On trouve du jayet et de l'ambre jaune dans
une montagne près de Bugarach en Languedoc , ii
douze ou treize lieues de la mer, et cette montagne
en est séparée par plusieurs autres montagnes. On
tronve aussi du succin dans les fentes de quelques
rochers en Provence. Il s'en trouve en Sicile le long
des côtes d'Agrigente , de Catane ; à Bologne , vers
la Marche d'Anodae ; et daos l'Ombrie , à d'asses
grandes distances de la mer. Il en est de même de
celai que M. le marquis de Bonnac a vu tirer dans
un endroit dn territoire de Dantxick, sé))aré de la
mer par de grandes hauteurs. M. Guettard , de
l'Académie des Sciences , conserve dans son cabinet
un mbrcean de sacdn qui a été trouvé dans le
BvFFoir. II.
où il n'y en a que dans quelques endroits , et presque toiyours en petits morceaux isolés. Parmi ceux que la mer rejette, il y en a de diffcrens degrés de consistance, et même il s'en trouve des morceaux assez mous; mais aucun observateur ne dit en avoir vu dans l'état d'entière liquidité , et celui que l'on tire de la terre a toujours un assez grand degré de fermeté.
L'on ne connoît guère d'autre minière de succin que celle de Prusse, dont M. Nèumann a donné une courte description par laquelle il paroit que cette matière se trouve à une assez peiite profondeur dans une terre dont la première couche est de sable , la seconde d'argile mêlée de petits cailloux de la grosseur d'un pouce , la troisième de terre noire remplie de hois fossiles à demi décomposés et bitumineux , et enfin la quatrième d'un minéral ferrugineux; c'est sous cette espèce de mine de fier que se trouve le succin par morceaux séparés et quelquefois accumulés en tas.
On voit que les huiles de la couche de bois ont dû être imprégnées de l'acide contenu dans Targile de la couche supérieure , et qui en descendoit par la filtrat ion des eaux; que ce mélange oe l'acide avec l'huile du bois a rendu bitumineuse cette couche végétale; qu'ensuite les parties les plus ténues et les plus pures de ce bitume sont descendues de même sur la couche du minerai ferrugineux , et qu'en le traversant elles se sont chargées de quelques particules de fer , et qu'enfin c'est du résultat de cette dernière combinaison que s'est formé le succin qui se trouve au dessous de la mine de fer.
Le jayet diffère du succin en ce qu'il est opaque et ordinairement très-noir: mais il est de même nature, quoique oe deriiiei ait quelquefois la transparence et le beau jaune de la topaze; car, malgré cette diffé* renœ si frappante , les propriétés de l'un et de l'autre sont les' mêmes : tous deux sont électriques ; ce qui a fait donner au jayet le nom Cambre noir, comme on a donné an succin celui d*ambre jaune : tous deux brûlent de même ; seulement Fodeur que rend alors le jayet est encore plus forte, et sa fumée plus épaisse que celle du succin.
Quoique solide et assez dur, le jayet est fort léger, et on a souvent pris pour du
sein de la terre en Pologne , à plus de cent lieues de distance de la mer Baltique, et un autre morceau trouvé à Neubourg , à vingt lieues dn 4istanc« de Dantzick : il 7 en a dans des lieux encore plus éloignés de la mer. en Podolie, en Volbynie : le lac Lnbien de Posnanie en rejette souvent , etc.
it^ft ofirtoU^ \>o\» fornl^ noin, dont la çps9ur^ est lisse et luisante , et qui paroisseqt ^ effet i^ différer di| vrai jayel que parce qu'ils i^e répandent aucune odçur bitumineuse en brûlant.
On trouve quelques n^^oières ^e jayet en Fraqpe; on pn çoiiuoH une dans la pro- Tince de Kous^illon, près de l^ugarack. M.
de Gi:n$anne fait mention d'Moe autre dans ]^ Q^yajldai) ^ sur le penchant de la monl^gi^e près de Vebron , et d'une autre près d^ Houfli^c , diocèse de Narbonne , où Ton faisoit dans ce$ derniers temps de ioli^ Qiiyrage^ d^ cette matière. On a trouvé dans \à glai^, en creusant {a moniagne de Saint- C^firmain-en-Laye , un morctîau de bois foslile, doQt M. Fougerou:: de Bondaroy a ail upç exacte comparaison avec le jayet.
