I. Voyez les jâ<kUd9ut de Buffon, pag» iM
Sixième ^.poque.
ftotis avons passé du chaos à la limiière, de riiicandescence du giul>e à son preiiiiïT refroidissement, et wlie période de t^mps a éié de vingf-cinq mille ans. Le second degré de refroidissement a permis la clinle des eatix, et a produit la dépuration de Tatmosphère, depuis vingt-riiM| à Ireiite-ciiiq mille ans. Dans la troisième épo<|ue s'est fait rétablissement de la mer universelle, la production des premiers coquillages et des premiers végétaux, la construction de la surface de la terre par lits horizontaux , ouvrage de quinze ou vingt autres milliers d'années. Sur la fin de la troisième époque et an commencement de la quatrième s'est faite la retraite des eaux; les courans de la mer ont creusé nos vallons , et les feux souterrains ont commencé de ravager la terre par leurs explosions. Tous ces derniers mouvemens ont duré dix mille ans de plus ; et en somme totale ces grands événemens, ces opérations, et ces constructions supposent an moins une succession de soixante mille années , après quoi la nature , dans son prt>mier moment de repos , a donné ses productions les plus nobles ; la cinciuième époque nous présente la naissance des animaux terrestres. Il est vrai que ce repos n'éloit pas absolu ; la te/re u'étoit |>as encore tout-àfait tran(|uille, puisque ce n'est qu'après la naissance des premiers animaux terrestres que s'est faite la séparation des coiitinens, et que sont arrivés les grands changemeus que je viens d'exposer dans i«tte sixième époque. Au reste, j'ai fait ce que j ai pu pour proportionner dans chacune de ces périodes îa durée du temps à la grandeur des ouvrages: j'ai lâché, d'après mes hypothèses, de tracer le tableau successif des grandes solutions de la nature, sans néanmoins avoir prétendu la saisir à son origine, et encore moins l^avoir embrassée dans toute son étendue; et mes hypothèses fussent-elles contestées, et mon tableau ne fùt-ii qu une es- «(uisse très-imparfaite de celui de la nature, je suis convaincu que tous ceux qui de bonne foi voudront examiner cette esquisse et la comparer avec le nM)dele , trouveront assez de ressemblance |M)ur pouvoir au moins satisfiyre leurs yeux et fixer leurs idées sur les |)lus grands objets de la philosophie naturelle.
ADDITIONS DE BUFFON
(Sur la page 2C6.)
La pUis ancienne tradition qui reste de ces affussemens dans le» terr&> du midi est
BvPFOxr, II,
celle de la Taprobane, dont on croit que les Maldives et les Laquedives ont fait autivfob partie. Ces îles, ainsi que les écueils et les bancs qui régnent depuis Madagascar jusqu'à ifl pointe de l'Inde, semblent indiquer les sommets des terres qui réuuissoient l'Afrique avec l'Asie; car ces îles ont presque toutes, du côté du nord, des terres rt des bancs qai se prolongent lrès«loin sous les eaux.
Il paroit aussi que les îles de Madagascar et de Ceyian étoient autrefois unies aux coutinens qui les svoi'^inenl. Ces séparations et ces grands bouleversemens dans les mers du midi ont la plupart été produits par l'af&issement des cavernes, par les trembleniens de terre, et par l'explosion ilei feux souterrains ; mais il y a eu aussi beaucoup de terres envahies par le mouvement lent et suc" ccssif de la mer d'orient en occident» Les endroits du monde où cet effet est le plus sensible sont les régions du Japon, de la Chine, et de toutes les parties orientales de l'Asie. Ces mers situées à l'occident de la Chine et du Japon ne sont pour ainsi dire qu'accidentelles et peut-être encore plus récentes que notice Méditerranée.
