‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 63 sur 161 · DES VERRES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES VERRES PRIMITIFS

siontlela lime, et*soiit fusibles aux feux de DOS i<i(]rueaiix : le quartz et le jnspe , au coiitraiit;, cpie vous regardez, me dira-l-on, comme les prt'inirrs vMi-es de la nature, ne peuvent ni s'enlanier par la lime ni se fondre par noire art; el de vos cinn verr«s primitifs, cpii sont le quartz, le jas|)e, Je mica, le feld-spatli, el le schori , il u y a que les trois derniers qui soient fusibles, el ençoi-e le mira nr petit se réduire en verre qu'au feu le plus violent ; et dès lors le quartz et les jaspes pourroieni bien élre d'une essence ou tout au moins d'une tcxiure dilTérenle de celle du verre. La première réponse que je pourrois faire à ceite objection, c'est que tout ce que nous connoissons non seulement dan» la classe des substances vitreuses ])roduiles par la nature, mais même dans nos %em^s factices composés par l'art, nous fait voir que les plus purs cl les plus sinqiles de ces verres sont en même t<inps les plus réfractiires, et que quand ils ont été fondus une fois ils st^ refuseni et i-ésisleut ensuite à l'acliun de la même chaleur qui leur a donné celte première fusion < et ne cèdent plus qu'à un degié de feu de beaucmip supérieur : or conmienl trouver un degré de feu supérieur à un embrasement prestpie égal à celui du soleil , et tel que le feu qui a fondu ces quartz el ces jas|)es? car, dans ce preuûer temps de la liquéfaction du gbilie , l'embrasement de la terre éloit pres(pi<* égal à criui de cet astre; et puis(pie aujiiurd liui uiéuie la plus grande chaleur que nous puissions produire est celle de la réun on d'une porli(ui presipie infiniment petite de ses ra)ons par h-s niiruii*s »i*deiis, quelle idée ne devons -nous pas avoir de la yioience du feu primitif! rt pouvons-nous être élonnés qu'il ail produit le quartz et d'autres vfiTes plus durs et moins fusibles que les basaltes et les laves des volcans?

Quoique cette réponse soit assez satisfaisante, et qu'on puisse Ires- raisonnablement s'en tenir à mon explication, je pense que, dans des sujets aussi dliiciles , on ne doit rien prononcer affirmai ivemeni, sans exposer toutes les difficultés et les raisons sur lesquelles ou pourroil fonder une opinion contraire. Ne se pourroit-il pas, dira-t-ou, que le quartz, que vous regardez comme le produit immédiat de la viiriliealion générale, ne lui lui-même, comme touies les autres substances vitreuses, que le détriment d'une matière primitive que nous ne connoissons pas, faute d'avoir pu pénétrer à d^assez grandes> profondeurs dans le sein de

la terre, pour y trouver la vraie masse qiii en remplit l'imérieur? L*analogie doit faire adojiter ce seniimeiit plutôt que votre opi^ nion ; car les matières qui, comme le verre, ont été fondues par nos feux, |M>uvent l*élre de nouveau, el par le même élément du feu, tandis <pie c<>lles qui , comme le cristal de roche, l'argile blanche, el la craie pure, ne sont furiiiées que par l'intermède de l'eau, résistent, comme le quartz, à la plus grande violence du feu : dès lors ne doit -on pas penser que le quartz n'a |>as été produit, par ce dernier élément, mais formé par 1 eau , comme l'argile et la craie pures , qui sont également refraclaires à nos feux? et si le quartz a en effet été produit primitive* ment par l'inlermède de l'eau , à plus forle raison le jaspe, le porphyre, el les gianiles, auront été formés par le même élément.

