DES SCHISTES ET DE L'ARDOISE
pendamment de l*hainidité que les micas oui dû tii'cr de l'argile, on doit encore observer qu'étant mêlés en quantité dans tous les schistes el ardoises , le seul mélange de ces particules sèches, qui paroi t être moins intime qu'abondant, a dû laisser de petits vides par lesquels l'humidité contenue dans les molécules d'argile a pu s'échapper.
Cette quantité de mica que contiennent les ardoises me semble leur donner quelques rapports avec les talcs ; et si l'argile fait le fonds de la matière de Tardoise , on peut croire que le mica en est l'alliage et lui donne la forme : car les ardoises se délitent, comme le talc, en feuilles minces ; elles participent de sa sécheresse, et résistent de même aux impressions des élémens humides ; enfin elles se changent également en verre brun par un feu violent. L'ardoise paroit donc participer de la nature de ce verre primitif : on le voit en la considérant attentivement au grand jour; sa surface présente une infinité de particules micacées, d'autant plus apparentes que l'ardoise est de meilleure qualité.
La bonne ardoise ne se trouve jamais dans les premières couches du schiste : les ardoisières les moins profondes sont à trente ou quarante pieds ; celles d'Angers sont à deux cents. Les derniers lits de l'ardoise , comme ceux de l'argile , sont plus noirs que les premiers ; cette ardoise noire des lits inférieurs, exposée à l'air pendant quelque temps, prend néanmoins, comme les autres, la couleur bleuâtre que nous leur connoissons et que toutes conservent très-longtemps; elles ne perdent cette couleur bleue que pour en prendre une plus tendre d'un blanc grisâtre , et c'est alors qu'elles brillent de tous les reflets des particules micacées qu'elles contiennent, et qui se montrent d'autant plus , que ces ardoises ont été anciennement exposées aux impressions de l'air.
L'ardoise ne se trouve pas dans les argiles molles et pénétrées de l'humidité des eaux , mais dans les schistes, qui ne sont euxmêmes que des ardoises grossières. Les minières d'ardoises s'annoncent ordinairement par un lit de schiste noirâtre de quelques pouces d'épaisseur, qui se trouve immédiatement sous la couche de terre végétale. Ce premier lit de pierre schisteuse est divisé par un grand nombre de fentes verticales, comme le sont les premiers lits des pierres calcaires , et l'on peut également en faire du moellon : mais ce schiste, quoi(|ue assez dur, n'est pas aussi sec que Tai'doise ; il est
même spon|;ieux et se ramolUt par l'humidité lorsqu'il y est long-temps exposé. Les bancs qui sont au dessous de ce premier lit ont plus d'épaisseur el moins de fentes ver* ticales; leur continuité augmente avec leur masse à mesure que l'on descend, et il n'est pas rare de trouver des bancs de cette pierre schisteuse de quinze ou vingt pieds d'épaisseur sans délits remarquables. La finesse du grain de ces schistes , leur sécheresse , leur pureté, et leur couleur noire, augmentent aussi en raison de leur situation à de plus grandes profondeurs; et d'ordinaire c'est au plus bas que se trouve la bonne ardoise.
L'on voit sur quelques-uns de ces feuillets d'ardoise des impressions de poissons à écailles , de crustacés , et de poissons mous, dont les analogues vivans ne nous sont pas connus, et en même temps on n'y voit que très-peu ou point de coquilles. Ces deux faits paroissent, au premier coup d'œil, difficiles à concilier, d'autant que les argiles^ dont on ne peut douter que les ardoises ne soient au moins en partie composées , contiennent une infinité de coqtiilles, et rarement des empreintes de poissons. Mais on doit observer que les aridoises, et surtout celles où l'on trouve des impressions de poissons, sont toutes situées à une grande profondeur, et qu'en même temps les argiles contiennent une plus grande quantité de coquilles dans leurs lits supérieurs que dans les inférieurs , et que même , lorsqu'on arrive à une certaine profondeur, on n'y trouve plus de coquilles. D'autre part , on sait que le plus grand nombre des coquillages vivans n'habitent que les rivages ou les terrains élevés dans le fond de la mer, et qu'en même temps il y a quelques espèces de poissons et de coquillages qui n'en habitent que les vallées, à une profondeur plus grande que celle où se trouvent communément tous les autres poissons et coquillages. Dès lors on peut penser que les sédimens argileux qui ont formé les ardoises à cette plus grande profondeur n!auront pu saisir en se déposant que ces espèces, en petit nombre , de poissons ou de coquillages qui habitent les bas-fonds, tandis que les argiles qui sont situées plus haut que les ardoises auront enveloppé tous les coquillages des rivages et des hauts-fonds, où ils se trouvent en bien plus grande quantité K
:. Il se tronve aussi , quoique rarement , de* poissons pétrifiés dans les substances calcaires au des* BUS des moutagnes ; mais les espèces de ces poissons ne sont pas inconnues ou perdues» comme ceHes qui se trouveat dans les utloises. M. Ferber rap*
MINÉRAUX
Nous ajouterons aux propriétés de Pardoise que, quoiqu'elle snit moins dure que la plupart des pierres calcaires il faut néanmoins employer la masse et les coins pour la tirer de sa carrière ; que la bonne ardoise ne fait pas effervescence avec les arides , et qu'aucune ardui^ ni aucun schiste ne se réduit en chaux, mais c|u'ils se convertissent par un feu violent en nue sorte de verre brun , souvent assez spumeux |>our nager sur Teau. Nous observerons aussi qu avant de se vitriGer ils brùleni en partie, en exhalant une odeur bitumineuse; et enfin que quand on les réduit en poudre, celte de.
lardoise est douce au toucher comme la poussièiip de l'argile si'chée, mais que cette poudre d'ardoise détrempée avec de l'eau ne reprend pcs en séchant sa dureté, ni même autant de consistance que l'argile.
