‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 81 sur 161 · DES AKGILES ET DES GLAISES · texte numérisé non relu

DES AKGILES ET DES GLAISES

milles élevées de vingt pieds, et les arbres hauts de quarante, éloient auMÎ verts que ceux du vallon après deux mois de sécheresse , parce que ces rochers de cinquantequatre pieds dVpaisseur, portant sur ta glaise, en laissent passer par leurs fentes perpendiculaires les émanai ions humides qui rafraîchissent continuellement la terre végétale où ces arbres sont plantés.

La glaise retient donc constamment à sa superficie une partie des eaux infiltrées dans les terres supérieures ou tombées par les fentes des rochers, et cen*est que du superflu de ces eaux que se forment les sources et les fontaines qui sourdent au pied des collines. Toute l*eau que la glaise peut admettre dans sa propre substance , toute celle qui peut descendre des couches supérieures aux couches inférieures par les petites fentes qui les divisent perpendiculairement sont reteuues et contenues en stagnation presque sans mouvement entre les différens lits de cette glaise; et c'est dans cet état de repos que Feau donne naissance aux productions hétérogènes qu'on trouve dans la glaise , et que nous devons indiquer ici.

lo Gomme il y a dans toutes les argiles transportées et déposées par les eaux de la mer un très-grand nombre de coquilles , telles que cornes d'ammon , bélemnites , et plusieurs autres dépouilles des animaux testacés et crustacés, Teau les décompose et Oiêrae les dissout peu à peu ; elle se charge de ces molécules dissoutes , 1^ entraîne , et les dépose dans les petits vides ou cavités qu'elle reacontre entre les lits d'argile : ce dé\i6t de matière calcaire devient bientôt une pierre plus ou moins solide, ordinairement plate et en petit volume. Cette pierre, quoique formée de substance calcaire , ne contient jamais de coquilles , parce qu'elle n'est composée que de leurs dctriincns, trop divisés pour qu'on puisse reconnoitre les vestiges de leur forme. D'ailleurs les eaux pluviales , en s'infiltrant dans les rocliers calcaires et dans les ten'es qui surmontent les glaises , entraînent un sable de la même nature que ces rochers ou ces terres ; et ce sabloBi Ciilcaire , en se mêlant avec l'argile délayée par l'eau, forme souvent des pierres mi-pariies de ces deux substances : on reoonnoit ces pierres argilo-caleaires à leur couleur , qui est ordinairement bleue , brune ou noire ; et comme elles se forment entre les lits de la glaise, elles sont plates et n'ont guère qu'un pouce ou deux d'épaisseur ; elles ne soot séparées les unes des autres que par de petites fentes verticales , et elles

forment une conche mince et horizontal entre les lits de glaise. Ces pierres mixtes sont presque toujours plus dures que las pierres calr^iires pures : elles se calcinent plus difficilement et résistent à l'action des acides, d*aulant plus qu'elles contiennent moins de matières calcaires.

%^ L'on trouve aussi de petites couches de plâtre entre les lits de glaise. Or le plâtre n'est qu'une matière calcaire pénétrée d'acides; et comme il y a dans toutes les glaises, indépendamment des coquilles, une quantité plus ou moins grande de sable calcaire infiltrée par les eaux , et qu'en même temps on ne peut douter que l'acide n'y soit aussi très-abondamment répandu , puisqu'on trouve communément des pyrites martiales dans ces mêmes glaises , il paroit clair que c'est par la réimion de la matière calcaire à l'acide que se produisent les premières molécules gypseuses , qui , étant ensuite enti'aînées cl déposées par la stiliation des eaux , forment ces petites couches de plâtre qui se trouvent entre les lits des glaises.

3* Les pyrites qu'on trouve dans ces glaises sont ordinairement en forme aplatie et toutes séparées les unes des autres , quoique disposées sur un même niveau entre les lits de glaise; et comme ces pyrites sont composées de la matière du feu fixe, de terre ferrugineuse , et d'acide , elles démontrent dans les glaises non seulement la présence de l'acide, mais encore celle du fer; et en effet les eaux , en s'infiltrant , entraînent les molécules de la to're limoneuse qui contient la matière du feu fixe, ainsi que celle du fer; et ces molécules saisies par l'acide ont produit des pyrites dont l'établissement s'est fait de la même manière 3ue celui des petites couches de plâtre ou e pierre calcaire entre les lits de glaise : la seule différence est que ces dernières matières sont en petites couches continues et d'égale épaisseur, au lieu que les pyrites sont pelotonnées sur un centre, ou aplaties en forme de galets, et qu'elles n'ont entre elles ni continuité ni contiguïté que par un petit cordon de matière pyriteuse , qui souvent communique d*une pyrite à l'autre.

4° L'on trouve aussi dans les glaises de petites masses de charbon de terre et de jayet, et de plus il me paroît qu'elles contiennent une matière grasse qui les rend imperméables à l'eau ». Or ces matières hui-

I. C'est probablement par Taffinité de son hvHe arae Les autres boites ou graisses quf> la glaise peut s'en imbiber et les emerer sur les étoffes

MINÉRAUX

leuses ou bitumineuses, ainsi que le jayet et le charbon de terre, ne proviennent qne des détrimens des animaux et des végétaux, et ne se trouvent dans la plaise que |)arce que originairement , iorsqu*elle a été transportée et déposée par les eaux de la mer, ces eaux étoienl mêlées de terres limoneuses, et déjà fortement imprégnées des huiles végétales et animales produites par la ponrriture et la décomposition des êtres organisés : aussi plus on descend dans la glaise, plus les couches paroissent être bitumineuses; et ces couches iulërieures de la glaise se sont formées en même temps que les couches de charbon de terre , toutes ont été établies par le mouvement et par les sédimens des eaux qui ont transporté et niélé les ghiises avec les débris des coquilles et les détrimens des végétaux.

50 Les glaises ont communément une cou-

c'est cette haile qui la rend pétrissable d donoe aa tourher ; et lonqae celte haile se trouve mêlée «Tec des sets » elle forme une terre aayonnense telle qne la terre à fonlon.

leur grise , bleue , brime ou noire , qni devient d'autant plus foncée, qu*on descend plus profondément : elles exhalent en même temps une odeur bitumineuse: et lorMiu'na les cuit au feu , elles répandent au loin Todeur de Tacide viirioliaue. (les indires prouvent encore qu'elles doivent leur couleur au fer , et que les couches inférieures i*ecevant les égouts des couches suf)érieures , la teinture du fer y est plus forte et la quantité desacides plus grande : aussi cette glaise des couches les plus basses esi-elle non seulement plus brune ou plus noire , maïs encore plus compacte, au point de devenir presque aussi Jure que la pierre. Dans cet état, la glaise prend les noms de si /liste et d'art/oise; et quoique ces deux matières no soient vraiment que di*s argiles durcies, comme elles en ont dépouillé la duciiliié, quVlles semblent aussi avoir acquis de nouvelles qualités, nous a%'ons cru devoir les séparer des argiles et des glaises, et en traiter dans Tarticle suivant.

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