‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 47 sur 161 · SIXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

SIXIÈME ÉPOQUE

LçTs^ s^est faite ta, ^éparqtUm des çonifnens.

Le tempe ée la sépcnrtîoii 4» tcontiiiei»

est certainement postérieur «u temps o« les élénluin» habitoient les terres du nord , piiisqu'alors leur espèce étoit également subsistante en Amérique, en Eiiro|)e, et en Asie. Cela nous est démontré par les monn* mens , qui sont les dépouilles de ces animaux trouvées dans les parties sepientrio- Dales du nouveau eoutinent, comme dans celles de lancien. Mais comment est • il arrivé que cette séparation des continens paroisse s'être faite en deux endroits par deux bandes de mer qui sVtendent depuis les contrées septentrionales, toujours en s'élargixsant, jusqu'aux contrées les plus méridionales? Pourquoi ces bandes de awr ne se trouvent-elles pas, au ccmtraire, presque parallèles à l'équateur , puisque le 'mouvement général des mers se fait d'orient en occident? N'est-ce pas une nouvelle preu%'« que les eaux sont primitivement venues des pôles, et qu'elles n'ont gagné les parties de lécftrateur que saoœssivemenl ? Tant «ju'a duré <a chute des eaux , et jusqu'à l'eutière épuration de l'atmosphère, leur mouvement général a été dirigé des |>àles à réc|uateur; et comme elles veiioieul en plus grande

Juantilé du \ià\e austral , elles ont Ibrnié e vastes mers dans cet héinisfdière , lesquelles vont en se rétrécissant de plus en plus dans Thémisphère l>on*al , jusque sous le cercle polaire; et c'est parce mouvement dirigé du sud au nord que les eaux ont aiguisé toutes les pointes des continens :

mai«t après leur entier élahlissemeiit sur la surface de lu terre , qu'elles sunnoutoieni partout de deux milles toises, leur mouvement dvA |)dles à récfuateur ne se sera-i U pas conihiiié, avant de eess<T, avec le mouvement dWieu4 en o<Tideut? et, lors(|U*il a cessé toul-à-fait , les eaux enlruiuées (tar le seul mouvement d'orieUI en occident n'ont-elles fias esrarpé tous les revers occi* dentaux des coutiueus terrestres, quand elles se sont successivement abaissées? et enûu n'est-ce pas après leur retraite que tous les oentioena ont paru , et que leurs fontours ont pris leur dernière forme? S(ou» «i^iarvcffPB» 4'«bord q«e l'éiealvo

cies v^nw osns, «nemi^^s^vQ D^wm , 4bo %o jvreBanl du «er«4e pé1lHi« è réqnatettr, eit si grande en comparaison et riieiHliié ém terres prises de même dans Hiéniisphèiè anstnd , qu'en pourroit i^arder le premier comme l'hémisphènfi tervestne;, et le second comme riiémisphère «laritime. D'aiNeurs 11 y a si peu de distance entre les deux continens vén les régions de notre pàh*, qu*ott ne peut guère douter qu'ils ne fussent continus dans les temps qui out succédé i la retraite des eaux. Si l'Europe est aujourd'hui séparée du Groenland , ^estprobablement parce qu'il s'est lait tm aHaissement considérable entre les teires du Groenland et celles de> Nonrèj^ et de k pointe éo ■ l'Ecosse, dont les Ooades , l'île de SchuCland, ceUes de Feroé, de l'iskmde, et do Hola , ne nons montrent pkn qne les sonmets des terrains stibnergéa ; et d le continent de l'Asie n'est plus eontigu à cehd de l'Amérique vers le nord , c'est sans douM en conséquence d'un effet tout semUable.

Ce premier alTaissement que les volcans dé l'Islande paroistent nous indiquer a non seulement été postérieur aux alïaisseniena des contrées de l'é(|uateur et à la retraite des mers . mais postérieur encore de quelques siècles à la naissanee des grands animaux terrestres dans les contrées septentrionales; et Ton ne peut douter que la séparation des cunliueiis vers le nord ne soit d'un temps assi^a moderne en compnraisfui de la division de ces mêmes coulis nens vers les {Mirlies de réquateur.

Nous présumons encore que non aeul^ meut le Oroenlaud a été joint à (a Noi>* wège et » rK«*osse, mais aussi qiie.le<^aiiada poil voit l'ètrt^ à l'Kspagite par les baueit dé. 'J'eri-e- Neuve, les A^>res et les autrea Iles et liaiils«foiids qui se titiuveul daOS cH iiii': tervalle de nur ; ils seiublenl nous |>resen« . ter aujourd'hui les sommets les |4us éle%'^ de ces terres afl'aissées sous les eaux. Is, submersion en est peut-être enoone phi|' moderne que celle du contiiteot do litland»

puisque Ù tradition parqijt s*en en» o»i^ servée : l'histoire de Vile ADantide* mp»»; portée fMur Jàiodoro #t Plaloi^ utipeiiit a'Af".;

toti4[inéf htrà une irès-grande lerre c|ui s'évendoil tort au loin à rorcident de TEs- Ipagne; (%Ue terre Ailantide éloit trèâ-peiiplée, gouvernée par des rois nuissaiis qui commandoient à plusieurs milliers de coinliatlans, et cela nous indique assez positi- ^renient le voisinage de 1* Amérique avec ces terres Atlantiques situées entre ces deux continens. Nous avouerons néanmoins que la, seule chose qui soit ici démontrée par le fait, c'est que les deux continens étoient réunis dans le temps de Pexistence des élé-

Fhans dans les contrées septentrionales de un et de Tautre, et il y a, selon moi, beaucoup plus de probabilité pour cette coutintiité de TAmérique avec l'Asie qu'avec l'Europe. Yoici les faits et les observations sur lesquels je fonde cette opinion :

. lo Quoiqu'il soit probable que les terres du Groenland tienneni à celles de l'Amériqije, l'on n'en est pas assuré; car cette terre du Groenland en est séparée d'abord par le détroit de Davis, qui ne laisse pas d'être fort large, et ensuite par la baie de Raftin, qui l'est encore plus; et cette baie s'étend jusqu'au 78* degré, en sorte que ce n'est qu'au delà de ce terme que le Groenland et l'Amérique peuvent être contigus.

a* Le Spitzberg paroit étte une continliité des terres de la côte orientale du Groenland , et il y a un assez grand iutervalie de mer entre celte côte du Groenland et celle de la Laponie : ainsi l'on ne peut guère imaginer que les éléphans de Sibérie ou de Russie aient pu passer au Groenland.

Il en est de même de leur passage par la bande de terre que Ton peut supposer entre laNorwège, l'Ecosse, l'Islande, et le Groenland : car cet intervalle nous présente des mers d'une largeur assez considérable ; et d'ailleurs ces terres, ainsi que celles du Groenland, sont plus septentrionales que celles où l'on trouve les ossemens d'éléphans, tant au Canada qu'en Sibérie : il ii*est donc pas \Taisemblable que ce soit par ce chemin, actuellement détruit de fond en comble , que ces animaux aient communiqué d*un continent à l'autre.