Les îles de la Sonde, les Moluqucs, et les Philippines, ne présentent que des terres bouleversées , et sont encore pleines de volcans : il y en a beaucoup aussi dans les îles du Japon, et l'on prétend que c'est l'endroit de l'univers le plus sujet aux tremblemens de terre; on y trouve quantité de foulaines d'eau chaude. La plupart des aiitrcr»
îles de rocéan indien ne nous offrent aussi que des pics ou des sommets de montagnes isolées qui vomissent le feu. L'Ile-de-France et l'île de hourbon paroissent deux de C( s sommets presque entièrement couverts de matières rejetées par les volcans : ces deux iles étoient inliabilées lorsqu'on en a fait lu découverte.
Les côtes de la Ouiane française sont ù basses, que ce sont plutôt des grèves toutes couvertes de vase en pente très-duuce, qui connnence dans les terres et s'étend sur l<; fond de la mer à une iràs-grande distance.
Les gros navires ne peuvent approcher de la rivière de Cayennesans toucher, et les vaisseaux de guerre sont obligés de rester à deux ou trois lieues en mer. Ces vases en peu le douce s'étendent, tout le long des rivages, dej'uis Cayenne jusqu'à" la rivière de*» Amazones ; l'on ne trouve dans celle grande étendue que de la va.se et point de sable , et tous li's bords de la mer sont couvcits de palétuviers : mais à sept ou huit lieues au
x«* DES ÉPOQUES DE LA NATURE,
demus de Cayenne , du coté du nord-ouest.
jusqu'au fleuve Marony , on trouve quelques aoses dont le fond est de sable et de rocher» qui fornienl des brisans ; la vase ceiieudaut les ntcouvre |K>ur la plupart , aussi bieo que les cuucbes de sable, ei cette vase a d autant plus d'épaisseur qu'elle s eluigne davaniage du UtriJ de la nier : b'S petits rorber<> n'em* péetteiit pas que ce terrain ne suit en peuie très itoiice à jihisieurs lieufs d'éteniluedaiis^ les iLM'res. Cette partie de la (/uiatietpiiest au nord -ouest de Cayenne est une contréo plus élevée que celles qui sont au sud-esl :
00 en a une preuve démonstrative; car tout le long des bords de la mer on trouve de grandes savanes noyées qui bordent la côte, et duni la plupart sont desséchées dans la partie du nord-ouest, tandis qu'elles sout toutes couvertes des eaux de la mer daus la partie sud -est. Outre ces terrains noyés actuellement par la mer , il y en a d autres plus éloignés , et <pii de même étoienl noyéa autrefois. On trouve aussi en quelques eudroits des savane^ d'eau douce ; niais cellesci ne produisent point de palétuviers, et seulement beaucoup de palmiers lataiiiers.
On ne trouve pas une seule pierre sur toutes ces côtes basses : la marée ne Uisse pas d'y monter de sept ou huit pieds de hauteur, quoique les courans lui soient opposés; car ils sont tous dirigés vers les îles Antilles. La marée est fort sensible lorsque les eaux des fleuves sont basses, et on s'en aperçoit alors jusqu'à qnarente et même cincpianle lieues dans ces fleuves; mais en hiver, c'est-à-dire dans la saison des pluies , lorsque les fleuves sont gonflés, la marée y est à peine sensible à uut' ou deux lieues , tant le courant de ces fleuves est rapide, et il devient de la plus grande impétuosité à l'heure du reflux.
Les grosses tortues de mer viennent déposer leurs (pufs sur le fond de ces anses de sable, et on ne les voit jamais fréquenter les terrains vaseux; eu sorte que, depuis Cayenue jusqu'à la rivière des Amaz<mes, il n'y a point de l()rtue.s, et on va les pécher depuis la rivière Couroii ius(\yi'aiu fleuve Marony. Il semble que la vase gagne tous les jours du terrain sur les saliles, et qu d\er le temps Lvtle rote nord-ouest de Oiyenne en sera rerouverte oouune la rôle àud-est; car les tortues, qui ne veulent que du saNe pour y dépos«'r leurs «eiifs, «'é|. lignent peu à peu de la rivière (îouroii, et depuis quelques an> nées on est obligé de les aller chercher plus loin du côté du fleuve Marony, dont les sables ne sont pas encore (ouverts.
