BR£S
r L'aete dfe k séparation de la lomiète d'avec les ténèbres est donc évidemment distinct et jphysiquement ékngné par un espace de temps de Taele de sa production ; et ce temps , pendant lequel il plut à Dieu de la considérer pour vnir quelle étok bonne, c'est-à-di|re utile à ses desseins ; ce temps , dis-je , appartient encore et doit s'ajouter à celui du chaos, qm ne commença à se débrouiller qUe quand la lumière fut séparée des ténèbres.
. . Yoilà donc deux temps, votlà deux espaces de durée , que le texte sacré nous forcé à reconnoitre : le premier, entre la création de la matière en général et la production de la lumière; le second, entre cette production de la lumière et sa séparatioti d'avec les ténèbres. Ainsi, loin de manquer à Dieu en donnant à ia matière pins d'ancienneté qu'au monde tel qu'il ut, c*tst au contraire 1^ respecter autant qu'il est en nous, en ^onfcu'mattt notre intelligence à sa parote.
En effet, la lumière qui éclaire nos àin«s ne vient-elle pas de Dieu? LesvérHés qu'elle aous présente peuvent-elles être contradictoires avec celles qu*il nous a révélées ? Il faut se souvenir que son iuspiratioù divine Il passé par les organes de l'homme; que sa parole nous a été transmise dans une langue pauvre , dénuée d'expi«ssîons préciser potir les idées abstraites, en sorte que l'interprète de cette parole divine a été obligé d'employer souvent des mots dont les acceptions ne sont déterminées que par les drconsiàftces : par exeinpk, le mot créer et le tÀQi fermer ou fiiirt sont employés indistinctement pour signiiier la même chose ou des choses semblables, tandis que dans nos langues ces deux mots ont chacun un sent très-différent et très-déterminé : créer est tirer une substance du néant; fonner oit faii^, c'est la tirer de quelque chose sous une forme nouvelle; et u paroft que le mot créer < appartient de preféitmce et peut-être ttniquement au pre-
I. Le mot l^m , Bara, que l'on traduit ici , par ttétTy ïctrafluît dans totts les autres passages de récriture ^r former ovtfetifr. '
mier verset de la Genèse, dont la traduction précise en notre langue doit être i j^u cornmencemeni Dieu tira du néant la matière du ciel et de la terre }tX ce qui prouve que ce inot créer, ou tirer du néant i ne doit s'appliquer qu'à ees premières pah>les, c'est que toute la matière du ciel et de la terre ayant été créée ou tirée du néant dès le commencement, il n'est plus possible et. par coiifiéquent plus permis, de supposer de nouvelles créations. de matière, piiisque alors tbiue matière n'auroit pas été créée dès le commencement. Par conséquent l'ouvri^e des six jours ne pèitf s'entendre cjue .eoinme une formation, une production de formes tirées de la màtièi^e créée précédemment v et non pas comme d'antres créations de matièi^es iiouvelleB tirées immédiatement du néant; et en effet, lorsgu'ii est question de lé lumière , qui est laprémière de ces formations ou productions tirées du sein de la matière, il "est dit seulement Qt^ iû Itahière toit faite, et non pas Que fa bànrère soii créée. Tnut concourt donc à profiter que la matière ayant été créée m principio , ce tie fut que àmis des temps subsé^ens qu^il pitit ati souverain Être de lui donner la forme , et qu'au lieu de tout créer et tdut former dans le même instant^ comme il l'auroit pu ftkire s'il e6t voulu déployer toute l'étendue de sa toutèpttissatièe , il n'a voulu au contraire qu'agir avec le temps, produire successivement, et mettrq niéme des repos, des intervalles considérables , entre chacun de ses ouvrages.
Que pouvons-nous entendtie par les six jours que l'écrivain sacré nous désigné si {irécS^men( en {escomptant les uni après les autres, sinon âix espaces de temps , six intervalles de durteP Et ces espaces detëiù^s indiqués pur le nom dejdurs , faute d'autres expressions, ne peuvent avoir aucun rapport avec nos joors acltielé , puisqu'il é'est pasâé successivement IMis de ces jotfrs avant qiïe le soleil ait été placé datas le eiel. Il n'est donc pas possible que ces jours fussent ^mblables aux nôtres; et l'interprète de Dieu semble l'indiquer assez en les con^ptant toujours du soir au matin , au lieu que les jours solaires doivent se compter du matin au soir. Ces six jours n*étoient donc pas des jours solaires semblables aux nôtres , ni înéme deà joul's de lumière , puisqu'ils commençoîènt par le soir et fîuissoient au matin : ce^ jours n'étoient pas même é|;aux, cât ils n'auroieht pas été proportionnés à l'ouvrage. Ce He sont donc qife six espaces de temps : FbistOriéu sacré ne détermine pas la durée de chacirti ; mais îe senrde la narratioti semble la rèndi-e
' 84 DES ÉPOQUES DE LA NATURE
' assez longue pour que nous puissions l'étendre autant que Texigent les vérités physiquei
que 1 exigent les vérités physiques que nous avons à démontrer. Pourquoi donc se récrier si fort sur cet emprunt du temps que nous ne faisons qu'autant que nous y sommes forcés par la connoissance démonstrative des phénomènes de la nature? Pour^ quoi vouloir nous refuser ce temps, puisque Dieu nous le donne par sa propre parole , et qu'elle seroit contradictoire ou inintelligible si nous n'admettions pas l'existence de ces premiers temps antérieurs à la formation du monde tel au il est?
A la bonne heure, que l'on dise, que l'on oulieune, même rigoureusement, que de- Nib le dernier terme , depuis la fin des ourages de Dieu , c'est-à-dire depuis la créa- ..on de rhomme , il ne s'est écoulé <|ue six ou huit mille ans , parce que les differe-ites généalogies du genre humain depuis Adam n'en indiquent pas davantage; nous devons, cette fois« cette marque de soumission et de respect , à la plus ancienne , à la plus sacrée de toutes les traditions; nous lui devons même plus, c'est de ne jamais nous permettre de nous écarter de la lettre de celte sainte tradition que quand la lettre tue, c'est-à-dire quand elle paroit directement opposée à la saine raison et à la vérité des faits de la nature : car toute raison, toute vérité, venant également de Dieu , il n'y a de différence entre les vérités qu'il nous a révélées et celles qu'il nous a permis de découvrir par nos observations et nos . recherches ; il n'y a , Jis-je. d'autre différence que celle d'une première faveur faite gratuitement, à une seconde grâce qu'il a voulu différer et nous faire mériter par nos travaux ; et c'est par cette raison que son inteiprète n'a parlé aux premiers hommes, encore très-ignorans, que dans le sens vulgaire , et qu'il ne s'est pas élevé au dessus de leurs connoissances , qui, bien loiu d'atteindre au vrai système du monde, ne s'étendoient pas même au delà des notions communes, fondées sur le simple rapport des sens ; pai-ce qu'en effet c'étoit au peuple qu'il falioit parler, et que la parole eût été vaine et inintelligible si elle eût été telle qu'on pourroit la prononcer aujourd'hui, puisque aujourd'hui même il n'y a qu'un petit nombre d'hommes auxquels les vérités astronomiques et physiques soient assez connues pour n'en pouvoir douter, et qui puissent en entendre le langage.
