‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 143 sur 361 · LE FRANCOLIN · texte numérisé non relu

LE FRANCOLIN

Ce nom de francolin est encore un de ceux qui ont été appliqués à des oiseaux fort différons : nous avons déjà vu ci-dessus qu’il avoit été donné à l’attagas ; et il paroît, par un passage de Gesner, que l’oiseau connu à Venise sous le nom de francolin est une espèce de gelinotte ( hazel-huhn ).

.Le francolin de Naples est plus gros qu’une poule ordinaire ; et , à vrai dire , la longueur de ses pieds , de son bec , et de son cou , ne permet point den faire une gélinotte ni un francolin.

? Tout ce qu’on dit du francolin de Ferrare, c’est qu il a les pieds rouges et vit de poissons. L’oiseau du Spitzberg auquel on a donné le nom de francolin , s’appelle aussi coureur de rivage , parce qu’il ne s’éloigne jamais beaucoup de la côte, où il trouve la nourriture qui lui convient , savoir, des vers gris et des chevrettes : mais il n’est pas plus gros qu’une alouette. Le francolin dont Oiina donne la description et la figure est celui dont il s’agit ici : celui de JVJ. Edwards en diffère en quelques points, et paroît être exactement le même oiseau que le francolin de M. de Tournefort, qui se rapproche aussi de celui de Ferrare, en ce qu’il se plaît sur les côtes de la mer et dans les lieux marécageux.

Enfin le nôtre, nos 147 et 148, paroît différer de ces trois derniers, et même de celui de M. Frisson , soit par la couleur du plumage et même du bec , soit par les dimensions et le port de la queue, qui est plus longue dans la figure de M. Brisson, plus épanouie dans la nôtre, et tombante dans celle de M. Edwards et d’Olina ; mais, malgré cela , je crois que le francolin d’Olina , celui de M. de Tournefort, celui d’Edwards, celui de M. Brisson, et le mien sont tous de la même espèce, attendu qu’ils ont beaucoup de choses communes, et que les petites différences qu’on a observées entre eux 11e sont pas assez caractérisées pour constituer des espèces diverses, et peuvent d’ailleurs être relatives à l’âge, au sexe, au > climat , ou à d’autres causes particulières.

Il est certain que le francolin a beaucoup de rapports avec la perdrix; et c’est ce qui a porté Olina, Linnæus , et Brisson à le ranger parmi les perdrix. Pour moi, après avoir examiné de près et compare ces deux

sortes d’oiseaux , j’ai cru avoir observé entre eux assez de différences pour les séparer. En effet , le francolin diffère des perdrix non seulement par les couleurs du plumage , par la forme totale , par le port de la queue , et par son cri, mais encore parce qu’il a un éperon à chaque jambe T , tandis que la perdiix mâle na qu un tubercule calleux au lieu d’éperon.

Le francolin est aussi beaucoup moins répandu que la perdrix. Il paroît qu’il ne peut guère subsister que dans les pays chauds : 1 Espagne, 1 Italie , et la Sicile sont presque les seuls pays de 1 Europe où il se trouve ; on en voit aussi à Rhodes, dans l’île de Chypre, à Samos , dans la Barbarie, et surtout aux environs de Tunis , en Égspte , siales côtes d’Asie, et au Bengale. Dans tous ces pays, on trouve des francolins et des perdrix qui ont chacun leurs noms distincts et leur espèce séparée.

La rareté de ces oiseaux en Europe, jointe an bon goût de leur chair , a donné lieu aux défenses rigoureuses qui ont été faites en plusieurs pajs de les tuer; et de la on prétend qu’ils ont eu le nom de francolin , comme jouissant d’une sorte de franchise sous la sauvegarde de ces défenses.

On sait peu de chose de cet oiseau au delà de ce que montre la figure. Son plumage est fort beau; il a un collier très-remarquable de couleur orangée ; sa grosseur surpasse un peu celle de la perdrix grise. La femelle est un peu plus petite que le mâle , et les couleurs de son plumage sont plus loibles et moins variées.

Ces oiseaux vivent de grains : on peut les élever dans des volières ; mais il faut avoir l’attention de leur donner à chacun une petite loge où ils puissent se tapir et se cacher, et de répandre dans la volière du sable et quelques pierres de tuf.

Leur cri est moins un chant qu’un sifflement très-fort, qui se fait entendre de fort loin.

Les franrolins vivent à peu près autant que 1rs perdrix : leur chair est exquise; elle est quelquefois préférée à celle des perdrix et des faisans.

1. Celui d’Olina n’en a point; mais il y a appa rence qu il a fait dessiner la femelle.

LE FRÀNCOLIN.

M. Lmnæus prend la perdrix de Damas de Willughby pour le francolin : sur ([uoi il y a deux remarques à faire; la première, que cette perdrix de Damas est plutôt celle de Belon , qui en a parlé le premier, cpie celle de Willughby, qui n’en a parlé que d’après Belon ; la seconde , que cette perdrix de Damas diffère du francolin et par sa petitesse, parce qu’elle est moins grosse que, la perdrix grise, selon Belon, et par son plumage, comme on peut le voir en comparant les ligures de nos planches enluminées, et par ses pieds velus, qui ont empêché Belon de la ranger parmi les râles de genêt ou les pluviers.

M. Linnæus auroit du rcconnoître le francolin de Tournefort dans celui d’Olina, dont Willughby fait mention; enfin le naturaliste suédois se trompe encore en fixant exclusivement l’Orient pour le climat du

francolin, puisque eet oiseau se trouve, comme je l’ai déjà remarqué, en Sicile, en Italie, en Espagne, en Barbarie, et dans quelques autres contrées qui n’appartiennent point à l’Orient.

Aristote met l’attagen, que Belon regarde comme le francolin , au rang des oiseaux pulvérateurs et frugivores : Belon lui fait dire de plus que eet oiseau pond un grand nombre d’œufs , quoique cela ne se trouve point à l’endroit cité; mais c’est une conséquence que l’on peut tirei,, dans les principes d’Aristote, de ce que eet oiseau est frugivore et pulvérateur. Belon dit encore, d’après les anciens , cpie le francolin est fréquent dans la campagne de Marathon, parce qu’il se plaît dans les lieux marécageux; et cela s’accorde très-bien avec ce que M. de Tournefort rapporte des francolinsde Samos.

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