Au delà des savanes , dont les unes son(
sèches et les autrei noyé^ , s'étend ^^ çor-*, don de colUnes , qui sont toutes couverte* d'une grande épaisseur de terre plantée par* tout de vieilles foièis : communément ces collines ont 35o ou 400 pieds d'élévation; Biais en s'éioiguant daxaniage, on en trouve de plus élevées , et peut-être de plus du double, en s'avaiK^ani dans les terres jusqu'à dix ou douze lieues. La {liupari de ces montagnes sont é\ideniuieul danaens volcans, éteints. Il y en a pourtant une, appelée /a Gabrieile y au sommet de latpielle on trouve une grande mare ou petit lac, qui nourrit des caïmans eu assez grand nombre, dont apparemment l'espèce s'y est conservée de-
Euis le temps où la mer couvroit cette colue.
Au delà de cette montagne Gabrielle, on ne trouve que de petits vallons, des terres, des mornes , et des matières volcanisées qui ne sont point en grandes masses, mais qui sont brisées par petits blocs. La pien*e la plus commune , et dont les eaux ont entraîné des blocs jusqu'à Cayenne, est celle que l'on appelle la pierre à ravels « qui , comme nous l'avons dit, u'est point une pierre, mais une lave de volcan : on l'a nommée pierre à ravêts i jiarce qu'elle est trouée , et que les insectes appelés ravets se logent daus les trous de celte lave.
ijSmr Im pag« a?^.)
On ne peut pas douter qu'il n'y ait eu des indtvidus géaus dans tous les climats de la teri-e, puisque de nos jours on en voit encora naître en tout pays , et que récemment on en a vu un qui étoit né sur les conlins delà Laponie, du côté de la Kiuluiide.
Mai;* on n'est pus également sur qu'il y ait eu des rac*es coni»tauti*s et moins en(*ore de$ {)euples entiers de géuns : ct*peudani le témoignage de plusieurs auteurs anciens, et ceux de l'Écriture -Sainte, qui est encore plus ancienne, me |iarois.>cfiit indiquer assez clairement qu'il y a eu des rai^s de géans en Asie; et nous cro\ous devoir présenter ici les passages les plus positifs à ce sujet* Il est dit , Nomftres , chap. X.11I , verset 3/( : « Nous avons vu les géans de ]a race « d'Hauak. , aux yeux desquels nous ne de.- « vioiLs paroitre pas plus grands que des cir « g.des. >» Kl par une autre version il est iit : « Nous avons vu d^ moiislres de la « race d'F.nac , auprès desquels nous n'étions « pas plus , grands que des sauterelles. »
Quoique ceci ail l'air d'une exagération, assez ordinaire daus le styla oricutal» oelf
SIXIÈME prouTe nétmnoins que cet géans étoient
Dans le second livre des Mois , chaj>itre ICXI, verset so, il est parlé d'un hotnme très-grand « de la race aArapha, qui avoit « six doigts aux pieds et aux mains;» et Ton voit |>ar le verset 18 que cette race d*Arapha étoil Je génère gifantum, ' On trouve enrore dans le DettlérGnome piluÂieiirs {lassages qui prouvent Texistence des graris et leur destruction. « Un peuple ^« nombreux, est -il dit, et d'une graude « hauteur , comme ceux d'Énacim , que le « Seigneur a détruits (chap. II, verset 'ii). «• £t il est dit, versets 19 et &o : « Le pays « d'Ammon est réputé pour un pays de « géans , dans lequel ont autrefois habité les « géans que les Ammonites a|)peUent Zom- « zommim, »
Dans Josué , chapitre XI, verset aa , il îest dit : •< Les seuls géans de la race d'Éna- « cim qui soient restés parmi les enfans « dlsraël étoient dans les villes de Gaz9, « de Geth et d*Azot ; tous les autres géans « de cette race ont été détruits. »
Philon, saint Cyrille, et plusieurs autres auteurs, semblent croire que le mot de géans n'indique que des hommes superbes et im-
Sies , et non pas des hommes d une grandeur e corps extraordinaire ; mais ce sentiment ne peui pas se soutenir, puisque souvent il est question de la hauteur et de la force de corps de ces mêmes hommes.