Voyons donc ce qu'étoit la physique dans
ces premiers âges du monde , et ce qu'elle
^roit encore si l'homme n'eût jamais étudié
, îa nature. On voit le ciel comme une voûte
d'azur dans laquelle le soleil et la lutté paroissent être les astres les plus oonsidérahws, dont le premier produit toujours la lumière du jour, et le second fait souvent celle de la nuit; on les voit paroitre ou se lever d'un coté, et disparoitre ou se coucher de l'autre, après avoir fourni leur course et <^nné leur lumière pendant un certain espace de temps.
On voit que la mer est de la même coii'^nr que la voûte azurée, et qu'elle paroi, toucher au ciel lorsqu'on la regarae au loin.
Toutes les idées du peuple sur le système du monde ne portent que sur ces trois ou quatre notions; et quelque fausses qu'elles soient, il falioit s'y conformer pour se taire en- ' tendre.
En conséquence de ce que la mer paroit dans le lointain se réunir au ciel, il étoit naturel d'imaginer qull existe en effet oes eaux supérieures et des eaux inlèrieures, dont les unes remplissent le ciel et les autres la mer, et c[ue , pour soutenir les eaux supérieures, il falioit un firmament, c'est-àdire un appui , une voûte solide et transparente, au travers de laquelle on aperçût l'azur de^ eaux supérieures; aussi est- il dit : Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu'il sép€we les etmx d*avec les eaux, Mt Dieu fit le firmament, et sépara les eaux qtù épient sous le firmament, de celles qui étaient au dessus du firmament, et Pieu donna au firmament le nom de ciel..,, et à toutes les . eaux rassemblées sous lefirmament le nom de mer. C'est à ces mêmes idées que se rapportent les cataractes du ciel, c'est-à-dire les portes ou les fenêtres de ce firmament solide qui s'ouvrirent lorsqu'il fallut laisser tomber les eaux supérieures pour noyer la terre.
C'est encore d'après ces mêmes idées qu'il est dit que les poissons et les oiseaux ont eu une origine commune. Les poissons auront été produits par les eaux inférieures , et les oiseaux parles eaux supérieures, parce qu'ils s'approchent par leur vol de la voûti azurée, que le vulgaire n'imagine pas. être beaucoup plus élevée que les nuages. De même le |)euple a toujours cru que les étoiles sont attachées comme des clou-« à cette voûte solide, qu'elles sont plus petites que la lune, et infiniment plus petites que le soleil : il ne distingue pas même les planètes des étoiles fixes; et c'est par cette. raison qu'il n'est fait aucune mention des planètes dans tout le récit de la création ; c'est par la même raison que la lune y est ^regardée comme le second astre, quoique ce ne soit en effet que le plus petit de tous les oorpi célestes , etc. , etc. , etc.
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
Tout, dans le récit de Moïse, est mis à la portée de l'intelligence du peuple; tout y tsl représenté relativement à Thomine vulgaire, auquel il ne s'agissoit pas de démontrer le vrai système du monde , mais qu'il sufXisoit d'instruire de ce qu'il devoit au Créateur, en lui montrant les effets de sa toute-puissance comme autant de bienfaits : les vérités de la nalura ne dévoient paroîire qu'avec le temps, et le souverain Êfre se les réservoit comme le plus sûr moyen de rappeler l'homme à lui, lorsque sa foi, déclinant dans, la suite des siècles , seroit devenue chancelante; lorsque éloigné de son origine, il pourroit l'oublier ; lorsqu'enfin trop ac<-outumé au spectacle de la nature, il n'en seroit plus touché et viendroit à en méconnoitre l'anteur. Il étoit donc nécessaire de raffermir de temps en temps et même d'agrandir l'idée de Dieu dans l'esprit et dans le cœur de l'homme. Or, chaque découverte produit ce grand effet; chaque nouveau pas que nous faisons dans la nature nous rapproche du Créateur. Une vérité nouvelle est une espèce de miracle , l'effet en est le même ,. et elle ne diffère du vrai miracle qu'en ce que celui-ci est un coup d'éclat que Dieu frappe immédiatement et rarement, au lieu qu'il se sert de l'homme pour découvrir et manifester les merveilles dont il a rempli le sein de la nature ; et que , comme ces merveilles s'opèrent à tout instant, qu'elles sont exposées de tout temps et pour tous les temps à sa contemplation. Dieu le rappelle incessamment à lui , non seulement par le spectacle actuel, mais encore par le développement successif de ses œuvres.
Au reste , je ne me suis permis cette interprétation des premiers versets de la Genèse que dans la vue d'opérer un grand bien; ce seroit de concilier à jamais la science de la nature avec celle de la théologie : elles ne peuvent, selon moi, être en contradiction qu'en apparence, et mon explication semble le démontrer. Maiis- si cette explication, quoique simple et très-claire, paroit insuffisante et même hors de propos à quelques esprits trop strictement attachés à la lettre, je les prie de me juger par- l'intention , et de considérer que mon système sur les époques de la nature étaut purement hypothétique , il ne peut nuire aivx vérités révélées, qui' sont autant d'axiomes* immuables, indépendans de toute hypothèse, et auxquels j'ai soumis et je soumets mes pensées.
