BU FER
Ait
périence m'avoît fait connoitre avant ces derniers essais.
J*ai fait chauffer au feu de bois, dans le
M. deGrignon, pour constater précis^meot l'accroissement da poids acquis par la cémentation « soumit , dans une expérience subséquente » cinq osais Uttcs de fer en mirres Uen décapé » et il fit écorer de même les barres an sortir de la cémentation pour enlever la matière charbonneuse qui s'y étoit atUchée, et il se trouva six livres et demie d'excédant » qui ne peut être attribué qu'a^ principe qui convertit le fer «n ader ; priodpe qai ao^ente non seulement le poids du ^r, mais en* core le volume de dix lignes et demie par cent pouces de longueur des barres» indépendamment du soulèvement de l'étofFe du fer qui forme les ampoules que M. de Grifuon attribue à l'air, et même à l'eau interposée dans le fer ; et s'il étoit possible d'estimer le poids de cet air et de l'eau que la violente chaleur fait sortir du fer, le poids additionnel dn principe qui se combine au fer dans sa conversion en acier se tronveroit encore plus considérable. •
Le fourneau de Bnffon » quoique très*soUdement construit , s'étant trouvé détruit par la violence du feu , M. de Grignon prit le parti d'aller à la manu* facture de Néronville fains une autre suite d'expériences qui loi donna les mêmes résultats qu'il avoit obtenus k Buffon.
Les différentes qualités des fers soumis à la cementation ont éprouvé des modifications différentes et dépendantes de leur caractère particulier.
Le premier effet que l'on aperçoit est cette multitnde d'ampoules qui s'élèvent sur les surfaces ; cette quantité est d'autant plus grande, que l'étoffe du fer est pins désunie par des pailles , des gerçures , et des fentes.
Les fers les mieux étoffés , dont la pâte est pleine et homogène, sont moins si^ets aux ampoules:
ceux qui n'ont que l'apparence d'une belle fabrication , c'est-à-dire qui sont bien unis , bien sués an dehors, mais dont l'affinage primitif n'a pas bien lié la pAte , sont sujets à produire une trèsgrande quantité de bulles.
Les fers cémentés ne sont pas les seuls qui soient sujets aux ampoules ; les tôles et les fers noirs pré-
{ tarés ponr l'étamage sont souvent défectueux pour es mêmes causes.
La couleur bleue , plus on moins forte , dont se couvrent les surfaces des barres de fer soumises à la cémentation , est l'effet d'une légère décomposition superficielle ; plus cette couleur est intense , pins on a lieu de soupçonner l'acier de vivacité , c'est-i-dire de supersaturation : ce défaut s'annonce aussi par un son aigu que rend l'acier pouie lorsqu'on le frappe; le son grave, au contraire, annonce dans l'acier des parties ferreuses , et le bon acier se connoit par un son sontena , ondulant » et timbré.
Le fer cémenté , en passant à l'état d'acier, devient sonore, et devient aussi très-fragile, puisque l'acier poule ou boursouflé est plus fragile que Tacier corroyé et trempé , sans que- le premier ait été refroidi par un passage subit do chaud au froid : le fer peut donc être rendu fragile par deux causes diouiétralement opposées , qui sont le feu et l'eau ', car le fer ne devient acier que par une supersatnration du feu fixe qui , en s'incocporant avec les molécules du fer, eu coupe et rompt la fibre , et la convertit en grains plus on moins fins ; et c^est ce
fourneau de la fonderie, plosieurs bandes de mon fer de la meilleure qualité , et qui avoit été travaillé comme les barreaux qu'on énvoyoit aux fileries pour y faire du fil de fer*, et j*ai fait chauffer au même feu et en même temps d'autres bandes de fer moins épuré , et tel qu'il se vend dans mes forges pour le commerce; j'ai fait chauffer à chaud toutes ces bandes en morceaux longs de deux pieds, parce que la caisse de mon premier fourneau d'essais, où je voulois les placer poinr les convertir en acier , n'avoit que deux pieds et demi de longueur sur dix-huit pouces de largeur et autant de hauteur. On comment par mettre sur le fond de la caisse une couche
feu fixe , introduit dans le fer cémenté, qui en angmente le poids et le volume.