Dans le prophète Amos, il est dit que le peuple des Auioirhéens étoit si haut , qu'oh les a comparés aux cèdres, sans donner d'autres mesures à leur grande hauteur.
Og , roi de Bazan , a voit la hauteur de neuf coudées, et Goliath, de dix coudées ei un palme. Le lit d'Og avoit neuf coudées de longueur, cVst-à-dire treize pieds et demi , et de largeur quatre coudées , qui l'oqt six pieds.
Le rorselet de Goliath pesoit aoJt li^T6s 4 onces, et le fer de sa lance |)esoit a5 lièvres.
Ces témoignages me paraissent suffisans pour qu'on puis.se croire avec quelque fondement qu'il a autrefois existé dans le contineni de l'Asie non seulement des individus, mais des rares degéars . qui ont été détruits, et dont les derniers luSsistoieut encore du temps de David. £l quelquefois la nature, qui np nerd Jamais ses droits, semble re- Dionter i ce même point de force de production et de développement ; car , dans Sresfpie tous les climats de la terre, il parait e temps en tempi des homm<» d'une gran-
ÉPOQUE. i63
deur extraordinaire , c'eit-a-dûre de seJKt pieds et demi, huit, et même neuf pieds :
tar, indépendamment des géans bien avé- ' rés , et dont nous avons d^jà fait mention^ nous pourrions citer un nombre infini d'antres exemples , rapportés par les auteurs andens et modernes , des géans de dix, doute, quinze , dix-huit pieds de hauteur, et même flncore au delà ; mais je suis bien persuadé qu'il faut beaucoup rabattre de ces dernières mesures : on a souvent pris des os d'éléphant pour des os humains ; et d'ajlleurs la nature, telle qu'elle nous est connue, ne nous offre dans aucune espèce des disproportions aussi grandes, excepté peut-être dans l'espèce de l'hippopotame, dont les dents trouvées dans le sein de la terre sont au moins quatre fois plus grosses que les dents des hipix)potames actuels.
Les os du prétendu roi Theutobochus, trouvés en Dauphiné, ont fait le sujet d'une dispute entre Habicol, chirurgien de Paris, et Riolan , docteur eu médecine , célèbre anatomiste. Habicot a écrit, dans un petit ouvrage qui a pour titre Oigantostéoiogie , que ces os étoient dans un sépulcre de brique à 18 pieds en terre, entouré de sablon :
il ne donne ni la description exacte , ni les dimensions, ni le nombre de ces os; il prétend que ces os étoient vraiment des os humains , d'autant , dit-il , qu'aucun animai n'en possède de tels. Il ajoute (pie ce sont des maçons qui , travaillant chez le seigneur de Langou , gentilhomme du Dauphiné , 'trouvèrent, le 1 1 janvier 16 1 3 , ce tonibeaii, 'proche les masures du château de Clmùmput ; que ce tombeau étoit de brique; qu'il avoit 3o pieds de longueur, lû de •largeur, et 8 de profondeur, en comptant 'le chapitt*au , au milieu duquel éloit une 'pieiTe grise sur latpielle éloit gravé Titeutooochii.i re.r ; rpie ce tnmiteau ayani été ouvert , on vit un squelette liuuiain de a5 pttds •i/a de longueur, 10 de largeur à l'endroit de.s épaules , et 5 pieds dVpaisseur : qu'ar vaut de toucher ces os, un mesura la tètç, qui avoit 5 pieds de longueur et 10 en roU' deur. (Je dois obsj«nrer qi» ta proportion de la longueur de la tète humaine avec celle du corps n'est j)as d'un cinquième , mais d'un septièuie et demi ; en sorte que cette tête de 5 pieds supposeroit un corps humain tie 37 pieds iji de hauteur.) Enfin il dit que la màclioire inférieure avoit 6 pieds de tour, les orbites des yeux 7 |)ouces de tour, chaque clavicule 4 pieds de long, et que la lu part de ces ossemens se mirent en p^iH « après avoir été frappés de Tair.