ADDITIONS DE BUFFON
{Sur la page 'j^.) -' *
« Il ne faut pas creuser bien avant poui* ' trouver d'abord une chaleur constante et qui * ne varie plus, quelle que soit la température de l'air à la surface de la terre. On sait f{ue la liqueur du thermomètre se soutient toujours sensiblement pendant toute, l'année à la même hauteur dans les caves de l'Observatoire, qui n'ont pourtant que 84 pieds ou 14 toises de profondeur depuis le rez-dechaussée. C'est pourquoi l'on fixe à ce point la hauteur moyenne ou tempérée de notre climat. Cette cnsdeur se soutient encore ordinairement et à j)eu de chose près la même depuis une semblable profondeur de 14 ou i5 toises jusqu'à 60, 80, ou 100 toises et au delà , plus ou moins , selon les circonstances, comme on l'éprouve dans les mities ; après quoi elle augmente et devient quelquefois si grande , que les ouvriers ne sauroieiit y tenir et y vivre, si on ne leur . procuroit pas quelques rafraichissemens et un nouvel air, soit par des piùts de respira- • tion, soit par des chutes d'eau.... M. de Geusanne a éprouvé dans les mines de Giromagny, à trois lieues de Béfort, que le thermomètre étant porté à 5a toises de profondeur verticale, se soutint à 10 degrés, comme dans les caves de l'Observatoire; qu'à 106 toises de profondeur il étoit à 10 degrés i/a , qu'à i58 toises il monta à i5 degrés i/5, et qu'à 22 a toises de profondeur il s'éleva à 18 degrés 1/6. » {Dissertation suk la glace , par M. de Mairan; Paris, 1749, in-i2, pages 60 et suiv.)
*c Plus on descend à de grandes profondeurs dans l'intérieur de la terre, dit ailleurs M. de Gensanne , plus on éprouve une chaleur sensible qui va toujours en augmentant à mesure qu'on descend plus bas : cela est au point qu'à 1800 pieds de profondeur au dessous du sol du Rhin, pris à Huniugue en Alsace, j'ai trouvé que la chaleur est déjà assez forte pour causer à leau une évap'oration sensible. On peut voir le détail de mes expériences à ce sujet dans la dernière édition de l'excellent Traité de la glace de feu mon illustre ami M. Dortous de Mairan. »
{Histoire naturelle du Languedoc ^ t. I,
<« Tous les filons riches des mines de tonte ■
espèce , dit M. Eller , sont dans' les fentes
perpendiculaires de la teirre', et Ton ne sau-
roit déterminer la profondeur de ces fentes :
il y en a en Allemagne où l'on descend au
$6 DES ÉPOQUES DE Là. NATURR
delà de 600 perches (Jachters) ' ; à mesure que les mineurs descendent , ils rencontrent une température d*air toujours plus chaude. » ( Mémoire sur la génération des métaux.
Académie deBerIm, année 17)3.)
(5uf la page 75.)
Feu M. Bouguer, savant astronome de l'Académie royale des Sciéuces , a observé qu'avec seize morc/saux de verre ordinaire dont on fait les vitres, appliqués les uns contre les autres, et faisant en tout une êpai^scju* de 9 lignes i/a , |a lumière passant ait travers de ces seiz9 iporceaux de verre diminuoît deux cent quaraq^e-sept fois, c'està-di|*e qu'elle étoil deux cent quarante-sept ' fois plus foible au'avant d'avoir traversé ces seize n^orceaux ae verre. Ensuite il a placé soixapte-quatorze morceaux de ce même verre ' à quelque distance les unis des autres dans un tuyau, poqr diminuer la lumière du solei) jus- ] qu'à p^tinctioa : cet astre étoit à 5o degrés de hauteur sur l'horizon lorsqu'il fit cette ex- ^ pcirience ; et les soixante-quatorze morceaux// QQ verre ne l'emiiéchoienl pas de voir eu- CQr§ quelque apparence de son disque. Plusieurs personnes qui éluient avec lui voy oient aussi une foible lueur , Qu'ils ne dislioguoient qu'avec peine y et qui s évauouissoit aussitôt Que leurs yet^x n'étoieu^ pas toui-à-fait dans 1 obscurité ; mais lorsqu'on eut ajouté trois morceaux de verre aux soixante-quatorze premiers, aucun des assistans ne vit plus la mpin^re Iqmière; ^ sorte qu'en supposant quaire-vÎQg^ morceaux de ce même veire on a répaisseuf de verre nécessaire pour qu'il n'y ait plus aucune transparence par rapport aux vues même les plus délicates ; et M. Bouguer trouve , par un càku^ assez facile, que la lumière du soleil est alors re^idue 900 milliards de fois pli|s foible : aussi, toute matière transparente qui , par sa grande épaisseur , fera diminuer la lumière du soIeiPQoo milliards 4e fois perdra dès lors toute sk' transparence.
^n appliquant cette règle à l'eau de la mer, qui de toutes les eaux est la plus limpide , M. Bouguer a trouvé que , poitr perdre toute sa trans{)arence , il faut 256 pieds d'épaisseur , attendu que, par une autre expérience, la lumière d'un flambeau avoit diminué dans le rapport de 14 à 5 , en traversant 1x5 pouces d'épaisseur d'eau de mer oontemie daus un ci^aal de 9 pieds 7 poucesde longueiu-, «t auet par un calcul qu on ne peut contester , elle dqit.perdrç toute trans-
■ I. On auartt qae 1« la^er est WM mesure à peu pris éf fti^ è 1a braue de 5 pieds de luiigucur ; ce qui donne 3ooo pieds de profondeur à ces mines.
pareoce à 356 piqds. Ainsi , aelon M. Bouguer , il ne doit passer aucune lumière sensible au delà de 256 pieds dans la profon deur de l'eau. ( Es^ai d'optique sur la gra 1 dation d^ la lumière; Paris, 1729, in-13, page 85. )
Cependant il me semble que ce résultai de M. Bouper s'éloigne encore beaucoup de la réalité : il seroit à désirer qu'il eût fau ses expériences avec des masses de verre de diffénente épaisseur» et noi^ pas avec des morceaux de verre mis les uns sur les autres ; je suis persuadé que la lumière du soleil auroit percé une plus grande épaisseur que celle de ces quatre-vingts morceaux, qui, tous ensemble! ne forment que 47 lignes 1/2 , c'est-Â-dire à peu près 4 Douces ; or , quoique ces morceaux dont il s^t servi fussent de verre commun , il est certain qu'une masse solide de quatre pouoe$ d'épaisseur de ce même verre n'auroit pas entièrement intercepté (a lumière du soleil , d'autant que je me suis assuré , par m4 propre expérience, qu'un» épaisseur de 6 pouces de verre blanc la laisse passer encore as^ez vivement, comme on le verra dans la note suivante. Je crois donc qu'on doit plus que doubler les épaisseurs données p^r M* Bouguer , et que la lumière du soleil pénètre au moins a 600 pieds à travers l'eau de )a mer : car il y a une .seconde inattention dans les expériences de ce savant physicien; c'est de n'avoir pas fait passer la lumière du soleil à travers son tuyau rempli d'eau de mer , de 9 pieds 7 pouces de longueur ; il s'est contenté d'y faire passer la lumière d'un flaipheau , et il en a conclu la diminution dans le rapport de 14 à 5 : or je suis persuadé que cette diminution n'auroit pas été si grande sur la lumière du soleil, d'autant que celle du flambeau ne potivoit passer qu'obliquement, au lieu que celle du soleil passant directement auroit été plus pénétrante par la seule incidence, indq>endammeot de sa pureté et de son intensité. Ainsi , .tou( bien considéré, i\ me paroit que , pour approcher le plus près qu'il est possible de la vérité, ou doit supposer que la lumière du soleil pénètre dans le sein de la mer jusqu'à 100 toises ou 600 pieds de profondeur, et la chaleur jus* qu'à i5o pieds. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il ne passe encore au delà quelques atomes de lumière et de chaleur, mais seulenient que Leur effet serait absolument inaensiblo , et ne {lourroit être reconnu par aucun
de nos sens.
