‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 138 sur 161 · SEL MARIN ET · texte numérisé non relu

SEL MARIN ET

Pans d'autres pays où la nature, moins libérale que rlit'z nous , est eu même temps moins insultée, et où on laisse aux habitans la liberté de recudllir et de solliciter ses bienfaits, on a su procurer, et pour ainsi dire créer, des sources salées là où il n'en existoit pas, en conduisant, par de grands et ingéniçux travaux, des cours d'eau à travers des couches de terre ou de pierre imbues ou imprégnées de sel, que ces eaux dissolvent et dont elles sortent chargées.

C'est à M. Jars que nous devons la connoissance et la description de cette singulière exploitation, qui se fait dans le voisinage de la ville de Halle en T) roi. « Le sel, dit-il, est mélangé dans celle mine avec un rocher de la nature de l'ardoise, qui en contient dans tous ses lits ou divisions.... Pour extraire le sel de cette masse, on commence par ouvrir une galerie , en partant d'un endroit où le rocher est ferme, et on l'avance d'une vingtaine de toises; ensuite on en fait une seconde de chaque côté d'environ dix toises , et d'autres encore qui leur sont parallèles, de sorle qu'il ne reste dans cet espace que des piliers distans les uns des autres de cinq pifds, et qui ont à peu près les mêmes dimensions en carré, sur six pieds de hauteur, qui est celle des galeries. l'endanlqu'on travaille à ces excavations, d'autres ouvrier!) sont occupés à faire des mises ou entailles de chaque côté de la galt-rie principale, qui a été commencée dans le rocher ferme, pour y placer des pièces de bois et y former une digue gui serve à retenir l'eau ; et dans la partie inférieure de cette digue on laisse une ouveiture pour y mettre une bonde ou un robinet. Lorsque le tout est exactement bouché, ou y fait arriver de l'eau douce par des tuyaux qui partent du sommet de la montagne; peu à peu le sel se di»sout à mesure que Teau monte dans la galerie.... Dans quelques-unes des excavations de cette mine.leau séjourne cinq, six, et même douze mois avant que d'être saturée ; ce qui dépend de la richesse de la veine de sel et de l'étendue de l'excavation. ... Ce n'est que quand l'eau est entièrement saturée que Ton ouvre les robinets des digues pour la faire couler et la conduire par des tuyaux de bois jusqu'à Halle, où sont les chaudières d évaporation. »

Dans les contrées du nord où l'eau de la mer se glai'e, on pourroit tirer le sel de cette eaq eu la recexaut dans des bassins

{)eu profonds, et la laissant exposée à la geée; le sel abandonne la pariie qui se glace •t se concentre dans la purlion inférieure

SEL OEMME.

de l'eau, qui, par ce moyen assez f'mple, se trouve beaucoup plus salée qu'elle ne Té* toit auparavant.

Il semble que la nature ait pris elle-rtiéme le soin de combiner Tacide et l'alctli pour former ce sel qui nous est le plus utile , le plus nécessaire de tous , et qu'elle l'ail en même temps accumulé , répandu en immense quantité sur la terre et dans toutes les mers^ l'air même est imprégné de ce sel ; il eutre dans la composition de tous les êtres organises; il plaît au goût de l'homme et de tous les animaux ; il est aussi recounoissable par sa figui^ que re» commandable par sa qualité; il se cristallise plus facilement qu'aucun auire sel, et ies cristaux sont des cubes presque parfaits < ; il est moins soluble que plusieurs autres sels , et la chaleur de l'eau, même bouilante, n'augmente que très-peu sa solubillité : néanmoins il attire si puissamment l'humidité de l'air, qu'il se réduit en liqueur si on le tient dans des lieux très-humides; il décrépite sur le feu par l'effort de l'air qui se dégage alors de ses cristaux , dont l'eau s'évapore- en même temps : et cette eau de cristallisation qui, dans certains sels, comme l'alun, paroit faire plus de la moitié de la masse saline , n'est dans le sel marin qu'en petite quantité ; car en le faisant calciner et même fondre à un feu viulent, il n'éprouve aucune décomposition, et forme une masse opaque et blanche, également saline, et du même poids à peu près » qu'avant la fusion ; ce qui prouve qu'il ne perd au feu que de l'air, et qu'il contient très-peu d'eau.

