‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 35 sur 161 · PREMIERE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIERE ÉPOQUE

Lorsque la terre et les planètes ont pris leur farme

Daks ce premier temps où la terre en fusion , tournant sur elle-même, a pris sa forme et sVst élevée sur Téquateur en s'abaissant sous les pôles , les autres planètes étoient dans le même état de liquéfaction, puisqu'on toumant sur elles-mêmes, elles ont pris, comme la terre, une forme renflée sur leur éqûateur et aplatie sous leurs pôles , et que ce renflement et cette dépression sont proportionnels à la Tit«'sse de leur rotation. Le globe de Jupiter nous en fournit la preuve :

comme il tourne beaucoup pins vite que celui de la terre , il est en conséquence bien plus élevé sur sou éijuateur, et plus abaissé sous ses pôles; car les observations nous démontrent que les deux diamètres de cette planète différent de plus d'un treizième , tandis que ceux de la terre ne (liffèrent que d'une deux c«nt trentième partie : elles nous montrent aussi que dans Mars, qui tourne

Srès d'une fois moins vile que la lei're , celte ifférence entre les deuk diamètres n'est pas assez seusible pour être mesurée par les astronomes , ei que dans la lune , dont le mouvement de rotatiou est encore bien plus lent, les Aii\\:ii diamètres paroissent égaux. La vitesse de la rotation des planètes est donc la seule cause de leur renflement sur Téquateur; et ce renflement, qui s'est fait en même temps que leur aplatissement sous les

{>ôles, suppose une fluidité entière dans toute a masse de ces globes, c'est -à-dire un état de liquéfaction causé par le feu '.

D'ailleurs toutes les planètes circulant autour du soleil dans le même seus et presque dans le même plan, elles paroissent avoir été mises en mouvement par une impulsion commune et dans un même temps ; leur mouvement de circulation et leur mouvement de rotation sont contemporains, aussi ))ien que leur état de fusion ou de liquéfaction par le f(;u , et ces mouvemens ont nécessairement été précédés par l'impulsion qui les a produits.

Dans celles des planètes dont la masse a

I. Voyez ta Théorie de la terre, article de la Formation des planètes»

été frappée le plus obliquement, le mouv»

ment de rotation a été le plus rapide, et, par cette rapidité de rotation, les premiers effets de la force centrifuge ont excédé ceux de la pesanteur : en conséquence il s'est fait dans ces masses liquides une séparation et une projection de parties à leur éqûateur, où cette force centrifuge est la plus grande, lesquelles parties séparées et chassées par cette force ont formé des masses concomitantes , et sont devenues des satellites qui ont dû circuler et qui circulent en effet tous daus le plan de Téquateur de la planète dont ils ont été séparés par cette cause. Les satellites (les planètes se sont donc formés aux dépens deia matière de leur planète principale, comme les planètes elles-mêmes paroissent s'être formées aux dépens de la niasse du soleil. Aiasi le temps de la formation des satellites est le même que celui du commencement de la rotation des planètes :

c'&st le moment où la matière qui les com< posevenoit de se rassembler, et ne formoit encore que des globes liquides, état dans lequel cette matière en liquéfaction pouvoit en être séparée et projetée fort aisément ; car , dès que la surface de ces globes eut commencé à prendre un peu de consistmce et de rigidité par le refroidissement , la matière , quoique animée de la même force centrifuge, étant retenue par celle de la cohésion, ne pouvoit plus être séparée ni projetée hors de la planète par ce même mouvement de rotation.

Gomme nous ne connoissons dans la nature aucune cause de chaleur, aucun feu que celui du soleil, qui ait pu fondre ou tenir en liquéfaction la matière de la terre et des planètes, il me paruît qu'en se refusant à croire que les planètes sont issues et sorties du soleil on seroft au moins foi'cé de supposer qu'elles ont été exposées de trèsprès aux ardeurs de cet astre de feu pour pouvoir être liquéfiées. Mais cette supposition ne seroit pas encore suffisante pour expliquer l'effet , et lomberoit d elle-même par une circonstance nécessaire, c'est qu'il mut du temps pour que le feu, quelque yioleat