i{ pD sait » dit ce savant académicien , que 1^ poqleur du jayet est poire, mats que la superficie de ses lames n^a |>oini ce luisant gu'o'ffre rintérieur du morceau dans sa cassure; cVst aussi ce qu'il est aisé de recon- Qoitre dans le morceau d^ bois d^ Saint- Oermain. Pans rintérieur d'une fente ou d'un morceau rompu , on \oit une couleur (l'un noir d'ivoire biep plus brillant que •ur la surface du morceau. la dureié du jayet et du morceau de bois est à peu près la même; étant polis jU offrent ta mémp nuance 4e couleur ; tous deux brûlent et donnent de la Ûamme sur les cljarbons ; }e jayet répand une odeur bitumineuse ou d^ pétrole ; certains morceaux du boi^ en question donnent une pareille odeur, sur^ tout lorsqu'ils ne contiennent poiitt de pyrites. Ce morceau de bois est donc changé en jaypt , ^t il sert à confirmer le sentiment qe mix qui crpipn( le jayf:^ prQd^it par 4^ foetaux. »
Un trouve du trèsbpau jayet en Angletfarfe daus le comté d'York et en plusieurs endroits de l'Ecosse; il y en a aussi en Allemagne , et surtout à Wirlerpberg. M. Bow &eîj a trouvé en Kspagne près de Fera- Qi , « dans une montagne où il y a, dit-il, 4es Y^nes de l>ois bitumineux qui ont jusqu'à un pied d'épaisseur... On voit très-bien que c'est du bois, parce que l'on en trouve pes morceauj^ avec leur écoi*ce et leurs fibres ligneuses , mêlés avec le véritable jayet 4ur. »
Il me semble que ces faits suffisent pour ^*on puisse prononcer que le succin et le jayet tirent immédiatement leur origine des végétaux , et qu'ils ne sont composés que (l*huîles végétales devenues bitumineuses par le mélfuge des acides; que ces biluqies
ont d*abord été iiqui4es, et qu'ils se sont durcis par leur simple dessèchement , lors* qu'ils ont perdu les parties aqueuses dp I huile et des acides dont ils sont composés. Le bitume qu'on appelle asphalte noiis en fournit une nouvelle preuve ; il est d'abord fluide , ensuite mou et visqueux , et enitn il devient dur par la seule dessiccation.
L'asphalte des Grecs est le même que le bitume des Laiins ; on l'a nommé p^ticulicreuient bitume de Judée, parce que les eaux de la mer Morte et les terrains qui l'environnent çn fournissent une grande quantité. Il a beaucoup de propriétés communes avec le succin et le jayet ; il est de la même nature, et il paroit, ainsi que la poix de montagne , le pétrole , et le napbte, ne devoir sa liquidité qu'à une distillation des charbons de terre et des bois bitumineux qui, se trouvant voisins de quelque feu sonteiTain , laissent échapper le« parties huileuses les plus légères, de la même manière à peu près que ces substances bitumineu2»es donnent leurs huiles dans nos vaisseaux de chimie. Lp naphte , le pétrole , et le succin , paroissent être les huiles les plus pures que fournisse cette espèce de dislil-
IVIorte, ou le lac Aspliahique ae Jiijée, étoit autrefois le territoire de deux villes criminelles qui furent englouties : on peut donc croire qu'il y a eu des feux souterrains qui , agissant avec violfinc^ dans ce lieu , ont été les iustrumens iJe cet effet; f:t cçs feux ne sont pas eucore entièrement éteints; ils opèrent donc la distillation de toutes les matières végétales çt bitumineuses qui les avoisinent, et produisent cet asphalte liqi(ide que l'on voit s'élever continucUcment à la surface du lac maudit, dont néanmoins les Arabes et les Égyptiens ont su tirçr beaucoup d'utilité tant pour goudronner leurs bateaux que pour embaumer leurs parens et leurs oiseaux sacrés; ils recueillent sur la surface de l'eau cette huile liquide, qui, par sa légèreté , la surmonle çoomit no» huiles végétales.
X'asphalte se trouve non seulement en Judée et en plusieurs autr^ provinces du Levant, mais encore en Europe, et mime en France. J'ai eu occasion d'examiner et même d'employer l'asph^Ue de Nciichàtel; il est de la même nature que celui de Judée : en le mêlant avec une petite quantité de poix, on en compose un mastic avee lequel j'^ fait çnduirç, 1! j a ^pf^tix uns.
DTî ^nvm.
nu assea gcfiiid htim^ an J«u:din du Epi, qui depuis a toujpurs t^nu Veau. Ou a aussi trouvé de l'asphalte en Alsace, en Languedoc, sur le territoire ^^Alais, et dans quelr qiies autres endroits, l^a description quç Mpus a donnée M. l'abbé de Sauvages, de pei asphalte d'Alais, ajoute encore iine preuve à ce que j'ai dit de ^ fornia^pn par uqi; distillation /7fr mcenjum, « Op vpit, ^t-l\^ régner auprès de ^.r vas, k quelque distance 4'A|ais, $ur une colline d'une grande éteur due, un bapc de rocber de marbre qui pose sur la terre et qui en est cQuvert : il est n^t^relIemen( blanc; inaia cette coulei^rest 4 i^or( aUérpe par l'asphalte qui Ifs pénètre | qn'il e^t sur s^ surface d'un bruq cl^ir , eî ppsnitp trè$-fpncé à mesure que le bituniç {approche du bas du rocher : le terrain 4u dessous n'est point pénéti-é de bitume , k U réserve d^s endroits pu la tranche du banc est e^ppiée au sqleil; il en découle ep ét^ dw bjtuqtf: qui a la cpuleur et la ponsistancç 4p la poix npire végétale; il en ^prnage sur une fonlaiue voisine , dont les eaux ont ei^ conséquence up goi^t désagréable...