3** Quoique la distance de l'Espagne au Canada soit beaucoup plus grande que celle de l'Éoosse au Groenland, cette roule me paroitroit la plus naturelle de toutes, si nous étions forcés d'admettre le passage des éléphans d'Europe en Amérique : car ce grand interrallc de mer entre l'Espagne et les terres Toisines du Canada est prodigieusement raccourci par les bancs et les îles dont il est seikié; et ce qui pourroit donner quelque

DE LA NATURE

proi>abilité de plus à cette prcHomption, c'est la tradition de la submersion de l'Atlantide.

4*^ L'on voit que de ces trois chemins, les deux premiers paroissent impraticables, et le dernier si long, qu'il y a peu de vraisemblance que les éléphans aient pu passer d'Eur()|)e en Amérique. En même temps il y a des raisons très-fortes qui me portent à croire que cette communication des éléphans d'un continent à l'autre a dû se faire par les contrées septentrionales de l'Asie, voisines de l'Amérique. Nous avons observé qu'en général toutes les côtes, toutes les pentes des terres, sont plus rapides vers les mers à roccidenl , lesquelh'S, par cette raison, sont ordinairement plus profondes que les mers à l'orient. Nous avons vu qu'au contraire tous les continens s'étendent en longues pentes douces vers ces mers de l'orient. On peut donc présumer avec fondement que les mers orientales au delà et au dessus de Kamtsrhalka n'ont que peu de profondeur; et Ton a déjà reconnu qu'elles sont semées d'une très-grande quantité d'îles, dont quelques-unes forment des terrains d'une vaste étendue ; c'est un archipel qui s'étend depuis Kamtscbatka jusqu'à moitié de la distance de lAsie à l'Amérique , sous le 6o* degré , et qui semble y toucher sous le cercle polaire par les îles d'Anadir et par la pointe du continent de l'Asie.

D'ailleurs les voyageurs qui ont également fréquenté les côtes occidentales du nord de l'Amérique et les terres orientales depuis Kamtschalka jusqu'au nord de cette partie de l'Asie conviennent que les naturels de ces deux contrées d'Amérique et d'Asie se ressemblent si fort, qu'on ne peut guère douter ({u'ils ne soient issus les uns des au très : non seulement ils se ressemblent par la taille, par la forme des traits, la couleur des cheveux , et la conformation du corps et des membres , mais encore par les mœurs et même par le langage. Il y a donc une très-grancfe probabilité que c'est de ces terres de l'Asie que l'Amérique a reçu ses premiers habitans de toute espèce, à moins qu'on ne voulût prétendre que les éléphans et tous les autres animaux , ainsi que les végétaux, ont été créés en grand nombre dans tous les climats où la température pouvoit leur convenir; supposition haitli« et plus que gratuite, puisqu'il suffit de deux individus ou même d'un seul , c'est-à-dire d*un on deux moules une fois donnés , et doués de la faculté de se reproduire , pour qu'en un certain nombre de siècles la terre

SÏXtÈMÉ

te soit i^iiplée de tous les èires organisés dont la ivprodiiction suppose ou non le concours des sexes.

En réflécliissant sur la tradition de la submersion de PAtlaiitide, il m*a paru que Kes anciens Égyptiens, qui nous lont transmise, avoienl des communicaiions de commerce par le Nil et la Méditerranée jusqu'en Espagne et en Mauritanie , et qtie c*est par cette communication qu'ils auront été informés de ce fait, qui, quelque grand et quelque mémorable qu'il soit, ne seroil pas parvenu à leur connoissance s'ils n'éioient

Sas sortis de leur pays, fort éloigné du lieu e l'événement. Il sembteroit donc que la Méditerranée et même le détroit qui la joint i rOcéan existoient avant la submersion de l'Atlantide : néanmoins l'ouverture du détroit pourroit bien être de la même date.

Les causes qui ont produit laffaissement subit de cette vaste teri'e ont dû s'étendre aux environs ; la même commotion qui l'a détruite a pu faire écrouler la petite portion de montignes qui fermoit autrefois le déti'oit ; les trembiemens de terre qui , même de nos jours , se font encore sentir si violemment aux environs de Lisbonne , nous indiquent assez qu'ils ne sont que les derniers effets d'une ancienne et plus ptiissanle cause, à laquelle on peut attribuer l'affaissement de celle portion de montagnes.

Mais qu'étoit la Méditerranée avant la rupture de cette barrière du fôté de l'Océan, et de celle qui fermoit le Bosphore a son autre extrémité vers la mer Noire?

Pour répondre à celte question d'une manière satisfaisante, il faut réunir sous un même coup d'œil l'Asie , l'Europe , et l'Afrique . ne les regarder que comme un seul continent , et se représenter la forme en relief de la surface de tout ce continent, avec le cours de ses fleuves : il est certain que ceux qui ioml)ent dans le lac Aral el dans la mer Caspienne ne fournissent qu'autant d'eau que ces lacs en |>erdent par 1 évaporaiioii; il est encore certain que la mer Noire reçoit , en proportion de son étendue, beaucoup plus d'eau par les fli'uves que n'en reçoit la Méditerranée ; aussi la mer Noire se décharge t-elle |iar le Bosphore de ce qu't-lle a de trop , tandis qu'au contraire la Méditerranée, qui ne reçoit qu'une petite quantité d'eau par les fleuves, eu tire de l'Océan et de la mer Notre. Ainsi, malgré cette communication avec TOcéan, la mer Méditerranée et ces autres mers intérieures ne doivent être regardées que comme des lacs dont l'étendue a varié , et qui ne

ÉI»OQtJfi. ,5J

sont fias aujourd'hui tels qn*ns étoieht an»

trefuis. I.a mer Caspienne devoit être beaucoup plus grande et la Méditerranée ptua petite avant l'ouverture des détroits du Bosphore et de Gibraltar; le lac Aral et la Caspienne né faisoient qu'un seul grand lac, qui étoit le réceptacle commun du Wolga, du Jaîk, du Sirderoias, de i'Oxus, et de toutes les autres eaiu qui ne pouvoient arriver à l'Océan : ces fleuves ont amené successivement les limons et les sables qui séparent aujourd'hui la Caspienne de l'Aral ; le volume d'eau a diminué dans ces fleuves à mesure que les montagnes dont ils entraînent les terres ont diminué de hauteur : il est donc très -probable que ce grand lac, qui est au centre de l'Asie, étoit anciennement encore plus grand , et qu'il communiquoit avec la mer Noire avant la rupture du Bosphore ; car dans cette supposition, qui me paroît bien fondée \ la mer Noire, qui reçoit aujourd'hui plus d'eau qu'elle ne pourroit en perdre par l'cvaporafion , étant alors jointe avet la Caspienne, qui n'en reçoit qu'autant qu'elle en perd, la surface de ces deux mers réunies étoit assez étendue pour que toutes les eaux ame nées par les fleuves fussent enlevées par l'évaporation.