J'obsenerai d'abord que, dans cette objection, le raisonnement n'est appuyé que sur la supposition idéale d'une matière inconnue, taudis que je pars au contraire d'un fait certain, en présentant pour matière primitive les deux substances les plus simples qui se soient jusqu'ici rencontrées dans la nature; et je répands, en second lieu , que l'idée sur la(|uelle ee raisonnement e.^t fondé n'est encore qu'une autre supposition démentie |tar les observations; car il faudroit alors que les eaux eussent non soiiiement surmonté les pic^ des plus hautes montagnes de <;uartz et de granité, mais ericore que l'eau eut formé les masses inimniises de ces mêmes montagnes jiar des dé| ôts accumulés el su|)erposés jusqu'à teur« sommets : or celle double supposition ne peut ni se soutenir ni même se présenter avec quel(|ue vraisend)iauce , des (pie l'on vient à considérer cpie la terre n'a pu prendre sa forine renflée sous l'équaieur el abaissée sous les pôles que dans son étal de litpiéfaclion par le feu, et que les boursouflures et lesgi'andes éminences du globe ont de même nécessairement été formées par l'action de ce même élément dans le temps de la con<oiidation. L'eau, en quelque quantité et dans quelque mouvement qu'on la suppose, n'a pu produire ces chaînes de montagnes primitives qui font la charpente de la terre, et lienneiit à la roche qui en occupe l'intérieur. Loin d'avoir travaillé ce^ montagnes primiti\es dans toute I épaisseur de leur masse, ni par consétpient d'a\oir pu changer la nature de celte prétendue raaiiére primitive, pour eu faire du quartz ou des granités, les eaux n'ont eu aucune part à leur formation, car ces substances ne portent aucune trace

d« refte origine, et n'offi*enl pas le plus peiit indice du Iravâil ou du d(*pdt de l'eiiu. Ou ne trouve aucune production marine ni dans le quartz ni dans le granité; et leurs masses, an lieu d'élre disposées par rourlies comme le sont tntites It-s matières transportées ou déposées par les eaux, sont au contraire connue fondues d*une seule pièce, sans lifl ni divisions que relies des fentes p«»rpeniHculaires qui se sont formées par fa retraite de la maiière sur elle-mènié dans le lempâ de sa consolidai Ton par le refroidissement.

Nous sommes donc uien fondés à rcgarJer le quartz et lonles lés matières en grande) masses dont il est la basé, teHes ^ue les jaspes , les porphyres , les granités , comme des produits du feii pnmitif , puisqu'ils dif^ fèrent en tout des matières travaillées par les eaux.

Le quartz forme la roche du glolie; les appendices de cette roche servent de R0)aiix aux plus liHules éniinences de la terrel Le jaspe est aussi un produit iiiimédiàt du fén primitif, et il est, après le quartz, la maliére vitreuse la plus simple; car il résiste également à Pari ion des acides et dn fêu. FI n est pas tout-à-faif aussi dur qne le qnai'tsf, et il esi presque toujours fortement cbloré': mais ces différences ne doivent pas «ons empêcher de n*garder le jaspe ert grande masse comnte un produit du feu , él Comme le second vere primitif, puisqu'on n'y vok aucune tn^ce de composition, ni d'autre indice de mélange que celui des parties métalliques qui l'ont coloré; du reste, il est «l'une fssenre lussl pure que le quartz , qui l(r<-niénie a reçu (pielquefois des couleurs, et pa'tiruliereinent le rouj;e du fer. Ainsi, dans le temps de la vitrificaliou générale, les quartz et les jaspes, qui en sont les produits les phiss.mples, n'ont reçu par subhmation ou par mixtioji qu'une petite quantité de particules métalliques dont ils sont colorés; et la rareté des jaspes, en comparaison du quartz, vient peut-être de ce qu'ils n'ont pu se former (|ue dansleé endroits ôti

MINKRAUX.

il s'est trouva des matières métalliques, au lieu que le quartz a été produit en tous lieux. Quoi qu'il en soit, le quartz et le jaspe sont réellement les deux sulniances vilreus^ les plus simples de la nature, et nous devons dès lors les ri^arder comme les 4cux premiers verres qu'elle ait produit?.

L'iiifusibiliié, ou plutôt la résistance à Faction du feu, dépend en entier ^e la pureté ou simplicité de la matière : la craie et l'ai^ile pures sont aussi infusibles que (e quartz et le jaspe; tontes les matières mixtes ou composées sont au contraire très^isémeiit fusibles. Nous considérerons doue d*abord le quartz et le jaspe comme étant h;s deux matières vitreuses les plus simples; ensuite nuis placerons le mica, qui, étsnt un peu moins réfractaij« au feu, paroil être un peu moins simple; et enfin nwis présenterons le fejd spalh et le sehorl , doik là grande fusibilité semble démontrer quiâ leM* siU>stance est mélangée; après quoi nous traiterons des matières composées dç ces ci^iq substance piMmitives, lesquelles ont pu s^e mèjer et se '<>ombiner eitsemble deux à deux, trois à ^rois, on ((uatre à quatre, et dont le niélange a réellement produit toutes les autres tnalièrés vitreuses en grandes masses.

