‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 109 sur 361 · LE COQ DE BRUYERE A BRAISE · texte numérisé non relu

LE COQ DE BRUYERE A BRAISE

n’a dessiné cet oiseau que mort et sans plumes érigées ou redressées, la diseonvenance des dessins se réduira à peu de chose, ou plutôt s’évanouira toul-à-fait par une présomption bien fondée, c’est que notre oiseau est la femelle de celui d’Edwards : d’ailleurs cet habile naturaliste dit positivement qu’il ne fait que supposer la huppe à son oiseau , parce qu’ayant les plumes du sommet de la tète plus longues que les autres, il présume qu’il peut les redresser à sa volonté, comme celles qui sont au dessus de ses ailes; et du reste, la grandeur, la figure, les mœurs et le climat étant ici les mêmes, je pense être fondé à présumer que la grosse gélinotte du Canada , la gélinotle happée de Pensylvanie de M. Brisson, et le coq de bruyère à fraise de M. Edwards , ne font qu’une seule et même espèce, à laquelle on doit encore rapporter le coq de bois d’Amérique, décrit et représenté par Catesby.

Elle est un peu plus grosse que la gélinolte ordinaire, et lui ressemble par ses ailes courtes, et en ce que les plumes qui couvrent ses pieds ne descendent pas jusqu’aux doigts : mais elle n’a ni sourcils rouges , ni cercles de cette couleur autour des yeux. Ce qui la caractérise ce sont deux touffes de plumes plus longues que les autres et recourbées en bas, qu’elle a au haut de la poitrine, une de chaque côté : les plumes de ces touffes sont d’un beau noir, ayant sur leurs bords des reflets brillans qui jouent entre la couleur d’r.r et le vert; l’oiseau peut relever quand il veut ces espèces de fausses ailes , qui, lorsqu’elles sont pliées, tombent de part et d’autre sur la partie supérieure des ailes véritables. Le bec , les doigts , les ongles , sont d’un brun rougeâtre.

; Cet oiseau , selon M. Edwards, est fort commun dans le Maryland et la Pensylvanie, où on lui donne le nom de faisan : cependant il a , par son naturel et ses habitudes, beaucoup plus d’affinité avec le tétras ou coq de bruyère ; il tient le milieu , pour la grosseur, entre le faisan et la perdrix. Ses pieds sont garnis de plumes , et ses doigts dentelés sur les bords comme ceux des tétras; son bec est semblable à celui du coq ordinaire; l’ouverture des narines est recouverte par de petites plumes qui naissent de la base du bec, et se dirigent en avant; tout le dessus du corps, compris la tète, la queue, et les ailes , est émaillé de différentes couleurs brunes, plus ou moins claires, d’orangé , et de noir; la gorge est d’un orangé brillant , quoiqu’un peu foncé ; l’estomac , le ventre et les cuisses ont des taches noires

en forme de croissant , distribuées avec régularité sur un fond blanc : il a sur la tète et autour du cou de longues plumes dont il peut , en les redressant à son gré , se former une huppe et une sorte de fraise; ce qu’il fait principalement lorsqu’il est en amour ; il relève en même temps les plumes de sa queue en faisant la roue, gonflant son jabot; traînant les ailes , et accompagnant son action d’un bruit sourd et d’un bourdonnement semblable à celui du coq d’Inde; et il a de plus , pour rappeler ses femelles , un battement d’ailes tres-singulier, et assez fort pour se faire entendre à un demi-mille de distance par un temps calme. U se plaît à cet exercice au printemps et en automne, qui sont le temps de sa chaleur, et il le répète tous les jours à des heures réglées , savoir, à neuf heures du matin et sur les quatre heures du soir, mais toujours étant posé sur un tronc sec. Lorsqu’il commence , il met d’abord un intervalle d’environ deux secondes entre chaque battement ; puis, accélérant la vitesse par degrés , les coups se succèdent à la fin avec tant de rapidité , qu’ils ne font plus qu’un petit bruit continu, semblable à celui d’un tambour, d’autres disent d’un tonnerre éloigné. Ce bruit dure environ une minute , et recommence par les mêmes gradations après sept ou huit minutes de repos : tout ce bruit n’est qu’une invitation d’amour que le mâle adresse à ses femelles, que celles-ci entendent de loin , et qui devient l’annonce d’une génération nouvelle , mais qui ne devient aussi que trop souvent un signal de destruction ; car les chasseurs, avertis par ce bruit, qui n’est point pour eux , s’approchent de l’oiseau sans en être aperçus, et saisissent le moment de cette espèce de convulsion pour le tirer à coup sûr ; je dis sans en être aperçus, car, dès que cet oiseau voit un homme, il s’arrête aussitôt , fut-il dans la plus grande violence de son mouvement , et il s’envole à trois ou quatre cents pas : ce sont bien là les habitudes de nos tétras d’Europe, et leurs mœurs , quoiqu’un peu outrées.

La nourriture ordinaire de ceux de Pensylvanie sont les grains, les fruits, les raisins, et surtout les baies de lierre; ce qui est remarquable , parce que ces baies sont un poison pour plusieurs animaux.

Us ne couvent que deux fois l’année , apparemment au printemps et en automne , qui sont les deux saisons où le mâle bat des ’ ailes : ils font leurs nids à terre avec des feuilles, ou à côté d’un tronc sec couché par terre, ou au pied d’un arbre debout.

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