DES ÉPOQXJIÊS

{{(fil «Dit, pénkteé les matières solides qtii lui soat exposées, et un très-long temps pour les liquéfier. On a vu, parles expériences qui précèdent, que pour^ échauffer un corps jusqu'au degré de fusion il faut au moins la quinzième partie du temps qu'il faut pour le refroidir , et qu'attendu les grands volumes de la terre et des autres planètes il seroit de toute nécessité qu'elles eussent été pendant plusieurs milliers d'années stationna ires auprès du soleil pour recevoir le degré de ehaléur nécessaire à la liquéfaction : or il est sans exemple dans l'univers qu'aucun corps, aucune planète, aucune comète, demeure stationnaire auprès du soleil, même pour un instant ; atl contraire , p\u9 les comètes en approchent , et plus leur mouvement est rapide : le temps de leur* périhélie est extrêmement court , et le feu de cet astre , en brûlant la surface , n'a pas le temps de pénétrer la masse des comètes qui s'en approchent le plus.

A.msl tout concourt à prouver qu'il n*a pas suffi que la terre et les planètes aietit passé , comme certaines comètes , dans le voisinage du soleil , pour que leur liquéfaction ait pu s'y opérer; nous devons donc présumer que celte matière des planètes a autrefois appartenu au corpis même du soleil , et en a éié séparée , comnie nous l'avons dit , par une seule et même impulsion :

car les comètes qui approchent le plus du soleil ne nous pre^el1tètlt que le premier dégré des grands effets de la chaleur | elles paroissent précédées d'une vàpéui* enflammée lorsqu'elles s'approchent , et suivies d'une semblable vapeur lorsqu'elles s'éloignent de cet astre. Ainsi une partie de la matière superficielle de la comète s'étend autour d'elle, et se préseule à nos yeiix en forme de vapeurs lumineuses qui se trouvent dans un état d'expansion et de volatilité causé par le feu du soleil : mais le noyau, c'est-à-dire le corps même de la comète, ne pai'oît pas être profondément pénétré par le feu , puisqu'il n'est pas lumineux par lui-même , comme le seroit néanmoins toute masse de fer, de vfrre, ou d'autre matière solide intimement pénéirée par cet élément ; par conséquent il paroît nécessaire que la matière de la terre et des planètes , qui a été daus un état de liquéfaction, appartienne au corps même du spitiil , et qu'elle fasse partie des matières en fusion qui constituent la masse de cet astre de feu.

Les planètes ont reçu leur mouvement par «ne seule et même impulsion , puisqu'elles citcalent loutis dans le même sens et près-

DE LA NATURE

qne dans le même plan ; les comètes , au contraire , qui circulent comme les planètes autour du soleil , mais dans des sens et des plans différons, paroissent avoir été mises en mouvement par des impulsions difîérentes. On doit clone rapporter à une seule q)oque le mouvement des ][)lanètes , au lieu que celui des comètes pourroit avoir été donné en différens temps. Ainsi rien ne peut nous éclairer sur l'origine du mouvement des comètes ; mais nous pouvons raisonner sur celui d& planètes, parce qn'eHoi ont entre elles des rapports communs qui indiquent assez clairement qu'elles ont été mises en mouvement par nne seule et Mfat impulsion. Il est donc permis de chercber diins la nattire la cause qui a {)U prodâiiNS cette grande impulsion, au HèU que tloH's n« {)06vons guère former deraisonnemiaiis ni même faire des recherches sur les causes dii fnotivement d'impulsion des ctfmètés.

Rassemblant seulement les rapports fugitifs et les légers indices qui peuvent fournir quelques conjectures , On ponrroif imaginer, pour satisfaire, quoique très-imparfaitement, à la curiosité de Pesprk, que les comètes de notre systèitte solaire on* été formées par l'explosion d'une étoile fixe du d'nn soleil voisin du nôtre , dont toutes lès parties dispersées , n'ayant plus de centre ou de foyer commun , auront été forcées d'obéir à la force attractive de notre soleil , qui dés lors sera devenu le pivot et le foyer de toutes nos comètes. Nous et nos neveux n'en dirons pas davantage jusqu'à ce que, par des observations ultérieures, on parvienne à reconnoîlre quelque rapport commun dans le mouvement d'impulsion des comètes ; car , comme nous ne connuissons rien que par comparaison, dès que tout rapport nous manque , et qu'aucune analogie ne se présente , toute lumière fuit , et non seulement noire raison , mais même notre imaî^inalion , se trouve en défaut. Aussi, m'élant abstenu ci-devant de former des conjectures sur la cause du mouvement d'impulsion des comètes, j'ai cru devoir raisonner sur celle de l'impulsion des planètes ; et j'ai mis en avant , non pas comme un fait réel et certain, mais seulement comme une chose possible , que la matière des planètes a été projetée hors du soleil par le choc d'une comète. Cette hypothèse est fondée sur ce qu'il n'y a dans la nature aucun corps en mouvement, sinon les comètes, qui puisse ou ait pu communiquer un aussi grand mouvement à d'aussi grandes masses, et en même temps sur ce que les comètes ap-^