' Nous ne mettrons pas au nombre des sulpkstanees d^i mélange celles qui dounent |es 'coiifein^ à çes-dilTéreutes matières, p^ornie qu'il n^ itiuV qu'une at petile. ^)ai<|tilé àe métal pour coloner de ^»^>d«^ masses, %u'on ne peut regai^ler là rànleiuf eomime p^rt^ intégrante cf âiwiine: siibslanoç ; et c'est piécette raison que les jat<|iiis< peux^t fàtfç ^gardés comme aussi' simples qvQ ^e Quarlo^, quoiqu'ils soient presque toitjitprK ^)|Hj9ni^t colorés. Ainsi nous préseuieroos d'abord cfs cinq verres pi'imilîfs; nous suivront kxjrs combinaisons et leurs mélanges entre eu^ ; et , après avoir traité de ees gramihe^ r^s^ vitreuses formées et fondues par Lq feUt nous passerons à la considération des masses argilerisès' et balcatres oui ont été produites et èntasséeà par^ le'iiioi»enucnt de» eaux*

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PJJ QUAJITZ.

Le qiiartx''est le premier des verres primitifs; c'est même la matière première dont on peut concevoir qn'e»! formée la roclie intérieure du glni>e. Ses a|)|»endires extérif uifs« c|ui serrent ()e base el de noyau aux plus i^randes émineoces de la terre, sont aussi de cette même matière primitive : ces Doyaux des plus liantes montagnes se sont trouvés d*al>ord environnés et couverts des fragmeus déci'épités de ce premier verre, ainsi que des écailles .du jasi^e, des paillettes du mica, et des )>etites masses cristallisées du feld-spalli el du scliorl, qui dès lors ont formé par leur réunion les grandes masses degraniie, de porpbyrc, et de toutes les auU'es roches vitreuses composées de ces premières matières prodiu'tes par le feu primitif; les eaux nont agi que long-lemps après sur ces mêmes fragmens et poudres de verre, pour en former les grès, les talcs, et les contenir enfin, par uiie longue décomposition, en argile et en schiste. Il y a donc eu d'abord « à la surface du gl()l>e , des sables décrépites de tous les verres primitifs, et c'est de ces premiers sables cpte W's roclies vitreuses en grande masse ont été composées; ensuite ces sables transportés par le mouvement des eaux , et réunis par fintermède de cet élément , ont formé les grès et les talcs; et enfui ces mêmes sables, par un long séjour dans Peau, se sont atténués, rar mollis, el convertis en argile. Voilà la suite des altérations et les cliungemens successifs de ces premiers verres : toutes les matières qui en ont été formées avant que Teau les cât pénétrées sont demeui*ées sèches et dures; celles au contraire qui n*ont été produites que par lactiou de l'eau, Ipi-sqiu- ces mêmes verres ont été imbus d*huniidité, ont conservé (pichpie mollesse; car tout ce qui est humide est en même temps mou, c'est à-dire nibins dur que ce qui est sec :

aussi uy a-t-il de parfaitement solide que ce qui est entièrement sec; les verres primilifs et les matières qui en sont composées , telles que les porpbyres, les granités, qui tous ont été produits par le feu, sont au^si durs que secs ; les métaux , même les plus pars , tels ^ue Por et Fardent, çpie je regarde

aussi comme des produits du fpu, fpnt d« même d'une sécheresse entière >.

Mais toute matière ne conserve sa sécheresse et sa dureté qu'autant qu'elle est 4 l'abri de l'action des elémens humides, qui, dans un temps plus on moins long, la iiénètrent , l'altereni , et semblent quelqiietuis en cbanger la nature en lui donnant nue forme extérieure toute différente de la première. Les cailloux les plus durs, les laves des volcans, et tous nos verres factices, se convertissent en terre ai^ileiise f>ar la longue impression de rhumidité de l'air; le quartz et tous les autres verres produits par la nature, quelque durs qu'ils soient , doivent subir la même altération, et se convertir à la longue en terre plus ou moins analogue à Pargile.