(( Dans le fond de quelques ravines ^ au 4essous du rocher d'asphaltp, je vis un terrain niélé alterpativein^nt de lits de sable pf de lits de charbon de pierre , tous parallèle» à rhorizoq. » On yoit par eet exposé que l'asphalte ne se trouve pas au dessous, mais aq 4essMs dps couche^ ou veines bitumi- Ucuçes de bois et de charbon fossiles, et que par conséquent il n*a pu s'élever au dessus que par une distillation prqduitp par \sl ch4^ leur d'un feu souterraiq*
Tous les bitumef liquides'» c'eat-à-dire l'asphalte « la poix de montagne, |e pétrole et le ui^pbte, coulent souvent avec l'eau des sources qui |e Irquyent vpisines des couches de bois et de charbon fossiles. A Begrède, près d'Anson en Languedpc, il y a une fontaipe qui jette du bitume que l'on recueille à fleur d^eau. On en recueille de même à Gabian, diocèse de Béziers, et cette fontaine de Qabian est fameuse par la quantité de pétrole qu'elle produit : néanmoins il paroit, par un Mémoire de M. Rivière, publié en 17x7, et par un autre Mémoire- sans noin d'auteur, imprimé à Béziers en 17Ô3 , que cette source bitumineuse a été autrefois beaucoup plus abondante qu'elle ne l'est aujourd'hui; car il est dit qu'elle a donné avant 17 17, pendant plus de quatre-vingts ans, trente-«ix quintaux de pétrole par an, tandis qu*en 1752 elle n'en donnoit plus que trois PU quatre quintaux. Ce pétrole est d*un rouge brua foncé; son (^gur est fqrte et
désagréable; il «'enfUn^ne trè$ aisément, et même la vapeur qui s'en élève, lorsau'on le chauffe, prend feu si l'on approche une chandelle ou tonte autre lumière à trois pied$ de hauteur au dessus : l'pau n'éteint
})as ce pétrole aUupié; et lors même que 'on plonge dans leau de^ ipèches bien im>« bibées de cetfe huile inflammalde, elles continuent de brvder quoique au dessous de l'eau. Elle ne s'épaissit ni ne se Âge par la gelée, conime le font la plupart df^s liuiles végétales; et c'est par cette épreuve qu'on reconnoit si le pétrole est pur, ou s'il est mélangé avec quelqu'une de ces h^ijes. \ Gabion, le pétrole ne sort de la source qu'avec beaucpup d'eau qu'il surnage tpiijours , car il est beaucoup plus léger, et l'est inéme pluç que l'huile d'olive. <' Une seule goutte de ce bitufpei dilM. îlivière, versée sur une eau dorniante, a occupé dans peu de temps un espace d'une toise de djametre tout égaillé des plus vives couleurs, et, en s'étendant davantage, il blanchit et enfin disparoit. Au re^te, ajoute-t-il, cette huilç 4e pétrole naturelle est \^ mêqie que pel(e qui vient du sucpin dans la cornue vers le milieu de la distillation. «
Cependant ce pétrole de Gabian n*est pas, comme le prétend l'auteur du Mén^oire imprimé à iSeziers çp 1759, le vrai naphte de Ipabylone. A la vérité, beaucoup dé geps prennent le naphtp et le pétrole pour une seule et même chose; mais le naphte des Grecs , qui ne porte ce nepi que |)arce que c'est la matière inflammable par excellciipç , est plus pur que l'huile de G^^biap ou que toute autre hud^ terrestre que les Latins ont appelée petreoiumt comme huilp sortant des rocliei's avec Teau qu'elle surnage, le vrai naphte est beaucoup plus limpide et plus coulant; il a moins de couleur, et prend feu plus siibitenient à une distance as^ez grande de la flamme; si l'on en frotte du bois ou d'autre^ corp^ combustibles, i\^ continueront à brûler quoique plongés dans l'eap.
Au reste, le terrain dans lequel se trouve le pétrole de .Gabian est environné, et peutêtre rempli, de matières bitumineuses ^t je charbon de terre.
^ une demi-lieue de distancp de Clermont en Auvergne, il y a unç soyrcc hltumineuae as^ez abondante, et qui tarit |)ar intervalles. « L*eau de cette source, 4it ]Vf . l<e Monnier, a une amertume insupp^^p* table; la surface de l'eau est couverte d'une ppuche mince de bitume qu'on prend) pit, pqur dç rhuile, et qui, venant « s'épaisçir p^ ^ chaleur de l'air, resseitdd^ eu quelque
MINÉRAUX
façon à de la poix... En examinant la nature des iciTes qui environnent cette fontaine , et en parcourant une petite butte qui n'en est pas fort éloignée, j'ai aperçu du bitume noir qui découloit d'entre les fentes dés rochers : il se sèche à mesure qu'il reste à Tair; et j'en ai ramassé environ une demilivre ; il est sec , dur et cassant*, et s'enflamme aisément; il exhale une fumée noire fort épaisse, et Todeur qu'il réi)and ressemble à celle de l'asphalte. Je suis persuadé que par la distillation on en retireroit du pétrole. » Ce bitume liquide de Ciermont est, comme l'on voit, moins pur que celui de Gabian; et depuis le naphte, que je regarde comme le bitume le mieux distille par la nature , au pétrole , à l'asphalte , à la poix de montagne , au succin ; au jayet , et au charbon de terre , on trouve toutes les nuances et tous les degrés d'une plus ou moins grande pureté dans ces matières, qui sont toutes de même nature.
