tharfiDn,de bois; el lorsqu'il en dunne en plus grande quaiilité, c'esl qne. sous le même volume, il contient plus do parties Gi^sque le charbon d* boi*. J'ai encore prouvé, d»ni tés mêmes mémoirei el dam Varlicte pr^' e Tégeule es^

.!»,!,.« ou .npl.i<

n«» an. .uiie npi» d<

DV TEKSS. ifii

le dernier résidu deg yç{[étaui dicompoiii, qui d'abord se réduisent en terreau' ïl'pir luccpssion de leœps en limon; j'ai de mâne Bterti qu'il ne fattoil pas confondre celle terre Totale Ou limoneuse avec l'ai^ïle, dont l'origine el les qualités soni toutes dlffêreDies, même à l'égard dtt effets du feu, puisque l'argile s'y resserre et que le limoo se boursoufle; el cela seul prouveroit qu'il n'} a jamais d'argile, du moins en quanlité sensible, dans le charbon déterre, el que dans ceux dui laisienl , après la rombuslion, une scorie boursouflée, n j a toujours une quanlilé considérable de ce limon formé de)

erlies Gxes des végétaux : ainsi tout cbarn de lerre pur n'est réellement compoii que de matières provenant plos ou moins immédiatement des tégétaui.

Pour mieux entendre la génération primitive du charbon de terre et déietopper la compo-tition , il but se rappeler tous les degrés el même l&cher de suivre les nuances de 1* décomposition des vêgétaui, soit i Fair , soit dans l'eau : les feailles , (es ber^ bes, et les bois abandonnés et glsans <ur U terre, commencent par fermenter; e\, s'ils sont accumulés en masses, celte effervescence ësl assez fone pour les échauffer au point

Îu'ils brûlent ou s'enflamment d'eui-mAnes: effervescence dévela]ipe donc tontes les parties du feu fixe que les vég^lans contienbenl; et ces ]iartiés ignées étant mte fois' enlevées, le lerreau produit parla dêcompo-' sition de ces végétaux n'est qu'une es]icce * " ' ' "l plus combustible, parer

tué m es v^vtaui conservent Irès-lonfi-temps, «I peut-être i Jamais . les principes romhus- Rbtes qu'ils Biiroteht en très-piAi: de lemps' perdus dam l'air. Les tourbes noti! repre''

tégêtanx dans l'eau ; la plupart ne'coiTtîen-l beiil pas de bifutne el ne laissent 'pai Àf brûler. Il en èat de même de tous c*<s botf fcssîles noirs, el luisans qui sont dééonipth' tés au poinl deoe pouvatreii'GeDnoiK'.t^ espèces, et qui cependant oilt coiuené aute de leurs principes inflammables podrt^ler,' et qui ne donnent en brdlonl aucune odeur de bitume : mais lorsque ces boit ont éti long-temps enfouis ou submergés, ils M NOt bituniinisés d'eux-mêmts par le mélange de leur huile avec les acides; el quand ces mêmes bois ae sont trouvés sous des couches de len« mêlées de pjrilca ou abreu,v«et dt|

pa

ittNÀÀtTt.

sucs ▼itrioliquéi , ils sont devenoi pyriteux ; ^et, dan* cet état, Us donnent en brûlant une forte odeur de soufre.

En suivant cette décomposition des végétaui sur la terre, nou« verrons que lei herbes, les roseaux, et même les bois légers et tendres, tels que les peupliers, les saules, donnent, en se pourrissant, un terreau noir, tout semblable à la terre (|ue Ton trouve souvent par petits lits ti^minces au dtîssus des mines de charbon ; tandis que les bois solides , tels que le cbéne, le hêtre , conservent de la solidité, même en se décomposant, et forment ces couches de bois fossiles qui se' trouvent aussi IrèsHSOUveot au dessus des mines de charbon. Enfin le terreau, par succession de temps, se change en limon ou terre végétale, qui est le dernier résidu de la décomposition de tous les êlres orsauisés. Vdbservation m*a encore démontre cette vérité :