(Sur la page 'jS.)
Je crob être assuré de cette vérité par
DES ÏPOQUËS DB LÀ NATURE
una amlogia tirée d'and expérience q«i me paraît déeitÏTe i Vf%e «ne leupé de verra massif de 17 pouees de difidiètiFe snr 6 pouces d*épaisseur à son ee&tre je me suis aper^ 9U , en couvrant la partie du miHeu , que <îette loupe ne brûloit » pour ainsi dire^ que par les bords jusqu-à 4 pouees d*épaisseur, et cpie toute la partie plus épaisse ne pro' duisoit presque point de chaleur; ensuite ayant couvert toute cette loupe, à l'exception d'un pouce d'ouverture sur ison centre , J'ai reconnu que la lumière du soleil étoit si rort affoiblie, après avoir traversé cette épaisseur de 6 pouces de vore, qu^elle ne produisoit aucun effet sur le thermomètre. Je suis done bien fondé à présumer que cette même himière, affoiblie par iSo pieds d'épaisseur d^eau, ne donneroit pas un degré de chaleur sen&ible.
La lumière que la lune réfléchit à nos yeux est certainement la lumière réffécbie du soleil; cependant cette lumière n'a |>oint de ehaleur sensible, et même, lorsqu'on la concentre au foyer d'un miroir ardent , qui augmente prodigieusement la chaleur du soleil, cette lumière réfléchie par la lune n'a poridt encore de chaleur sensible ; et celle du soleil n'aura pas plus de chaleur, dès qu'en traversant une certaine épaisseur d'eau, elle deviendra fiussi foible que celle de la lune. Je suis donc persuadé qu'en laissant passer les rayons au soleil dans un large tuyau rempli d'eau , de So pieds de longueur seulement, ce qui rfest que le tiers de l'épaisseur que j'ai supposée , cette lumière affoiblie ne prbduiroit sur un thermomètre aucun effet, en supposant même la liqueur du thermomètre au degré de congélation; d'où j'ai cru pouvoir conclure que, quoique la lumière du soleil perce jusqu'à 600 pieds dans le sein de la mer , sa chaleur ne pénètre pas an quart de cette profondeur.
{ijttr ia page 97.)
On peut s'en assprer par les descriptions et les dimensious qu'en a données M. Dauhenton ; mais , depuis ce temps , on m'a envoyé une défense entière et quelques autres morceaux d'ivoire fossile dont les dimensions excèdent de beaucoup la longueur ci la grosseur ordinaires des défenses de l'éléphant : j'ai même fait chercher chez toiis les marchands de Paris qui vendent de l'ivoire , on n'a trouvé aucune défense comparable à celle-ci, et il ne s'en est trouvé qu'une seule, sur un très-grand nombre, égale à celles qui nous sont venues de Sibérie, dont la circonférence est de 19 pouces
à la base. Les marchands 'appellent îvoîre cru celui qui n'a pas été dans la terre, et que Ton prend sur les éléphans vivans, ou qu'on trouve dans les forêts avec les squelettes récens de ces animaux ; et ils donnent le nom à' ivoire çuît à celui qu'on tire de la terre, et dont la qualité se dénature iilus ou moins par un plus ou moins long séjour.
Ou par la qualité plus ou moins active des terres où il a été renfermé. La plupart des défenses qui nous sont venues du nord sont encore <l'un ivoire très-solide , dont on pourroit faire de beaux ouvrages : les plus grosses nous ont été envoyées par M. de l'Islc, astronome, de l'Académie royale des Sciences ; il les a recueillies dans son voyage en Sibérie. Il fi^l^voit dans tous les magasins de Paris qu'une seule défense d'ivoire cru qui eut 19 pouces de circonférence; toutes les autres ctoient plus menues : cette grosse défense avoit 6 pieds i pouce de longueur, et il paroît que celles qui sont au Cabinet du Roi, et qui ont été trouvées en Sibérie, avoient plus de 6 pieds 1/2 lorsqu'elles éioient entières ; mais , comme les extrémités en sont tronquées, on ne peut en juger qu'à peu près.
Et si l'on compare les os fémurs trouvés de même dans les terres du nord , on s'assusera qu'ils sont au moins aussi longs et cou" sidérublement plus épais que ceux des éléphans actuels.
Au reste, nous avons, comme je Faidit, comparé exactement les os et les défenses qui nous sont venus de Sibérie aux os cl aux défenses d'un squelette d'éléphant, et nous avons reconnu évidemment que tous ces ossemens sont des dépouilles de ces animaux. Les défenses venues de Sibérie ont non seulement la ligure, mais aussi lu vraie structure de l'ivoire de l'éléphant , dont M. Daubeuton donne la description dans les termes suivans :
« Lorsqu'une défense d'éléphant est coupée transversalement, on voit au centre, ou à peu près au centre, un point noir qui est appelé le cœur f mais si la défense a été coupée à l'endroit de sa cavité , il n'y a au centre qu'un trou rond ou ovale ; on aperçoit des lignes courbes qui s'étendent en sens contraire, depuis le centre à la circonférence, et qui se croisant forment de petites losanges ; il y a ordinairement à la circonféreoice une bande étroite et cii*culaire ; les lignes courbes se ramilient à mesure qu^eljes s'éloignent du centre; et le noml)re de ces lignes est d'autant plus grand , qu'elles approchent plus de la circonférence : ainsi la grandeur
des losanges ^t presque partout à peu près la même. Leurs côtés, ou au moins leurs angles, ont une couleur plus vive que Taire, sans doute parce que leur substanre est plus compacte : la bande de la circonférence est quelquefois composée de fibres droites et transversales, qui aboutiroient au centre si elles étoient prolongées; c*est 1 apparence de ces lignes ei de ces points que l*on regarde comme le grain de Tivoire : on l'aperçoit dans tous les ivoires , mais il est plus ou inoins sensible dans les différentes défenses ; et parmi les ivoires dont le grain est assez apparent pour qu'on leur donne le nom' d'ivoire grenu , il y en a que l'on appelle ivoire à gros grains, pour le distin* giier de Vivoire dont le gr^ est fin. »
Voyez, dans cette Histoire naturelle, l'article de VÉlépItant , et les Mémoires de CAcadénùe des Sciences, année 1762.