t>REMIÈRE

l^rochent quelquefois de si près du soleil, qu'il est pour ainsi dire nécessaire que quelques-unes y tombent obliquement et en sillonnent la surface , en chassant devant elles les matières mises en mouvement par leur choc.

Il en est de même de la cause qui a pu produire la chaleur du soleil : il m'a par^ c^u'on peut la déduire des effets natureb »

c'est-à-dire la trouver dans la constitution du système du monde ; car le soleil ayant à supporter tout le poids , toute la force de l'action pénétrante des vastes corps qui circulent autour de lui , et ayant à souffrir eh même temps l'action rapide de cette espèce de frottement intérieur dans toutes les parties de sa masse , la matière qui le compose doit être dans l'état de la plus grande division ; elle' a dû devenir et aemeurer fluide, lumineuse , et brûlante , en raison de celte pression et de ce frottement intérieur tonjogrs également subsistant. Les mouvemens irrcguliers des taches du soleil , aussi bien que leur apparition spontanée et leur disparition , démontrent assez que cet astre est liquide, et' qu'il s'élève de temps en temps à sa surface des espèces de scories ou d'écumes, dont les unes nagent irrégulièrement sur cette matière en fusion , et dont quelques autres sont fixes pour un temps, et disparoissent , comme les premières , lors-

3ue l'action du feu les a de nouveau ivisées. On sait que c'est par le moyen de quelques-unes de ces taches fixes qu'on a déterminé la durée de la rotation du soleil en vingt-cinq jours et demi.

Or chaque comète et chaque planète forment une roue, dont les rais sont les rayons de la force attractive ; le soleil est l'essieu ou le pivot commun de toutes ces différeur tes roues: la comète ou la planète en est la jante mobile , et chacune contribue de toujt ^ôn poids et de toute sa vitesse à l'embrasement de ce foyer général^ dont le feu durera par conséquent aussi long-temps que le mouvement et la pression des vastes corps qui le produisent.

De là ne doit-on pas présumer que si Voû ne ^oit pas des planètes autour des étoiles fixes, ce n'est qu'à cause de leur immense éloîgnement? Notre vue est trop bornée, nos instrumens trop peu puissans , pour apercevoir ces astres obscurs , puisque ceux mêmes qui sont lumineux échappent à nos yeux, et que , dans le nombre infini de ces étoiles , nous ne connoi Irons jamais que celles dont nos instrumens de longue vue pourront nous rapprocher : mais l'analogie nous indique qu'étant fixes et lumineuses comme

le soleil, les étoiles ont dû s'échauffer, «e liquéfier , et brûler par la même caase , c'està-dire par la pression active des corps opaques , solides , et obscurs , qui circulent autour d'elles. Cela seul peut expliquer pourquoi il n'y à que les astres fixes qui sneot lumineux, et pourquoi dans l'univers soîaiie tous les astres en'ans sont obscurs.

Et la chaleur produite par cette fàusf à»- Tant être en raison du nombre » de la vitesse, et de la masse des corps qui circule ni aiiiour du foyer, le feu du soleil doit être d'une ardeur ou plutôt d'une violence extrême, non seulement parce que les corps qiu cû^culent autour de lui sont tous vastes, solides, et mus rapidement, mais encore parce t{u'ils sont en grand nomhre : car , indépendapnment des sh^ planètes , de leurs dix satellites, et de l'apneau de Saturne, qui tous Sèsent sur le soleil et forment un volume e matière deux mille fois plus grand que celui de la terre , le nombre des comètes eat plus considérable qu'on ne le croit vulgairement : elles seules ont pu suffire pour allur mer le feu du soleil avaut la projection des planètes, et su ffiroient encore pour l'entretenir aujourd'hui. L'homme ne parviendra peut-être jamais à reconnoître les planètes qui circulent autour des étoiles fixes ; mais, avec le temps , il pourra savoir au juste quel est le nombre des comètes dans le système solaire. Je regarde cette grande connoissanee comme réservée à la postérité. En attendait^ voici une espèce, d'évaluation qui, quoique bien éloignée d'être pr^ise , ne laissera pa^ de fixer les idées 8,url4B. nombre de cescorpp .circulant autour du soleil ; . .

