FER
de la percussion , et on- l'achève en le forgeant au martinet. On prétend que c'est par ce procédé que les Anglois forgent leur acier fondu ; et on assure que les Asiatiques Ira»
vaillent de même leur acier en pain, qui est aussi d'excellente quaUté. La fragilité de cet acier fondu est presque égale à celle du verre; c'est pourquoi il n'est bon que pour certains outils , tels que les rasoirs , les lancettes, etc., qui doivent être très-tranchans, et prendre le plus de dureté et le plus beau pou : mais il ne peut servir aux ouvrages qui, comme les lames d'épée, doivent avoir du ressort; et c'est par cette raison que dans le Levant comme en Europe les lames de sabre et d'épée se font avec un acier mélangé d'un peu d'étoffe de fer, qui lui donne de la souplesse et de l'élasticité.
Les Orientaux ont mieux que nous le petit art de damasquiner l'acier; cela ne se fait pas en y introduisant de l'or ou de l'argent , comme on le croit vulgairement, mais par le seul effet d'une percussion souvent réitérée. M. Gau a fait sur cela plusieurs expériences, dont il a eu la bonté de me communiquer le résultat >. Cet habile artiste, qui a porte notre
a. Bionsieur, de retour i Klingenthal , j'ai fait , comme j'ai eu l'honneur de vous le promettre à Montbard , plusieurs épreuves sur l'acier, pour en fabriquer des lames de sabre et de couteau de chasse de même étoffe et de même qualité que celles de Turquie connues sous le nom de damas t les résultats de ces différentes épreuves ont toujours été les mdmes , et je profite de la permission que vous m'avez donnée de vous en rendLre compte.
Après avoir fait travailler et préparer une certaine quantité d'acier propre à en faire du damas , j'en ai destiné un tiers à recevoir le double de l'argent qo* j'y emploie ordinairement ; dans le second tiers , j'y ai mis la dose ordinaire , et point d'argent dn tout dans le dernier tiers.
J'ai eu l'honneur de vous dire, monsieur, de quelle façon je fais ce mélange de l'argent avec l'acier ; j'ai augmenté de précautions pour mieux enfermer l'argent ; et comme j'ai commencé mes épreuves par les petites barres on plaques qui en tenoient le double , en donnant à celles du dessus et du dessous le double d'épaisseur des autres , je les ai fait chauffer au blanc bouillant, et ce n'a été qu'avec une peine infinie que l'ouvrier est^enn à bout de les souder ensemble; elles paroissoient à l'intérieur l'être parfaitement , et on ne voyoit point sur l'enclume qu'il en fàt sorti de l'argent : la réunion de ces plaques m'a donné un lingot de neuf pouces de long sur un pouce d'épaisseur et autant de largeur.
J'ai eusuite fait remettre au feu ce lingot pour en former une lame de couteau de chasse : c'est dans cette opération, en aplatissant et en allon» géant ce lingot , que les défauts de soudure qui étoîent dans l'intérieur se sont découverts ; et quelque soin qne l'ouvrier y ait donné , il n'a pu forger cette lame sans beaucoup de pailles.
J'ai fait recommencer cette opération par quatre fois différentes , et tontes les lames ont été patl-
manufacture des annes blanches k un grand point de perfection, 8*esl convaincu avec moi que ce n^est que par le travail du mar-
'•osf* tans qu'on ait pn j remédier ; oe qui nu p«solide qa'il y t«t entré beaacoap d'argeat.
Left Mrrei dans lesquelles je n'ai ims que la dosé ordinaire d'argent, et dont l«i plaqnei du dessus et du dcsi««s s'avaient pM plni d'épaisseur qqc les autres , ont toutes bien soudé , et ont donné des lames sans jpailles} il s'est trouvé sur l'enclumtf beaucoup d'argent fondu , qui s'} étoit attaché.
A l'égard des barres forgées sans ai^^t, «Qes ont été soudées uns anouoe difficulté comme d« l'acier ordinaire » et elles ont donné de trés-belles lames. Pour connoitre si ces lames sans argent aycient les mêmes qualités , pour le tranchant et la solidité , que celles fabriquées avec de l'argent , J'ai essayé le trabchant de tontes mes forces sdt des nœuds de bois de chêne qu'elles ont coupés sana s'ébr^cher; j'en ai ensuite mis une à plat entre deux barres de fer sur mon escalier, comme tous l'avez Vu faire sur le vôtre , et ce n'a été qu'après l'atoir loug<temps tourmentés dans tona les sens que je «jijs parvenu à la déchirer. J'ai donc trouvé à ers lames le même tranchant et la même ténacité. Il seoibleroit , d'après ces épreuves :
i" Que s'il reste de l'argedt dans l'acier» il est impossible d« le souder dans ks endroits o& il sé trouve.
a" Que lorsqu'on réussit à souder parfaitement des harres on il y a de l'argent , il faut que cet argent , qui e: t en fusion lorsque l'acier est rougeblanc» s'en soit échappé aux premiers coups de marteau , soit par les' jointures des barres posées \ttf unes sur les autres » soit par les pores alors couverts de l'acier : lorsque les plaques sont plus épaisses » l'argent fondu se répand en partie sur l'enclume» et il est impossible de souder les endroits où il en reste.