Ainsi le quartz, comme tonte autre matière, doit se présenter dans des élathdifféreiLS : le premuT en grandes masses dures et sèches, produites par la vitrihcation primitive , et telles qu'on les voit au sommet et sur les (lancs de plusieurs montagnes; le second de ces étals est celui où le quartz se présente en |)elttes masses biisées el décrépitées par le prttmîer refroi<iissement; et c'est sous cette seconde forme qu'il est entré dans la composition des granités et de plusieurs autres matières vitreuses; le troisième enfin est celui où ces petile>s masses sont dans un état d'altération ou de décomposi-

X. L'expérience m'a démontra qn« ces mt^tanx ne roiitipiiii<>iii aucurip liiiiiiHiiiedans leur iiilérifur.

Ayant ex; Misé au foyer tlv iiiimi miroir ardent, à quaruiite et cinquante |iie«ls t\t diKiance, ties assiettes d*ar}*ent et d'assec targes |>la(|iirs d'nr, je fus d'alxird un peu surpns de lei> voir fumer Ions;' temps avant de se (niidre : celte fumée émit assea épaisse pour faire une nmltre Irès-sensilile sur te terrain éclairé, eoniiiie le u:iniir, par ta Inniièré du soleil ; elle aroit tout l'air d'une v.-ipeur liniuide; et. «'en tenant k cette première apparence . un auroit pu penser que ces métaux cuntiemient un« bonne quantité d'eau ; mais ces mêmes vapeurs étant interct-piée», reçues, et arrêtée» par une plaque d'autre matière , elles t'or.t dorée ou argentée. Ce dernier effet démontre dmic que ceil va|ieurs » loin d'être aqueuses, s Mil pu^ineut métalliques, •t qu'elles ne se séparent de ta masse du inéial qui» pur une sublimation causée par là cbaleur du foyeif auquel il étoh exposé.

MINÉRAUX

tion, produit par les vapeurs de la terre ou nar Finfiltration de Teau. le quartz primitif

par l'infiltration de Feau. [^ quartz primitif est aride au toucher; celui qui est altéré par les vapeurs de la terre, ou par Teau, est plus doux ; et relui qui sert de gangue aux métaux est ordinairement onc'ueux; il y en a aussi qui est cassant, d'autre qui est flHiiil- Jeté, etc. : mais Tun des caractères généraux du quartz pur, opaque, ou transparent, est d'avoir la cassure vitreuse, cVsl à-dire par ond&s convexes et concaves, également polies et luisantes ; e! ce caractère très-marqué suffiroil pour indiquer que le quartz est un verre , quoiqu'il ne soit pas fusible au feu de nos fourneaux, et qu'il soit moins transparent et beaucoup plus dur iiue nos verres factices. Indépendamment de sa dureté, de sa résistance au feu, et de sa cassure vitrcusej li prend souvent un quatrième caractère , qui est la cristallisation si connue du cristal de roche : or le quartz dans son premier état, c'est-à-dire en grandes masses produites par le feu, n'est point cristallisé ; et ce n'est qu'après avoir été décomposé par l'impression de l'eau, que ses particules prennent, en se réunissant , la forme des prismes du cristal : ainsi le quartz, dans ce second état, n'est qu'un extrait formé par stillation de ce qu'il y a de plus homogène dans sa propre substance.

Le cristal est en effet de la même nature que le quartz; il n'en diffèreque par sa forme et par sa transparence : tous deux frottés l'un contre l'autre deviennent hunineux ; tons deux jettent des étincetles par le choc de l'acier; tous deux résistent à l'action des acides, et sont également réfractaires au feu ; enfin tous deux sont à peu près de la même densité, et par conséquent leur substance est la même.

On trouve aussi du quartz de seconde formation en petites masses opaques et non criitallisées , mais seulement feuilletées et trouées , comme si reite matière de quartz eût coulé dans' les interstices et les fentes d'une terre molle qui lui auroit servi de moule; ce quartz feuilleté nVst qu'une stalactite grosssière du quartz en masse, et cette stalactite est composée, < omme le grès, de grains quarizeux qui ont été déposés et réunis par l'intermède de l'eau. Nous verro i», dans la suite, que ce quartz troué sert quelquefois de bases aux agates et à d'autres matières du même genre.

