LE FAISAN NOIR ET
que le faisan de Géorgie s’étant avancé vers l’Orient , et ayant fixé son séjour dans les provinces méridionales ou tempérées de la Chine, est devenu le tricolor huppé; ainsi le faisan blanc de nos pays froids ou de la Tartarie, ayant passé dans les provinces septentrionales de la Chine , est devenu le faisan noir et blanc de ret article, lequel aura pris plus de grosseur que le faisan primitif ou de Géorgie, parce qu’il aura trouvé dans ces provinces une nourriture plus abondante ou plus analogue à son tempérament, mais qui porte i’empréinle du nouveau climat dans son port , son air, sa forme extérieure , semblable au port, à 1 air, à la forme extérieure du tricolor huppé de la Chine, et qui a conservé du faisan primitif la bordure rouge des yeux, laquelle même a pris en lui plus d’étendue et de volume, sans doute par les mêmes causes qui l’ont rendu lui-même plus gros et plus grand que le faisan ordinaire.
L’ARGUS ou LE LUEN.
On trouve an nord de la Chine une espèce de faisan dont les ailes et la queue sont semées d’un très-grand nombre de taches rondes, semblables à des yeux, d’où on lui a donné le nom d 'argus : les deux plumes du milieu de la queue sont très-longues, et excèdent de beaucoup toutes les autres. Cet oiseau est de la grosseur du dindon; il a sur la tète une double huppe qui se couche en arriéré.
LE NAPAUL ou FAISAN CORNU.
M. Edwards, à qui nous devons la connoissance de cet oiseau rare , le range parmi les dindons, comme ayant autour de la tète des excroissances charnues , et cependant il lui donne le nom de faisan cornu. Je crois en effet qu’il approche plus du faisan que du dindon; car les excroissances charnues ne sont rien moins que propres à ce dernier : le coq , la pintade, l’oiseau royal, le casoar, et bien d’autres oiseaux des deux continens, en ont aussi; elles ne sont pas même étrangères au faisan, puisqu’on peut regarder ce large cercle de peau rouge dont ses yeux sont entourés comme étant à peu près de même nature, et que dans le faisan noir et blanc de la Chine cette peau forme réellement une double crête sur le bec et des barbillons au dessous. Ajoutez à cela que le napaul est du
BLANC DE LA CHINE. a3i
climat des faisans, puisqu’il a été envoyé de Bengale à M. Mead; qu’il a le bec, les pieds, les éperons, les ailes, et la forme totale du faisan ; et l’on conviendra qu’il est plus naturel de le rapporter au faisan qu’à un oiseau d’Amérique, tel que le dindon.
Le napaul ou faisan cornu est ainsi appelé, parce qu’il a en effet deux cornes sur la tète; ces cornes sont de couleur bleue, de forme cylindrique, obtuses à leur extrémité, couchées en arriéré , et d’une substance analogue à de la chair calleuse. Il n’a point autour des yeux ce cercle de peau rouge, quelquefois poi titillée de noir, qu’ont les faisans ; mais il a tout cet espace garni de poils noirs en guise de plumes. Au dessous de cet espace et de la base du bec inférieur, prend naissance une sorte de gorgerette formée d’une peau lâche , laquelle tombe et flotte librement sur la gorge et la partie supérieure du cou ; celte gorgerette est noire dans son milieu, semée de quelques poils de même couleur, et sillonnée par des rides plus ou moins profondes , en sorte qu’elle parott capable d’extension dans l’oiseau vivant, et l’on peut croire qu’il sait la gonfler ou la resserrer à sa volonté : les parties latérales en sont bleues , avec quelques taches orangées , et sans aucun poil en dehors ; mais la face intérieure qui s’applique sur le cou est garnie de petites plumes noires, ainsi que la partie du cou qu’elie recouvre. Le sommet de la tète est rouge, la partie antérieure du corps rougeâtre, la partie postérieure plus rembrunie: sur le tout , y compris la queue et les ailes , on voit des taches blanches entourées de noir, semées près à près assez régulièrement : ces taches sont rondes sur l’avant, oblongues ou en forme de larmes sur l’arriéré, et celles-ci tournées de manière que la pointe regarde la tète. Les ailes ne passent guère l’origine de la queue , d’où l’on peut conclure que c’est un oiseau pesant. La longueur de la queue n’a pu être déterminée par M. Edwards, vu qu’elle y est représentée dans le dessin original , comme ayant été usée par quelque frottement.
LE KATRACA.
Quoique à vrai dire il ne se soit point trouvé de véritables faisans dans l’Amérique, comme nous l’avons établi ci-dessus, néanmoins, parmi la multitude d’oiseaux différens qui peuplent ces vastes contrées, ou en
LE KATRACA.
voit qui ont plus ou moins de rapports avec le faisan; et celui dont il s’agit dans cet article en approche plus qu’aucun autre, et doit être regardé comme son représentant dans le Nouveau-Monde. Il le représente en effet par sa forme totale , par son bec un peu crochu, par ses yeux bordés de rouge, et par sa longue queue; néanmoins, comme il appartient à un climat et même à un monde différent , et qu’il est incertain s’il se môle avec nos faisans d’Europe , je le place ici après ceux de la Chine, qui s’ac-
couplent certainement et produisent avec les nôtres.
L’histoire du katraca est totalement inconnue ; tout ce que je puis dire d’après l’inspection de sa forme extérieure , c’est que le sujet représenté, n° 146, nous paroît être le mâle, à cause de sa longue queue, et de la forme de son corps moins arrondie qu’allongée.
Nous lui conserverons le nom de katraca qu’il porte au Mexique , suivant le P. Feuillée.
OISEAUX ETRANGERS