‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 114 sur 361 · LE PAON BLANC · texte numérisé non relu

LE PAON BLANC

Le climat n’influe pas moins sur le plumage des oiseaux que sur le pelage des quadrupèdes : nous avons vu dans les volumes précédons que le lièvre, l’hermine, et la plupart des autres animaux, étoient sujets à devenir blancs dans les pays froids, surtout pendant l’hiver; et voici une espèce de paons, ou, si l’on veut, une variété, qui paroît avoir éprouvé les mêmes effets par la même cause , et plus grands encore , puisqu’elle a produit une race constante dans cette espèce, et qu’elle semble avoir agi plus fortement sur les plumes de cet oiseau : car la blancheur des lièvres et des hermines n’est que passagère et n’a lieu que pendant l’hiver, ainsi que celle de la gélinotte blanche ou du lagopède, au lieu que le paon blanc est toujours blanc , et dans tous les pays , l’été comme l’hiver, à Rome comme à Tornéo ; et cette couleur nouvelle est même si lixe , que des œufs de cet oiseau pondus et éclos en Italie donnent encore des paons blancs. Celui qu’ Aldrovande a fait dessiner étoit né à Bologne, d’où il avoit pris occasion de douter que celte variété fût propre aux pays froids ; cependant la plupart des naturalistes s’accordent à regarder la Norvège et les autres contrées du Nord comme son pays natal; et il paroît qu’il y vit dans 1 état de sauvage, car il se répand pendant 1 hiver dans l’Allemagne, où on en prend assez communément dans cette saison; on en trouve même dans des contrées beaucoup plus méridionales , telles que la France et

l’Italie, mais dans l’état de domesticité seulement.

M. Linnæus assure en général , comme je l’ai dit plus haut, que les paons ne restent pas même en Suède de leur plein gré , et il n’en excepte point les paons blancs.

Ce n’est pas sans un laps de temps considérable et sans des circonstances singulières , qu’un oiseau né dans les climats si doux de l’Inde et de l’Asie a pu s’accoutumer à l’àprcté des pays septentrionaux : s’il n’y a pas été transporté par les hommes , il a pu y passer soit par le nord de l’Asie , soit par le nord de l’Europe. Quoiqu’on lie sache pas précisément l’époque de cette migration, je soupçonne qu’elle n’est pas fort ancienne ; car je vois d’un côté dans Aldrovandc, Longolius, Scaliger et Schwenckfeld, que les paons blancs n’ont cessé d’êtres rares que depuis fort peu de temps; et, d’un autre côté , je suis fondé à croire que les Grecs ne les ont point connus, puisqu’Aristote ayant parlé dans son Traité de la génération des animaux, des couleurs varices du paon, et ensuite des perdrix blanches, des corbeaux blancs, des moineaux blancs, ne dit pas un mot des paons blancs.

Les modernes ne disent rien non plus de l’histoire de ces oiseaux , si ce n’est que leurs petits sont fort délicats à élever : cependant il est plus vraisemblable que l’influence du climat ne s’est point bornée à leur plumage, et. qu’elle se sera étendue plus ou moins jusque sur leur tempérament,

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