(Sur (a pag0 81.)
Indépendamment de tous les morceaux qui nous ont été envoyés de Russie et de Sibérie, et que nous conservons au Cabinet du Roi, il y en a plusieurs autres dans les cabinets des particuliers de Paris; il y en a un grand nombre dans le Muséum de Pétersbourg, comme on peut le voir dans le catalogue qui en a été imprimé dès l'année 1742 ; il y en a de même dans le Muséum de Londres , dans celui de Copenhague , et dans quel(|ues autres colleciious , en Angleterre, en Allemagne, en Italie : on a même feit plusieurs ouvrages de tour avec cet ivoire trouvé dans les terres du nord ; ainsi Ton ne peut douter de la grande quantité de ces dépouilles d'éléphant en Sibérie et en Russie.
M. Pallas, savant naiuralisle, a trouvé dans son voyage en Sibérie , ces années dernières, une grande quantité d'osseniens d'éléphant, et un squelette entier de rhinocéros, qui n'étoit enfoui qu'à quelques pieds de profondeur.
« On vient de découvrir des Os monstrueux d'éléphant àSwijaloki, à dix-sept versies Je Pétersbourg ; on les a tirés d'un terrain inondé depuis long-temps. On ne peut donc plus douter de la prodigieuse révolution qui a changé le climat, les productions, et les animaux de toutes les contrées de la ten*e.
Ces médailles naturelles prouvent que les pays dévastés aujourd'hui par la rigueur du iroid ont eu autrefois tous les avantages du midi. » {Journal de politique et de littérature, 5 janvier 1776; article Je Pétersbourg,)
La découverte des squelettes et des défenses d'éléphans dans le Canada est aâse2
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
récente , et j'en ai été informé des premiers par une lettre de feu M. Collinsou , membre de la Société royale dé Londres ; voici la traduction de cette lettre :
« M. Georges Ooghan nous a assurés que, dans le cours de ses voyages en 1763 et 1766, dans les contrées voisines de la rivière à'Oliio, environ à 4 railles sud-est de cette rivière , éloignée de 640 milles du fort de Quesne (que nous appelons maintenant Piisburgh) , il a vu , aux environs d'un grand marais salé, où les animaux sauvages s'assemblent en certains temps de l'année , de grands os et de grosses dents, et qu'ayant examiiié cette place avec soin , il a découveit , sur un banc élevé du côté du murais, un nombre prodigieux d'os de très-grands animaux, et que par la longueur et la forme de ces os et de ces défenses on doit conclure que ce sont des os d'éléphants.
« Mais les grosses dents que je vous en-
voie, monsieur, ont ele trouvées avec ces défenses; d'auti*es encore plus grandes que celles-ci paroissent indiquer et même démontrer qu'elles n'appartiemient pas à des éléphans. Comment concilier re paradoxe ?
Ne pourroit-on pas supposer qu'il a existé autrefois un grand animal qui avoit les défenses de l'éléphant et les mâchoires de l'hippopotame? car ces grosses dents mâcbelières sont très-difTérentes de celles de l'éléphant. M. Croglian pense , d'après la grande quantité de ces différentes sortes de dents , c'est-à-dire des défeuses et des dents molaires qu'il a observées dans cet endroit, qu'il y avoit au moins trente de ces animaux. Cependant les éléphans n'étoient point connus en Amérique , et probablement ils n'ont pu y être apportés d'Asie : l'impossibilité qu'ib ont à vivre dans ces contrées, à cause de la vigueur des hivers , et où cependant on trouve une si grande quantité de leurs os , fait encore un paradoxe que votre éminente sagacité doit déterminer.
« M. Croghau a envoyé à Londres, au mois de février 1767, les os et les dents qu'il avoit rassemblés dans les années 1765 et 1766 :
« lo A mtlord Shelbume, deux grandes défenses, dont une étoit bien entière et avoit près de 7 pieds de long (6 pied.« 7 pouces de France); l'épaisseur étoit comme celle d'une défense ordinaire d'un éléphant qui auroit cette longueur.
« a° Une mftrhoire avec deux dents mâchelières qui y tenoient , et outre cela plusieurs très-grosses dents mAchelières séparées.
* «t Au docteur nrinklin, i^ trois défenses 'd*éléphant, dont une, d^environ 6 pieds de îong, étoiï cassée par la moitié, gâtée ou rongée au centre , et semblable à de la craie ; les autres étoient très-saines ; le bout de Tune des deux ètoit aignisé en pointe et d*un très-bel ivoire.
■ « a** Une petite défense d'environ 3 pieds de long, grosse comme le bras« avec les alvéoles qui reçoivent les muscles et les tentions, qui étoient d'un« couleur marron luisante , laquelle avoit l'air aussi frais ({ue si on venoit de les tirer de la tête de l'animal.
« 3® Quatre mâchelières , dont Tune des plus grandes avoit plus de largeur et un rang de pointes de plus que celles que je vous ai envoyées. Vous pouvez être assuré que toutes celles qui ont été envoyées à milord Shelbume et à M. Franklin étoient de la même forme et avoient le même émail que celles que je mets sous vos yeux.
(c Le docteur Franklin a dîné dernièrement avec un officier qui a rapporté de celte même place , voisine de la rivière d'Ohio, une défense plus blanche, plus luisante, plus unie que toutes les autres, et une mâchelière encore plus grande que toutes celles dont je viens de faire mention. » (Lettre de M. Collinson à M. de BufTon, datée de Mill-hill, près de Londres, le 3 juillet 1767.)
Extrait du Joumai du ^voyage de M. Cro- GHAH , fait sw la rivière aOhio , et «/«vùyé à M, Franklin au mois de mai 1765.