M. de Grignon observe que tous les défauts dont le fer est taché , et qui proviennent de la fabrication même on du caractère des mines, ne sont point détruits par la cémentation » qu'au contraire ib ne deviennent que pins apparens ; que c'est pour cette raison que si l'on veut obtenir du bon acier par la cémentation, il faut nécessairement choisir les meilleurs fers , les plus parfaits , tant par leur essence que par leur ubrication • puisque la cémentatioa ne purifie pas le fer, et ne lui enlève pas les corps hétérogènes dont il peut être allié ou par amalgame ou par interposition : l'acier, selon lui , n'est poin* un fer plus pur, mais seulement un fer supersaturè de feu fixe, et il y a autant d'aciers défectueux que de mauvais fers.
M. de Grignon observe les degrés de perfection des différens fers convertis en ader dans l'ordre suivant.
liCs fers d'Alsace sont ceux de France qui produisent les aciers les plus fins ponr la pâte ; mais ces aciers ne sont pas si nets que ceux des fers de roche de Champagne, qui sont mieux fabriqués qne ceux d'Alsace. Quoique les fers de Berri soient on gôiiéral plus doux que ceux de Champagne et de Bourgogne , ils ont donné les aciers les moins nets, parce que leur étoffe n'est pas bien liée ; et il a remarqué qu'en général les fers les plus doux à la lime , tels que ceux de Berri et de Suède , donnent des aciers beaucoup plus vifs que les fers fermes k la lime et au marteau , et que les derniers exigent une cémentation plus continuée et plus active. Il a reconnu que les l'ers de Sibérie donnoieot un acier Irès-difBcile à traiter, et défectueux par la désunion de son étoffe; que ceux d'Espagne donnent un acier propre à des ouvrages qui exigent nn beau poli; et il conclut qu'on peut faire de très-bon acier fin avec les fers de France, en soignant leur fabrication. Il désigne en même temps les pro» vînœs qui fournissent les fers qui sont les plus susceptibles de meilleur acier dans l'ordre suivant : Alsace, Champagne, Dauphiné, Limosin, IVoussillon , comté de Foix , Franche-Comté , Lorraine , Berri , et Bourgogne.
Il serait fort à désirer que le gonvemement donnât des encouragemens pour élever des mauufac* tures d'acier dans ces dilTéreiites provinces , non seulement pour l'acier par la cémentation , mais aussi ponr la fabrication des aciers naturels , qui sont à meilleur compte que les premiers , et d'un
5 lus grand usage dans les arts , surtout dans les arts e première nécessité.
Ui^
BUNÉEAinL
dfi chaiiiei» en poudM àê dmxt ponoas d'épaisseur, sur laquelle on plaça une à uue les petites bandes de fer de deux pieds de longueur, de manière qu Viles ne se toudioient pas, et qu'elles etoient séparées les unes des antres par nn intervalle de plus d'un demi-pouce; on mit ensuite sur ces bandei une autre couche d'pn pouep d'épaissenr d^ poudre de charbon, Hff laquelle on pos4 dji même d'autres bandes de fer, et ain^i alternativement des poucbes de charbon e| d^ bandes d^ fer, jusqu'à e» que I4 qussç fui remplie, à trois poiiceç près, dans toute sa hauteur : on rempUt pes prois, derniers pouces vides, d'abord avec deux pouces de poudre de eharbon, sur laquelle on amoncela , eli formé de dÂme, autant de poudre dé Ip'ès qu'il pouvoit en tenir sur la caisse sans s'ébouler. Cette couverture de poudre de grès sert à préserver la poudre de charbon de Patteinte et de la communication du feu. Il feut aussi avoir soin que les bandes de fer ne touchent, ni par les côtés ni par les extrémités, aux parois de la caisse, dont elles doivent être éloignées et séparées par une épaisseur de deux pouces de poudre de charbon. On a soin de pratiquer dans le milieu d'une des petites faces de la caisse une ouverture où Ton passe par le dehors une bande de huit ou dix pouces de longueur et de même épaisseur que les autres, pour servir d'indice ou d'éprouvette ; car en retirant cette bande de fer au bout de quelques joiirs de feu , on juge par son état de celui des autres bandes renfermées dans la caisse, et l'on voit, en examinant cette bande d'épreuve, k quel point est avancée la conversion du fer en acier.