En consultant les Recueils d'observationa, ,on voit que depuis l'an iioi jusqu'en 1766, c'est-à-dire en six cent soixante-cinq années , il y a eu deux cent vingt-huit appari- .tiens de comètes. Mais le nombre de ces asti'es errans qui ont été remarqués nW pa^ ■ aussi grand que celui des apparitions* puisr que la plupart, jpour ne p9s diire touâ, fout leur révolution en moins de six cent soixantecinq ans. Prenons donc les deux comètes desquelles seules les révolutions n^us sont parfaitement connues ; savoir , la comète de x68o, dont la période est d'environ cinq .cent soixanteMiuinze ans , et celle de 1759, dont la période est de soixante-seize aaa.

On peut croire , en attendant mieux, qu'en prena A le terme moyen , trois cent vingtsix ans, entre ces deux périodes de révolutiou , il y a autant de comètes dont la période excède trois, cent vingt-six aiu > qii*il y en a don* ^'^: p^M» est moindre. Ainsi ^

en les réduisant tontes à trois cent vingt-six ans, cba(|ue comète auroii paru deux fois en six cent cinquante-deux ans , et Ton auroit par conséquent à peu près quinze comètes pour deux cent vingt-nuit apparitions en six cent soixante-cinq ans.

Maintenant , si l'on cousidère que vraisemblablement il y a plus de comètes hors de la portée de notre vue, ou échappées à Tœil des oluervateurs , qu'il n'y en a eu de remarquées , ce nombre croîtra peut-èire de plus du triple ; en sorte qu'on peut raisonnablement penser qu'il existe dans le système solaire quatre ou cinq cents comètes. Et s'il eu est des comètes comme des planètes, si les plus grosses sont les plus éloignées du soleil , si les plus petites sont les seules qui en approchent d'assez près pour que nous puissions les apercevoir, quel volume immense de matière ! quelle charge énorme sur le corps de cei astre! quelle pression, c'<st-à-dii*e quel frottement intérieur dans toutes les parties de sa masse, et par conséquent quelle chaleur et quel feu produit par ce frottement !

Car , dans notre hypothèse, le soleil étoit une masse de matière en fusion, même avant la projection des phinèies; par conséquent ce feu n'avoit alors pour cause que la pression de c« grand nombre de comètes qui circuloient précéderoinent et circulent encore aujourd'hui autour de ce foyer commun. Si la masse ancienne du soleil a été diminuée d'un six cent cinquantième par la projection de la matière des planètes lors de leur formation , la quautité totale de la cause de son feu , c'est-à dire de la pression totale , a été augmentée dans la proportion de la pression entière des planètes, réunie à la première pression de toutes les comètes , à l'exception de celle qui a produit leffetde la projection, et dont la matière s'est mêlée à celle des jdanètes pour sortir du soleil , lequel par conséquent , après cette perte , n'en est devenu que plus brillant , plus actif, ei plus propre à éclairer , échauffer , et féconder son univers.

En poussant ces inductions encore plus loin , on se persuadera aisément que les satellites qui circulent autour de leur planète principale , et qui pèsent sur elle comme les planètes pèsent sur le soleil ; que ces satellites, dis-je , doivent communiquer un certain degré de chaleur à la planète autoi^ de laquelle ils circulent : la pression et fc mouvement de la lune doivent dbnner à la terre un degré de chaleur qui seroit plus grand si la vitesse du mouvement de circulation

DE IJl nature.

de la lune étoit plus grande; Jupiter, qui a quatre satellites, et Saturne, qm en a cinq , avec un grand anneau , doivent . par cette seule raison , être animés d'un certain degré de chaleur. Si ces planètes ires-éloignées du soleil n'étoient pas di>uées comme la terre d'une chaleur intérieure , elles seroient plus que gelées, et le froid extrême que Jupiter et Saiurne auroieut à supporter, à cause de leur éloignement du soleil, ne pourroit être tempéré que par l'aciion de leurs satellites. Plus les corps circulans seront nombreux, grands, et rapides, plus le corps ciui leur sert d'essieu ou de pivot s'échauffera par le frottement intime qu'ils feront subir à toutes les parties de sa masse.