D'ailleuis le Don et le Wolga sont si voisins l'un de l'autre au nord de ces deux mers , qu'on ne peut guère douter qu'elle»

ne fussent réunies dans le temps où le Bosphore encore fermé ne doniioit à leurs eaux aucune issue vers la Méditerranée : ainsi celles de la mer Noire et de ses dépendances éloient alors répandues sur toutes les terres basses qui avoisinent le Don , le Don«

I. « En parconrant, dit M Pallas, les immenses déserts qui s'étendent entre te Wolga . le Jaili , la mer Caspienne, et le Don , j'ai remarqué que ces sttppes , ou déserts sablonneux , sont de toutes parts environnés d'une côte éleyée , qui embrasse une grande partie du lit du Jaiti , du Wol^a , et du Don, et que ces rivières , très- profondes avant que d'avoir pénétré dans cette encfinte, sont rem* plies d'ili'S et de bas-fonds dès qu'elles commencent à tomber dans les steppe* , on la grande rivière de Koman va se perdre elle-même dans les sables. De ces observ.ntions réunies , je conclus que la mer Caspienne a couvert autre/oit tous cet déserts ; qn'elle n'a en anciennement d'autres bords que ces même» câtes élevées qui les environnent de toutes parts , et qu'elle a communiqué, an moyen du Don, avec la. mer Noire , supposé même que cette mer, ainsi qo* celte d'AzofF, n'fu ait pas fait partie. »

M. Pallas est Siins contn^il l'un de nos plus Mrans naturalistes; et c'est avec la plus rraiiide satis faction que je le vois ici entièrement de mon «vit sur l'ancienne étendue de ia mer Caspienne» et sur la probalkilité bien fondée qu'elle comiiiiuki<iaeît autirefois aV«c là mer Noire. (Jltlii» Bii//.}

Vl4 DES ÉPOQUES

jec« irtc*, tfH iiclWf 4eia ihh- Outpierme oeuwwiMii kl l£iT«B veÎMAes du Woj^t, ce qw fomnoit va lac pius long qiM laiq^ ^^L réutÛMoit cet deux iper». Si l'oa .compju:»

retendue «ctuelle du lac 4ral > 4e Ja mf»

CwpieiiiMt, et de la pner Noire, avec r<^U»due que nous leur supposons dans le 4ein|i9 de leur «onriiiuité, c'ost-^ire avant Toiir fertvre du Bospàore, oo sera ooavaioQii., que, Ja surface de ces eauiL étant alors plus que douille de ce qu*elle est at^ourd'iui^ révaporstion leule suffisoit poui* ea Maûi^ tenir Téquilibre sans débordement.

€e bassin , qui étoit alors petrt-étre aussi grand que Test aujourd'hui celui de la Mé*' diterranée, reœvoit et conienoit les eauK de tous les fleuves de Tintérieur du cmitinent de l'Aâie, lesquelles, parla position des montagnes, ne pouvoient s'écouler d'au* cuu côté pour se rendre daus l'Océan : oe grand bassin étoit le réceptacle conmira des eaux du Danube, du Don, du Wolga, du Jaïk, du Sirderoias, et d« plusieurs a»> très ririères tnè8<<x>n6idét-ables qui ariiveoC àcf*s fleuves, ou qui tombent immédiate* ment dans ers mers intéiieures. Ce bo!tsin, situé au centre du continent , recevuit les eaux 4ies ferres de i'£urope dont les f entM sont dirigées vers le cours du Danube , c'est-à*dire de la jàvtt grande «iiM*tie de rAUi>magne , de la Moldavie, delUkraine, et de la Turquie d'Europe; il reœvuit 4é même les eaux d'une grande naitie des f cidres de TAsie au nord , par le Don , le DoUjec , te Woiga , le Jaîk , etc., ei au midi par le Sirderoias et l'Oxiis . ce qui préRente une très-vastf étendue de terre dont toutes les eaux se versoieut dans ce ré<*eptarle com* niiin ; tandis que le bassin de la Méditerranée ne recevoil alors que celles du Nil, du Rliôue, du l'o, el de quelques antres rivières : de sorte qu'en contpiiraut Tcten* due des terres qui fournissent les eaux à ces dei-niers fleuves, on reconnoitra évidenunent que cette étendue est de moitié plus petite. Nous sommes donc l>ien fondés à présumer qu'avant la rupture du Bosphore tt celle du détroit de Gibraltar, la mer Noire réunie avec la nier Caspienne et l*Arat formott un bassin d'une étendue double de ce qu'il en reste; el qu'au contraire la Méditeiranée étoit daus le même temps de moitié plus petite qu'elle ne Test aujourd'hui.

Tant que les barrières du Itosnhore et àe jGjbraltar ont subsisté , la Méditerranée ■f'êlQit donc qu'un lac d'assez médiocre éteoi* due, dont l'évaporalion suffisoit à la reeetta

m LA If ATURE.

des eauf du Nil, ^u ;R|i4iie, çt4es 4iQtno nvièitts ^ Uii^i^particnftept; naâi ^n suppos:int , comme les tradilioii^ semldept Tio» dliquer, 5pi0 if» BospiUore «e 4oit 4>uvert le prt^ier^ (a Ifédit^rrapiàe «jur^a 4ès loci oonsidérablenaiit angmevilét ^ en némf proportion qua le jbfhisio supérimu' de la mer Naine et de U Çvpieuiie aura dimin«é. Ce grand efCist 9'^ ,rien que de très* natiuvi : car les 4au|L 4e 4a ffsner Noire, supérieures à celles de ]^ Méditeiiranée, agis- «ant ooMlinuelleoBent par leur poids et par leur mouvcMUent ooulre les terres qui formoient le Bosphore;, elles les auront minées par la base, elles en awont attaqué les e^ droits les plus foibles; ou peut-être auroot- «Hes èlé ani<»ée$ par qi^lqu^ affaisactnenl causé par «ni ireQiMtmt^ de letpR, et, s'étaiit Mlle iiàa ouMsnt cette ismie, elloi auront inondé laiil«s ^es teroes iulérieures ^ et causé le pins a»ci»n déluge de iio^e ce^ tiiient : jcar il icst «éoesittire que oeiia rup* tune iiu nospbone «it produÀ tout à coup une grande ânondation permauenle 4ui a noyjé, dès «e preniiei'ieBtps, toutes les plus basses terres de la Créât H des provincél adjacentes ; et cetle inoudalion s'e^tt en oiéBia temps éti^due sur les terres qui ei»'iroi;knoient ancieniiement le bassin de la Méd;^terraoée, laquelle s'Mt dès lors élevée de plusieurs pieds, et aura couvert pour jamais les basses ternes de son v^oisinage, jeooore

{dus du c6ié de rAfrique que de celui dt 'Ëurupe : car les côtes de la Mauritanie et de la Barbarie sont très-lHMhes en cemjiarai* son de ct*lles de rHM|tagne, de la France, el de rilalir, tmil le long de cetle nnr.

Ainsi le conliiuiiii a perdtii en Afrique et en Em-ope autant de terre qu'il en gagnoit^ pour ainsi dire, en Asie, par la retraite des eaux entiv la mer Noire , Ja Cas|iiettue et l'Aral.