'< En Auvergne, dit M. Guettard, les monticules qui contiennent le plus de bitume sont ceux du Puy de Pège (Poix) et du Puy de Cronelles : celui de Pège se divise en deux têtes, dont la plus haute peut avoir douze ou quinze pieds; le bitume y coule en deux ou trois endroits... A côté de ce monticule se trouve une petite élévation d'environ trois pieds de hauteur sur quinze de diamètre; Sflon M. Ozy, cette élévation n'est que de bitume qui se dessèche à mesure qu'il sort de la terre : la source est au milieu de cette élévation. Si l'on creuse en différens endroits autour et dessus cette masse de bitume, on ne trouve aucune apparence de rocher. Le Puy de Cronelles, peu éloigné dn précédent, peut avoir trente ou quarante pieds de hauteur : le bitume y est solide; on en voit des morceaux durs entre les crevasses des pierres. Il en est de même de la partie la plus élevée du Puy de Pcge. »
Eu Italie, dans les duchés de Modène, Parme et Plaisance , le pétrole est commun ; le village de Miano , situé à douze milles de Parme , est un des lieux d'où on le tire dans certains puits construits de manière que cette huile vienne se rassembler dans. le fond.
Les sources de naphte et de pétrole sont encore plus communes dans le Levant qu'en Italie; quelques voyageuçs assurent qu'on brûle pluà d'huile de naphte que de chandelle à Ragdad. « Sur la route de Schiras à Bender Congo, à quelques milles de Benaron, vers l'orient, on voit, dit Gemelli Carreri, la montagne de Darap toute de pierre noire, d'où distille le fameux baume-momie, qui, s'épaississant à l'air, prend aussi
une couleur noirâtre. Quoiqu^il y ait beaucoup d'autres baumes en Perse, celui-ci a la plus grande réputation; la montagne est gardée par ordre du roi; tous les ans les visirs de Geaxoux , de Schiras, et de Lar, vont ensemble ramasser la momie qui coule et tombe dans une conque où elle se coagule; ils l'envoient au roi sous leur cachet pour éviter toute tromperie , parce que ce baume est éprouvé et très-estimé en Arabie et en Europe, et qu'on n'en tire pas plus de quarante onces par chaque année. » Je ne cite ce passage tout au long que pour rapporter à un bitume ce prétendu baume des momies. Nous avons au Cabinet du Roi les deux boites d'or remplies de ce baume-momie ou mumia , que l'ambassadeur de Perse apporta et présenta à Louis XIV; ce baume n'est que du. bitume, et le présent n'avoit de mérite que dans l'esprit de ceux qui Tout offert ■. Chardin parle de ce baume-momie >, et il le recouuoit pour un bitume. Il dit qu'outre les momies ou corps desséchés qu'on trouve en Perse, dans la province de Corassan , il y a une autre sorte de momie ou bitume précieux qui distille des rochers, et qu'il y a deux mines ou deux sources de ce bitume : l'une dans la Caramie Déserte, au pays de Lar, et que c'est le meilleur pour les fractures, blessures, etc.; l'autre dans le pays de Corassan. Il ajoute que ces mines sont gardées et fermées; qu'on ne les ouvre qu'une fois l'an en présence d'officiers de la province , et que la phis grande partie de ce bitume précieux est envoyée au trésor du roi. Il me paroît plus que vraisemblable que ces propriétés spécifiques attribuées par les Persans à leur baume-momie sont communes à tous les bitumes de même consistance , et particulièrement à celui que nous appelons
I. Sa majesté Louis XIV fit demander à l'ambassadeur (la roi de Perse , 1° le nom de cette drogue ; a** à quoi elle est propre ; 3^ si elle guérit les maladies tant internes qu'externes ; 4° si c'est une drogue simple ou composée. L'ambassadeur répondit , i^ que cette drogue se nomme en persan momia ; a" qu'elle est spécifique pour les fractures drs os, et généralement pour toutes les blessures ; 3** qu'elle est employée pour les maladies internes et externes ; qu'elle guérit les ulcères intenies et externes , et Tait sortir le fer qui |Mi»rroit être resté dans les blessures; 4" que oetie drogue est simple et naturelle ; qu'elle distille d'un rocher dans la province de Dezar, qui est l'une des pins méridionales de la Perse ; qu'eufm on peut s'en servir en l'apjiliqusnt sur les blessures , on en la faisant fondre dans le beurre on dans TIiuiIp. Cette notice étoit jointe aux deux boîtes qui renferment celte drogue.