M. de Gensanne attribue aux vapeurs de la terre Taltération et môme la production des quartz qui accompagnent les filons des métaux ; il a fait sur cela de bonnes obser-

vations et cnielqiies expériences que je ne puis citer qu'avec éloge. Il a.<!sure que ces vapeurs , d abord condensées eu concrétions assez molles, se cristallisent ensuite en quartz. « C'est , dit-il , une obser\'ation que j'ai suivie plusiMirs années de suite à la mine de Oramaiilot, à Plancbes-les-Mines en PYanehe-Comté ; les eaux qui suintent à travers les roches de cette mine forment des stalactites an ciel des travaux , et même sur les bois, qui res.<«mblent aux glaçons qui pendent aux toits pendant l'hiver, et qui sont un vciitable quartz. Les extrémités de ces stalactites, (|ui n'ont pas encore pris une consistance solide, donnent une substance grenue, cristalline, quou écrase facilement entre les doigts ; et comme c'est un filon de cuivrt^, il nest pas rare, parmi ces stalactites, d'y eu voir quelquesunes qui formeni de vraies malachites d'un très-beau vert. Lorsque les tnivaux d'une mine ont été aban<lonncs, et que les puits sont l'emplis d'eau , il n'est pas rare de frouver, au bout d'un certaiu temps, la snrface de ces puits plus ou muiris couverte d'une espèce de matière blanche cristallisée, qui est un véritable quartz , c'est-à-dire un ^ufw cristallise. J'ai vu de ces concrétions qui avoient plus d'un pouce d'épaisseur. »

Je ne suis point du tout éloigné de ces idées de M. de Gensanne: jusqu à lui, les physiciens n'attribuoient aucune formation réelle et soliile aux vapeurs de la terre; mais ces observations et celles que M. de Lassonne a faites sur l'émail des ^rès sembieni démontrer que, dans plusieurs circonstan ci's, les vapeurs minérales pn^meut uniforme solide et même une consistance trèsdure.

Il paroît donc que le quartz, suivant ses différeus degrés de décomposition et d'atténuation, se réduit en gtains et petites lames qui >:e rassemblent en masses feuiiletées , cl que ses stillaiions plus épurées produisent le cristal de rorhe; il paroit de même <ju'il passe de l'opacité à la Iranspai^nce par nuances , comme on le- voit dans plusieurs montngnes, et particulièrement dans ceUo.^ des Vosges, où M. l'abbé Bexoi nous assure avoir observé le quartz dans plusieurs états diilérens ; il y a trouvé des quartz opafpies ou laiteux, et d'autres tran^pareus ou demi transparens; les uns dispenses par veines , et d'autres par blocs , et même par grandes masses , faisant ]jarlie des montagnes ; et tous ces (piartzsont souvent accum- {)a^nés de leurs cristaux colorés ou non co • orés. M. Guettard a observé les grands ro-

blj QUARTZ.

chers de quartz hîancs de Chipeïu et d'Oursièi-e en l)au|>hi>ié, et il faii aussi meiiiioa des quartz des environs d'Allevard daus cetle mc^me province. M. Bowles rapporte que, dans le terrain de la Nala, en Espagne, il y a une veine de quartz qui .nort de la terre, s'étend à plus d'une demi-lieue, et se |)erd ensuite diu> la montagne : il dit avoir .coupé un morceau de ce quartz , qui éloil à demi transparent et pres<pie aiLSM fin que du crist»! de rorlie; il l'orme comme une bande on rubm de quatre doigts de large, entre deux lisières d'un attire quartz plus ol)scur, et le long de cette même veine il se trouve des morceaux de quar z ouverts de cristaux réguliers de couleur de lait.

M. Guettard a trouvé de semblables cristaux sur le quartz, eu Auvergne; la plupart de ces cristaux éloient transpar<ïns, et quelqn(;s-uus étoient opaques , bruns et jaunâtres, ordinairement trcs<distiugués les nus des autres, souvent hérissés de beaucoup d'autres cristaux irè^-petits, parmi lesquels il y en avdii plusiein*s d'un beau rouge de gren it. Il en a vu de même sur les bjucs de granité ; et iors(|ue ces cristaux sont traiisparens et violets , on leur donne en Auvergne le nom darnt'thfste , ^t celiii d\'mera/u/e lorsqu'ils sont verls. Je dois observer ici, pour éviter toute erreur, que l'amélliyste est en effel un cristal de roclie cub)i*é . mais que rémeraude est une pierie très-ditïérente qu'on ne doit pas mettre au nombre des cristaux, parce qu'elle en dilTere essenlielleutent d.ins sa compositioii , l'cmeraude étant formée de lames super j)0sées , an lieu que le cristal et l'amétbvste sont conipcxiés de p^isme.^ réunie. Et d'à. Heurs cetle prétendue éraeraude ou cristal \ei't d'Auvergne n'e<it autre cbnse ([u'un spatb fluor qui est à la vérité, une substance vitreuse, mais différente du cristal.

