LA PERDRIX ROUGE D’EUROPE
Cette perdrix , n° i5o, tient le milieu pour la grosseur entre la bartavelle et la perdrix grise : elle n’est pas aussi répandue que cette dernière, et tout climat ne lui est pas bon. On la trouve dans la plupart des pays montagneux et tempérés de l’Europe , de l'Asie et de l’Afrique; mais elle est rare dans les Pays-Bas ; dans plusieurs parties de l’Allemagne et de la Bohème, où l’on a tenté inutilement de la multiplier, quoique les faisans v eussent bien réussi. On n’en
voit point du tout en Angleterre ni dans certaines des des environs de Lernnos ; tandis qu’une seule paire portée dans la petite île à'Anaphe (aujourd’hui Nanfio) y pullula tellement, que les habitans furent sur le point de leur céder la place. Ce séjour leur est si favorable, qu’encore aujourd’hui l’on est obligé d’y détruire leurs œufs par milliers vers les fêtes de Pâques , de peur que les perdrix qui en viendroient ne détruisissent entièrement les moissons ; et ces œufs, accommodés à toutes sauces, nourrissent les insulaires pendant plusieurs jours.
Les perdrix rouges se tiennent sur les montagnes qui produisent beaucoup de bruyères et de broussailles , et quelquefois sur les mêmes montagnes où se trouvent certaines gélinottes, mal à propos appelées perdrix blanches , mais dans des parties moins élevées, et par conséquent moins froides et moins sauvages. Pendant l’hiver, elles se recèlent sous des abris de rochers bien exposés , et se répandent peu : le reste de l’année, elles se tiennent dans les broussailles, s’y font chercher long-temps par les chasseurs , et parlent difficilement. On m’assure qu’elles résistent souvent mieux que les grises aux rigueurs de l’hiver, et que, bien qu’elles soient plus aisées à prendre dans les différens pièges que les grises , il s’en trouve toujours à peu près le même nombre au printemps dans les endroits qui leur conviennent. Elles vivent de grains, d’herbes, de limaces, de chenilles, d’œufs de fourmis ei d’autres insectes; mais leur chair se sent quelquefois des alimens dont elles vivent. Elien rapporte que les perdrix de Cyrrha , ville maritime de la Phocide, sur le golfe de Corinthe, sont de mauvais goût, parce qu’elles se nourrissent d’ail.
Elles volent pesamment et avec effort , comme font les grises ; et on peut les reconnoitre de même sans les voir, au seul bruit quelles font avec leurs ailes en prenant leur volée. Leur instinct est de plonger dans les précipices lorsqu’on les surprend sur les montagnes, et de regagner le sommet lorsqu’on va à la remise. Dans les plaines, elles filent droit et avec roideur : lorsqu’elles sont suivies de près el poussées vivement , elles se réfugient dans les bois , se perchent même sur les arbres, el se terrent quelquefois; ce que ne font point les perdrix grises.
Les perdrix rouges diffèrent encore des grises par le naturel et les mœurs, elles sont moins sociables : à la vérité, elles vont par compagnies ; mais il ne règne pas dans ces compagnies une union aussi parfaite. Quoique nées , quoique élevées ensemble , les perdrix rouges se tiennent plus éloignées les unes des autres; elles ne partent point ensemble, ne vont pas toutes du même côté et ne se rappellent pas ensuite avec le même empressement, si ce n’est au temps de l’amour; et alors même chaque paire se réunit séparément. Enfin, lorsque cette saison est passée et que la femelle est occupée à couver, le mâle la quitte, et la laisse seule chargée du soin de la famille ; en quoi nos perdrix rouges paroissent aussi différer des perdrix rouges de l’Egypte, puisque les prêtres égyptiens avoient choisi pour l’emblème d’un bon ménage deux perdrix, l’une mâle et l’autre femelle, couvant chacune de son côté.
Par une suite de leur naturel sauvage, les perdrix rouges que l’on tâche de multiplier dans les parcs, et que l’on élève à peu près comme les faisans, sont encore plus difficiles à élever, exigent plus de soins et de précautions pour les accoutumes à la captivité, ou , pour mieux dire , elles ne s’y accoutument jamais, puisque les petits perdreaux rouges cpii sont éclos dans les faisanderies, et qui n’ont jamais connu la liberté, languissent dans cette prison, qu’on cherche à leur rendre agréable de toutes manières, et meurent bientôt d’ennui ou d’une maladie qui en est la suite si on ne les lâche dans le temps où ils commencent à avoir la tète garnie de plumes.