3** L'argent ne communique aucune vertu i l'acier» soit pour le tranchant» soit pour la solidité j; et l'opinion du public, qui avoit décidé mes recherches , et qui attribue au mélange de l'acier et de l'argent la bonté des lames de Damas eu Turquie, est sans fondement» puisqu'on décomposant un moroeau vous-même» monsieur» vous n'y avei pas trouvé plus d'argent que dans la lame de méma éloffe faite ici , dans laqudle il en étoit cependant entré.
4** Le tranchant étonnant de ces lames et leur solidité ne proviennent » ainsi que les dessins qu'elles présentent* que dn mélange des différens aciers qn'on y emploie» et de la façon qu'on les travaille ensemble*
Pour qiw vous pnissiea, monsieur» en juger par votts>mênie» et rectifier mes idées à ce sujet» j'envoie à mon dépàt de l'Arsenal de Paris » pour vous être remises à mur arrivée t
i** Une des lames forgées avec les lingots où il j avoit le double d'argent » dans laquelle je croia. qu'il y en a eneore , parce qu'elle n'a pu être bien sondée» et que vous voudres bien faire décomposer après avoir fait éprouver son tranchant et sa solidité ;
a" Une lame forgée d'un lingot où j'avoîs mis moitié d'argent* bien soudée, et sur laquelle j'ai fait graver vos,armoiries )
3" Une lame fabriquée d'une barre d'acier travaillé pour damas» dans laquelle il n'est point entré d'argent t voua voudras bien faire mettre cette
teau et par la réunion de différetts aciers mMés d'un peu d'étoffe de fer que Ton vient à bout de damasquiner les lames de sabre , et de leur donner en même temps le tranchant, l'élasticité , et la ténacité hecessaires ; il a reconnu comme moi que ni l'or ni l'argent ne peuvent produire cet effet.
Il me resteroit encore beaucoup de choses a dire sur le travail et sur Tempioi dn fer; je me suis contenté d'en indiquer les principaux objets; chacun demandferoit un traité {Murticulier ; et Ton pourroit compter plus de cent arts ou métiers tous relatin au travail de ce métal , en le prenant depuis ses mines jusqu'à sa conversion en acier et sa fabrication en canons de fusil , lames d'épée , ressorts de montre , etc. Je n'ai pu donner ici que la filiation de ces arts, et suivant les rapports naturels qui les font dépendre les uns des autres ; le reste appartient moins à l'histoire de la natiu'e qu'à celle des progrès de notre industrie.
Mais nous ne devons pas oublier de faire mention des principales propriétés du fer et de l'acier , relativement à celles des autres métaux. Le fer, quoique très-dur, n'est pas fort dense; c'est, après Tétain, le plus léger de tous. Le fer commun, pesé dans l'eau, ne perd guère qu'un huitième de son poids, et ne pèse que cinq cent quarante-cinq ou cinq cent quai*aute-si\ livres le pied cube '. L'acier pèse cinq cent quarante-huit à cinq cent quarante-neuf livres ; et il est toujours spécifiquement un peu plus pesant que le meilleur fer : je dis le meilleur fer; car en général ce métal est sujet à varier pour la densité, ainsi que poin* la ténacité, la diu^té, l'élasticité, et il paroit n'avoir aucune propriété absolue que celle d'être attirable à l'aimant; encore cette qualité magnétique est-elle beaucoup plus grande dans l'acier et dans certains fers que dans d'autres : elle augmente aussi dans certaines circonstances, et diminue dans d'autres ; et cependant cette propriété d'être attirable à l'aimant paroît appartenir au fer^ à l'exclusion de toute au-
lame aux plus fortes épreuves » tant pour le tran* chant sur an bois qu'en essayant sa résistance en la forçant entre deux barres de fer.:
I. On a écrit et répété partout que le pied cobs de fer pèse cinq cent quatre-vingts livres ; mais cette estimation est de beaucoup trop forte. M. Bris* son s'est assuré, par des épreuves à la balança hydrostatique » que le fer forgé » non écroui conune écroui , ne pèse également que cinq cent quarantecinq livres deux ou trois ouces le pied cube » et que le pied cube d'acier pèse cinq cent quarante huit livres t on s'étoit donc trompé de trente-cinq livres en estimant cinq cent quatrf-Tiagts livres ^ poids d'un pied cube ds far.