Ces idées se lient parfaitement avec celles qui servent de fondement à mon. hypothèse sur la formation des planètes; elles en sont des conséquences simples et naturelles : mais j'ai la preuve que peu de gens ont saisi les rapports et l'ensemble de ce grand système.

Néanmoins y a-t-il un sujet plus élevé, plus digne d'exercer la force du génie? On m'a critiqué sans m'entendre; que puis-je répondre? sinon que tout parle à des yeux attentifs , tout est indice pour ceux qui savent voir; mais que rien nest sensible, rien n'est clair pour le vulgaire, et même pour ce vulgaire savant qu'aveugle le préjugé.

Tâchons néanmoins de rendre la vérité plus palpable; augmentons le nombre des probabilités ; rendons la vraisemblance plus grande ; ajoutons lumières sur lumières , en réunissant les faits, eu accumulant les preuves, et laissons-nous juger ensuite sans inquiétude et sans appel : car j'ai totijours pensé qu'un homme qui écrit doit s'occuper uniquement de son sujet , et nullement de soi ; qu'il est contre la bienséance de vouloir en occuper les autres, et que par conséquent les critiques personnelles doivent demeurer sans réponse.

Je conviens que les idées de ce système peuvent paroitre hypothétiques, étranges, et même cliimériques , à tous ceux qui , ne jugeant les choses que par le rapport de leurs sens , n'ont jamais conçu comment on sait que la terre n'est qu'une petite planète, renflée sur l'équateur et abaissée sous les pôles ; à ceux qui ignorent comment on s'est assuré quêtons les corps célestes pèsent, agissent, et réagissent les uns sur les autres ; comment on a pu mesurer leur grandeur , leur dis tance, leurs mouvemens,' leur pesanteur, etc. : mais je suis persuadé que ces mêmes idées paroilront simples, naturelles, et même grandes , au petit nombre de ceux qui, par

t»lŒMIÈR£ ÉPOQUE.

des observations et des réflexions suivies, iont parvenus à connoitre les lois de l'univers, et qui, jugeant des choses par leurs propres lumières , les voient sans préjugé, telles qu'elles sont , ou telles qu'elles pourroient être ; car ces deux points de vue sont à peu près les mêmes; et celui qui regardant une horloge pour la première fois , diroit que le principe de tous ses mouvemens est un ressort, quoique ce fût un poids, ne se tromperoit que pour le vulgaire, et auroit, aux yeux du philosophe, expliqué la machine.

Ce n'est donc pas que j'aie affirmé ni même positivement prétendu que noire lerre et les planètes aient été formées nécessairement et réellement par le choc d'une comète qui a projeté hors du soleil la six cent cinquantième partie de sa masse : mais ce que j'ai voulu faire entendre , et ce que je maintiens encore comme hypothèse très-probable , c'est qu'une comète qui , dans son périhélie, approcheroit assez près du soleil pour en effleurer et sillonner la surface, pourroit produire de pareils effets, et qu'il n'est

Sas impossible qu'il se forme quelque jour , e cette même manière , des planètes nouvelles , qui toutes circuleroient ensemble comme les planètes actuelles , dans le même sens , et presque dans un même plan autour du soleil ; des planètes qui tounieroient sur elles-mêmes , et dont la matière étant , au sortir du soleil , dans un état de liquéfaction, obéiroit à la force centrifuge, et s'élèveroil à réquateur en s'abaissant sous les pôles ; des planètes qui pouiToient de même avoir des satellites en plus ou moins grand nombre , circulant autour, d'elles dans le plan de leurs équateurs, et dont les mouvemens seroient semblables à ceux des satellites de nos planètes : en sorte que tous les phénomènes de ces planètes possibles et idéales seroient, je ne dis pas les mêmes, mais dans le même ordre , et dans des rapports semblables a ceux des phénomènes des planètes réelles. Et, pour preuve, je demande seulement que l'on considère si le mouvement de toutes les planètes , dans le même sens , et presque dans le même plan , ne suppose pas une impulsion commune ; je demande s il y a dans l'univers quelques corps, excepté les comètes, 3ui aient pu communiquer ce mouvement 'impubion; je demande s'il n'est pas probable qu'il tombe de temps à autre des comètes djsms le soleil, puisque celle de x68o en a pour ainsi dire rasé la surface, et si par conséquent une telle comète , en sillonnant cette surface du soleil , ne communl-