- «'Nous avons. passé la grande rivière de Miame , et , le soir , nous sommes arrivés à rendrait où Ton a trouvé des os d'éléphaiis ; il peut y avoir 640 milles de dislance du fort Pitt. Dans la matinée, j'allai voir la grande place marécageuse où les aiifmaux sauvages se rendent clans de certains temps de Tannée; nous arrivâmes à cet endroit par une route battue par les bœufs sauvages ( bisons ) , éloigné d'environ 4 milles au sud-est du fleuve Ohio. Nous vîmes de DOS yeux qu'il se trouve dans ces lieux une grande quantité d'ossemens , les uns épars, les autres enterrés à cinq ou six pieds sous terre , que nous vîmes dans l'épaisseur du banc de terre qui borde cette espèce de route. Nous trouvâmes là deux défenses de 6 pieds de longueur , que nous transportâmes à notre bord , avec d'autres os et des dents; et, Tannée suivante, nous retournâmes au même endroit prendre encore un plus grand nombre d'autres défenses et d'au* très dentsi
DE LA NATURE. S9
« Si M. de Buffon avoit des doutes et des questions à faire sur cela , je le prie , dit ^ M; Collinson, de me les envoyer; je ferois passer sa lettre à M. Croghan, homme très-honnéie et éclairé, qui seroit charmé de satisfaire à ses questions. *»
Ce petit Mémoire éioit joint à la lettre que je viens de citer, et à laquelle je vais ajouter l'extrait de ce que M. Collinson m'gvoit écrit auparavant au sujet de ces mêmes ossemens trouvés en Amérique :
« Il y avoit à environ un mille et demi de la rivière d'Ohio six squelettes monstrueux enterrés debout, portant des défenses de 5 à 6 pieds de long , qui éioient de la forme et de la substance des défenses deléphans; elles avoient 3o pouces de circonférence à la racine ; elles alloienl en s'amincissant jusqu'à la pointe : mais on ne peut pas bien coniioitre comment elles étoient jointes à la mâchoire , paree qu'elles étuieiit brisées en pièces. Un fémur de ces mêmes animaux nit trouvé bien entier'; il pesoit cent livres, et avoit 4 pieds i/a de long. Ces défenses et ces os de la cuisse font voir que l'animal étoit d'une prodigieuse grandeur. Ces faits ont été confirmés jiar M. Greenwood , qui , ayant été sur les lieux , a vu les six squelettes dans le marais salé ; il a de plus trouvé, dans le même lieu , de grosses dents mâchelières qui ne paroissent pas appartenir i l'éléphant , mais plutôt à I hippopotame ; et il a rapporté quelques-unes de ces dents à Londres, deux entre autres qui pesoient ensemble 9 livres 1/4. Il dit que l'os de la mâchoire avoit près de 3 pieds de longueur, et qu'il étoit trop lourd pour être porté par deux hommes : il avoit mesuré l'intervalle entre l'orbite des deux yeux , qui étoit de x8 pouces. Une Angloise, faite prisonnière par les sauvages et conduite à ce marais salé, pour leur apprendre à faire du sel en faisant évaporer 1 eau , a déclaré se souvenir, par une circonstance singulière , d'avoir vu ces ossemens énormes; elle racontoii que trois François qui cassoient des noix étoient tous trois assis sur un seul de ces grands os de la cuisse. »
Quelque temps après m'avoir écrit ces lettres, M. Colhnson lut à la Société royale de Londres deux petits Mémoires sur ce même sujet, et dans lesquels j'ai trouvé quelques faits de plus que je v»is rapporte!*, en y joignant tm mut d'explitation sur les ' choses qui en ont besoin.
« Le marais salé où Ton a trouvé des ot d'éléphans, n'est qu'à 4 milles de distance des bords de la rivière d'Ohio; mais il est
élpi9?é 4« plus 4f! 70P mi(N 4? ^ P'"^ prochaine cote de la mfU'. U y avoit un chemin frayé par lés bœufs sm^ag^(^ons), assez largp pour deux chariots de froui, qui inenoit (voit à la place de ce grand ipi^rais salé, où ces animaux se rendent, aussi bien gue touta les espèces de cerfs et de chevreuils, dans une certaine saison de Tannée, pour lécher la terre et boire de Teau salée..., Tes ossemens d'éléphans se trouvent sous une espèce de levée, ou plutôt sous la rive qui entoure et surmonte le marais à 5 ou 6 pieds de hauteur; on y voit un très-gran4 nombre d*os et de dents qui ont appartenir à quelques animaux d'une grosseur prodigieuse ; il y a des défenses qui ont près de 7 pieds de longueur» et qui sqnt d'un très-bel ivoire : on ne peut donc guère douter qu'elles n'aient appartenu à des élépbans. Mais ce qu'il y a de singulier , c'est que jusqu'ici l'on n'a trouvé parmi ces défenses aucune dent molaire ou mâchelière d éléphant , mais seulement un grand nombre de grosse:; dents, dont chacune porte cinq ou sij^ pointes mousses, lesquelles ne peuvent avoir appartenu qu'à quelque animal d'une énorme grandeur; et ces grosse dents carrées n'ont
{)oint de ressemblance aux màchelières de 'éléphant, qui sont aplaties et quatre ou cinq fois aussi larges qu'épaisses; en sorte que ces grosses dénis molaûres ne ressemblent i^ux dents d'aucun animal connu. »
Ce que dit ici M. Collioson est très-vrai :
ces grosses 4ents molaires diffèrent absolument des dents màchelières de l'éléphant; et en les comparant à celles de l'hippopotame, auxquelles ces grosses 4ents ressemblent par leur forme carrée, on verra qu'elle^ en diffèrent aussi par leur grosseur, étant deux, trois, et quatre fois plus volumineuses que lef grosses dents des anciens hippopotames trouvées de même en Sibérie et au Canada, quoique ces dents soient elles-mêmes trois ou quatre fois plus grosses que celles des hippopotames actuellement existans.