Ou trouve souvent du quartz en gros blocs, dérochc-i du sommet ou séparés du noyau ihA montagnes. M. Moutel, babile minéralogi-sle , parle de semblables masses qu'il a vues dans les (.évennes, an diocèse d'Alais, « Cjcs masses de quartz, dit-il, n'affectent aucune figufe léguliére; leur couleur est hiaiicbe; et comme ils n'ont que peu de gerçures, ils n'ont été |)éné'rés d'aucune terre colorée: ils sont opaques; et quand on les casse, ils se divisent en monceaux inégaux , anguleux. .. . La fracture représente une vitrification : elle est luisaiile et réfléchit les rayons de lumière, surtout si c'est un quartz cri>tallin ; car on en trouve quelquefois de cette espèce parmi ces gros

morceaux. On ne voit point de quartz d'une forme ronde dans ces montagnes; il ne s'en trouve que dans les rivières ou daus les ruisseaux, et il n'a pr's cette forme qu'à force de rouler dans le sable. »

(^es quartz en moiTeaux arrondis et roulés que l'on trouve dans le lit et les vallées dés rivières qui descendent de^ grandes monlagnt» I rimitives sont les débris et le^ restes des Vt ines ou ma^es de quartz qui sont tond>ées de la crête et des flancs de ces mêmes montagnes, minées et en jutrlie abattues par le temps; et non seulement il se trouve une très-grande quantité de quartz en monceaux arrondis dans le lit de ces rivières , mais souvent on voit , sur les collines voisines, des couches entières composél's de ces cailloux de quartz arrondis et roulés par les eaux : ces collines ou montagnes inférieures sont évidenmient de seconde formation ; et quelquefois ces quirtz roulés s'y trouvent mêlés avec la pieire calcaiie, et tous d( ux ont également été transportés et déposés par le mouvement des eaux.

Avant de terminer cet article du quartz, je dois remarquer que j'ai employé partout, dans mes Discours sur la tbéorie de la terre et dans ceux des Époques de la nature, le mol de rocvif, pour exprimer la roche quarlzeu>e de rintérieur du globe et du noyau des montagms : j'ai préféré le nom de roc "vifkc^Xux de quartz y parce qu'il présente une idée plus familière et plus étendue, et que cette expression, quoicpie moins précise, suffis4)it pour me faire entendre; d ailleurs j'ai souvent compris sous la dénomination de roc vif non seulement le quartz pur, mais aussi le quartz mêlé de mica, les jaspes, porphyres, granités, et toutes les roches vitreuses en grandes masses que le feu ne peut calciner, et (pii par leur dureté . étincelleni avec l'acier. Les rocs vitreux primitifs différent des rochers calcaires non seulement par leur essence, mais aussi |)ar letir disposition : ils ne sont pas po-^és ])ar bancs ou par couches horizontales, mais ils sont en pleines masses, comme s'ils étoient fondus d'une seule* pièce : autre preuve qu'ils ne tirent pas leur origine du transport et du dépôt des eaux. La dénomination générique de roc 'v//' snffisoit aux objets généraux que j'avots à traiter; mais aujourd'hui qu'il faut entrer dans un plus grand détail, nous ne parlerons du roc vif que pour le comparer quelquefois à la roche morte ^ c'est-'à-dire à ce même roc quand il a perdu sa dureté et sa consistance par l'impression des élémens humides à la surface de la terre,

ao9

MTNï^RAnC.

ou )onqirn a été décomposé dans son sein par leii vapeurs minérales.

Je dois encore avertir que qtiand je dis et dirai que le quartz , le jaspe , largile pure, Ja eraie , ei d'autres matierei , sont infusi» bles, et qu'au conlraiiaB le feld-spatii, le schori , la glaise ou arçHe impure ^ la terre limoneuse, et d'autres roalières«sont fusibles, je n'entends jamais qu'un degré relatif de ' fusibilité ou d*infu^ibilité; car je suis persuadé que tout dans la nature est t'nsible, puisque tout a été fondu, et que les matières qui. comme le quartz et le jaspe, nous paroissent les plus réfraclaires à l'aciion de nos feux , ne résisleroient pas à celle d'un feu plus violent. Nous ne devons donc pas admettre , en histoire naturelle , ce caractère d'infusibilité dans un sens absolu, puisque celte propriété n'est pas essentielle, maia dépend Je notre art , et même de l'imperfeclion de cet art , qui n'a pu nous fournir encore les nioye.is d'augmenter assez la puissance du feu pour retondre quelques-unes de ces mêmes matières fondues par la nature.

