‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 123 sur 161 · DU SOUFRE · texte numérisé non relu

DU SOUFRE

La nature, indépendamment de ses hautes puissances auxquelles nous ne pouvons atteindre , et qui se déploient par des effets universels , a de plus les facultés de nos arts, qu'elle manifeste par des effets particuliers : comme nous elle sait foudre et sublimer les métaux, cristalliser les sels, tirer le vitriol et le soufre des pyrites, etc. Son mouvement plus que perpétuel , aidé de réternité du temps, produit, entraine, amène toutes les révolutions, toutes les combinaisons possibles. Pour obéir aux lois établies par le souverain Être, elle n'a besoin ni d'insirumens, ni d'adminicules, ni d'une main dirigée par l'intelligence humaine ; tout s'opère parce qu'à force de temps tout se rencontre, et que dans la libre étendue des espaces et dans la succession continue du mouvement route matière est remuée , toute forme donnée, toute figure imprimée. Ainsi tout se rapproche ou s'éloigne, tout s'unit ou se fuit, tout se combine ou s'oppose, tout se produit ou se détruit par des forces relatives ou contraires, qui seules sont constantes, et, se balançant sans se nuire, animent l'univers et en font un théâtre de scènes toujours nouvelles et d'objets sans cesse renaissans.

Mais en ne considérant la nature que dans ses productions secondaires , qui sont les seules auxquelles nous puissions comparei* les produits de notre art , nous la verrons encore bien au dessus de nous ; et poiu* ne parler que du sujet particulier dont je vais traiter dans cet article, le soufre qu'elle produit au feu de ses volcans est bien plus pur, bien mieux cristallisé, que celui dont nos plus grands chimistes ont ingénieusement trouvé la composition. C'est bien la même substance ; ce soufre artificiel et celui de la nature ne sont également que la matière du

feu rendue fixe par l'acide; et la démonstration de cette vérité , qui ne porte nue sur l'imitation par notre art d'un procédé secondaire de la nature, est néanmoins le triomphe de la chimie, et le plus beau trophée qu'elle puisse placer au haut du monument de toutes ses découvertes.

' L'élément du feu, qui, dans son état de liberté, ne tend qu'à fuir, et divise toute matière à laquelle on l'applique, trouve sa prison et des liens dans cet acide qui luimême est formé par l'intermède des autres éiémens ; c'est par la combinaison de l'air et du feu que l'acide primitif a été produit ; et dans les acides secondaires les eiémens de la terre et de l'eau sont tellement combinés, qu'aucune autre substance simple ou composée n'a autant d'afîlinité avec le feu : aussi cet élément se saisit de l'acide dès qu'il se trouve dans son état de pureté naturelle et sans eau superflue; il forme avec lui un nouvel être qui est le soufre , uniquement com posé de l'acide et du feu.

Pour voir clairement ces rapports importans , considérons d'abord le soufre tel que la nature nous l'offre au sommet do ses volcans ; il se sublime , s'attache et se cristallise contre les parois des cavernes qui sufmonteut tous les feux souterrains : ces chapiteaux des fournaises embrasées par le feu des pyrites sont les grands récipiens de cette matière sublimée ; elle ne se trouve nulle part /en aussi grande abondance . parce que nulle part l'acide et le feu ne se rencontrent en aussi giand volume et n'agissent avec autant de puissance.

Après la chute des eaux et la production de l'acide, la nature a d'abord renfermé une partie de la matière du feu dans les pyrites, c'est-à-dire dans les petites masses fcrrugi-

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