Ce sel > qui ne peut être -décomposé par le feu , se décompose néanmoins par les acides vitrioliques et nitreux, qui, ayant plus d'affinilé avec son acide, s'en saisissent, et lui Font abandonner sa base alcaline :

autre preuve que les trois acides, vil rio^ique, nitreux , et marin , sont de la même nature au fond, et qu'ils nt diffèrent que par les modifications qu'ils ont subies. Aucun de ces trois acides ne se trouve pur dans le sein de la terre; et lorsqu'on les compare, on voit que l'acide marin ne diffère du vitriolique qu'en ce qu'il est moins pesant et plus volatil , qu'il saisit moins fortement les substances alcalines, et qu'il ne forme presque toujours avec elles que des sels déliquescens ; il ressemble à l'acide nitreux par celle dernière propriété, qui prouve que tous deux sont plus foibles que Tacide vi-

T. Le» gram» fi{taré« en tn^mieS sont Ue petit» cotws grniipés les uus contre If s antre*.

a. l^t s(ti iDjrin ne perd <i«'m|i huitsifnttème 4« ftoa poids |Mur U caicinalioa.

MINÉRAUX

triolique, dont on peut croire qu'ils se sont forinés, en ne perdant pas de vue leur pre> mière origine, qtrU ne faut pas conFoudre vree leur formation secondaire et leur couversion réciproque. L'acide aérien a été le premier formé ; il n'est composé que d'air et de feu. Ces deux élémens , en se combinant avec la terre vitrifiée, ont d'abord produit Tacide vitriolique ; ensuite l'acide marin s'est produit par leur combinais(m avec les matières calcaires; et enfin l'acide nitreux a été formé par l'union de ce même acide aérien avec la terre limoneuse et les autres débris putréfiés des corps organisés.

Comme l'acide marin est plus volatil que le nitreux et le vitriolique, on ne peut le concentrer autant. Il ne s'unit pas de même avec la matière du feu ; mais il se combine

Ï>leinement avec les alcalis fixe et volatil : il orme avec le premier le sel marin, et avec le second un sel très-piquant qui se sublime par la chaleur. .

Quoique l'acide marin ne soit qu'un foible dissolvant en comparaison des acides vitriolique et nitreux , il se combine néanmoins avec l'argent et avec le mercure; mais sa propriété la plus remarquable, c'est qu'étant mêlé avec l'acide nitreux ils font ensemble ce que l'acide vitriolique ne fieut faire : ils dissolvent l'or, qu'aucun autre dissolvant ne peut entamer; et quoique l'acide marin soit moins puissant que les deux autres , il forme néanmoins des sels plus corrosifs avec les substances métalliques ; il les dissout pres-

que toutes avec le temps, surtout lorsqu'il est aidé de la chaleur, et il agit même plus efficacement sur leurs chux que les autres acides. «

Comme toute la surface de la terre a clé long-temps sous les eaux , et que c'est par les mouvemens de la mer qu'ont été formées toutes les couches qui enveloppent le noyau du globe fondu par le feu,' il a di) rester, après la retraite des eaux , une grande quantité des sels qui y étoieut dissous : ainsi les acides de ces sels doivent èire universellement répandus. On a donné le nom à^acîde méuhttique à leurs émanations volatiles ; cet acifle méplùttque n'est que notre acide aérieu, qui, sous la torme d'air fixe, se dégage des sels et enlève une pelite quantité de leur acide pariiculier, auquel il étoit uui par l'inteimède de l'eau : aussi cet acide se manifeste-t-il dans la plupart des mines sous la forme de moufette suffocante, qui n'est autre diose que de l'air fixe stagnant dans ces profonds souterrains ; et ce phénomène offre une nouvelle et grande preuve de la production primitive de l'acide aérien et de sa dispersion universelle dans tous les règnes de la nalure. Toutes les matières roincrales eu effervescence et toutes les substances végétales ou animales en fermentation peuvent donc produire également de l'acide méphitique; mais les seules matières animales et végétales en putréfaclioa produisent assez de cet acide pour donner naissance au sel de nitre.

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