Le fond et les quatre cotés de la caisse doivent être de grès pur ou de très-bonnes briques bien jointes et bien lutées avec dé l'argile. Cette caisse porte sur une voûte de briques, sous laquelle s'étend la flamme d'un feu qu'on entretient continuellement sur un tisar k l'ouverture de cette voûte, le long de laquelle on pratiqué des tuyaux aspiratoires , de six pouces eu six pouces , pour attirer la flamme et la faire circuler également tout autour de la caisse , au dessus de laquelle doit être une autre voûte où la flamme, après avoir circulé, est enfin emportée rapidement par d'autres tuyaux d'aspiration aboutissant à une grande et haute cbeminée. Après avoir réussi à ces premiers essais, j'ai fait construire un grand fourneau de même forme , et qui a quatorae pieds de longueur sur neuf de largeur et huit de hauteur, avec detix Hiars en fonte de fer, sixf
iMqn^li qp met W bois , qui doîjt être
sec, pour ne donner que de la flajnme sans fumée. La yof|te jnférieMre communique alentour de la caisse par vingt - quatre tuyaux aspiratoires , et la voûte supéneure communique à la grande cheminée par cinq autres tuyaux. Cette cheminée est élevée 4e trente pieds au dessus du fourneau, et elle porte SOT de grosses gueuses de foiite. Cette constniction démontre assez que c*esi un grand fourneau d'aspiration o^. l'aif , j^ytïp^^fx^pn:^ attiré par le teu , anime la flamme et If fiait circuler avec la plus grande rapidité; on entretient ce feu sans interruption pendant cinq ou ^ix jours, et dès le quàtrièn)é on tirq réprouvette pour s'assurer de l'effet qu'il a
I produit sur les bandes de fer qui sont dans a caisse de cémentation : on reconnoîtra^ tant aux petites boursouflures qu'à la cassure de cette bande d'épreuve, si le fer est Srès ou loin d'être converti en acia*^ et , 'après cette connoîssance , l'on fera cesser ou continuer le. feu ; et lorsqu'on jugera que la conversion est adievée, on laissera refroidir le fourneau; après qooi on fera une ouverture vis-à-vis le dessus de la caisse, et on en tirera les bandes de fer qu'on y avoit mises, et qui dès lors seront converties en atier.
En comparant ces bandes les unes avec les autres, j'ai remarqué : i* que celles qui étoient de bon fer épuré avoient perdu toute apparence de nerf, et présentoient à leur cassure ui^ grain très-fin d'acier , tandis que les bandes de fer commi|n conservoient encore de leur étoffe de fer, ou ne présentoient qu^un acier à gros grains; a' qu'il y avoit à l'extérieur beaucoup plus et de plus grandes boursouflures sur les oandes de fer commun que sur celles 4e bon fer; 3** que les bandes voisines des parois des caisses n'étoieiit pas aussi bien converties en acier que les bandes situées au milieu de la caisse , et que de même les extrémités 4e toutes les bandes étoient de moins bon acier que les parties dn milieu.
Le fer dans cet état, au sortir delà caisse 4e cémentation, s'appelle de Vqcier boursouflé i il faut ensuite le chauffer très'^doucement , et ne lui donner qu'un rouge couleur de cerise pour le porter sous le martinet et 'rétenare eq petits barre^uif; ; car , pour peu qu'on le chauffe un peu trop , il s'éparpille , et l'on ne peut le forge**. Il y a aussi des précautions à prendre pour le tremper. Mais j 'excéderais les bornes que je me suis prescrites dans mes ouvrages sur ^histoire naturelle, si j'entrois dans de plus
DU
llfVnd» déudb rtr 1m âSttknim arts du tn- Tail du fer; peDt4tTe mèioe troutera-t-on que }9 me suu déjà trop étendu «ur l'objet du fer ea particulier : je me bonerû donc ^x instruetions que l'on peut tirer de oe qui ^ent d'être dit
I) me semble qu'on poutroit juger de la bonne ou mauvaise qualité du fer par l'effet de la eémenti^on; on sait que Ip fer le plus pur est aissi le plus dense >, et que le bon acier l'est enewe plu^ que le meilleur fer :
fiinsi Taeipr ddit être r4;wdé pomme du fer lîucore plus pur que le meilleur fer; l'un et l'autre ne sont que le même métal dans deux états difiérens, et Tacier est pour ainsi dire un fer plus métallique que ]» simple fer : il est eertaitteilient plus pesant, plus mimétique , d'une couleur plus foncéb , d'un grain beaucoup plus fin et plus serré, et il devient à la trempe bien plus dur que le fer trempé; il prend aussi le poli le plus Tif et le plus beau : cependant, malgré toutes ces différenées , on peut ramener l'ader à son premier état de fer par des oémens dont on s'est servi pour le convertir en acier , c'est-àdire eh se servant de matières absorbantes, telles que les substances calcaires, au lieu de matières inflammables, telles que la poudre de ehsrbon dont on s'est servi pour le cémenter.