3. Le nom de momie ou mumia en persan vient de moum , qui signifie cire , gomme , onguent.
DU BITUME
poix de monttt^ne; et, comme ou vient de le voir, ce n'est pas seulement en Perse que l'on troQve des bitumes de cette sorte, mais dans plusieurs endroits de l'Europe, et même en France , et peut-être dans tous les pays du monde, de la même manière que l'asphalte ou bitume de Judée s'est Ironvé non seulement sur la mer Morte, mais sur d'autres lacs et dans d'autres terres très-éloiifnées de la Judée. On voit en quelques endroits de la mer de Marmara, et particulièrement près dHéraelée, une matière bitumineuse qui flotte siu> l'eau en forme de filets que les nautonniers grec'3 ramassent avec soin , et que bien des gens prennent pour une sorte ae pétrole : cependant elle n'en a ni l'odeur, ni le goût, ni la consistance; ses filets sont fermes et solides, et approchent plus en odeur et en consistance du bitume de Judée.
- Dans la Thébaïde, du côté de l'est, on.
trouve uue montagne appelée GeAei-el-JHoel, ou montagne de l'huile, à cause qu'elle {puruit beaucoup d'huile de pétrole. Oléarius et Tavernier font mention du pétrole qui se trouve aux environs de la mer Caspienne.
Ce dernier voyageur dit « qu'au couchaut de cette mer, un peu au dessus de Chamack, il y a une roche qui s'avance sur le rivage , de laquelle distille une huile claire comme de l'eau, jusque là que des gens s'y sont (rompes et ont cru en pouvoir boire ; elle s'épaissit peu à peu, et au bout de neuf ou dix jours elle devient grasse comme de i'buile d'olive, gardant toujours sa blancheur. ... Il y a trois ou quatre grandes ruches fort hautes, assez près de là , qui distillent aussi la mcuie liqueur; mais elle est plus épaisse, et tire sur le noir. On transporte celte dernière huile dans plusieurs province!) de la Perse, où le menu peuple ne brûle autre chose. »
Léon l'Africain parle de la poix qui se trouve dans quelques rochers du mont Atlas et des sources qui sont infectées de ce bitume; il donne même la manière dont les Maures recueillent cette poix de montagne , qu'ils rendent liquide par le moyen du feu. On trouve à Madagascar cette môme matière que Flaccour appelle de la poix de terre ou bitume judaîcf ne. Enfin, jusqu'au Japon, les bitumes sont non seulement connus, mais très-communs; et Ksempfer assure qu'en quelques endroits de ces iles Ton ne se sert que d'huile bitumineuse, au lieu de chandelle.
En Améric^ue , ces mêmes substances bitumineuses ne sont pas rares. Dampier a vu de la poix de montagne en blocs, de quatre li^Tcs pesant, sur la côte de Carthagène :
la mer jette ce bitume sur les grèves sablonneuses de cetie côte, où il demeure à sec ; il dit que cette poix fond au soleil , et est plus noire, plus aigre au toucher, et plus forte d'odeur que la poix végétale. Garcilasso , qui a écrit l'histoire du Pérou , et qui y étoit né, rapporte au'ancieunement les Péruviens se servoient de bitume pour embaumer leurs morts. Ainsi le bitume, et même ses usages, ont été connus de tous les temps, et presque de tous les peuples policés.
Je n'ai rassemblé tous ces exemples que pour faire voir ()ue, quoique les bitumes se trouvent sous difTérentes formes dans plusieurs conii'ées , néanmoins les bitumes purs son^ infiniment plus rares que les matières dont ils tirent leur origine; ce n'est que par une seconde opéraliou de la nature qu'ils peuvent s'en séparer et prendre de la liquidité : les charl)ons déterre, les schistes bitumineux, doivent être regardés comme les grandes masses de matières (|ue les feux souterrains mettent en distillation pour former les bitumes litpiides qui nagent sur les eaux ou coulent des rochers. Comme Ii* bitume, par sa nature onctueuse, s'attache à toute matière, et souvent la pénètre, il faut la circonstance particulière du voisinage d'un feu souteiTain, pour qu'il se manifeste dans toute sa pureté ; car il me semble qne la nature n'a pas d'autre moyen pour cet effet.
Aucun bitume ne se dissout ni ne se délaie dans l'eau : ainsi ces eaux qui suurdent avec du bitume n'ont pu enlever par leur action propre ces particules bitumineuses ; et dès lors n'esl-il pas nécess.iire d'attribuer à l'ac* tion du feu l'origine de ce bitume coulant, et mc'me à l'action du vrai feu , et non pas de iii température ordinaire de rintérieur de la terre? car il faut une assez grande clialeur pour que les bitumes se fondent, ei il en faut encore une plus grande pour qu'ils se résolvent en naphte et en peirole; et tant qu'ils n'éprouvent que I» température ordinaire, ils restent durs, soil à l'air, soir dans la terre. Ainsi tous les bitumes coulans doi~ vent leur liquidité à des feux souterrains, et ils ne se trouvent que dans les lieux où les couches de teire bitumineuses et les veines de charbon sont voisines de ces feux qui non seulement en liquéfient le bitume, mais le distillent et en font élever les parties les phis ténues pour former le naphte et les pétroles, lesquels, jl^ mêlant ensuite avec des matières moins pures, produisent l'asphalte et la poix de montagne, ou se coagulent en jayet et en succin.