x64 DES ÉPOQUES
Le docteur Riolan publia, la mémt anoée x6i3 , un écrit , sous le nom de Giaantoma^ ^hie, dans lequel il dit que le eîiirurgien Habicot a donné , dans sa Gigantostéologie, des mesures fausses de la grandeur du corps et des os du prétendu géant Thcutobochus ; que lui Riolau a mesuré Tos de la cuisse, celui de la jambe , avec Tastragale joint ^ calcaoéum , et qu'il ne leur a trouvé que 6 i/a pieds, y compris Tes pubis, ce qui ne feroit que i3 pieds au lieu de a 5 pour la hauteur du géant.
Il donne ensuite les raisons qui lui font douter que ces os soient des os humains; et il conclut en disant que ces os présentés par Habicot ne sont pas des os humains, mais des o8.d*éléphant.
Un an ou deux après la publication de la Gigantostéologie d'Uabicot, et de la Gigantomaclne de Riulan , il parut une brocnure sous le titre de f Imposture découverte des os luanains supposés, et faussement attribués au roi Theutoboclms , dans laquelle on ne trouve autre chose sinon (pie ces os ne sont pas des os iiuniaiiis, mais des os fossiles engendrés par la vertu de la terre; et encore un autre Uvret, sans nom d'auteur, dans lequel il est dit qu'à lu vérité il y a parmi ces os des os humains, mais il y en avuit d'autres qui n'ctoient pas luiiuaias.
Ensuite, eu 1618, Kiulan publia un écrit, sous le nom de Gigantologie , où il préitud non seulement que les os en question ne sont pas des os humains , mais encore que .les hommes en général n'ont jamais élé plus grands qu ils ne le sont aujourd'hui.
Habicot répondit à Rioian dans la même année 161 8 ; et il dit qu'il a offert au roi . Louis XUI sa Gigantostéologie , et qu'en . i6i3 , sur la fin de juillet, on exposa aux yeux du public les os énoncés dans cet ou- . \rage , et que ce sont vraiment des os hu* mains : il cite un {^rand nombre d'exemples, . tirés des auteurs anciens et modernes, pour prouver qu'il y a eu des hommes d'une grandeur excessive. Il persiste à dire que les os .calcanéinn, tibia, et fcmur, du géaut Theutobochus , étant joints les uns avec les autres, portoient plus de 11 piedi^ de hauteur.
Il donne ensuite les lettres qui lui ont clé écrites dans le temps de la découverte de . ces os , et (|ui semblent confirmer la réalité du fait du toniheau et des os du géant Theutoborhus. Il paroit parla lettre du seigneur de Langon, datée de Saint-Mai*cellin en Diiuphiné , et par une autre du sieur Maznrier, chirurgien à Beauiepaire, qu'on avoit trouvé des mounuies d'aigent avec les
DE \Jl nature.
os. La première lettre est conçue dans lei termes suivaus :
« Comme sa majesté désire d'avoir le reste des os du roi Theulobochus , avec la monnoie d*ai^ent qui s'y est trouvée , je puis vous dire d'avance que vos parties adverses sont très-mal fondées, et que s'ils savoient leur métier , ils ne douteroient p;is que ces os ne soient véritablement des os humains.
Les docteurs eu médecine de Montpellier se sont transportés ici, et auroient bien voulu% avoir ces os pour de largent. M. le maréchal de Lesdiguières les a fait porter à Grenoble pour les voir, et les mâlecins et chirurgiens de Grenoble les ont reconnus potu* des os humains ; de sorte qu'il n'y a que les ignorans qui puissent nier cette vérité , etc.
« Signé, Lasgoit. » .