mais tout le terreau dont la décomposition se sera feite lentement, et qui ne s'étoit pas nrouvé accumulé en grandes masses, n*aura par conséquent pas perdu la totalité de ses principes combustibles par une prompte iermentation , et le limon, qui n^est que le terreau même seulement plus atténué, aura aussi conservé une partie de ces mêmes principes. Le terreau, en se changeant en linon, de noir devient jaune ou roux parla dissolution du fer qu'il contient ; il devient aussi onctueux et petrissable par le développement de son huile végétale : dès lors tout terreau et même tout Umon, u étant que les résidus des substances végétales , ont également retenu plus ou moins de leurs principes combustioles ; et ce sont les couches anciennes de ces mêmes bois , terreaux et limons, lesquelles se présentent aujourd'hui sous la forme de tourbe, de bois fossile, de houille , et de charbon ; car il est encore nécessaire , pour éviter toute confusion , de distinguer ici ces deux dernières matières , quoique la plupart des écrivains aient empfoyé leurs noms comme synonymes : maunous n'adopterons, avec M. àe Gensanne, celui de /touitie^ que pour ces

f . M. Morand , de l'Aetdémie d«i Sciences , ifiii a fait un très^rand et bon oarrage sur le charbon de terre , a regardé , arec la plupart drs minéralo* gistea , les noms de houille et de charbon de terre comme synonymes : il dit qae dans le pays de Liège on dUtingne les matières combustibles des mises en houille grasse, an houille maigre, en charbons forts, et en charbons foibles-... Ceue houille grasse s'emploie i Liège dans les foyers s •lie se colle aisément au feu ; elle rend plus de dialeur que la houille maigre.... Bile se réduit , pour la pins graiMle partie , en cendres grisâtres , BMis pl|jû fraTdiraMs qa« ceUas da bois } son feu

terres noires et combustibles qiii le troarent souvent au dessus et quelquefois au dessous des veines de charbon, et qu i sont l'un des phis sûrs indices de la présence de ces fossiles ; et ces bouilles ne sont autre chose que nos terreaux ^ purs ou mêlés d'une petite quantité de bitume: La vase ^ui se dépose dans la mer par couclies inchnces suivant la pente du terrain, et s*étend souvent à plusieurs lieues du rivage, comme a la Guiane, n*est autre chose que le terreau des arbres ou autres végétaux qui. trop accumulés sur ces terres inhabitées, sont entraînés par les eaux courantes ; et les huiles végétales de cette vase, saisies

{)ar les arides de la mer , deriendnmt , avec e temps, de véritables houilles bitumineuses, mais toujours légères et fiiables, comme le terreau dont elles tirent leur origine, tandis que les végétaux eux-lnêmes moins déconrposés, étant de même entraînés et déposés par les eaux , ont formé les véritables veines de charbon de terre , dont les caractères distinciifs et différens de ceux de la houille se reconnoissent a la pesanteur du charbon, toujours plus compacte que la houille, et au gonflement qu'il preud au feu en s'y boursouflant comme le limon, et

•st trop ardent, et elle est trop grasse pour que les maréchaux puissent s'en servir : le tira de U houille maigre est plus foible ; elle est presque gé« néraleîhent en usage pour les feux domeittiques.... Elle dore plus long-temps au fen ; et lorsque son

Cu de bitume est consumé , elle se réduit en aise qu'on allume , sans qu'elle donne de l'odeur ni presque de fumée. Les charbons forts sont d'une couleur noire plus décidée et plus frappante que les charbons faibles ; ils sent gras au toucher et comme onctueux par la grande quantité de bituma qu'il» contiennent : ces charbons forts sont cxcellens dans tous les cas où il faut un fenid'une grande Ttolence , comme dans les pins grosses Arges ; ils pénètrent également les parties du fer, les rendent propres i recevoir toutes sortes d'impressions , léunissent même les parties qui Ae seroient pas assez liées: mais, par sa trop grande ardeur, ce charl>on fort ne convient pas plus aux marédiaux que la houille grasse.

Le charbon foible est toujours un charbon qui se trouve aux extrémités d'une veine ; il donne beaucoup, moins de chuleur ,qne le charbçn fort , et ne peut servir qu'aux doutiers , aux marédiaux, et aux petites forges , pour lesquelles on a beso^ d'un feu plus doux.... Son usage ordinaire est pour les briquetiers ou tuiliers, et pour les fours & chaux, où le fen trop violent des diarbons forts pénètreroit trop précipitamment les parties de la terre et de la pierre, les diviseroit, et les détrniroit .. Les charbons foibles se trouvent aussi dans les veines très- minces; ils sont toujours menus , et souvent en poussière.

a. « C'est dans une pareille terre qua j'ai troové» à huit pieds de profondeur, des radnce encore tris-reoonnoissable», environnées de terreau ou l'on aperçoit dqà queiqnes couches de petits cubes de CMrbcw* » (AeM comauuuqiue jmr M* dt M9nf0mu,)j

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