DE L'ALBATRE
seiiTS et figures. L'autre surface de ces planches est en quelque sorte ondée à peu près comme seroit une planche de sapin mal polie. Cette grande ressemblance s'évanouit cependant lorsqu'on vient à examiner ces sortes de planches. On s'aperçoit aisément alors qu'elles ne font voir que ce qu'on remarqueroit sur des morceaux de plâti'e ou de quelque pâte qu'on auroit étendue sur une planrhe de sapin ... On s'assure facilement dès lors que ces planches pierreuses ne sont qu'un dépôt fait sur des planches de ce bois ; et si on les casse, on le reconnoît encore mieux , parce que les stries de la surface ne fte continuent pas dans l'intérieur. »
M. Guettard cite encore un autre dépôt pierreux qui se fait dans les bassins du cnâteau d'Issy , près de Paris ; ce dépôt contient des groupes de plantes 'verticillées tout incrustées. Ces plantes , telles que la girandole d'eau f sont très-communes dans toutes les eaux dormantes ; la quantité de ces plantes fait que les branches des différens pieds s'entrelacent les unes avec les autres; et lorsqu'elles sont chargées du dépôt pieireux elles forment des groupes que l'on pourroit prendre pour des plantes pierreuses ou des plantes marines semblables à celles qu'on appelle coralines.
Par ce grand nombre d'exemples, on voit que l'incrustation est le moyen aussi simple que général par lequel la nature conserve, pour ainsi dire, à perpétuité, les empreintes de tous les corps sujets à la destruction ; ces empreintes sont d'autant plus exactes et fidèles , que la pâte qui les reçoit est plus fine : l'eau la plus claire et la plus limpide lie laisse pas d'être souvent chargée d'une
très-grande quantité de molécules pierreuses qu'elle tient en dissolution ; et ces molécules, qui sont d'une extrême ténuité, se moulent si parfaitement sur les corps les plus délicats , qu'elles en représentent les traits les plus déliés. L'art a même trouvé le moyen d'imiter en ceci la nature : on fait des cachets , des reliefs , des figures parfaitement achevées , en exposant des moules au jaillissement d'une eau chargée de cette matière pierreuse ' ; et l'on peut aussi faire des pétrifications artificieUes, en tenant long-temps dans cette eau des corps de toute espèce :
ceux qui seront spongieux ou poreux recevront l'incrustation tant au dehors qu'en dedans ; et si la substance animale ou végétale qui sert de moule vient à pourrir, la concrétion qui reste paroît être une vraie pétrification, c'est-à-dire le corps même qui s'est pétrifié, tandis qu'il n'a éic qu'incrusté à l'intérieur comme à l'extérieur.
i: C'est aux bains de SaniO'Filippo , sur le pen rhant de la montagne Santa-Fiora , près de Sicnno , que M. le docteur Leonardo f^egni a établi sa sin* gulière manufacture d'impressions de médailles rt de bas-reliefs formés par la poudre calcaire que dé posent ces eaux : pour cela, il les fait tomber d'us sex haut sur des lattes de bois placées en travers sur un grand cuvean : l'eau, par cette chute , rojaillit en gouttes contre les parois de la cuve , auxquelles sont attachés les modèles et les médailles ; et en peu de temps on le^voit couvertes d'nne in<
crustation très-fine et très-compacte On peut
même colorer ce sédiment pierreux en rouge , en faisant filtrer l'eau qui doit le déposer à travers du bois de Fernambouc. 11 faut que cette matière soit bien abondante dans les eaux , puisqu'on as» sure qu'on a déjà fait par ce moyen des bustes en> tiers , et que M. le docteur Vegni espère réussir h en faire des statues massives de grandeur humaine.
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