ËnsiHte il y a eu un serond déluge lors* que la porte du détroit de (Gibraltar s'est ouverte; les eaux de ViVéan ont di) produire dans la Mi'nli terra née une seconde aiignicniation , et ont achevé d'inonder les terres qui n'ét oient pas sulMiMi'gées. Ce n'est p*>ul - étr« que dans ce sei-ond tenip^ que s est formé le golfe Adriatique, ainsi que la séparation de la Sicile H dv% aiili^ lies. Quoi qu'il en suit , œ n'est qti'apiis ce<i deux grands événemens que l'écpulibra de ces deux mers intérieures a pu s'établir, et qu'elles ont pris leurs dimensions à pe« près telles que nous les voyons aiijourd'huL

Au resl^ , ré|)oqiie de u séparation des deu& grands eontineas, et aoéme «elle da la

^TKIËXE ÈPOQVVL

HS

rupUii^ àé oai JNQiricras it YCkAn «t de la mar Noire. jfMroieieirt èlre Ihm» plosiMKieaiies i|iM la date des di^Uiges dont les bommes «lOt cooMné la «némoke : tdui ileDe«iidiioB nW qu0 d*eii,v'in»n qiiiiue «onlé «as «vsul fèiv^brélieiiiie, <« celui dïigygès 4e ^x-luiU oenU aus; tous deux ii^oat étéiqiM às$ «oadaiiODS paniciilifènjB> deui la firpmiése ravagea la Tiieesaiie , et ta seconde Lis terras de TAItique; toiis deux n'ont é(é pipduits que par .une /cause pariicuiiêre et )>assagère comme leurs elTels ; quelques seGOMtaes d'u« Itendilejneiit de terre est pu soulever les ei\ux des mers voiaiues et les faii»

refluer aur les terras^ qui auroiil été inondées pendant un |)etil temps sans étra submergées à demeure. Le d*:lugedei'Anné»iie elde rÉg>pie, dont la Iraditiou Vesl coii- •er\'ée cliez k» K^ypliens et les Hébreux, .quoique plus aneieu d*eo%'ii-oQ cinq siècles que celui d'Ogygès, es(,eiM*Qre liieo récent en comparaison des événemeas datnt nous venons de parier , puisque Ton ne couipte jqu'jan»'4,ron ciuatrc avilie cent années depuis t9 premier uéluge, et qu'il est ti*èB-Cf>rtain qinB le •ti'mps où les élcpUans liabitoieni les terres du noni étoit bu» anlérieiu* à cetie date jnoderae : car nous somanes assiunés par 4es livjes les {>lus anriens que Tivoire ae l'woil des pays méridionaux ; par consémteni «ou<i ne pouvons douter qu'il n*y ait plus dit trois mille ans que les élé|dians liabilent les terres uù ils se trouvent aujourd'bilL On doit donc regarder ces trois déluges, quelque mémoraldes qu'ils soient, romme d>« inondations passagéivïs <p<i n'onâ point /changé la siu^farede ia len'e, tandis (|ue ia aôparaiion des deux oooliuens du côté de JT^uro|^ u*a pu ae faire qu'en submt^rgeaut à jauuus les leires qui les rcuiii.isoiiu]J.. Il «a est de même de la plus graude partie dfls terrains acluellement couverte par les eaitt de .la MéditeiTaaée; ils ont été submergés pour toujours dès ks temps où les portes ae sont ouvertes aux deux extrémités de eetite mer intérieure npur recevoir k» «aux delà ner Noire ei celles de TOcéau.

.Gbs événepiena , quoique posCérieun à réiablisaemeut des animaux terresires dans Aes pontnèes du nord , ont peut-être préoédé leur arrivée dans les ternes du midi ; car noua avons démontré , dans l'époque précédmte, qu'il a'est éeoulé bu» des sièdes avant que lesélcpbans de Sibérie aient pu venir en ASHqv#, ou dans les parties uiéridionalca de rjnde. Nous avons compté dix mille ans poiur fset^e espèce de B»igraiion , qui ne s'esi faite qu'à «èaiure du refroidiaséinant auQQwiif «t

lovt lent dca difféiené eltiïMtodépiiti \é «le polaine à Téqsiateur. Ainsi la (épandion jies«coaitqe8s, la auliaMaiiioo doa t^srres qni ies néunisaoiean , celVe des icnrains a^anem ài i'abciea 4ac de la B|éditerranée, d enfin la aé|iamlian de Ja aucr liiioine, de la Cmpieu^a, jet de i'Ajvl, quouiue toHtMi poal^ rieuivs à rétablisseo^eol idejces animaux daJis les contiX|BB du oard, |ioun)dbent bien ètie anténiaures à la population des leraes du «lidi , dpnt la cbaleiar Irpp grande alors ne nermetioit pas aux ièti«s seiiaiLles de sV iialatuer, ni même d'en jtppnocber. Le soleil était encore rennemi d^ la nature dans ces régions bradantes de leur propre diaieur, et il n'en est davenu le pfère jque iquaad oetlB cbalenr inléridttre de la terne s'est assee Attiédie fiour ne pas offena^p* la isensibililé das êtres i|ui nous ne&aemldettl. Il a'y a peul^ être pas cinq mille ans que les terres de la zone torride sont habitées , tandis qu'on «a doit compter au .moins quâoxe mille depuis réiaJ>lissi'flaeiit des animaux lanneatces dans les coulriws du nord.

Les bautes montagnaa , qnoiq^a aituéaa dans les cUunts leci plus chaÂids, se soat reii'uidies peuiiètre aussi prouifkteaaenl qu celles des pays tempérés, parce qu'étant plus élevées i/^ ces dernières, elli's forment des pointes |>lus éloignées de la masse du globe : roo doit doue eoqsidéi'er qu'indé{ieiidainr ment du re&-oidiwi*mént général ei successif de la terre deoiys ies pôles à léquafaenr, il y a eu des retroidi^wmens pariicidiers |ilu8 ou .moins prompts dans émîtes 4es mouiagnas et dans les terres élevées des diffiBi-entes |-ar< ties du globe, et qiee, dans le temps de aa Irçip gpraude dutleur » les seuls lieux qui fiia* leiit iCDQKeoables à Ja iwtiuv fixante ont été les soiumels des moutagiiea ei ivi& autres terres élevées , udifes queeellca de la Sibérie et de ia Àanie TaitUvie.

Lorsque toutes les canx ont été .étabUes siir Je globe , leur mouvement d'orient en occident a escarpé les revers occidentaux de tous les conlinens pendant tout le temjpa qu'a duré l'abaissei^eot des mers : easuiia ce même aounamciU d'orient en occident fi dirigé les eaux amtre les pentes douces dea terres orieutaiss , et l'Ooéan s'est emparé do kurs anciairaes o6tes ; et , de plus , il paroll avoir tranché toutes les poûiten des continens terrestres, et avoir formé les détroits de Maipelian à la {winie de rA|Béri(pie , de Geylaa à la pointe de l'Inde , de Forbisher à cd^ du Groenland , etc.