Toutes les dents que j'ai observées dans quatre têtes de ces animaux qui sont au G^inet du Roi ont la face qui broie creusée en forpfie de trèfle , et celles qui ont été trouvées au Canada et en Sibéi'ie ont ce m/àme caractère , et n'en diffèrent que par la grandeur ; mais ces énormes dénis à grosse^ pointes mousses diffèrent de celles de l'hippopotame creusées en trèfle, ont toujours quatre el quelquefois cinq rangs, au lieu que les plus grosses dents de Thippopotame n'en ont que trois, comme on peut le voir en comparant W^ ^gure^ 4, 5 et 6 ^vee cel-
les des figures 7 et 8, p|, {. Q mrifi^ 4pnc certain que ces grpsses dents u put j^nais appartenu à l'éléphant ni à )'hippopotame :
la différence de prandeur, quoique énorme»
De m'empe cheroit pas de les regarder commp appartenant à celte jerniere espèce, si tous les caractères de la forme étoient sembU* blés, puisque nous connoissbns, comme je viens de le dire, d'autres dents carrées, trois ou quatre fois plus grosses que celles de nos hippopotames actuels , et qui néanmoins ayant tes mêmes caractères pour ù^ forme, et particulièrement les creux en trèfle sur la face oui broie , sont pertainement des dents d'hippopotames trois fois plus grands que ceux dont nous avons les tètes ; et c'est dç ces grosses 4ents , fîg. 7, qui sont vraiment des den|s d'hippopotames , que j'ai parlé lorsque j'ai dit qti'i) s'en trouvoit également dans les deux continens , aussi bien que des défenses 4'éléphans : mais ce qu'il y a de très-remarauable ^ c'est que npn seulement ou ^ trouva de vraies défenses d'éléphans et de vrjiie^ dents de gros hippopotames en Sibérie e| au Canada, mais qu'on y a trouvé 4p luêmi^ ces dents beaucoup plus énormes à grosses pointes mousses et à quatre r^ngs; je croi^ doue pouvoir prononcer avec fondeme^i que celte très-grande espèce d'animal p$i perdue.
M. le comte de Yergennes , ministre et secrétaire d'état, a eu la bonté de me donner, en 1770, la plus grosse de toutes ces dents, laquelle ^t représentée planche i, fig. X et a ; elle pèse z i livres 4 pnœs. Cette énorme dent molaire a été trouvée dans b petite Xariarie » en faisant un fossé. U y avoit d'autres os qu'on n'a pas recueillis »
et, entre autres, un os fémur dont jl n^e restoilf que la moitié bien entière, et la. cavité de cette moitié contenojit quinze pintes de Paris. M. l'abbé jChappe , de l'Académie des Sciences , pops a rapporté de Sibérie une auti-e dent toute pareille , mais m'oins grosse, et qui ne pèse que 3 liyres xa onces i/a , fig. 4 et 5. EnÎGn la plus grosse de celle» que M. Collinson m'avoit envoyées , et qui est représentée fig. 6, a été trouvée, avec plusieurs autres semblables, en Amérique, près de la rivière d'Ohio ; et d'autres jqui nous sont venues de Canada leur ressembkot parfaitement. L'on ne peut donc pas douter qu'indépendamment de l'éléphant et de l'hippopotame, dont on trouve également les dépouilles dans les deux ^ cQntinens , i\, n'y eût encore un autre animal oommu)^ aux deux continens , d'une grandeur «ipé-
rieure à celle même des plus grands éléphans ; car la forme caiTée de ces énormes dents mâchelières prouve qu'elles étoient en nombre dans la mâchoire de l'animal ; et quand on n'y en supposerolt que six ou:
même quatre de chaque côté, on peut juger de l'épormité d'une léte qui auroit au moins seize dents mâchelières , pesant chacune dût ou onze livres. ' L'éléphant n'en a que quatre, deux dâ diaque taxé; elles sont apla»
ties , elles o<»upent tout l'espace de la mà<> cbone ; et ces deux dents molaires de l'éléphant fort aplaties ne surpassent que de:
deux piDuces la largeur dé la plua grosse dent carrée de Vaniqnal inconnii , qui est du double plus épaisse que celles de l'éléphant, Ainsi tout noiis porté à croire que celte* ancienne espèce, qu'on doit regarder comme la première et la plus grandke de tous les animaux terrestres, n'a subsisté que daas les premiers temps , et n'est pas parvenue jusqu'à nous; car un animal dont l'espèce serdit plus grande que celle de l'éléphant f' ne pourroit se cacher nulle part sur îsl terne au point dé demeurer iiiconnu ; et d*aiileu1w il est évident par la fbrme même de cet dents, par leitr éipail, et par la disposition de leurs racines , qtfeHes n'ont aucun rapport aux dents des cachalots oit autres cétacés , et qu'elles ont réellement appartenu à un animal terrestre dont respè<»e étoit
S lus voisine de celle de l'hippopotame quef 'aucune autre. Dans la suite du Mémoire que j*ai cité ci-dessus « M. CoBinson dit que plusieure personnes de la Société royâdeconnoissent, aussi bien que lui , les défenses d'éléphans que l'on trouve tous les ans en Sibérie sur les bords du fleuve Obi et des autrea rivières de cette contrée. Quel système établirat-on, ajoute-t-il, avec quelque degré de probabilité , pour rendre raison de ces dépote d*ossemens d'éléphans en 3îbérie et en Amérique ? 11 finit par donner l'éniraiération , les dimensions , et le poids de tontes ces dents trouvées dans le marais salé dé la rivière d'Ohio , dont la plus grosse dent carrée appartenoit au capitaine. Ouriy, et pesoit 6 livres 1/2.
Dans le second petit Mémoire de M. Cïolllnson , lu à la Société royale de Londres , le 10 décembre 1767, il dit que, s'étant aperçu qu'une des défenses trouvées dans le marais salé avoît des stries près du gros bout , il avoit eu quelques doutes si ces stries étoient particulières ou non à l'espèce de l'éléphant; que, pour se satisfaire, il alla visiter le magasin d'un marchand qui^
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fait commerce de dents de toute. e3pèce| et qu'après les avoir bien examinées, i] trouva qu'il y avoit autant de défense^ striées au gros bout que dlûniès , et que par coi)séqu^nt il ne faisoit plus aucune difficulté de prononcer que cea défenses trouvées en Amérique ne fussent semblables», à tous égards, ^u\ défenses d'éléphant d'Afrique et d'Asie : ynais, comme les grosses dents carr4^ trouvées da^s Iç même lie^ n'ont aucun rapport avec les dents molaires de l'éléphaut, il pense que ce sont les restes de quelque animal énorme qui avoit les dé* £»>ses d^ l'éléphant avec des dents molaires pariiciilière$ à son espèce, laquelle est d'une grandeur et d'une forme différente de celle d'aucun animal connu. Toye4 le& Transac" tioas phUoiophtques de Tannée ;. 767.