MIHtiEAIJX.
ÏToUs avons déjà dit t(w le àttcdh à eertainement été liquide » pitiS(}u*ott voît dans son intérieur des insectes, dont quelques uns y sont profondément enfoncés : il faiit ce()èAdant avouer que jusqu'à présetit àueùn obkrv&tèbr n^a trouvé Te succin dahs eet état de liduidilé ; et c'est probablement parce quMl ne faut qtrtin tl*ès*petit temps pour le consolider. Ces insectes â'y einpétrent peutêtre lorsqult distille dé» rochiers, et lorstiu'il surnage sUr Peau de la ther où la chaleur de quelque feu souterrain le sublime en liquetir, cqmme lliuilë de pêffole, Tasphalb, et les autres bitumes eoiilaHà.
Qhoiqu'on trouve en PrUSsé et eh dtièlques autres endroits des mitlesde sucèindâns le sein de la terre , cette matière eât néanmoins plus abondante dans certaines plages de la mer : en Prusse et en Poniéranie , lu mer Baltique jf tte sur les côtes une grahde quantité de succin presque toujours éii petits morceaux de toutes les nuances de blanc, de jaune, de brun, et de différeos degrés de pureté; et à la vue encore plus qu'à l'odeur, on seroit tenté de croire que le succin n*est qu'une résine comme là copalc, à laquelle il ressemble. Mais le succin est également impénétrable à leau , aux huiles , ttt à Tesprit-de-vin , tandis que les résines, qui résistent à faction de l'eau, se dissolvent eu entier par les huiles , et surtout par l'esprit-de-vin. Cette différence suppose donc dans le succin une autre matière que oellè des résines, ou du moins une combioAlson différente de la même matière : or on Sait que toutes les huiles végétales concrètca sont ou des gommes qui ue se dissolvent que dans l'eau ^ ou des résines qui ne mi dissolvent que dans l'esprit-de-vin , ou enfib àt» gommes-résines qui ne se dissolvent qo'imparfaitément par Tune et par Tau- Ire ; dés lors ne pourroit-on pas présumer , Sar la grande ressemblance qui se trouve 'tîHeurs «nire le succin et les résines , que et n'est en effet qu'une gomme-résine dans laquelle le mélange des parties gommeuses ^ résineuses est ai intime et eii telle proportion qne ni l'eau ni l'esprit-de-vin ue peuvent l'attaquer P L'exemple des autres gomim g - rési nes, que ces deux menstrues n'atta-
Suent qu'imparfaitement , semble nous l'in* Iquef.
En géhéral on ne peut pas douter que le sttccin et fous les autres^itumes liquides ou éoncrcts , ne doivent leur origine aux huiles animales et végétales imprégnées d'aride :
mais comme indépendamment des huiles, les animaux et végétaux contiennent des sub-
stances 'gétetineoiea el nnieilagiatiiiiw ea grande quantité, il doit se trouver des bitumes uniauement composés d'huile , et d'autres mêles d'huile et de matière gélatineuse ou riiueilagineuse; des bitumes produits par les seules résines , d'autres par les gommesrésities mêlées de plus ou moins d'acide ; et c'est à ees diverses combinaisons des difiéretis résidus des tubstanoes animales on végétales que sont dbes les variétés qui se trouvent dans les qualiiés des bitumes.