Mais dans cette conversion du fer en acier, quels sont les élémens qui causent ce changement, et quelles sont les substances qui peuvent le subir? Indépendamment des matières vttreiises], qui sans doute restent daa^ le fer en petite quantité, ne contient-il pas aussi des particules de 2inc et d'autres matières faété^^ogèiies ? Le feu doit détruire ces molécules de zinc , ainsi que celles des matières vitreuses , pendant la cémentation , et par conséquent elle doit achever de purifier le fer. Mais il y a quelque chose de plus , car, si le fer, dans cette opération qui change sa qualité, ne faisoit que perdre sans rien acquérir, s'il se délivroit en effet de toutes ses impuretés sans remplacement, sans acquisition d'autre matière , il deviendroit nécessairement plus léger : or je me suis assuré que ces bandes de fer , devenues acier par la cémeutation, loin d'être plus légères, sont spécifiquement plus pesantes , et que par conséquent elles acquièrent plus de matière qu'elles n'en perdent; dès lors quelle peut donc être cette matière , si ce n'est la substance même du feu qui se fixe dans l'intérieur du fer, et qui contribue encore plus que la bonne qualité ou la pureté du fer à Pessence de l'acier?
La trempe produit dans le fer et l'acier
feu; 443
des dumfeoieiii qid n*Mt pis felifiïiré été asset observés : et quoiqu'on puisse ôter i tons deux l'impre$sion de la trempe en les recuisant au feu, et la rendre à peu près tels qu'ils étoiept avant d'avoir été trempés, il est pourtant vrai qu'en les trempant et les chauffant plusieurs fois de suite , on altère leur qualité. Ia tremjie à l'eau froide rend le fer cassant; Faction du froid pénétré à l'iqtérieur , rompt et hache le nerf, et le convertit en grains. J'ai vtf dans mes forgés que les bnvriers , accoutiimés à tremper dans Ifbau la partie de la barré qu'ils vieiiiieht de forger, afin de la refroidir plus promptement, ayiint, dans un temps dfe fdrte gelée, suivi leur habitude et trompé toutes leurs barres dans l'eau presaue glacée, elles se trouvèrent cassantes au point d'être rebutées des marchands : la moitié de la barre qui n'avoit point été trempée étoit de bon fer neihireux, tandis que l'autre moitié, qui avoit été trempée à la glace , n'avoit plus de nerf et ne présentoit qu'un mauvais grain. Cette expérience est tt^-certaine , et ne fat que trop répétée chez moi ; car il y eut plus de deux cents barres dont la seconde moitié étoit la seule bonne, et l'on fut obligé de casser toutes ces barrée par le milieu , et de reforger toutes les parties qui avoient été trempées, afin de leur rendre le nerf qu'elles nvoient perdu.
A l'égard des effets de la trempe sur l'acier, personne ne les a mieux observés que M. Perret; et voici les faits, ou plutôt les effets essentiels que cet habile artiste a reconnus. « La trempe change la forme des pièces minces d'acier; elle les voile et les courbe en différens sens; elle y produit des cassures et des gerçures : ces deniiers effets sont très-communs , et néanmoins très-préjudiciables. Ces défauts proviennent de ce que l'acier n'est pas forge 'avec assez de régularité ; ce qui tait que, passant rapidement du chaud au froid, toutes les parties ne reçoivent jpas avec égalité l'impression du froid. Il en est de même si l'acier n'est pas bien
Înir , ou contient quelques corps étrangers ; b produiront nécessairement des cassures...