Au reste , dans cette dispute , Rioian et Habicot, l'un médecin et l'autre chirurgien, se sont dit plus d'injures qu'ib n'ont écrit de faits et de raisons : ni l'un ni l'autre n'ont eu assez de seus pour décrire exactcr ment les os dont il est question ; mais tous deux , emportés par l'esprit de corps et de parti , ont écrit d'une mauière à ôter toute coufiance. Il est donc très-difficile de prononcer affirmativement sur l'espèce de ces os : mais s'ils ont été eu effet trouvés daus un tombeau de brique, avec un couvercle de pierre, sur lequel étoit l'inscription TlieU" tohoclius rex ; s'il s'est trouvé des monnoies daus ce tombeau , s'il ne conteuoit qn'ua seul cadavre de 24 ou 25 pieds de longueur, si la lettre du seigneur de Langon contient vérité, ou ne pourroit guère douter du fait essentiel , c'est-à-dire de l'existence d'un géaut de 24 pieds de hauteur , à moins de supposer un concours fort extraordinaire de circonstances mensongères ; mais aussi le fait n'est pas prouvé d'une manière assez
Eositive, pour qu'on ne doive pas en douter eauconp. Il est vrai que plusieurs auteurs, d'ailleurs dignes de foi , ont parlé de géans aussi grands et encore plus grands. Pline rapporte que, par un tremblement de terre en Crète , une montagne s'étant entr'ouverte, on y trou \ a un corps de 16 coudées, que les uns ont dit être le corps d'Otus , et d'autres celui d'Orionr Les x6 coudées donnent 24 pieds de longueur, c'est-à-dire la même que celle du roi Thcutobochus.
On trouve dans uil mémoire de M. Le Cat, académicien de Rouen, une énuniéi-ation de plusieurs gcaus d'une grandeur excessive; sa\uir, deux gé.nis dont les squelettes furent trouvés pur les Athéniens près de leur
SrXÎÈME
ville, Vuii de 36 et Vautre de 34 pieds de hauteur; un autre de 3o pieds, trouvé en Sicile, près de Palerme, eu 1648 ; un autre de 33 pieds , trouvé de même en Sicile en r55o ; encore un autre trouvé de même en Sicile près de Mazarino, qui avoit 3o pieds de hauteur.
Malgré tous ces témoignages , je crois qu'on aura bit^ de la peine à se persuader qu'il ait jamais existé des hommes de 3o ou 3fî pieds de hauteur; ce seroit déjà bien trop que de ne pas se refuser à croire qu'il y ou a eu de 24 : cependant les témoignages se multiplient, deviennent plus positifs, et vont pour ainsi dire par nuances d'ac* cpoissemeut à mesure que l'on descend.
M. Le Cat rapporte que l'on trouva en 1705 près des bords de la rivière Morderi , au pied de la montagne de Crussol , le squelette d'un géant de 2a pieds i/a de hauteur, et que les dominicains de Valence ont une partie de sa jambe avec l'articulation du genou.
Platerns , médecin célèbre , atteste qn'il a vu à Lucerne le squelette d'un homme de 19 pieds au moins de hauteur.
Le géant Ferragus, tué par Roland, neveu de Charlemague , avoit x8 pieds de hauteur.
Dans les cavernes sépulcrales de l'île de Téuériffe , on a trouvé le squelette d'un guanche qui avoit i5 pieds de hauteur, et dont la tète avoit 80 dents. Ces trois faits sont rapportés , comme les précédens, dans le Mémoire de M. !Le Cat sur les géans. Il cite encore un squelette, trouvé dans un foàsé près du couvent des Dominicaius de Rouen, ' dont le crâne tenoit u<i boisseau de blé, et dont l'os de ta jambe avoit environ 4 pieds de longueur; ce qui donne pour la hauteur du corps entier 17 à 18 pieds. Sur la tombe de ce géant étoit une insciiption gravée, où on lisoit : Ci-git noble et puissant seigneur le chevalier Ricori de Vatmont et ses os.
On trouve dans le Journal littéraire de l'abbé Nazari que , dans la haute Calabre , au mois de juin i665, on déterra dans les jardins du seigneur de Tiviolo un squelette de 18 piedii romains de longueur ; que là léte . avoit 2 pieds 1/2 ; que chaque dent molaire pesoit environ une once et un tiers, et les ■ autres dents trois quarts d'once , et que ce squelette étoit couché sur une masse de bi- . tume. •
Hector Boetius , dans son Histoire J^ rÉcosse, livre VU, rapporte que l'on conserve encore quelques os d'un homme , nommé par contre-vérité le Petit-Jean , qu'on croit
ÉPOQUE. i65
avoir eu 14 pieds de hauteur, cV^t-à-dire i3 pieds 2 pouces 6 lignes de Franee.