C'est à la date d'environ dix mille ans , à oemp^ de ce imv , .en arrinre , -que je pla^

«eroKt U séjuration de VEurope et de l'A- «aérique ; et c*est à peu près dans ce même temps que TAnglelerre a été sépai'ée de la ^l^oce, l'Irlande de 1* Angleterre, la Sicile <de ritaiie, la Sardaigne de la Corse, et toutes deux da continent de TAfrique : c*est -peut-être aussi dans ce même temps que les Antilles, Saint-Domingue, et Cuba, ont été séparés du continent de 1* Amérique. Toutes «es divisions particulières sont contemporaines ou de peu postérieures à la grande sé- |>aration des deux continens; te plupart même ne paroissent être que les suites nécessaires de cette grande division, laquelle ayant ouvert une large route aux eaux de l*Océan leur aura permis de refluer sur toutes les terres basses, d'en attaquer par leur mouvement les parties les moins solides, 4e les miner peu à peu , et de les trancher «nfin jusqu'à les séparer des continens voisins.

On peut attribuer la division entre l'Europe et l'Amérique à Taffaissement des terres qui formoient autrefois l'Atlantide ; el la séparation entre l'Asie et l'Amérique (si elle existe réellement) supposeroit un pareil affaissement dans les mers sepleutrionales de l'orient : mais la tradition ne nous a conservé que la mémoire de la submersion de la Taprobane, terre située dans le voisinage ■de la zone torride , et par conséquent trop éloignée pour avoir influé sur cette séparation des continens vers le nord. L'inspection du globe nous indique , à la vérité , qu'il y « eu des bouleversemens plus grands et plus fréquens dans TOcéan indien que dans aucune autre partie du monde > , et que non seuiemeni il s'est fait de grands changemens tians ces contrées par rafTaissement des cavernes, les tremblemens de terre, et l'action des volcans, mais encore par l'effet continuel du mouvement général des mers, qui, constamment du*igées d'orient en occideut , ont gagné une grande étendue de terrain sur les côtes anciennes de l'Asie , et ont formé les petites mers intérieures du Kamt- «chatka , de la Corée , de la Chine , etc. Il paroit même qu'elles ont aussi noyé toutes les terres basses qui étoient a l'orient de ce continent; car si l'on tire une li^e depuis l'extrémité septentrionale de l'Asie, en passant par la pointe du Kamischatka, jusqu'à la Nouvelle-Guinée , c'est-à-dire depuis le cercle polaire jusqu'à Téquateur, on verra H{ue les iles Marianes et celles des Cailauos, qui se trouvent dans la direction de cette

t. Voyez l«s Additions de Baffon, page i6i.

DE LA NATURE

ligue sur une longueur de plus de deux cent cinquante lieues , sont tes restes ou plutôt les anciennes côtes de ces vastes terres en- Taliies par la mer : ensuite si Ton considère les terres, depuis celles du Japon à Formose, de Poritaose aux Philippines , des Philippines à la Nouvelle-Guinée, on sera porté à Onoire que le continent de l'Asie éioit autrefois contigu avec celui de la Nouvelle-Hollande , lequel s'aiguise et aboutit en poiute vers le midi , comme tous les autres grands continens.

Ces bouleversemens si multipliés et si évîdens dans les mers méridionales, l'envahissement tout aussi évident des anciennes terres orientales par les eaux de ce même Océan , nous indiquent assez les prodigieux changemens qui sont arrivés dans cette vaste partie du monde, surtout dans les contrées voisines de féquatenr : cependant ni l'une ni l'autre de ces grandes causes n'a pu produire la séparation de l'Asie et de l'Amérique vers le nord ; il sembleroit au contraire que si ces continens eussent été séparés au lieu d'être continus , les affaissemens vers le midi , et l'irruption des eaux dans les terres de l'orient, auroient dû attirer celles du nord , et par conséquent découvrir la terre de cette région entre l'Asie et l'Amérique.

Cette considération confirme les raisons que j'ai données ci-devant pour la continuité réelle des deux continens vers le nord ea Asie.

Après la séparation de l'Europe et de l'Amérique, apiès la rupture des détroits, les eaux ont cessé d'envahir de grands espaces; et dans la suite la terre a plus gagné sur la mer qu'elle n'a perdu : car, indépendamment des terrains de l'intérieur de l'Asie nouvellement abandonnés par les eaux, tels que ceux qui environnent la Caspienne et l'Aral, indépendamment de toutes les côtes en pente douce que cette deruière retraite des eaux laissoit à découvert , les grands fleuves ont presque tons formé des îles et de nouvelles contrées près de leurs embouchures. On sait que le Delta de l'Egypte, dont l'étendue ne laisse pas d'être considé Table , n est qu'un atlerrissement produit par les dépôts du Nil. Il eu est de même de la grande ile à l'entrée du fleuve Amour, dans la mer orientale de la Tartarie chinoise. Eu Amérique, la partie méiidionale de la Louisiane, près du fleuve Mississipi, el la partie orientale située à l'embouchure de la rivière des Amazones , sont des terres nou- Tellement formées par le dépôt de ces grands fleuves. Mais nous ne pouvons choisir un

StXIÊMÈ ÉPOQUE.

ekempte fiiliis gnuid d'une contrée récente que celui des vastes terres de la Guiane; leur aspect nous rappellera Tidée de la nature brute, et nous présentera le tableau nuancé de la formation successive d'une terre nouvelle.

Dans une étendue de plus de cei^ vingt lieues, depuis Tembouchure de la rivière de Cayenne jusqu'à celle des Amazones, la mer, de niveau avec la terre, n a d'autre fond que de la vase, et d'autres côtes qu'une couronne de bois aquatiques, de mangUs ou palétUf ners , dont les racines, les tiges, et les branches courbées , trempent également dans Teau salée , et ne présentent que des halliers aqueux qu'on ne peut pénétrer qu'en canot et la hache à la main. Ce fond de vase s'étend en pente douce à plusieurs lieues sous les eaux de la mer. Du côté de la terre , au delà de cette large Ibière de palétuviers, dont les branches, plus inclinées vers l'eau qu'élevées vers le ciel , forment un fort qui sert de repaire aux animaux immondes, s'éiendent encore des savanes noyées , plantées de palmiers lataniers , et joncnées de leurs débris : ces lataniers sont de grands arbres, dont , à la vérité , le pied est encore dans l'eau , mais dont la tète et les branches élevées et garnies de fruits invitent les oiseaux à s*y percher. Au delà des palétuviers et des lataniers Ton ne trouve encore que des bois mous, des cornons , des pineaux , qui ne croissent pas dans l'eau , mais dans les ter*rains bourbeux auxquels aboutissent les savanes noyées; ensuite commencent des forêts d'une autre esseuce : les terres s'élèvent en pente douce , et marquent pour ainsi dire leur plé%'ation par la solidité et la dureté des bois qu'elles produisent. Enfin , après quelques lieues de chemin en ligne directe depuis la mer, on trouve des collines dont les coteaux, quoique rapides, et même les sommets , sont également garnis d'une grande épaisseur de bonne terre, plantée partout d'arbres de tout âge si pressés , si serrés les uns contre les autres , que leurs cimes entrelacées laissent à peine p:isser la lumière du soleil , et sous leur orubre épaisse entretiennent une humidité si froide que le voyageur est ol)ligé d'allumer du fe«» pour y passer la nuit; tandis qu'à quelque distance de ces sombres forêts, dans les lieui défrichés, la chaleur excessive pendant le jour est encore trop grande pendant la nuit. Cette vaste terre des côfes et de l'intérieur de la Guiaiie n'est donc qu'une forêt tout aussi vaste, dans laquelle des sauvages, en petit nombre , ont fait quelques clairières et de

petits abatis pour pouvoir s'y domicilier sans perdre la jouissance de la chaleur de U terre et de la lumière du jour.

