‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 30 sur 161 · I. Vojw les jédditions de Buffotit paçe · texte numérisé non relu

I. Vojw les jédditions de Buffotit paçe

a. Cela nous est démontré par la comparaison qne nous avons faite du squelette etitier d'un été< j^ant ({ni est au Cabinet du Roi , et qui avait véetl •eize ans dans la ménagerie de Versailles , avec le» défensBs des antres éléphans dans leur pays natal s ce squelette et ces défenses , qnoiqde considérables par la grandeur, sont certainement de moitié plds petits pour le volume qtie ne le sont ,le^ défenses et 1m squelettes de ceux qui vivent en liberté» snit dans l'Asie, soit en Afrique, et en même temps lis sont au moins de deux tiers plus petits que les ossemens de ces mêmes animaux trouvés eu Sibérie. {AM. Buff.)

no DES ÉPOQUES

que l'espèce même v ait autrefois existé, subsisté, et multiplie, comme elle e\iste, subsiste , et se multiplie aujourd'hui dans les contrées du midi.

Cela posé , il me semble que la qu^tion se réduit à savoir , ou plutôt consiste à chei*clier s'il y a ou s'il y a eu une cause qui ait pu changer la température dans les diiTérentes parties du globe, au point que les terres du nord , aujourd'hui très-froides, aient autrefois éprouvé le degré de chaleur des terres du midi.

Quelques physiciens ponrroient penser que cet effet a été produit par le changement de l'obliquité de l'éciiptique , parce qu'à la première vue ce changement semble indiquer que l'inclinaison de l'axe du globe n'étant pas consjtante , la teiTC a pu tourner autrefois sur un axe assez éloigné de celui sur leouel elle tourne aujourd'hui, pour que la Sibérie se fût alors trouvée sous l'équatenr. Les astronomes ont obsei^vé que le changement de l'obliquité de l'éciiptique est d'environ 45 secoudes par siècle : donc, ' en supposant cette augmentation successive et constante, il ne faut que soixante siècles pour produ'u*e une di^ërance de 45 minutes, et trois mille six cents siècles pour donner celle de 45 degrés; ce qui ramèneroit le 60' degré de latitude au 15*^, c'est-à-dire les terres de la Sibérie, où les éléphants ont autrefois existé , aux terres de l'Inde où ils vivent aujourd'hui. Or il ne s'agit, dira-t-on, que d'admettre dans le passé cette longue période de temps pour nnidre raison du séjour des éléphants en Sibérie : il y a trois cent soixante mille ans que la terre tournoit sur un axe éloigné de 45 degrés de celui sur lequel elle tourne aujourd'hui ; le x5® degré de latitude actuelle étoit alors le 60*, etc.

A cela je réponds que cette idée et le moyen d'explication qui en résulte ne peuvent pas se soutenir loi'squ'on vient à les examiner : le changement de l'obliquité de l'éciiptique n'est pas une diminution ou une augmentation successive et constante; ce n'est au contraire qu'une variation limitée, et qui se fait tantôt en un sens et tantôt en un autre, laquelle par conséquent n'a jamais pu produire en aucun sens ni pour aucun climat celte différence de 45 degrés d'inclinaison; car la variation de l'obliquité de l'axe de la terre est causée par l'action des planètes, qui déplacent l'éciiptique sans affecter l'équaleur. En prenant la plus puissante de ces attractions, qui est celle de Vénus , il faudroit douze cent soixante mille

DE LA NATtlRE.

ans pour qu'elle pût faire changer de 180 degrés la situation de récliptique sur l'orbite de Ténus, et par conséq^uent produire un changement de 6 degrés 47 minutes dans l'obliquité réelle de l'axe de la terre, puisque 6 degrés 47 minutes sont le double de l'inclinaison de l'orbite de Vénus. De même l'action de Jupiter ne peut , dans un espace de neuf cent trente -six mille ans, changer l'obliquité de l'éciiptique que de a degrés 38 minutes, et encore cet effet est-il en par tie compensé par le précédent; en sorte

3u'il n'est pas possible que ce changement e l'obliquité de l'axe de la terre aille jamais à (j degrés , à moins de supposer que toutes les orbites des planètes changeront ellesmêmes; supposition que nous ne pouvons ni ne devons admettre, puisqu'il n'y a aucune cause qui puisse produire cet effet.