Par exemple , l'ambre gris parolt être tin bitume qui a conservé les parties les plus odoràhtes des résines dont le parfum est aroniàtique; il est dans un état de itiollesse et de fisêostté dans le fend de la mer, auquel il est attaché , et il • une odeur tl^ès-desàgréable et tr^-forte dans cet état de mollesse avant son dessèchement. L'avidité avec laquelle les oiseaux ^ les poissons , et la plupart des animaux terrestres, le recherchent et l'avalent semble indiquer que ce bitume contient aussi une grande quantité de matière gélatinetise et nutritive. Il ne se trouve Sas dans le sein de la terre < e'est dans celui e la tner, et surtout dans les mers méridionales , qu'il est en plus grande quatitité : il ne se détache db fond que dans le temps des plus grandes fempêies; et c'est alors du il est jeté sur les Hvages. Il durcit eit séchant ; mais une rbaletir médiocre le inmollit pins aisément que les autres bitumée : il se oMgule par le froid, et n'arqqicrt jamais antant de fermeté qne le sucdn; cependant, par l'analyse chimique, il donne lés mêmes résultats et laisse les mêmes résidus. Enfin il ne resteroit au<^un doute sur la êonfbrmité de nature entre cet ambre Jaune ou éuct*rn et l'ambre gris , èi ce defnitt* se IrouVoît également dans te sein de la terre et dans la mer : mais jusqu'à ce jour il n'y a qd'un seul homme qui ait dit qn'on ait tfouvè de l'ambre gris dans la terre en Ru^âie ; néanmoins , comme l'on n'a pas d'autres exemples qui puissent confirmer tè fait . et que tout Tambre gris que nous connotssons a été ou tiré de la mer ou rejeté pat ses flots, on doit pr'ésumer que c'est datii fâ mer seulement que l'htiile et la inàtlère gélatineuse dont il est composé se trouvent dans l'état nécessaire à sa formation. En effet, le fond de la mer doit être revêtu d'une trèà-grande quantité de substance gélatineuse animale , par la dissolution de tous les corps des animaux qui j vivent et périssent ' ; et cette
f. M. de Monlt>éliard ft «Aserré, eft traTaîllant h VhltatAtt des Insectes » on'it T * plusieurs classes d'aninianx et insectes marins , tels que les poly|)es
BIf VÊtînOL
Hfatlèi<e dêiitiiléttM doit j'étte f««e dans titf état de BidlleâM «t dft froièheur i tandis ^ti^ c0tte méilf« matière ^tatineuse des animaux tefhfstres, une fois eflfdtiiê dans tes «oucheë de la tttré , s'est bientôt entièreftieilt dénaturée par le dessèchement ou le mélange t\n*t\\e A subi. Ainsi ce n'est que datts lé fond de la iher qae doit se trouter cette matière âatis tob état de fraîcheur ; étle y est méléè atèe tib bitume liquide ; et comrtie Id liquidité âëê bitumes n*eét produite que pfar là chtfietir de» feux soutei-raiiis, (C'est aussi dans les mers dont le fond est chaud eomrtie celle dé la Chitie et dn Ja- ^on, qu'on ffoute l'attibre gris en pins grande quantité ; et il paroît encore que e'est fi la diatièl'e gélatitiettse, molle àatH lean , et qui prend de la consistance par le dessèchement, que l'ambj^ gris doit la mollesse qti'èn lui remarque tant qu'il e^ dans la mer , et la pfoprieté de se durcir pfomptement eti §û desséchant à l'air; tout comme oh peut croire que c'est par l'intermède de la partie gotnménsé de sa gofhme-résine, que le sncciii ^eui iiolt dans les eaui de la mer uiiè demi-fluidfté.
L'ambre grii, quoîipîe pins précieux qtie l'ambre jiiune, est néanmoins plus abondant; la quaritité que la nature en produit est trèsconsidérable , et on le trouve presque toujours eil morceaux biert piHs gros que ceux du succin, et il .<ero(t beaucoup moi us rare s'il ne seftoit point de pâture aux animaux.
Les endroits o^i la mer te rejette en plus gfande quantité danit l'ancien continent sont les cotes des tndes méridionales, et particaliéremefii des ileS Philippines et db Japon, et st/r lès cdtèS du Péga et de Bengale ; celles de i'Âflhlqite, entre Mozambique et la mer Rouge , et entre le cap Y ert et le royaume de Maroc.
En Amérique, il s'en trouve dans la baie de Honduras , dans le golfe de la Floride, sur les côtes de l'île du Maragnon aU Brésil ; et tous les voyageurs s'accordent à dire que si les chats sauvages, les sangliers, les renards , les oiseaux , et même les poissons et les crabes, n'étoient pas fort fi'iands de cette di ogue précieuse , elle seroit bien plus Commune. Comme elle est d*une odeur très-forte au moment que la liier vient de la rejeter, les Indiens, les Nègres, él les Américains , la cherchent par rodorat plus que par les yeux ; et les oiseaux, avertis de loin par cette odeur, ârri-
et antres I dmit U chair «tt parftiinfe , tt il est tout natarftl que (bette inatiâc* soit eatrée dans la eompoBitiOQ de fambre gris.
¥eiit en iMnlm pour É*tB ftuptUttê tl tMvent indiquent aux hommei lea liewl ok Ils doivent la chereher. Cette odeur désagréable et forte s'adoucît pen à peu , à metore que l'ambre gris se sèche et se dutcit à l'air. Il y en a de dffférens degrés de coulista nce et de couleur différente, du gris, do brun, du doir,et du blanc: mais le meilleur et le pfus dtir paroit être le gris eendré. Comme les poissom , les oiseaux, et iôtH les animaux qui fréquentent les eaïut où les bords de la mer, avalent ce bitumé avee avidité , ils te rendent mêlé de la Matiëfe de leurs excrémens; et cette matiè^e étant d'un blane de craie dans lea oi« aerfox, cet ambre blanc, qui est te plUI mauvais de tous , pourroit bien être celui qu'ib rendent avec leurs excrémens ; et dé même l'ambre noir seroit celui que rendent les cétacés et les grands poissons , dont les déjections sont communément noires.