Le bon acier ne casse à la première trempe que quand il est trop écropi par le marteau ; celui qu'on n'écrouil point du tout , et qu'on ne forge que chaud, ne casse point à la pre^ mière trempe; et l'on doit remarquer que l'acier prend du gonflement à chaque fois
qu'on le chauffe Plus on donne de
trempe à l'acier , et plus il s'y forme de cassures ; car la matièi'e de l'acier ne cesse de travailler à chaque trempe. L'acier fondu
MINÉRAUX
d'Angleterre se gerce de plusieurs cassures , et celui de Styrie non seulement se casse, mais se crible par des trempes réitérées...
Pour prévenir l'effet des cassures, il faut chauffôr couleur de cerise la pièce d'acier, et la tremper dans du suif, en l*y laissant jusqu'à ce qu'elle ait perdu son rouge. On peut, au lieu de suif, employer toute autre graisse ; elle produira le mieme effet , et préservera l'acier des cassures que la trempe à l'eau ne manque pas de produire. On donnera, si l'on veut, ensuite vue trempe à l'ordinaire à la pièce d'acier, ou l'on s'en tiendra à la seule trempe du suif. L'artiste doit tâcher de conduire son travail de manière qu'il ne soit obligé de tremper qu'une fois;- car chaque trempe altère de plus en plus la matière de l'acier. Au reste, la trempe au suif ne durcit pas l'acier, et par conséquent ne suffit pas pour les iustrumens tranchans, qui doivent être très-durs : ainsi il faudra les tremper à l'eau après les avoir trempés au suif. On a observé que la trempe à l'huile végétale donne plus de dureté que la trempe aussuif ou à toute autre graisse animale; et c'est sans doute parce que l'huile contient plus d'eau que la graisse. »
L'écrouissement que l'on donne aux métaux les rend plus durs et oceasione en particulier les cassures qui se font dans le fer et l'acier. La trempe augmente ces cassures, et ne manque jamais d'en produire dans les parties qui ont été les plus recrouies, et qui sont par conséquent devenues les plus dures. L'or, l'argent, le cuivre, battus à iroid, s'écrouissent, et deviennent plus durs et plus élastiques sous les coups réitérés du marteau. Il n'en est pas de même de l'étain et du plomb, qui, quoique battus fortement et long-temps, ne prennent point de dureté ni d'élasticité ; on peut même faire fondre l'étain en le faiisant frapper sous un martinet prompt: et on rend le plomb si mou et si chaud , qu'il paroit aussi prêt à se fondre.
Mais je ne crois pas , avec M. Perret , qu'il existe une matière particulière que la percussion fait entrer dans le fer, l'or, l'argent, et le cuivre, et que l'étain ni le plomb ne peuvent recevoir : ne suffit-il pas que la substance de ces premiers métaux soit par elle-même plus dure que celle du plomb et de l'étain , pour qu'elle le devienne encore plus par le rapprochement de ses parties ? La percussion du marteau ne peut produire que ce rapprochement ; et lorsque les parties intégrantes d'un métal sont elles-mêmes assez dures pour ne se point écraser , mais seulement se rapprocher par la percussion , le mé-
tal écroui deviendra piUs dur et même élastique, tandis que les métaux , comme le plomb et l'étain , dont la substance est molle jusque dans ses plus petits atomes, ne prendront ni dureté ni ressort, parce que les parties intégrantes étant écrasées par la per cussion, n'en seront que plus molles, ou plutôt ne changeront pas de natore ni de propriété, puisqu'elles s'étendront au lieu de se resserrer et de se rapprocher. Le marteau ne fait donc que comprimer le métal en détruisant les pores ou interstices qui étoiatt entre ses parties iùtégrantes ; et c'est par cette raison qu'en remettant le métal écroui dans le feu , dont le premier effet est de dilater toute substance, ^es interstices se rétablissent entre les parties du métal , et l'effet de l'écrouissement ne subsiste plus.
Mais pour en revenir à la trempe , il est certain qu'elle fait un efCet prodigieux sur le fer et l'acier. La trempe dans l'eau trèsfroide rend, comme nous venons de le dire, le meilleur fer tout-à-fait cassant ; et quoique cet effet soit beaucoup moins sensible lorsque l'eau est à la température ordinaire, U est cependant très-vrai qu'elle influe sur la qualité du fer, et qu'on doit empêcher le forgeron de tremper sa pièce encore rouge de nsu pour la refroidir; et même il ne faut pas
3u'il jette une trop grande quantité d'eau essus en la forgeant, tant qu'elfe est dans l'état d'incandescence. Il en est de même de l'acier, et l'on fera bien de ne le tremper qu'une seule fois dans l'eau à la température ordinaire.
