AVEC LE PAON ET AVEC LE FAISAN
Je range sous ce titre indécis quelques oiseaux étrangers , trop peu connus pour qu’on puisse leur assigner une place plus fixe.
LE CHINQUIS.
Dans l’incertitude où je suis si cet oiseau est un véritable paon ou non , je lui donne ou plutôt je lui conserve le nom de chinquis , formé de son nom chinois c/iin-tcbienkhi : c’est la dixième espèce du genre des faisans de M. Brisson; il se trouve au Thibet , d’où cet auteur a pris occasion de le nommer paon du Thibet. Sa grosseur est celle de la pintade; il a l’iris des yeux jaune, le bec cendré , les pieds gris, le fond du plumage cendré , varié de lignes noires et de points blancs ; mais ce qui en fait l’ornement principal et distinctif, ce sont de belles et grandes taches rondes d’un bleu éclatant , changeant en violet et en or, répandues une à une sur les plumes du dos et les couvertures des ailes , deux à deux sur les pennes des ailes , et quatre à quatre sur les longues couvertures de la queue , dont les deux du milieu sont les plus longues de toutes, les latérales allant toujours en se raccourcissant de chaque côté.
On ne sait ou plutôt on ne dit rien de son histoire , pas même s’il fait la roue en relevant en éventail ses belles plumes chargées de miroirs.
Il ne faut pas confondre le chinquis avec le kinki , ou poule dorée de la Chine , dont il est parlé dans les relations de Navarette, Trigault, Du Halde, et qui, autant qu’on peut en juger par des descriptions impari faites, n’est autre chose que notre tricolor 4 huppé.
LE SPXCIFÈRE.
J'appelle ainsi le huitième faisan de M. Brisson , qu’Aldrovande a nommé paon
du Japon , tout en avouant qu’il ne ressembloit à notre paon que par les pieds et la queue.
Je lui ai donné le nom de spicifère , à cause de l’aigrette en forme d’épi qui s’élève sur sa tète : cette aigrette est haute de quatre pouces , et paroit émaillée de vert et de bleu; le bec est de couleur cendrée, plus long et plus menu que celui du paon ; l’iris est jaune et le tour des yeux rouge, comme dans le faisan; les plumes de la queue sont en plus petit nombre, le fond en est plus rembruni et les miroirs plus grands , mais brillant des mêmes couleurs (pie dans notre paon d’Europe : la distribution des couleurs forme, sur la poitrine, le dos, et la partie des ailes la plus proche du dos, des espèces d’écailles qui ont différons reflets en différens endroits, bleus sur la partie des ailes la plus proche du dos, bleus et verts sur le dos, bleus, verts, et dorés sur la poitrine ; les autres pennes de l’aile sont vertes dans le milieu de leur longueur, ensuite jaunâtres , et finissent par être noires à leur extrémité : le sommet de la tète et le haut du cou ont des taches bleues mêlées de blanc sur un fond verdâtre.
Telle est à peu près la description qu’Aldrovande a faite du mâle , d’après une figure peinte que l’empereur du Japon avoit envoyée au pape ; il ne dit point s’il étale sa queue comme notre paon ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’il ne l’étale point dans la figure d’Aldrovande , et qu’il y est même représenté sans éperons aux pieds , quoique Aldrovande n’ait pas oublié d’en faire paroître dans la figure du paon ordinaire qu’il a placée vis-à-vis pour servir d’objet de comparaison.
Selon cet auteur, la femelle est plus petite que le mâle : elle a les mêmes couleurs que lui sur la tête , le cou , la poitrine , le dos, et les ailes; mais elle en diffère en ce qu’elle a le dessous du corps noir, et en ce que les couvertures du croupion , qui sont beaucoup plus courtes que les pennes de la queue, sont ornées de quatre ou cinq ml-
LE SPICIFERE.
roirs assez larges, relativement à la grandeur des plumes ; le vert est la couleur dominante de la queue, les pennes en sont bordées de bleu , et les tiges de ces pennes sont blanches.
Cet oiseau paroît avoir beaucoup de rapport a\ec celui dont parle Kæmpfer dans son Histoire de Japon , sous le nom de faisan ; ce que j’en ai dit suffit pour faire voir qu’il a plusieurs traits de conformité et plusieurs traits de dissemblance, soit avec le paon, soit avec le faisan, et que par conséquent il ne devoit point avoir d’autre place que celle que je lui donne ici.