Et comme Ton a trouvé de l'ambre gfiS dans lestomac et les intestins de quelques cétacés , ce seul indice a suffi pour faire haitre l'opinion que c'étoit utie matière animale qui se produisott pariiculièremeàt dans le corps des baleines , et que pent-étM c'étoit le sperme, etc.; d'autres ont imaginé que l'ambre gris étoit de la cire et du mlél tombés des côtes dans les eaux de là mel' et ensuite avalés par les grands poissons, dans l'estomac desquels ils se convertissoient en ainbre , ou detenoient tels par lé seul mélange de l'e^u maritie ; d'autres dtlt avancé que c'étoit une plante comme leS champignons ou les truffes > Ou bien utlé racine qui croissoit dans le terrain du fond de la mer; mais toutes ces opinions île sont fondées qtie sur de petits rapports ou de fausses analogies. L'ambre gris , qui n'a pas été connu des (>recs ni des anciens Arabes, a été, dans ce siècle, reconnu pour un véritable bitume par toutes ses propriétés; ieblemeni il est probable , comme je l'ai insinué, que ce bitume, qui diffère de tous les autres par la consistance et lodeur, est mêlé de quelques parties gélatineuses ou mucilagineuses des animaux et des végétaux , qui lui donnent cette qualité particulière: mais l'on ne peut douter qtie te fond et même la majeure partie du sa substance ne soit un vrai bitume.
Il paroit que l'ambre gris mou et vnqueux tient ferme sur le fond de la mer, piisqu'il ne s'en détache que par force dans le temps de la plus grande agitation des eaux; la quantité jetée sur les rivages,, et qui t>este Après la déprédation ^qti'en font
MINÉRAUX
les animaitt, dénoatre que e^est une productioa abondante de la nature, et non pas le sperme de la baleine, ou le miel des abeilles, ou la comme de quelque arbre particulier. Ce bitume, rejeté, ballotlé par la mer, remplit quelquefois les fentes des rochers contre lesquels les flots viennent se briser. Robert Lade décrit Tespcce de pé< che qu'il en a vu faire sur les cotes des iles Lucaies; il dit que Fambre gris se trouve toujours en beaucoup plus grande quantité dans la saison où les vents régnent avec le plus de violence, et que les plus grandes richesses en ce genre se trouvoient entre la petite île d'Éleuthère et celle de Uarbour, et que Ton ne doutoit pas que les Bermudes n*en continssent encore plus. « Nous commençAmes , dit-il , notre recherche par Tiie d*Éleuthère, dans un jour fort calme, le 14 de mars , et nous rapportâmes ce mi^me jour douze livres d*ambre gris. Cette pèche ne nous coûta que la peine de plonger nos crochets de fer dans les lieux que notre guide nous indiquoit, et nous eussions encore mieux fait si nous eussions eu des filets.... L'ambre mou se plioit de lui-même, et embrassoit le crochet de fer avec lequel il se laissoit tirer jusque dans la barque: mais, faute de filets, nous eûmes le regret de perdre deux des plus belles masses d'ambre que j'aie vues de ma vie ; leur forme étant ovale, elles ne forent pas plutôt détachées, que, glissant sur le crochet, elles se perdirent dans la raer.... Nous admirâmes avec quelle promptitude ce qui n^étoit qu*une gomme mollasse dans le sein de la mer prenoit assez de consistance en un quart d'heure pour résister à la pression de nos doigts : le lendemain , notre ambre gris étoit aussi ferme et aussi beau que celui
qu*on vante le plus dans les magasins de l'Europe.... Quinze jours que nous employâmes à la pèche de Tambre gris ne iious en rapportèrent qu*environ cent livres. Noti>e guide nous reprocha d'être venus trop tôt ; il nous pressoit de faire le voyage des Bermudes > assurant qu'il y enavoit en plus
grande quantité qu'on en avoit tiré une
masse de quatre-vingts livres pesant; ce qui cessa de m'étonner lorsque j'appris , dit ce voyageur , qu*on en avoit trouvé sur les côtes de la Jamaïque une masse de cent qnatre- vingts livres.»
Les Chinois, les Japonois, et plusieurs autres peuples de l'Asie, ne font pas de l'ambre gris autant de cas que les Européens; ils estiment beaucoup plus l'ambre jaune ou sucdn, qu'ils brûlent en quantité par magnificence , tant à cause de la bonne odeur que sa fumée répand, que parce qu'ils croient cette vapeur très-salubre et même spécifique pour les maux de tête et les affections nerveuses.
L'appétit véhément de presque tous les animaux pour l'ambre gris n'est pas le seul indice par lequel je juge qu'il contient des parties nutritives, mucilagineuses, provenant des végétaux, ou même des parties gélatineuses des animaux, et sa propriété, analogue avec le musc et la civette , semble confirmer mon opinion. Le musc et la civette sont, comme nous l'avons dit, de pures substances animales; l'ambre gris ne dé* veloppe sa bonne odeur et ne rend un excellent parfum que quand il est mêlé de musc et de civette en dose convenable : il y a donc un rapport très^voisin entre les parties odorantes des animaux et celles de l'ambre gris , et peut-être toutes deux sont-eJIes de même nature
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