‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 74 sur 161 · I. Il s'en est trouvé aussi dans les Alpes · texte numérisé non relu

I. Il s'en est trouvé aussi dans les Alpes

a. tr Dans la forêt de l'Esterelle en Provence , entre Cannes et Fréjns «il y a une , montagne de roche grossière et grisâtre entremêlée de mica , de quartz, et de feld-spath, les mêmes espèces qui entrent dans la composition des granités , avec cette différence qu'elles sont plus mûres , plus fines , et plus compactes dans ceux>ci que dans l'autre.... Et plus loin on trouve unr pierre rougeAtre appelée petrosiiex, c'est-à-dire caillou de roche, qui est la mère des porphyres et des jaspes , de même que la pierre brute grise , dont je viens de parler, est la mère des granités. On trouve des petrosiiex qui sont noirs , bruns , rougeàtrcs , verts , et bleuâtres.

« A mesure qu'on avance , cette pierre devient

λlns dure ; on y voit des taches opaques d'un petit éld'Spatb , semblables à celles qu'on voit dans le porphyre d'Egypte : on y aperçoit aussi de petites taches de plomb , lesquelles se trouvent aussi, quoique rarement , dans les porphyres antiques ; ces taches sont cristallisées comme les antres; mais on juge par la couleur que c'est un minéral qu'on appelle mo/jrbJena , lequel , aussi bien que le schorl on le cometu aristaUisutus , peut être compté parmi les minéraux inconnus.... Vers le sommet de la montagne de l'Esterelle, ee même porphyre acquiert encore une antre sorte de taches qui , par leur transparence, ressemblent au verre, étant formées en cristaux s|Mitheux , pyramidaux , et pointus aux deux bouts ; mais à mesure que les taches nouvelles s'accroissent , les antres disparoissent. Ce nouveau porphyre esi plus beau que l'antre dans son poli, et ses taches deviennent entièrement transparentes quand on le scie eu plaques minces. »

Je remarquerai que cette pierre, que M. Angerstein a ci-devant regardée comme la mire du porphjrre t devient ici une matière dont la finesse du

Îrain » la dureté, et la consistance, l'ont déterminé placer ertte pierre parmi les jaspes.

« En avançant quelques lieues, continne-t-il , dans les bois de l'Esterelle, on ne remarque plus qu'une continuité de ce changement alternatif de porphyre et de jaspe : mais dans certains endroits, el surtout du cdté de Fréjus , ces deux sortes de

4° Le quartz et le schorl. Celte matière est composée de quartz blanc , ou hlanchâtre , et de schorl tantôt iioir et tantôt vert , ou verdàtre, distribué |iar taches irrégulières. Ce premier mélange taché de noir sur un fond blanc a été nommé improprement jaspe d* Egypte el granité orienta f , et le second mélange a élé tout aussi mal nommé porphyri^ . vert. Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'avertir que cette pierre qiiarizeuse tachetée de noir ou de vert par le mélange d'un schorl de l'une ou de Tautre de ces couleurs n'est ni jaspe, ni granité, ni porphyre. J^giiore si cette matière se trouve en grande masse; mais je sais qu'elle reçoit un beau poli, et qu'elle frappe agréablement les yeux par le contraste des couleurs.

Inerres sont amoncelées et oongteWes l'an* avec 'antre, et forment nu produit quii« le caractère du marbre sérancolin des Pyrénées,

« Au sud-ouest, on trouve, aii pied delà montagne, te petrosiiex : dans cet"éndnih, II evttantdt rooge-brun , tantôt firant ^r le bleu céleste , tantôt sur le vert ; ce qui fait présumer «fue, I^'qp poarroit y trouver encQre des jaspes et fies porphyres verts et bleuâtres, parce qu'on a vu ci-devant qde le petrosiiex ou le caillou de roche ttVhrt rbuge-bmn a donné l'origine aux jaspes et aux 'povphyre* àe le même couleur.

« En dernier lieu , on remarque nqe petite colline d'une pierre appelée comcus , d'un gris Toncé , mêlé de fibres en lorme de petits filets , 'M de taches de spath cristallisé à quatorze pdn«k e% quelquefois congelées en forme de grappes : arrivé à Fréjus , toutes ces pierres disparoissent. » (/lemorgues sur les montagnes de Provence, par M- Angerstein , dans les Mémoires des savons éthangers » t. Il ) Nous devons faire obserter que 'cette idée de M. Angerstein , de regarder U coche grossière et grisâtre de la forêt de, l'Esterelle en Provence comme la mère des granités , est sans aucun ' fondement : car les granités ne sont pas des pierres enfantées immédiatement par d*iiutres pierres ; et cette prétendue mère des granités n'est fUe-même qu'un granité gris qui ressemble aux antres par sa composition, puisqu'il contient du quartz, du mica, et du feld-spath , de l'aveu même de l'auteur. Il dit même que son petrosiiex est la mère desipprph/rts et des Jaspes ; ce qui n'est pas plus fondé , puisque ni le jaspe ni le porphyre ne contiennent point de quartz ; tandis que ce prétendu petrosiiex étant composé de quartz et de feld-spath, n'a point de rapport avec les jaspes ; il est dn nombre des matières de la troisième combinaison dont nous tenons de parler, ou , si l'on veut , il fait la nuance entre cette pierre et les granités, parce qn'on y .voit quelques tach*^ de plomb noiroa mo/joJène, qui, comme l'on sait , e^t une matière micacée; il n'est donc pas possible que ce petrosiiex ait produit des jaspes , , puisqu'il n'en contient pas la matière. Ainsi le distinction que cet observateur fait entre. le granité, la roche grisâtre , mère des granités , et son petrosiiex , mire des porphyres et des Jaspes , ne me par«rft pas établie sur une juste comparaison ; et, de plus, nous verrons que le vrai petrosiiex est une matière ' différente de celle à laquelle M. Angersteta en ap« pliqùe ici le nom.