Dans certaines contrées où le travail du fer est encore inconnu, les Nègres, quoique les moins ingénieux de tous les hommes, ont néanmoins imaginé de tremper le bois dans rhuile ou dans des graisses dont ils le laissent s'imbiber; ensuite ils l'enveloppent avec de grandes feuilles , comme celles de bananier, et mettent sous la cendre chaude les insiruuiens de bois qu'ils veulent rendre tranchans : la chaleur fait ouvrir les pores du bois, qui s'imbibe encore plus de cette graisse; et lorsqu'il est refroidi, il paroit lisse, sec, luisaut, et il est devenu si dur, qu'il tranche et perce. comme une arme de fer : des zagaies de bois dur et trempé de cette façon , lancées contre des arbres à la distance de quarante pieds , y entrent de trois ou quatre pouces , et pourroient traverser le corps d'un homme; leurs haches de bois trempées de même tranchent tons les autres bois. On sait d'ailleurs qu'on fait durcir le bois en le passant au feu, qui lui enlève l'humidité (|ui cause en partie sa mollesse. Ainsi,
DU
dans cette trempe à la graisse ou à l'huile sous la cendre chaude , on ne fait que substituer aux parties aqueuses' du bois une sub* stance qui lui est plus analogue , et qui en rapproche les fibres de plus près.
L'acier trempé très -dur, c'est-à-dire à l'eau froide, est en même temps très-cassani ; on ne s'en sert que pour certains ouvrages , et en paiticulier pour faire des outils qu'on appelle brunissoirs, qui, étant d'un acier plus dur que tous les auti'es aciers , servent à lui donner le dernier poli '.
Au reste ^ on ne peut donner le poli vif, brillant et noir , qu'à l'espèce d'acier qu'on appelle acier fondu, et que nous tirons d'Angleterre. Nos artistes ne connoissent pas les moyens de faire cet excellent acier. Ce n'est pas qu'en général il ne soit assez facile de fondre l'acier; j'en ai fait coulera mes fourneaux d'aspiration plus de vingt livres en fusion très-parfaite : mais la difficulté consiste à traiter et à forger cet acier fondu ; cela demande les plus grandes précautions; car ordinairement il s*éparpille en étincelles au seul contact de l'air^ et se réduit en poudre sous le marteau.
Dans les fileries, on fait les filières, qui doivent être de la plus grande dureté , avec une sorte d'acier qu'on appelle acier sauvage: on le fait fondre, et, au moment qu'il se coagule, on le frappe légèrement avec un marteau à main; et à mesure qu'il prend du corps , on le chauffe et on le fQrge en augmentant graduellement la force et la vitesse
z. On sait qne c'est avec de la potée ou chanx d'étaio délayée dans de Tesprit-de-vin qne l'on polit l'acier ; mais les Anglois emploient on autre procédé pour lui donner le poli noir et brillant dont ils font un secret. M. Perret, dont nous venons de parler, paroît avoir découvert ce secret ; dn moins il est venu à bout de polir l'acier à peu près aussi bien qu'on le polit en Angleterre. Il faut pour cela broyer la potée sur une plaque de fonte de fer bien unie et polie : on se sert d'un brunissoir de bois de noyer sur lequel on colle un morceau de peau de buflQe qu'on a précédemment lissé avec la pierre ponce , et qu'on imprègne de potée délayée à l'eau-de-vie. Ce polissoir doit être monté sur une roue de cinq à six pieds de diamètre , pour donner un mouvement plus vif. La matière que M. Perret a trouvée la meilleure pour polir parfaitement l'acier est l'ncier lui-même fondu avec dn soufre , et ensuite réduit en poudre. M. de Grignon asrare que le colcotar retiré du vitriol après la distillation de l'eau- forte est la matière qui donne le plus beau poli noir à l'acier : il faut laver ce colcotar encore chaud plusieurs fois , et le réduire au dernier degré de finesse par la décantation ; il faut aussi qu'il soit entièrement dépouillé de ses parties salines, qui formeroicnt de^ taches bleuâtres Sur le poli. 11 paroit que M. Langlois est de nos âr> tistes celui qui a le mieux réussi à donner ce beau poli noir à l'acier.