Et , comme on ne peut juger du passé que par l'inspection du présent et par la vue de l'avenir, il n'est pas possible, quelque loin

au'ou veuille reculer les limites du temps, e supposer que la variation de l'éciiptique ait jamais pu produire une différence de plus de 6 xiegrés dans les climats de la terre : ainsi cette cause est tout-à-fait insuffisante, et l'explication qu'on voudroit en tirer doit être rejelée.

Mais je puis donner cette explication si éifficile , et la déduire d'une cause immédiate. Nous venons de voir que le globe .

terrestre, lorsqu'il a pris sa forme, étoit dans un état de fluidité ; et il est démontré que l'eau n'ayant pu produire la dissolution des matières terrestres, cette fluidité étoit une liquéfaction causée par le feu. Or, pour passer de ce premier état d'embrasement et de liquéfaction à celui d'une chaleur douce et tempérée , il a fallu du temps : le globe n'a pu se refroidir tout à coup au point où il est aujoiu*d'hui. Ainsi , dans les premiers temps après sa formation, la chaleur propre de la teiTe étoit infiniment plus grande que celle qu'elle reçoit du soleil , puisqu'elle est encore beaucoup plus grande aujourd'hui; ensuite , ce grand feu s'étant dissipé peu à peu , le climat du pôle a éprouvé , comme dans tous les autres climats , des degrés successifs de moindre chaleur et de refroidissement. Il y a donc eu uu temps et même une longue suite de temps pendant laquelle les terres du nord , après avoir brâlé comme toutes les autres , ont joui de la même chaleur dont jouissent aujourd'hui les terres du midi : par conséquent ces terres septentrionales ont pu et dû être habitées pai' les animaux qui habitent actuellement les terres

DES ÉPOQUES DE LA NATURE

méridionales, et auxquels cette chaleur est nécessaire. Dès lors le fait , loin d'être ex* traordiuaire , se lie parfaitement avec les autres faits, et n'en est qu'une simple conséquence : au lieu de s'o|)po5er à la théorie de la terre que nous avons établie , ce même fait en devient au contraire une preuve accessoire qui ne peut que la confirmer dans le point le plus obscur, c'est-à-dire lorsqu'on commence à tomber dans cette profondeur du temps où la lumière du génie semble s'éteindre, et où, faute d'observations, elle paroîi ne pouvoir nous guider pour aller plus loin.

Une sixième époque, postérieure aux cinq autres , est celle de la s«.>paration des deux continens. Il est sûr qu'ils u'étoient pas séparés dans les temps que les éléphants vivoient 'également dans les terres du nord de l'Amérique , de l'Europe , et de l'Asie :

je dis également, car on trouve de même leurs ossemens en Sibérie, en Russie, et au Cauada. La séparation des continens ne s'est donc faite que dans des temps postérieurs à ceux du séjour des animaux dans les terres septentrionales : mais comme l'on trouve aussi des défenses d'éléphant eu Pologne, en Allemagne, en France, en Italie ', un doit en conclure qu'à mesure que les terres septentrionales se refroidissoient , ces animaux se retiroient vers les contrées des zoues tempérées où la chaleur du soleil et la plus grande épaisseur du globe compensoieni la perte de la chaleur intérieure de la terre ; et qu'enfin ces zones s'étant aussi trop refroidies avec le temps, ils ont successivement gagné les climats de la zone torride, qui sont ceux où la chaleur intérieure s'est conservée le plus long -temps par la plus grande épaisseur du sphéroïde de la terre, et les seuls où cette chaleur, réunie avec celle du soleil , soit encore assez forle aujourd'hui pour maintenir leur nature et soutenir leur propagation.

De même on trouve en France et dans toutes les autres parties de TEurope, des coquilles , des squelettes , et des vertèbres d'animaux, marins qui ne peuvent subsister que dans les mers les plus méridionales.

Il est donc arrivé, pour les climats de la mer, le même changement de température que pour ceux de la terre; et ce second fait, s'expliquant, comme le premier, par la même cause, paroît confirmer le tout au point de la démonstration.

Lorsque l'on compare ces anciens monu-

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