. Dès l'année 1748, M, Fabti, qui avoit fait de grandes courses dans le nord de la Louisiane et dans le sud du Canada, m'avoit informé qu'il avoit vu des tètes et des squelettes, d'un animal quadrupède d'uud grandeur énorme , que les sauvages appe-* huent ie père-'âux-bvufs , et que les os fé* murs dé ces animaux avoient 5 et jusqu'à 6 pieds de hauteur. Peude lenps après, et avant l'année 1767, quelques personnes à Paris ayoient déjà reçu- quelques-unes de^ gi'osses dents de l'animal inconnu, d'autres d^faippopotàmes , et aussi dés essemens d'él^hans trouvés en Canada r Je nombre en est trop considérable', pour qu'on puisse douter que ces animaux n^aieut pas autren fois existé dans les terres septentrionales de PAmérique, comme dans cettes de l'Asie et de l'Europe^
' Mais les éléphans ont aussi existé dans toutes les contrées tempérées de notre continent; j'ai fait mention des défenses trouvées en Languedoc près de Simore, et de celles trouvées à Cominges en Gaseogne ; je dois y ajouter la plus belle et la plus grande de toutes, qui nous a été donnée en dernier lien pour le Cabinet du Roi par M. le due de la Rochefoucauld , dont le zèle pour le progrès des sciences est fondé sur les gran des connoissances qu'il a acquises dans tous les genres. H a trouvé ee bc»u morceau en visitant, avec M. Desmarest, de l'Académie des Sciences , les campagnes aux environs de Rome. Cette défense étoit divisée en cinq fragmens, que M. le duc de la Rochefoucauld fît recueillir : l'un de ces fragmens fut soustrait par le crocheteur qui en étoit chargé , et il n'en est resté que quatre , lesquels ont environ huit pouces de diamètre; en les rapprochant , ils fortient nue
longtiear de sept pieds ; et nous savons , par M. Desmarest , que le ciuquieme fiagmcnl, qui a été perdu, avoil près de 3 pieds : ainsi Ton peut assurer que la défense entière devoit avoir environ lo pieds de longueur. En examinant les cassures , nous y avons reconnu lous les caractères dé l'ivoire de Télépiiant; seulement cet ivoire, altéré
{)ar un long séjour dans la terre, est devenu éger et friable comme les autre? ivoires fossiles.
M. Tozzetti , savant naturaliste dltalie , rapporte qu'on a trouvé, dans les vallées de TArno, des os d'éléphanset d'autres animaux terrestres en grande quantité, et épars çà et là dans les couches de la terre, et il dit qu'on peut conjecturer que les éléphans étoient amiennement des animaux indigènes à l'Europe , et surtout à la Toscane.
(Extrait d'une lettre du docteur Tozzetti.
Journal étranger^ mois de décembre 1755. )
« On trouva, dit M. Colieli'.ni, vers la fin du mois de novembre 1759, dans un bien de campagne appartenant au marquis de Petrella , et situé à Fusigliano dans le territoire de Cortone , un morceau d'os d'éléphant incrusté, en grande partie, d'une matière pierreuse i^e n'est pas d'aujourd'hui qu'on a trouvé de pareils os fossiles dans nos environs.
cf Dans le cabinet de M. Galeotto 0>rrazzi, il y a un autre grand morceau de défense d'éléphant pétrifié, et trouvé, ces dernières années , dans les environs de Cortone , au lieu appelé la Selva. . . . Ayant comparé ces iraginens d'os avec un morceau de défense d'éléphant venu depuis peu d'Asie , on a trouve qu'il y avoit entre eux une 1*63^ semblance parfaite.
« M. l'abbé Mearini m'apporta, au mois d'avril dernier , une mâchoire entière d éléphant qu'il avoit trouvée dans le district de Farneta, village de ce diocèse. Cette mâchoire est pétrifiée en grande partie, et surtout des deux côtés, où l'incrustation pierreuse s'élève à la hauteur d'un pouce et a toute la dureté de la pierre.
« Je dois enfin à M. Muzio Angelieri Alticozzi , gentilhomme de cette ville , un fémur presque entier d'éléphant , qu'il a découvert lui même dans un de ses biens de campaeiie appelé la Rota^ situé dans le territoire de Cortone. Cet os, qui est long d'une brasse de Florence, est aussi pétrifié, surtout dans l'extrémité supérieure qu'on appelle la tète. . . «(Letti'cdeM. Louis Çoltellini, de Cortone. Journal «itranger^ aàois de juillet 1761.)
DE LA NATURE
{Sur la page 8x<)
La connoissance de toutes les pétrifications dont on ne trouve plus les analogues vivans , supposeroit une étude longue et une comparaison réfléchie de toutes les espèces de pétrifications (|u'on a trouvées jusqu'à présent dans le sein de la terre, et cette science n'est pas fort avancée; cependant nous sommes assurés qu'il y a plusieurs de ces espèces , telles que les cornes d'amnioo, les orthocératites , les pierres lenticulaires ou numismales, les bélemniles, les pierres judaïques, les anthropomorphiies , etc., qu'on ne peut rapporter à aucune espèce actuellement subsistante. Nous avons vu des coraes d'ammôn pétrifiées de deux et trois pieds de diamètre, et nous avons été assurés, par des témoins dignes de foi, qifou en a trouvéuneen Chamiiagne plus gi^ande qu'une meule de moulin, puisqu'elle avoit 8 pieds de diamètre sur un pied d'épaisseur : on m'a même offert dans le temps de me l'envoyer; mais rénormité de poids de cette masse, qui est d'environ huit milliers, et la grande distance de Paris, m'ont empêché d'accepter cette offre. On ne connoit pas plus les espèces d'animaux auxquels ont appartenu les dépouilles dont nous venons d'indiquer les noms ; mais ces exemples , et plusieurs autres que je pourrois citer, suffisent pour prouver qu'il existoit autrefois dans la mer plusieurs espèces de coquillages et de crustacés qui ne subsistent plus. Il en est de même de quelques poissons à écailles : la plupart de ceux qu'on trouve dans les ardoises et dans certains schistes , ne ressem- • blent pas assez aux poissons qui nous sont connus pour qu'on puisse dire qu'ils sont de telle ou telle espèce; ceux qui sont au Cabi net du Roi , parfaitement conservés dans des masses de pierre, ne peuvent de même se rapporter précisément à nos espères connues : il paroit donc que , dans tous les genres , la mer a autrefois nourri des animaux, dont les espèces n'existent plus.
Mais, comme nous l'avons dit, nous n'a vous jusqu'à présent qu'un seul exemple d'une espèce perdue dans le^ animaux terrestres, et il paroît quec'étoit la plus grande de toutes , sans même en excepter l'éléphant. Et puisque les exemples des espèces perdues dans les animaux terrestres sont bien plus rares que dans les animaux marins , cela ne semble-t-il pas prouver encore que la formation des premiers est postérieure à celle des derniers?
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