LE COQ DE BRUYERE A FRAISE
ce qui dénote un oiseau pesant : ils pondent de douze à seize œufs , et les couvent environ trois semaines. La mère a fort à cœur la conservation de ses petits; elle s’expose à tout pour les défendre , et cherche à attirer sur elle-même les dangers qui les menacent ; ses petits , de leur coté , savent se cacher très-finement dans les feuilles : mais tout cela n’empêche pas que les oiseaux de proie n’eu détruisent beaucoup. La couvée forme une compagnie qui ne se divise qu’au printemps de l’année suivante.
Ces oiseaux sont fort sauvages , et rien ne peut les apprivoiser : si on en fait couver par des poules ordinaires, ils s’échapperont et s’enfuiront dans les bois presque aussitôt qu’ils seront éclos.
Leur chair est blanche et très-bonne à manger : seroit-ce par cette raison que les oiseaux de proie leur donnent la chasse avec tant d’acharnement P Nous avons eu déjà ce soupçon à l’occasion des tétras d’Europe : s’il ctoit confirmé par un nombre suffisant d’observations, il s’ensuivroit non seulement que la voracité n’exclut pas toujours un appétit de préférence , mais que l’oiseau de proie est à peu près de même goût que l’homme, et ce seroit une analogie de plus entre les deux espèces.
L’oiseau d’Amérique qu’on peut appeler
gelinotte à longue queue , dessiné et décrit par M. Edwards sous le nom de heath cock ou grous, coq de bruyère de la baie d’Hudson , et qui me paroît être plus voisin des gélinottes que des coqs de bruyère, ou des faisans , dont on lui a aussi donné le nom : cette gélinotte à longue queue, représentée dans la planche cxvri de M. Edwards , est une femelle; elle a la grosseur, la couleur, et la longue queue du faisan : le plumage du mâle est plus rembruni , plus lustré , et il a des reflets à l’endroit du cou; ce mâle se tient aussi très-droit, et il a la démarche fxère , différence qui se trouve constamment entre le mâle et la femelle dans toutes les espèces qui appartiennent à ce genre d’oiseaux. M. Edwards n’a pas osé donner des sourcils rouges à cette femelle, parce qu’il n’a vu que l’oiseau empaillé, sur lequel ce caractère n’éloit point assez apparent ; les pieds étoient pattus, les doigts dentelés sur les bords , le doigt postérieur fort court.
A la baie d’Hudson, on donne à ces gélin.ottes le nom de faisan. En effet , ils font, parleur longue queue, la nuance entre les gélinottes et les faisans; les deux pennes de cette queue excèdent d’environ deux pouces les deux suivantes de part et d’autre, et ainsi de suite. Ces oiseaux se trouvent aussi en Virginie , dans les bois et les lieux inhabités.
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LE PAON
Sx l’empire appartenoit à la beauté et non à la force, le paon 1 seroit, sans contredit, le roi des oiseaux; il n’en est point sur qui la nature ait versé ses trésors avec plus de profusion ; la taille grande , le port imposant, la démarche fière, la figure noble, les proportions du corps élégantes et sveltes, tout ce qui annonce un être de distinction lui a été donné. Une aigrette mobile et légère , peinte des plus riches couleurs , orne sa tète et l’élève sans la charger ; son incomparable plumage semble réunir tout ce qui flatte nos yeux dans le coloris tendre et frais des plus belles fleurs, tout ce qui les éblouit dans les reflets pétillans des pierreries, tout ce qui les étonne dans l’éclat majestueux de l’arc-en-ciel ; non seulement la nature a réuni sur le plumage du paon toutes les couleurs
i. N° 433, le rnâîe; n° 434 > la femelle.
du ciel et de la terre pour en faire le chefd’œuvre de sa magnificence, elles les a encore mêlées , assorties , nuancées , fondues de son inimitable pinceau , et en a fait un tableau unique, où elles tirent de leur mélange avec des nuances plus sombres , et de leurs oppositions entre elles , un nouveau lustre et des effets de lumière si sublimes, que notre art ne peut ni les imiter ni les décrire.
Tel paroît à nos yeux le plumage du paon, lorsqu’il se promène paisible et seul dans un beau jour de printemps : mais si sa femelle vient tout à coup à paroi tre si les feux de l’amour, se joignant aux secrètes influences delà saison, le tirent de son repos, lui inspirent une nouvelle ardeur et de nouveaux désirs, alors toutes ses beautés se multiplient , ses yeux s’animent et prennent de l’expression ; son aigrette s’agite sur sa tète et annonce l’émotion intérieure; les longues
LE
plumes de sa queue déploient, en se rele vant , leurs richesses éblouissantes; sa tète et son cou , se renversant noblement en arrière, se dessinent avec grâce sur ce fond radieux, où la lumière du soleil se joue en mille manières, se perd et se reproduit sans cesse, et semble prendre un nouvel éclat plus doux et plus moelleux, de nouvelles couleurs plus variées et plus harmonieuses ; chaque mouvement de l’oiseau produit des milliers de nuances nouvelles , des gerbes de reflets ondoyans et fugitifs, sans cesse remplacés par d’autres reflets et d’autres nuances toujours diverses et toujours admirables.
Le paon ne semble alors connoître ses avantages que pour en faire hommage à sa compagne , qui en est privée sans en être moins chérie ; et la vivacité que l’ardeur de l’amour mêle à son action ne fait qu’ajouter de nouvelles grâces à ses mouvemens , qui sont naturellement nobles, fiers, et majestueux, et qui, dans ces momens , sont accompagnés d’un murmure énergique et sourd qui exprime le désir.
Mais ces plumes brillantes, qui surpassent en éclat les plus belles fleurs, se flétrissent aussi comme elles , et tombent chaque année. Le paon, comme s’il sentoit la honte de sa perle, craint de se faire voir dans cet état humiliant, et cherche les retraites les plus sombres pour s’y cacher à tous les yeux , jusqu’à ce qu’un nouveau printemps, lui rendant sa parure accoutumée, le ramène sur la scène pour y jouir des hommages dus à sa beauté : car on prétend qu’il en jouit en effet; qu’il est sensible à l’admiration; que le vrai moyen de l’engager à étaler ses belles plumes c’est de lui donner des regards d’attention et des louanges; et qu’au contraire, lorsqu'on paroît le regarder froidement et sans beaucoup d’intérêt , il replie tous ses trésors et les cache à qui ne sait point les admirer.
Quoique le paon soit depuis long-temps comme naturalisé en Europe , cependant il n’en est pas plus originaire : ce sont les Indes orientales , c’est le climat qui produit le saphir, le rubis, la topaze, qui doit être regardé comme son pays natal ; c’est de là qu’il a passé dans la patrie occidentale de l’Asie, où, selon le témoignage positif de Théophraste cité par Pline, il avoit été apporté d’ailleurs, au lieu qu’il ne paroît pas avoir passé de la partie la plus orientale de l’Asie, qui est la Chine, dans les Indes : car les voyageurs s’accordent à dire que, quoique les paons soient fort communs aux