On trouve dans le Journal ties Savans , année 1692 , une lettre du P. Gentil, prêtre de l'Oratoire, professeur de philosophie à Angers, où il dit qu'ayant eu avis de la découverte qui s'étoil faite d'un cadavre gigantesque dans le bourg de Lassé, à neuf lieues de cette ville , il fut lui-même sur les lieux pour s'informer du fait. Il apprit que le curé du lieu ayant fait creuser dans son jardin , on avoit trouvé un sépulcre qui renfermoit un corps de 17 pieds 2 ponces de long, qui n'avoit plus de peau. Ce cadavre avoit d'autres corps entre ses bras et ses jambes, qui pou voient être ses enfans. On trouva dans le même lieu quatorze ou quinze autres sépulcres, les uns de 10 pieds, les autres de 12 , et d'autres même de 14 pieds, qui renfermoient des corps de même longueur. Le sépulcre de ce géant resta exposé à l'air pendant plus d'un an ; mais comnte cela atiiroit trop de visites au curé , il l'a fait recouvrir de terre , et planter trois arbres sur la place. Ces sépulcres sont d'uue pierre semblable à la craie.
Thomas Moliueux a vu , aux écoles de médecine de Leyde, un os frontal humain prodigieux : sa hauteur prise depuis sa jonction aux os du nez, jusqu'à la suture sagittale , étoit de 9 x/i2 pouces, sa largeur de 12 i/io ponces, son épaisseur d'un demipouce ; c'est-à-dire que chacune de ces dimensions étoit double de la dimension correspondante à l'os frontal , tel qu'il est dans les hommes détaille ordinaire; en sorte que l'homnie à qui cet os gigantesque a appartenu étoit probablement une fois plus grand que les honunes ordinaires, c'est-à-dire qu'il avoit I X pieds de haut. Cet os étoit très-certainemeuL un os frontal humain; et il ne paroit pas qu'il eût acquis ce volume par un vice morbiiique , car son épaisseur étoit proportionnée à ses autres dimensions, ce qui n'a pas lieu dans les os viciés.
Dans le cabinet de M. Witreu à Amsterdam , M. Kleiu dit avoir vu un os frontal d'après lequel il lui parut que l'homme auquel il avoit appartenu avoit i3 pieds 4 pouces de hauteur, c'esl-à-dire environ 12 pieds x/2 de France.
D'après tous les faits que je viens d'exposer , et ceux que j'ai discutés ci-devant au sujet des Patagons , je laisse à mes lecteurs le même embarras où je suis , pour pouvoir prononcer sur l'existence réelle de ces géans de 24 pieds : je ne puis me persuader qu'en aucun temps et par aucun moyen , nncune
i%% DES ÉPOQUES
ètttoioHifièe ( te'teorpi hiiihain ait pu s'élever a des dimen.^ioiis aussi riémesiirres ; mais je crois en même temps (\u'on ne peut ^tiere Sioiilrr (|ii'it n\\ ail eu «le» géans de lu, i%» et peul-ctrede i5 pifds de hauteur, et f|u*il est presque certain que, dan» les premiers âges dé la nature vivante , il s extAié non seiileAent d«» individus |{i{(ànte)«ques en grand nombre , mais m^iue quelques races constantes et sucisessives de gfeans, dont celle des Pita|;oiii fltt la seule qui se sbit conservée.
(Sttr la pag€ t'jS.)
Voici ce que M. Orouner et cfuelqnès autres bons observateurs et témoins oculaires rapportent à ce sujet.