BUFFOH. IL

queroit pas son mouvement d'impulsion à une certaine quantité de matière qu'elle sépareroit du cor|)s du soleil , en la projetant au dehors : je demande si , dans ce torrent de matière projetée , il ne se formeroit pas des globes par l'atlnaMion mutuelle des parties , et si ces globes ne se trouveroient pas à des distances différentes , suivant la diÎYérente densité des matières, et si les plus légères ne seroient pas poussées plus loin que les plus denses par la même impulsion; je demande si la situation de tous ces globes presque dans le même plan n'indique pas assez- que le torrent projeté n'étoit pas d'une largeur considérable , et qu'il n'avoit pour cause qu'une seule impulsion, puisque toutes les parties de la matière dont il ét&it composé ne sont éloignées que très-peu de la direction commune; je demande comment et où la matière de la terre et des planètes auroit pu se liquéfier , si elle n'eût pas résidé dans le corps même du soleil , et si l'on peut trouver une cause de celte chaleur et de cet embrasement du soleil, autre que celle de sa charge et du frottement intérieur produit par l'action de tous ces vastes corps qui circulent autour de lui ; enfin je demande qu'on examine tous les rapports, que Ton suive toutes les vues , que l'on compare toutes les analogies sur lesquelles j'ai fondé mes raisonnemens , et qu'on se contente de conclure avec moi que , si Dieu l'eût permis , il se pourroit, par les seules lois de la nature, que la terre et les planètes eussent été formées de celte même manière.

Suivons donc notre objet , et, de ce temps qui a pi'écédé les temps et s'est soustrait à notre vue , passons au premier âge de notre univers , où la terre et les planètes , ayant reçu leur forme, ont pris de la consistance, et de liquides sont devenues solides. Ce changement d'état s'est fait naturellement et par le seul effet de la diminution de la chaleur : la matière qui compose le globe terrestre et les autres globes planétaires étoit en fusion lorsqu'ils ont commencé à tourner sur eux-mêmes; ils ont donc obéi, comme toute autre matière fluide, aux lois de la force centrifuge : les parties voisines de l'équateur, qui subissent le plus grand mouvement dans la rotation, se sont le plus élevées; celles qui sont voisines des pôles, où ce mouveasnt est moindre ou nul, se sont abaissées dans la proportion juste et précise qu'exigent les lois de la pesanteur, combinées avec celles de la force centrifuge ', et

7. J'ai supposé dans mon Traité de la formation des planètes, Tol. I , qae la difTérence des diamdtrst

cette forme de U tertt et des planètes &'est conservée jusqu'à ce jour, et se conservera perpétuel leroent , (|uaiMl même Ton voudroit $U|iposer que le mouvement de roiatkin viendroil à sacrélércfi^ parce que, la matière a>ant passé de l'état de (luidité 9 celui de solidité, la cobésion des parties suffit seule pour maintenir la formé primordiale, et qu'il faudroit pour la changer que le mouvement de rotation prit une rapidité presque infinie, cVst-à dire assez grande pour que Telfet de la force centrifuge devint plus grand que celui de la force de la cohérence.

Or le refi'oidissement de la t^re el des planètes, comme c<'lui de tous les corps chauds, a commencé par la surface : les manières eu fusion s'y soivr consolidées dans un temps assez court. Dès que le grand feu dont elles éloient pénétrées s'est échappé, les parties de la matière, qu'il tenoit divisées, se sont rapprochées et réunies de plus près par leur aitiaclion mutuelle : celles qui avoienl assez de fixité pour soutenir la violence du feu ont forme des masses solides ; mais celles qui, comme l'air et l'eau, se raréfient ou se volatilisent par le feu ne pou- Yoieiit faire corps avec les autres; elles en •nt été séparées dans les premiers temps du refL'i>idissemenl. Tous les élcmens pouvant se transmuer et se convertir, l'instant de la consolidation des matières fixes fut aussi celui de la plus grande conversion des élémens et de la production des matières volatiles : elles éloient réduites en vapeurs et