La grande épaisseur de terre végétale qui se trouve jusque sur le sommet des collines démoutre la formation récente de toute la contrée; elle l'est en effet au point qu'au dessus de l'une de ces collines, nommée la Ga6nelle, ou voit un petit lac peuplé de crocodiles caïmans que la mer y a laissés à cinq ou six lieues de distance et à six ou sept cents pieds de hauteur au dessus de son iii< veau. Nulle part on ne trouve de la pierre calcaire , car on transporte de France la chaux nécessaire pour bâtir à Cayenne : œ qu'on appelle pierre à ravets n'est point une pierre , mais une lave de volcan , trouée comme les scories des forges; cette lave se présente en blocs épars ou en monceaux irréguliers dans quelques montagnes où l'on voit les bouches des anciens volcans qui sont actuellement éteints , parce que la mer s'est retirée et éloignée du pied de ces montagnes. Tout concourt donc à prouver qu'il n'y a pas long-temps que les eaux ont abandonné ces collines, et encore moins de temps qu'elles ont laissé parottre les plaines et les terrea basses : car celles-ci ont été presque entièrement formées par le dépôt des eaux cou* rantes. Les fleuves, les rivières, les ruisseaux , sont si voisins les uns des autres, et en même temps si lai^s, si gonflés, si rapides dans la saison des pluies, qu'ils entraînent incessamment des limons immenses, lesquels se déposent sur toutes les terret basses et sur le fond de la mer en sédiniens vaseux. Ainsi cette terre nouvelle s'acoroî-* tra de siècle en siècle tant qu'elle ne sera pas peuplée; car on doit compter pour rien le petit nombre d'hommes qu'on y rencon* tre : ils sont encore, tant au moral qu'au physique , dans l'état de pure nature ; ni \ô* temens, ni religion , ni société, qu'entre quelques familles dispersées à de grande»

distances , peut-être au nombre de trois ou quatre cents carbets , dans une terre dont l'étendue est quatre fois plus grande que celle de la France.

Ces hommes, ainsi que la terre qu'ils habitent , paroissent être les plus nouveaux de l'univers : ils y sont arrivés des pays plus élevés et dans des temps postérieurs à l'établissement de l'espèce humaine dans les hau* tes contrées du Mexique, du Pérou, et du Cliili ; car, en supposant les premiers hom* mes en Asie , ils auront passe par la mém« route que les éléphans , et se seront , en arrivant, répandus dans les terres de l'Améri^

ut

ênstkite àtsémént fi^En^hi ïfé fknviies Vett^ 9U delà de risUime, et sé'setow éuhtii dantf éelFes dt^ Pérou, et ertfiw ilv aiiPèMf péiié(i>é ftisqiie dans \t» eontréeâ h^i \»\vtA reen#<^dtf FÂinérkiue MèrUKbiia<«. Rats à'cât-il ^p âingiHier <^e ee sott dons q^élqite&-itiie9 d& tes d^i^Bièrea «iônlrée» qu'existent encore à» ^os jonrd léè g^aos cte Pestpè^e liunMiiiie-, fiuKfis' qu'oii A'y voit que des pygméeà d»iB> Ifigemrè d^s anîinvuiii? ca^ on iie p^ut doqier qiii'dii n'ait i^iicoiMré &alùis l-'A^niéfique mèlid^nafe dfcs? iMvlimes eu grand iionkbre, fous plus grande, pJus» carrés, plus épater et pli» fbrtë qlie- ne le sont loiis les* autres feommes' de tar terre. Les' races de géans, aii> fivfiM^ si éOmniUiutt eu< Asie, n'y 9iii>sisteiit phis. l^oui'q^ai' 9« tyouveiit-elle» en Aniéri» que aujourd'hui? tte jmm>toiis> nous pas croire qtt^ quelq^ie^ géaiis , aiii» que- tes élé{>ha[iis;î ébt passé d» TAsie eit Aniériqud , où, s'étaut Uromés- pour ainsi dire setris , leur nce s'est eonset^vA dans ce conlinear désert , tandis éii*etle a' été eutîéremeut détruite par le ttombntdes àmitres horames dans les' coui^écs peuplées? CIne eirsonstnncc nife paroit avoir concoiim au maiutteu de Cette aueieutieraee de géaiia dans' le continent do Nouveaii- MonUe; ce fi>iit'kflr hautes motitagues qui le. pwt«f;ent dans tout» s» loit^wir et sooï tbus 1rs elimatti; Or om sait(|u*eu général les lialiilaiic des moiitagiies sont plus grands et plus fbrts qm cctn» des vallées ou des plaùies: âif|)posant donc quelques eonples' de gélins pastvéHen iin)érit|Me , où* i4s aurmit trottvé la Ubertév la thinquillilé, la- paix., ou d'autres avanta^ qtie peut-cti% ils n'avoieiit pas» cliei eux., n auroul^ils pas ciloisi daiis les tenrer de leur nouveau domaiue celles qui' heur couvenoient le mieux , tant pour la^cludeur qae}K)up krsaiuhrité de Fait et' des eaux? Ils auront iùiuè leur domicile à une hauteur inédiocredans les montafneâ; ils se sereiut arrèiés' sous le climat le plus fiivorabte à leur multiplication ; et comme ils avoieut peir d'occasicuis de se mésallier , puisque toutes les lei^res' voisines étoieut désertes , ou du moins tout aussi ilouvello» ment peuplées par un petit nombre d*homaaes bien; inférieurs eu force , leur race gigentesque s^ést propagée sans obstacle et presque sans mélange; elle a duré et .subsisté jusqu'à ce jour , tiandis qu'il y a nombre dé siècles qu'elle a été détruite dans les iienx de son origine eu Asie, par la très-grande dL plus aucieime population de cette partie du monde '.

X r. Vuyea les jMUlioHt de Bu/fon. pa^re i6a.

DES ]êPÔ(JD«5 M tJL WATURE.

