‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 83 sur 161 · DES SCHISTES ET · texte numérisé non relu

DES SCHISTES ET

lion horizontate ; ib sont souvent fort inclinés comme ce«ix des charbons de len-e » ; analope que Ton doit réuMir à relie de la présence du bi'ume dans les ardoises : leurs feuillets se délitent suivant le plan de cette inclinaison; ce qui prouve que les lits ont éié déposés suivant la pente du terrain , et que les feuillets se sont formés par le dessèchement et lii retraite de la nuitière , suivant des lignes plus ou moins approchantes de la perfiendiculaire.

Les couches des schistes, infiniment plus considérables et plus communes que les lits d'ardoise * , sont généralement adossées aux flancs des montagnes primitives , et descendent avec elles pour s*enfouir dans les vallons et souvent repan>itre au delà eu se relevant sur la montagne opposée.

Apres le quartz et le granité , le schiste est la plus al)ondante des matières solides du genre vitreux. Il forme des collines et envelop|ie souvent les noyaux des montagnes jusqu'à une grande hauteur. La pluf>art des monts les plus élevés n'offrent à eiir sommet que des quartz ou des granités; et ensuite, sur leurs p<*ntes et dans leurs contours , ces mêmes quartz et granités , qui composent le noyau de la montagne, sont environnés d'une grande épaisseur de schiste, dont les couches qui couvrent la base de la montagne se trouvent quelquefois mêlées de quartz et de granités détachés du sommet.

On peut réduire tous les différens schistes à quatre variétés générales : la première^ des schistes simples qui ne sont que des argiles plus ou moins durcies, et qui ne contienneut que très-peu de bitume et de mica ; la seconde, des schistes qui, comme l'ardoise, sont mêlés de beaucoup de mica, et d'une assez grande quantité de bitume pour en exhaler Todeur au feu ; la troisième , des schistes où le bitume est en telle abondance qu'ils brûlent à peu près comme les char-

I. Dans les ardoisières d'Angers t les lits sont presque perpendiculaires : ils sont aussi fort in> cHués à Mézières, pr^ de Cbarleville ; à Lopagnm, dans l'état de Oénes : cependant , en Bretagne , les ardoises sout par lits horizontaux, comme les couches de l'argile.

a. On n'a que deux ou trois bonnes carrières d'ardoise en France; on n'en connoît qu'une ou deux en Angleterre, et une seule en Italie, à La* rogna, dans les états de Gènes t cette ardoise, quoique noire , est très-bonne ; tontes les maisons de Gènes en sont couvertes , et l'on en revêt rintérieur des citernes, dans lesquelles on conserve l'huile d'olive h Lucques et ailleurs t l'huile s'y conserve mieux que dans tes citernes de plomb ou enduites de plâtre.

DE L'ARDOISV. %^j

bons de terre de mauvaise qualité ; et enfin les schistes pyriteux, t^ui sont les plus durs de tous dans leur camère, mais qui se décomposent dès qu'ils en sont tirés , et s'effleurissent à l'air et par Phumidité. Ces schistes mêlés et pénétrés de matière pyriteuse ne sont pas si communs que les scnistes imprégnés de bitume ; néanmoins on en trouve des couches et des bancs très-considérables eu quelques endroits. Nous verrons dans la suite que cette matière pyriteuse est très-abondante à la surface et dans les premières couches de la terre.

Tous les schistes sont plus ou moins mélangés de particules micacées; il y en a dans lesquels le mica paroit être en plus grande quantité que l'argile 3. Ces schistes, ne contenant que peu de bitume et beaucoup dr mica , sont tes meilleures pierres dont on puisse se servir pour les fourneaux de fusion des mines de fer et de cuivre : ils résistent au feu plus loug-temps que le grès , qui s'égrène, tjuelque dur qu'il suit; ils résistent aussi mieux que lés granités, qui se fondent à un feu violent et se convertissent en émail ; et ils sont bien préférables à la pierre calcaire, qui peut , à la vérité , résister pendant quelques mois à l'action de ces feux, mais qui se réduit en poussière de chaux au moment (ju'ils cessent, et que l'humidité de l'air la saisit ; au lieu que les schistes conservent leur nature et leur solidité pendant et après l'action de ces feux continuée très-long-temps ; car cette action se borne à entamer leiu* surfooe, et il faudroit un feu de plusieurs aimées pour en altérer la masse à quelques pouces de profondeur.

Les lits les plus extérieurs des schistes, c'est-à-dire ceux qui sont immédiatement sous la couche de terre végétale, se divisent

3. Le maeigno des Italiens est nn schiste de cette espèce ; il y en a des collines entières à FUsoU , pràs de Florence. « Les couches supérieures de ces carrières de maeigno, dit M. Ferber, sont feuilletées et minces , entremêlées de petites couches argi leuses. » (L'auteur auroit dû dire iimannues; car je suis persuadé que ces petites couches entremêlées sont de terre végétale, et non d'argile.) « Le mu€igRO devient plus compacte en entrant oans la profondeur, et ne forme plus qu'une masse ; on en tire de très-grands blocs.... On trouve par-ci par-là , dans le maeigno compacte , des rognons à! argile endurcie , et une multitude de petites taches noires , quelquefois même des couches ou veines de charbon de terre. » (Autre preuve que ce n'est pas de l'argile , mais de la terre végétale ou limoneuse ; c'est le bitume de cette terre limoneuse qui a furmé les taches noires. ) <• Il y a du maeigno de deux couleurs ; le mrilleur pour bâtir et le plus durable est celui qui est d'un jaune grisAtre, mélangé d'ocre ferrugineuse.* {^Lettres stwia minéralogie, etc.» page 4)

en grands morceaux qui affectent une figure rbomboïdale , à peu près comme les grès qui sont mêlés de matière calcaire affectent cette même figure en pelit : et, dans les lits inférieurs des schistes, cette affectation de figure est beaucoup moins sensible et même ne se remarque plus; aulre preuve que la figuration des minéraux dépend des