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5° Le jaspe et le mica. Celte combinaison ii*existe peut-être pas dans la nature, du moins je ne connois aucune substance qui la représente ; et lorsque le mica se trouve avec le jf»spe, il est seulement- uni légèrement à sa surface, et non pas incorporé dans sa substance.

6** Le jaspe et le feldspath, et 7<* le jospe et le scliorl. Ces deux mélanges forment également des porphyres.

8*» Le mica et le feld-spalh. Il en est de ce mélange à peu près comme du cinquième, c'est-à-dire de celui du jaspi? et du mira ; on trouve en effet du feldspath rouvert et chargé de mica, mais qui nesl point incorporé dans sa substance.

9° Le mica et le schorl. Cette combinaison ne mVst pas mieux connue, et peut-être u'ftiiste pas pins dans la nature que la précédeute et la cinquième.

iqo Le feld-spHtb et le scliorl. Ce mélange ejit celui qui a formé la matière des ophiies, dont il Y a plusieurs variétés, mais tomes composées de feld-spath plus ou moins méié de schorl de différentes couleurs.

Des dix combinaisons de ces mêmes ciuq verres primitifs pris trois à trois, et qui, dans la spéculation , paroisseut être également possibles, nous n'en connoissons néanmoins que trois, dont deux forment les granités, et la troisième uu porphyre différent des deux pi'emiers : car, t® le quartz, le feld-s|iath, et le mica, composent la substance de plusieurs granités; 2<^ d'autres granités, au lieu de rnica, sont niclés de schorl, et 3° il y a du porphyre composé de jaspe, de felJ-spalh, et de schorl.

ÈnQu des quatre combinaisons des cinq verres primitifs pris quatre à quatre, nous n'en connoissons qu'une q«ii est encore un granité, dans la composition duquel le quartz, le mica, le feld-spalh, et le schorl, se trouvent réunis. Je doute qu'il y ail aucune matière de première formation qui contienne ces ciuq matières ensemble; tant il est vrai que la nature ne s'est jamais soumise à nos abstractions : car de ces vingtcinq combinaisons, toutes également possibles en spéculation, nous n'en pouvons compter en réalité que onze, et peul-èlre même dans ce nombre y eu a-t-il quelquesunes qtii n'ont pas été produites, ctmime les autres , par le feu primitif, et qui n'ont été formées que des délrimeas des prouiièrcs, réunis par l'intermède de l'eau.

Quoi qu'il en soit, le porphyre est la plus précieuse de ces matières composées ; c'est , après le jaspe , la plus belle des sub-

MINÉRAUX

stances vitreuses en grandes masses. Il est , comme nous \fnons de le dire, formé de jaspe, de feld-spalh, et de petites parties de schorl incorporées ensemble. On ne |ieut le confondre avec les jaspes, puisque ceuxci sont d'une substance simple , et ne contiennent nt feld-spath ni schorl ; on ne doit pas non plus mettre le porphyre au nombre des granités, prce qu'aucun graniie ne contient de jaspe , et qu'ils sont composés de trois et même de quatre autres substances , qui sont le quartz, le feld-spath, le schorl. et le mica : de ces ti'ois ou quatre substances, il n'y a que le feld-spatli et le schorl qui soient communs aux deux. Le porphyre a donc sa nature propre et particulière, et il paroit èire plus éloigné du granité que du jaspe; car le cpiartz, qui entre toujours dans la comp:)sition des granités, ne se trouve point dans les porpb}res, qui tous ne contiennent que du jaspe, du feld-spatli, et du schorl.

Le nom de porphyre sembleroît désigner excinsi veulent une matière d un rouge de pourpre, et c'est en effet la conleur du plus oeau porphyre; mais cette dénomination s'est étendue à tous les porphyres, de quelque couleur qu'ils soient : lar il eu est des })orph yi'es comme des jaspes ; il y en a de plus ou moins colorés de rouge, de brun, de \erl , et de différentes nuances de quelques autres couleurs. Le porj)hyre rouge est. semé de très -petites taches plus ou moins blanches, et quelquefois rougeâtres; ces taches présentent les parties du feld-spath et du schorl, qui sont disséminées et incorpoi^H dans la pâte du jaspe; et le caractèi'e essentiel de tous les porphyres, et par lequel ils sont toujours reconnoissables, c'est ce mélange du feld-spath ou du schorl, ou de tous deux ensemble, avec la matière du jaspe : ils sont d'autant plus opaques et plus colorés que le jaspe est eniré en plus grande quautilé dans leur composition; et ils |)ren nent au contraire un peu de transparence loisque le feld-spalh y est en grande quantité. Nous pouvons , â ce sujet , observer qu'en général , daus les matières vitreuses produites par le feu |5rimilif , plus il y a de transparence, et plus il y a de diireié; au lieu que, dans les matières calclnables, toutes foi*mées par 1 intermède de l'eau, la transparence indique la mollesse. Ainsi moins un porphyre est opaque, pins il est dur; et, au contraire, plus un marbre est transparent, plus il est tendre : on le voit évidemment dans le mai'l)i*e de Paros et dans les albâtres. Celte différence vient de ce que

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