Maîv aoùntr tes honilnésaraoïit MnlItpKé»

^âm lès tël^r«s> (piir sOnt^ tfebieUeaietil! ctiau** des ëll cem|wéi^éek , adtaofr leuF oombre « di« mimié dans- eelfa» qqi sont (èevraiies trop Âreid^. Lé diwé chr Gvoénlanii , dé le> lny ponie, du Spitzberg, de la îVonveUerZem^ LIh y d|| t» rërre dex Samoïèfftép ,; msi» ht^n ' qu^m6 partie db eelles^qnif avôlsiiietii' la mer ôhieinlê jmvfà'k re&tréilitté de KAste ait Bord de Kaatiscbatka «-smit aettielleQieitC'de^ srptes, 01» plutôt dépeuplées d^'puiji un temps' assez mudei'ne.'(>n voit même par Wseai^tes* nisses^, que de{Mit!f les eotboticli tires di^ Qeuvas Olenek , Lena ,> et Jana , soitâ les 7^ et 7a* degi-és , k route , tout le long des cèles' de cette mer Glaciale jus(|ki'à ki terre des Tschntîicbis , étoit autretbis tort fmpieiilée, et qu'actuellement elle est inipr<iti('al>le« 01^ tout au moiits si difficile, qu'elle est aban^ duimétt. Ces mènii's caites nous montrent que des trois vaisseaux parPis en 16481 de rembouchui^ connnune des HeuVes de KlOlima et Olohion , sous le 79*^ degré , un seui a doublé le cap de la tej're des Tscliu4«('ltis' sous le 75® degré, et seul est arrivé,, di-eiit les mêmes cartes, aux îles- d'Aniaidirv voisi' nés de l'Aniérique soui le cercle f)ûlaire.

Mais autant je suis persuadé de la vérité de ces premiers faits , <iu(iiiit je doute de celle du dernier; car cei4e même carte qui présente par une suite de pohrts la mil le. d); ce vaisseau russe autour de la terre des Tschutscbis porte en même temps ç/i U)utes let^ très qu'on mi comkoît pas l'étendue de cette tçrre : or, q«iftud même ou auroit,, en 1648^ parcouru cette mer et (ait le toui* de cette pointe de l'Asie, il est sûr que depuis ce temps les Russ<^s, quoique ires- intéressés à cette navi^tion pour arriver à Kanitscb^tka, et de là au Ja|)on et à la Chine , l'ont eu* tièiH^meut abandonnée ; mais peut-être aussi se sont-ils réservé pour eux seuls la counoissauce de cette route autour de cette terre des Tscbutschis, qui l'orme l'extrémité la plus septeutriouale et la plus avancée du continent de l'Asie.

Quoi qu'il en soit, toutes les régions septenti-ionales au delà du 76* degré* depuis le nord de la Norwége jusqu'à rextréniilé de l'Asie, sont acluellenient dénuées d'ha- , bitans , à l'exception de quelques malheu- .

reux que les Danois et les Russes ont établis pour la pêche, et qui seuls entretiennent un reste de population et de comoierce dans ce climat glace. Les terres du nord, autrefois assez chiHiUes pour faire multiplier les élé|thans et les hippopotames, s'eiant déjà ri fi oidies au point de ne pouvoir uour- ^

âïXIÈMB

iir (pur àt» tam hltsni»é\ doKi^MiihéSs seto^ dans (fiittlque» Biitliev» d*anoé«é, einicreittei»! dénuées éf désertes pu^ tes seMls* ef- 6bU ciH: refroidîsseiueiif. Il y a même de lrèi»-lbrt«ar raisons qiit H» jfMTtent à croire 4t>e la régioii àù uotre pèle qiii n'a pas été BBCotiniie ae te sera jamais : ear e^ reiroi*- 4isi»eiftenl glacial me {tardif s-'étre eirinaré éof pdle jusqn'ài !a> distafice d« se(ki ou luiit «leffrés^ el il est phtfr prol>àl>le que toute fiellc f loge polaire , atilrefoi»' terre ou mer, ft'est aiijourd'litli' que glace ; et si cette pré* •ûinption est fondée, Te circuit et KéeenthiiQ de ces gloces, loin de dirainut'r, ne pourrU qu'aiigaieuiev afvec le refroidissement de- la tirro»

Or , si noua considérons ce qUi se psosé aur les hautes montagnes, même (hns nos climats, nous y trouverons une nouvelle preuve démonstrative de la réalité de ce retroidisseinent , et nous eu tirerons en mùme temps nue comparai^u qui me paroit- frappaute^ Oa> trouve au dessus des Alpes, dans une lbng<uem* dtt plus de soixante lieues sur ^iugt et même trente de largeur en certains endroits, depiiis les moutagiies de la Savoie «i du. cailtoii de IVerne ]us(pra celles du Tyvol . nue étendue immoiise et prvisque cou»

tinue de vallées, de plaines, ei d émnienoes de glacea * , la plupart sans mélange d'au- ^jue autj-e matière, et presque toutes pep* 9<*ueiaes , él qui ne fendent jamais eiv ei><tier. Ces grandes plages de glace, loin dct diuiimier datis leur circuit, augmentent et ^'éieudeut' d» plus en plUs ; elles gagnenti <|e l'espace sur les terres .voisines et plus^ ^ssea : ce fait est démontré par les cimes dest grands arbres, et même par une pointe de otodier , qui' sont enveloppés dans cea masses de glaees, et qui ne paroisscnt quo <^aus Certains étés très^^hauds , pendant le»- ^ii\& ces glae« diminuent de quelques pieds de kauteur; nuiisla masse intérieure, qui , daus certain! endroits, est épaisse de eenr ^ises, 090 s'e&t pas fonduo de mélMoire 4!liomme, Il est donc évideiU qlie ces forêts ^ <)e cloclier. enfouis «kua ces gliioes épai»s^ et permanentes* étoienr ci-devant situés»

danr de$ lt*rre& découvirtes» babitéts^ et par conséquent moins refroidies qu'elles ne lo sont aujomxl'liui ; il est de mémo trèn-cer^ tiÛQ.quo cette augmentation' successive de glace ne peiitètjieutiribuée à l'augmeutatioai de la qualité de vapeura aqueuses > pdis- ^lie tous les sommets des montagnes qui sur*- Biv4il»ut ces glacicres oe se sont point éle*

s. ^iiye« Ict JMtions d» BuffoH^ pnge i64l.

éPOQtJÉ. ^^

tés, et se ^n^ afu cottftràfir^ ktinÈséS rfvBd te temps êP par li^ ciVulie d'ohe infinité dfe rd-èlitrs et de masses en débris qiii ont roùfô #6il au fond des glacières , soit daii$ les vat léës inférieures. Des lors , ragrandlwement do c^ contrées de glace est déjà, et sera dbns la suite la preuve la plus patpafele dn fefroWissemeni successif de fe terre, duquel ik est plus aisé dé' saisii* les dV^grés dans ces pointées avancées du globe que jiarloùt aiileui<s : si l'on contintie dbric d*ob8er\-ei* h& progi-ès éti ces gliicièi^- permanente^ des Alpes^, Ou saura , dans quelques siècles, combien il faut d'années pour que le fioid' elaeial s'empare d'irtie tene actueiremenf Kabifée, et de là on pourra conclure si j'ai* «ompté trop ou t^op peu de temps pour le refroidissement du globe.