1>arties organiques qu'ils renferment; car es premiers lits de schiste reçoivent, par la stiîlation des eaux, les impressions de la terre végétale qui les recouvre , et c'est par l'action des élémens actifs contenus dans cette terre que les schistes du lit supérieur prennent une sorte de figuration régulière dont Tappareuce ne subsiste plus dans les lits inférieurs, parce qu'ils ne peuvent rien recevoir de la terre végétale, en étant trop éloignés et séparés par une grande épaisseur de matière impénétraiile à l'eau.

Au reste , le schiste commun ne se délite pas en feuillets aussi minces que lardoise, et il ne résiste pas aussi long-temps aux impressions des élémens humides : mais il résiste également à l'action du feu avant de se \'itrifier ; et comme il contient une petite quantité de bitume, il semble brûler a^ant de se fondre, et, comme nous venons de le dire, il y a même des schistes qui sont presque aussi inflammables que le charbon de terre.

Ce dernier effet a déçu quelques minéralogistes , et leur a fait penser que le fond du charbon de terre n'éloit, comme celui des schistes , que de l'argile mêlée de bitume , tandis que la substance de ce charbon est , au contraire, de la matière végétale plus ou moins décomposée , et que s'il se trouve de Targile mêlée dans le charbon , ce n'est que comme matière étrangère : mais il est vrai que la quantité de bitume et de matière pyriteuse est peut-être aussi grande dans certains schistes que dans les charbons de terre impurs et de mauvaise qualité ; il y a même des argiles, surtout dans les couches les plus basses, qui sont mêlées d'une assez grande quantité de bitume et de pyrite pour devenir inflammables; elles sont en même temps sèches et dures à peu près comme le schiste, et ce bitume des argiles et des schistes s'est formé dès les premiers temps de la nature vivante par la décomposition des végétaux et des animaux, dont les huiles et les graisses saisies par l'acide se sont converties eu bitumes ; et les schistes, comme les argiles , contiennent ordinai> rement d'autant plus de bitume, qu'ils sont situés plus profondément , et qu'ils sont plus voisins des veines de charbon auxquel-

MINÉRAUX

les ils servent de lits et d*enveloppe ; car lorsqu'on ne trouve pas l'aixloise au dessous des schistes, on peut espérer d*y trouver des charbons de terre.

Dans les couches les plus profondes, il y a aussi des argiles qui ressemblent aux schis> tes et même aux ardoises par l'apparence de leur dureté , de leur couleur et de leur inflammabilié : cependant cette argile exposée à l'air démontre bientôt les diiîéreuces qui la séparent de l'ardoise ; elle n'est pas long-temps sans s'exfolier, s'imbiber d'humidité , se ramollir, et reprendre sa qualité d'argile; au lieu que les ardoises, loin de s'amollir à l'air , ne font que s'y durcir davantage, et l'on doit mettre les mauvais schistes au nombre de ces argiles dures.

Comme toutes les argiles , ainsi que les schistes et les ardoises, ont été primitivement formées des sables vitreux atténués et décomposés dans l'eau, on ne peut se dispenser d'admettre différens degrés de décomposition dans ces sables : aussi trouvet-on dans l'argile des grains encore entiers de ce sable vitreux qui ne sont que peu oa point altérés; d autres qui ont subi un plut grand degré de décomposition. On y trouve de même de petits lits de ce sable à demi décomposé, et dans les ardoises et les schistes le mica y est souvent aussi atténué, aussi doux au toucher que le talc, en sorte qu'on peut suivre les nuances successives de cette décomposition des sables vitreux , jusqu'à leur conversion en argile. Les glaises mélangées de ces sables viti*eux trop peu décomposés n'ont point encore acquis leur entière ductilité; mais, en général, l'argile même la plus molle devient d'autant plus dure qu'elle est plus desséchée et plus im-

{)régnée de bitume, et d'autant plus feuiletée qu'elle est plus mêlée de mica.

Je ne vois pas qu'on puisse attribuer à d'autres causes qu'au dessèchement et au mélange du mica et du bitume, cette sécheresse des ardoises et des schistes qui se reconnoit jusque dans leurs molécules; et j'imagine que comme elle^ sont mêlées de particules micacées en assez grande quantité, chaque paillette de mica aura dû attirer l'humidité de chaque molécule d'argile, et que le bitume, qui se refuse à toute humidité , aura pu durcir l'argile au point de la changer en schiste et en ardoise : dès lors les molécules d'argile seront demeurées serbes , et les schistes composés de ces molécules desséchées et de celles du mica auront acquis assez de dureté pour être, comme les bitumes, impénétrables à l'eau; car, indé-

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