Nons avons dit ailleurs que le feu s'empluyoit de trois manières, et que, dans chacune, les eflVrsel le produit de cet élément éloient trevdifférens : la nreuiière de ces manières est d'employer le feu en grand voinme , comme dans les fourneaux de ré-* verbere pour la verrerie et pour la poreelaine; la seconde, en plus |)etil volume, mais avec plus de vitesse au moyen des souF-< flets ou des tuyaux d'aspiration ; et la trot sième en très-petit volume, mais en masse concentrée au foyer des miroirs. J*ai éprouve, dans un fourneau de glacerie , (|ue le feu en grand volume ne peut foudre la mine de fer eu grains, .même en y ajoutant des fondans; et néanmoins le feu , quoiqu'en moindre volume, mais animé par l'air des soufflets, fomi cette même mine de fer sans addition d'aucun fondant. 1^ troisième manière par laquelle on concentre le volume du feu au foyer des miroirs ardens est la plus puissante et en même temps la plus sûre de toutes et l'on verra, si je puis achever mes expériences au miroir à échelons , que la plupart des matières regardées jusqu'ici comme infusibîes ne l'étoient que par la foiblesse de nos feux. Mais , en attendant cette démonstration, je crois qu'on peut assurer, sans craindre de se tromper, qu'il ne faut qu'un certain degré de feu pour fondre ou briller, sans aucune exception , toutes les matières terrestres» de quelque nature qu'elles puissent être ; l^ seule diffpfence , c'est que tes

substances pures et simples sont toujours plus réi'ractaires au feu que les matières composé 8, parce que, daas tout mixte, il y a des parties que le feu saisit et dissout plus aisément que les autres; et ces parties une fois dissoutes servent de fondant pour liquéfier les premières.

Nous exclurons donc de l'histoire naturelle des minéraux ce caractère d'infusibilité absolue, d'autant que nous ne pouvons le eonnoilre que d'une manière relative, môme é(piivo4|ue , et jusqu'ici trop incertaine pour qu'on puisse l'admettre ; el nous n'emploierons, I» que celui de la fusibilité relative; a*» le caractère de la calcination ou non ralcinaliou avant la fusion , caractère lieaucotip plus essentiel , et par lef]uel on doit établir les deux grandes divisions de toutes les matières terrestres , dont les unes ne se con- ▼erti.<(S4>nt en verre qu'après s'étj*e calcinées, et dont les autres se fondent sans se calciner auparavant ; 3** 'le caractère de l'effervesceuce avec les arides, qui accompagne ordiiiairemenl ceJni de la calcination ; et ces deux caractères suffisenr pour nous faire distinguer les matières vitreuses des substances calcaii^es ou gypseuse<« ; 4" celui d'él inceler ou faire feu contre l'acier trempé; et ce caractère indique plus qu'aucun autre U sécheresse et la dureté des corps; 5* la cassure vitreuse, spath ique, terreuse ou grenire, qui pré.^'ente à nos yeux la texture inlérii'ure de chaque substance; 6<> enfin les couleurs qui démontrent lu présence des parties métalliques dont les dilTérentas matières sont inipi-éi;nées. Avec ces six cai-aclères, nous tâcherons de nons passer de la plupart de ceux que les chimistes ont employés; ils ne serviroieuf ici qu'à confondre lés productions de la nature avec celfcs d^uu art qui quelquefois, au lieu de l'analyser, ne rait que hi défigurer. Le feu n'est pas un simple instrument dont l'action sort boMice à diviser ou à dissoudre les matières; le feu est lui-même une matière qui s'unit aux autres , et qui en sépare et enîève les parties les moins fixes; en sorte qu'après le travail de cet clément les car-cteres naturel de la plupart des substances !»ont ou dotruitls ou changes , et que souvent même l'éssonce de ces substance^ en est entièrement altérée.

Le naturaliste , en traitant des minéraux, doit donc se borner aux objets que lui présente la nature , et renvoyer aux artistes tout ce que l'art a produit : par exemple , il décrira tes sels qui se trouvent dans le sein de la terre, et ne parlera des sels formés dans nos laboratoires que coinme d^oLiets accès-

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