M«intenanlî, si nous transportons cette idée sur la région du pôle, nous nous persuadeixms aisément que non seulement elle est entièrement glacée, mais même que le çn-CHit et l'étendue de ces glaces augmente de siècle ew siècle, el contiiuiera d augnientter avec le relVoidissemertt du gfohe. Les terres du> Spitzberg , cpioique à ro degré?

du pôle, sont presque eutièremenr glacées, rnêOm en' été ; et par les nouvelles teniatiyes que l'on a fiâtes pour approcher dn pôle de plus près, il paroit qu'on n'a trouvé' 4ue des glaces, que je réganlie comme lëS' appendices de la grande glacière qui cmivreeeite région^ tout entière àtpwh Ife pôle jusipi'à 7 oi» » degrés de distance, tes gla* ces immentes recotkkiUës par le câpifai^ie Pbipps à- 80 ei( 8< degrés, et qui jartont Pont empêché d'avmicer /)*?* loin , semblent? prouver la véri«é<de ce h\\ itnportant; car l'ou ne doit pas présumei* qu'il y ait imt le pôle des sources ot de» fleuves d'eau douce qm puissent produire et amener ces gTaces, puisqu'on toutes saisoAti ces fleuves seroiet« glacés; Il paroit doue qoe lësr glaces qui orit empéobé ce navigateur intrépide de pénétrer au delàdu^Q* degré, sttr une longueur de plus de a4 degrés en longitude ; il paroît , db'je, que ces glaces continues formait inié' partie de la circonférence de l'immense glacière de notre ])ôie, produite pot* le refrot'dissement successif du globe ; et si Ton veut supjAUter la surface de cette zone glacée de<* puis le pèle jusqu'au 8a* degré de latitude, en= verra' qu'elle est dé plus de cent trente mille lieues- carrées , et que par conséquent \oilà déjà la deux centième partie du globe envahie par le refroidissement et anéantie pour la nature vivante; et comme le froid est plus grand dans les régions du pôle aus-.

l<So t)E!i ÉPOQUES

irai , Ton doit présumer que reavahissenieat «les glaces y est aus^i plus grand, piibqu'on en rencontre dans qnel(|ues-uue8 de ces plages australes des le 47* degré. Mais pow ne considérer ici que notre kéinisphère boréal, dont nous présumons ^ue la glace a déjà euvaki la centième partie, c'est-à-dire toute la surface de la |)ortiou de sphère qui s étend depuis le pôle jusqu'à 8 degrés ou deux cents lieues de distance, Ton sent bien que s'il étoit possible de déterminer le temps où ces glaces ont conuneuoé de s'établir sur le point du |)ôlf , et ensuite le temps de la progression successive de leur envahissement jiisc|u'à deux cents lieues, on pour* roit en déduire celui de leur progression à venir* et counoitre d*avance quelle sera la durée de la nature vivante dans tous les climats jusqu'à celui de l'équaieur. Par exemple , si nous supposons qu'il y ail mille ans qne la glace permanente a commencé de s'établir sous le point même du pôle , et que, dans la succession de ce millier d'années, les glaces se soient étendues autour de ce point jusqu'à deux cents lieues , ce qui fait hi centième |)artie de la surface de l'hémisphère depuis le pôle à Téquateur, on peut présumer qu'il s'écoulera encore quatreviugt-dix-neuf mille ans avant qu'elles puissent l'envahir dans toute sou étendue, en supposant uniforme la progression du froid glacial , comme Test celle du refroidissement du globe ; et ceci s'accorde assez a\ec la durée de quatre-vingt-treize mille ans que nous avons aonnée à la nature vivante, à datei^ de ce jour , et que nous avons déduite de la seule loi du refroidissement. Quoi qu'il en soit , il est certain que les glaces se présentent de tous côtés, à 8 degrés du pôle, comme des barrières et des obstacles insurmontable>i, car le capitaine Pliipps a parcouru plus de la quinzième partie de cette cin'onféi'ence vers le nord-est ; et avant lui, Bafûn et Smith en avoient reconnu tout autant vei*s le nord-ouest, et partout ils n'ont trouvé que glace. Je suis donc persuadé que si quelques autres navigateurs aussi courageux entreprennent de reconnoitre le reste de cette circonférence, ils la trouveront de même bornée partout par des glaces qu'ils ne pourront pénétrer ni frauchir, et que par conséquent cette région du pôle est entièrement et à jamais perdue pour nous. La brume continuelle qui couvre ces climats et qui n'est que de la neige glacée dans l'air, s'jirrétant ainsi que toutes les autres vapeurs contre les parois de ces côtes de glace, elle y forme de nouvelles couches et d'auU'es

DE LA NATURE

glaces, qui augmentent incessanuniint et s*^ tendront toujours de plus en plus, à mesure que le globe se i-efroidira davantage.

Au reste , la surface de l'hémisphère boréal présentant beaucoup plus de terre que celle de l'hémisphère austral, cette différence suffit, indépendamment des autres causes ci-devant indiquées, pour que ce dernier hémisphère soit plus fj-oid que le premier : aussi trouve-i-on des glaces dès le 47 ou So** degré dans les mers australes, au lieu qu'on n'en rencontre qu'à ao degrés plus loin dans l'hémisphère boréaL On voit d'ailleurs que, sous notre cercle polaire, il y a moitié plus de terre que d'eau , taudis que tout est mer sous le cercle antarctit[ue : l'on voit qu'entre notre cercle polaire et le tropique du Cancer il y a jJus de deux tiers de terre sur un tiers de mer, au lieu qu'entre le cercle {lolaire antarctique et le tropique du Capricorne il y a peutêtre quinze fois plus de mer que de terre.

Cet hémisphère austral a donc été de tout tenij)S, comme il l'est eucore aujourd'hui, beaucoup plus aqueux et plus froid que le nôtre; et jl n'y a pas d'ap|)arence que passe: le 5o' degré l'on y trouve jamais des terres heureuses et tempérées. Il est donc presque certain que les glaces ont envahi une plus grande étendue sous le pôle antarctique, et que leur circonférence s'étend peut-être beaucoup plus loin que celle des glaces du pôle arctique. Ces immenses glacières des deux pôles, pmduites par le refroidissement, iront comme les glacières des Alpes toujours en augmentant. La postérité ne tai*dera pas à le savoir, et nous nous croyons fondés à le présumer d'après notre théorie , et d'après les faits que nous venons d'exposer, auxquels nous devons ajouter celui des glaces permanentes qui se sont formées depuis quelques siècles contre la côte orientale da Groenland ; on peut encore y joindre Taugmentition des glaces près de la Nouvelle- Zemble, dans le détroit de Waigats, dont le passage est devenu plus difficile et presque impraticable ; et enfi» I impossibilité où Ton est de parcourir la mer Glaciale au nord de l'Asie ; car, malgré ce qu'en ont dit les Russes , il est très-douteux que les côtes de cette mer les plus avancées vers le nord aient été reconnues , et qu ils aient fait le tour de la pointe septentrionale de-l'Asie '.

Nous voilà , comme je me le snis proposé^ descendus du sommet de l'éclielle du temps jusqu'à des siècles assez voisins du nôtre;

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