Le même mélange de bitume et de mica qui doune a l'ardoise sa solidité fait en même temps qu'elle ne peut s'imbiber d'eau ; aussi lor9(|u'on veut éprouver la qualité d'une ai-doise, il ne faut qu'en faire ti*emner dans l'eau le bord d'une feuille suspendue verticalement : si l'eau n'est pas pompée par la succion capillaire, et qu'elle n'humecte pas l'ardoise au dessus de son niveau , ou aura la pn'uve de son excellente qualité; car les mauvaises ardoises , et même la plupart de celles qu'on emploie à la couverture des bâtimens, sont encore spongieuses et s'imbibent plus ou moins de l'huniidité, en sorte que la feuille d'ardoise dont le bord est plongé dans l'eau s'humectera à plus ou moins de hauteur en raison de sa bonne ou mauvaûie qualité. La bonne ardoise peut se polir, et on en fait des tables de toutes dimensions; on en a vu de dix à douze pieds en longueur sur une largeur proportionnée.
Quoiqu'il y ail des schistes plus ou moins durs, cependant on doit dire qu'en général ils sont encore plus tendres que l'ardoise, et que la plupart sont d'une couleur moins foncée. Ils ne se diviseut pas en feuillets
Sorte qu'on tronre dans la collection de M. Moréni e Vérone le poisson ailé et quelques poissons dn Brésil , qui ne vivent ni dons la Méditerranée ni dans le golfe Adriatique; la pinne marine, des o» d'animaux* des plantes exotiques pétrifiées et im» primées sur un schiste calcaire , toutes tirées de la montagne du Véronois appelée Monte-Bolca. {^Lettres sur la minéralogie , par M. Ferbert page 27.)
Observons que ces poissons, dont IfS analogues ▼ivans existent encore , n'ont été pétrifiés que bien long'temps après ceux dont les espèces sont perdues : aussi se trouvent-ils au dessus des montagncs , tandis que les autres ne se trouvent que duns les ardoise* à de grandes profoofdfaiafta
aussi minces que l'ardoise, et néanmoins ils contiennent sou\eul une plus giande quantité de mica: mais Targile qui en fait le fonds est vraisemblablement composée de molécules grossières , «'t qui. qiioiqu en partie desséchées, conservent encore leur qualité spongieuse et peuvent s'imbiber d'eau; ou bit-n letir mica, plus aigre et moins atiéuué, n'a |)as acquis, eu s'adoueissant , cette tendance à la conformation lalqueiise ou feuilletée qu'il paroit communiquer aux ardoises : aussi lors({u'oii réduit le srhi>te en lames minces, il se détériore à l'air, et ne peut servir aux mêmes usages que l'ardoise; mais on peut l'employer en masses épaisses pour bâtir.
J'ai dit que les collines calcaires avoient l'argile |M)ur base, et j'ai entendu non seulement les glaises ou argiles molles communes, mais aussi les schistes ou argiles desséchées. T^ plupart des montagnes calcaiiVs sont posées sur l'argile ou sur le schiste. « Les montagnes, dit M. Ferher, de la Slyrie infé rieure, de toute la Carniole, et jusqu'à Tieime en Autriche, sont formées de couches horizontales plus ou moins épaisses (de pierre clcaire) , entassées les mies sur les autres, et ont pour base un véritable schiste argileux , c'est-à-dire une ardoise bleue ou noire , ou bien nu schiste df corne mélangé de quartz et de mica, pénétré d'une petite partie d'argile. J'ai eu, dit- il, presque à chaque pas l'occasion de me convaincre que ce schiste s'étend sans interruption sous Cfs montagnes calcaires : quelquefois même on le voit à découvert s'élever au dessus du rez de terre ; mais lorsqu'il s'est montré pendant un certain temps, il s'enfouit de nouveau sous la pierre calcaire. »
L'argile , ou sous sa propre forme, ou sous celle d aixloise et de schiste , compose donc la première terre, et forme les premières couches qui aient été transportées, et dis-
{>osées par les eaux ; et ce fait s'unit à tous , es autres pour prouver que les maticies vitrescibles sont les substances premières et primitives, puisque l'argile formée de leius débris est la première terre qui ait couvert la surface dti globe. Nous avons vu de plus que c'est dans cette terre que se trouvent généralement les coquilles d'espèces anciennes , comme c'est aussi stir les ardoises (|u'on voit les empreintes des poissons inconnus qui ont appartenu au premier Océan. Ajoutons à ces grands faits une obsi rvaliou non moins iuip >rtante, et qui rappelle à la fois et l'époque de la formation des couches d'argile et les gnmds mouvemens qui bou-
DES SCHISTES ET Dt L'ARDOISE-i
Icvcpsoicnt encore alors la nature; cesl qiruii grand nombre de re& lits de schistes et d*arduises ne paroissent s^ètre inclinés que par violence, ayant été dp|K)5és sur les voiVes des grandes cavernes avant que leur afTaisscmeni fit pencher les masses dont elles étoieni surmontées, taudis que les couches
calcaires , dc|)osées plus tard sur la terre affennie • offrent rarement de Pinclinaison dans leurs bancs , qui sont assez généralement horizontaux, ou beaucoup moins inclinés que ne le sont communément les lits des schistes et des ardoises.
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