êé ht terre étoit dans Té rapport de 174 h 17$» d^apfès la détermination faite par nos tnathéiitaticiei» envoyés en Laponie et au Pérou; inals« conune ils ont «apposé une courbe régulière à la terre , j'ai averti que cette supposition étoit hypothétique, et par consé^fuent je ne me sais point arrêté h cette délermi nation. Je pense donc qu'on doit préférer l« rapport de z>g k »io . tel qu'il a été déterminé par Newton » d'après sa théorie et les expériences du pendule , qui me paroissent être bien plus sûres que les meaares. C'est par cette raison que, dans les mémorrea de la partie hypothétique, j'ai toairniri supposé que le rapport des deax difamètrss du sphéroïde terrestre étoit de 7.29 k 23o. M. le docteur Irving , qui a accompagné M. Phipps dans éou royage au nord en 177$» a fuit des etpérfences frAa exActes sar l'a^c^énition du pendule aa 79^ degré io minutes , et il « trovvé que cette accélératioa étoit de 72 à 78 secondes eu 24 heures, d'oà il conclut que le diamètre a l'équateur est à l'axe ée la terre coiA are ail à 2tr. Ce savant Voyageur ^oote, aveen»4o», qne^on résultat approche de «ctai de N«wton beaucoup plus que c«âui dt: M. de ÏIaui>ertuis, qui doime le rapport de 178 ik 17g, et plus aussi que celui de M. Bradley, qui , d'après les «hservatiou» de M. CsunpbeU, donne le rapport de a«o à 20 1 pour la dîfTéireDce des deux diamètrea de •a terre, {^r/d. Bu^.^

DE LA NATUR:^

difiperiéeg an loia t fwaiant ai9t<Mur des planètes une espèce d'atmosphère fiemblableà celle du soleil ; dur on sait que le eorp» de cet astre de feu est enviruiuié d'u^e sphère de vapeurs qui s'étend à des di&tances immenses, et peut-être jusqu'à Torbede la terre. ][.'existeiK:e réeUe de cette atmosphère solaire est démontrée par un plténomène qui accompagne les érUpses totales du .soleil.

La lune en couvre alors à nos yeux le disque tout entier ) et néanmoius l'on voit encore un limbe ou gi'and cercle de vapeurs, dont la luraière est assez vive pour nous éelairer à peu près autant que celle de la iMiie : sans cela le globe terrestre serait plongé dans l'obscurité la plus profonde pendant la durée de l'éclipsé totale. On a observé que cette atmosphèr-e solaire est plus dense dans ses parties voisines du so- 1^1, et qu*elle devient d'autant plus mre et plus traitsparente qu'elle s'étend et s'éloigue davantage du corps de cet astre de feu : Von ne peut donc pas douter que le soleil ne soit environné d'un^ sphère de matières aqueuses, aériennoi, et volatiief , que sa violente chaleur lient suspendues et reléguées ' à des distances inuiienses , et que , dans V^ noment de la pffi||ection des planète», le torrent des matières iues sortie» du corps du soleil, n'ait, en traversant son atmosphère, entrainé une grande quantité de ces matières tolaiiles dont elle est composée; et ce sont ce» mêmes matières volatiles, aqueuses, el aériennes, qui -ont ensuite formé les atmosphère» dés planètes, lesquelles étoient sesâblables à l'atmosphère du soleil, tant qtie les planètes ont été, comme lui , dans un état de fusion om de grande Incandescence.

lV>iites les planée n'éfoient d<Hie alors que des masses de verre liquide , environnées d'une sphère de vapeurs^ Tant qu'a duré cet état de fusion « et même long-temps aprèi , les planètes éioftenl l^minc^nsefi par ebes-méme», comalo le sont tous les corps en incandescence ; mais, à mesure qOe les planèles prenoient de la coitsistaoïee « elles Iperdeient de leur lumière : elles ne devinrent tout -à- fait obscures qu'aies s'être consolidées Jusqu'au centre , et long-temps après la oonsolidatiou de leur surface, comme l'on voit dans une mi^se de métal fondu la iiimière et la rougeur subsister très-longtemps adirés la consolidation de sa surfaire. Et dans ce premier t«»ps où les planètes brilloient de leurs propres feux elles devoiejit lancer des rayons, jett»* des étincelles, faire des explosions, et ensuite souffrir.

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