Dans les* plus hautes régions des Alpes, les eaux provenant annuHifnient de la tonte des neiges se gèlent dans tous les aspects et à tous les points de ces montagnes, depuis leur base jusqu'à leur sommet , surtout dans les vallons et sur le peuctiaiil de celles qui sont groupées; en sorte que les eaux ont dans ces «allées formé des montagnes qui OUI des ro4 hfs pofir noyau , et d'antres montagnes qui sont eiitiereinehl de ^lace , lesquelles ont six , sept à huit lieues d'étendue en iniii;uenr« sur une lieue de largeur, et souvent mille Ji douze Cfuls, loise.s df hauteur : elles rejoignent les autres moiuagnes par leur sommet, ('es ému-mes amas de glace gagnent deTétendue en se prolongeant dans les vallées; en soite qu'il est démontré que toutes les glacières s'accroissent successivement , quoique , dans les années chaudes et pluvieuses, non seulement leur progression soit arrêtée, mais même leur masse immense diminuée
La hauteilr de la congélation fixée à 2440 toises sous l'équateur, pour les hautes montagnes isolées , n'est point une règle poiu* les groupes de moutagnes gelées depuis leur base jitsqu'à leur sommet; elles ne dégMent jamais. Dans lés Alpes, la hauteur du degré de congélation pour les montagnes isolées est fixée à i5oo toises d'élévation, et toute la partie an dessous de cette hauteur se dégèle entièrement ; tandis que celles qui sont entassées gèlent à une moindre hauteur , et ne dégèlent jamais dans aucun point de leur élévation d«'puis leur base, tant le degré de froid est augmenté par la masse de matières congelées réunies dans un même espace
Toutes les montagnes glaciales de la Suisse, réunies, occupent une étendue de 66 lieues du levant au couchant , mesurée en ligne
DE LA NATURE
droite, depuii les bovnei orddcntalef du canton de Vallis. vers la Savoie, jusqu*auiL liorues orientales du canton de Rendner, vers le T)rol; ce qui forme une chaîne interrompue, dont plufiieurs bras s'étendent du midi au nord sur une longueur d'environ 36 lieues. Le grand Ctothard , le Fourk , et le Gnmsel , 80|il les montagnes les plus élevées de celte partie : elles occupent le centre de ces chaînes qui divisent la Suisse en deux parties ; elles sont toujours couvertes de neige et de i^lace , ce oui leur a foit donner le 00m générique de glaciire4.
L'on divise les glacières en montagnes glacées, vallons de glace, champs de glace Ou mers glaciales , et en gletchers ou amas de glaçons.
Les montagnes glacées sont ces grosses masses de rochers qui s'élèvent jusqu'aux nues, et qui sont toujours couvertes de neige et de glace.
Les vallons de glace sont des enfoncemens qui sont beaucoup plus élevés entre les montagnes que les vallons inférieurs; ils sont toujours remplis de neige qui s'y accumule et forme des nuinceaux de glace qui oiif plusieurs lieues d'étendue , el qui i-ejoignent les hautes montagnes.
Les champs de glace, ou mers glaciales, sont de> terraiifs en |>enie douce , qui sont dans le circuit des montagnes; ils ne j)euvent être appelés vallons, {larce qu'ils n'ont pas assez de profondeur : ils sont couverts d'une neige épaisse. Ces champs reçoivent l'eau de la fonte de^neiges qui descendent des montagnes et qui regèleiit : la surface de ces glaces fond et gèle a lier Hâtivement, el tous ces endroits sont couverts de couches épaisses de neige et de glace.
Les (fletchers sont des amas de glaçons formés par les glaces et les neiges qui sont précipitées des montagnes : ces neiges se regelenl et s'entassent en différentes manières; ce qui fait qu'on divise les g^letcher* en monts, en revétemens et en murs de glace.
Les monts de glace s*élèvent entre les sommets des hautes montagnes; ils ont euxmêmes la forme de montagnes ; mais il n'entre point de rochers dans leur structure :
ils sont composés entièrement de pure glace, qui a quelquefois plusieurs lieues en longueur, une lieue de largeur, et une demibeue d'é|)aisseur.
Les revétemens de glaçons sont formés dans les vallées supérieures et sur les côtés des montagnes , qui sont recou^-ertes comme de draperi«l dé glaces taillées en pointes^