‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 162 sur 361 · Voyez pl. 27, fig · texte numérisé non relu

Voyez pl. 27, fig

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LE PIGEON. 277

20 Le pigeon grosse-gorge chamois panaché : la femelle ne panache point. C’esl à cette variété qu’on doit rapporter le pigeon de la planche cxlvi de Frisch, que les Allemands appellent kmpj-taube ou kroüper , et que cet auteur a indiqué sous la dénomination de columba strumosa , seu columba œsophapo inflato.

3° Le pigeon grosse-gorge, blanc comme un cygne.

4° Le pigeon grosse-gorge blanc, pattu , et à longues ailes qui se croisent sur la queue , dans lequel la boule de la gorge paroît fort détachée.

5° Le pigeon grosse-gorge gris panaché, et le gris doux, dont la couleur est douce et uniforme par tout le corps.

6° Le pigeon grosse-gorge gris de fer , gris barré et à rubans.

7° Le pigeon grosse-gorge gris piqué, comme argenté.

8° Le pigeon grosse-gorge jacinthe , d’une couleur bleue ouvragée en blanc.

90 Le pigeon grosse-gorge couleur de feu : il y a sur toutes ses plumes une barre bleue et une baire rouge, et la plume est terminée par une barre noire.

io° Le pigeon grosse-gorge couleur de bois de no\er.

ix° Le pigeon grosse-gorge couleur de marron, avec les pennes de l’aile toutes blanches.

i2° Le pigeon grosse-gorge maurin , d’un beau noir velouté, avec les dix plumes de l’aile blanches comme dans la grosse gorge marron : ils ont tous deux la bavette ou le mouchoir blanc sous le cou; et dans ces dernières races à vol blanc et à grosse gorge la femelle est semblable au mâle. Au reste, dans toutes les races de grosses-gorges d’origine pure, c’est-à-dire de couleur uniforme, les dix pennes sont toutes blanches jusqu’à la moitié de l’aile , et on peut regarder ce caractère comme général.

i3° Le pigeon grosse-gorge ardoisé , avec le vol blanc et la cravate blanche : la femelle est semblable au mâle.

Voilà les races principales des pigeons à grosse gorge ; mais il y en a encore plusieurs autres moins billes, comme les rouges, les olive, les couleur de nuit, etc.

Tous les pigeons en général ont plus ou moins la faculté d’enfler leur jabot en aspirant l’air; on peut de même le faire enfler en soufflant de l’air dans leur gosier : mais cette race de pigeons grosse-gorge ont cette même faculté d’enfler leur jabot si supé-

rieurement, qu’elle doit dépendre d’une conformation particulière dans les organes; ce jabot, presque aussi gros que tout le reste de leur corps , et qu’ils tiennent continuellement enflé , les oblige à retirer leur tète , et les empêche de voir devant eux : aussi, pendant qu’ils se rengorgent, l’oiseau de proie les saisit sans qu’ils l’aperçoivent. On les élève donc plutôt par curiosité que pour l’utilité.

Une autre race est celle des pigeons mondains ; c’est la plus commune, et en même temps la plus estimée à cause de sa grande fécondité.

Le mondain est à peu près d’une moitié plus fort que le biset; la femelle ressemble assez au mâle : ils produisent presque tous les mois de l’année, pourvu qu’ils soient en petit nombre dans la même volière; et il leur faut au moins à chacun trois ou quatre paniers, ou plutôt des trous un peu profonds , formés comme des cases , avec des planches , afin qu’ils ne se voient pas lorsqu’ils couvent ; car chacun de ces pigeons défend non seulement so i panier, et se bat contre les autres qui veulent en approcher, mais même il se bat aussi pour tous les paniers qui sont de son côté.

Par exemple, il ne faut que huit paires de ces pigeons mondains dans un espace carré de huit pieds de côté, et les personnes qui en ont élevé assurent qu’avec six paires on pourroit avoir tout autant de produit : plus on augmente leur nombre dans un espace donné, plus il y a de combats, de tapage et d’œufs cassés. Il y a dans cette race assez souvent des mâles stériles, et aussi des femelles infécondes et qui 11e pondent pas.

Us sont en état de produire à huit ou neuf mois d’âge; mais ils 11e sont en pleine ponte qu’à la troisième année : cette pleine ponte dure jusqu’à six ou sept ans, après quoi le nombre des pontes diminue, quoiqu’il y en ait qui pondent encore à l’âge de douze ans. La ponte des deux œufs se fait quelquefois en vingt-quatre heures , et dans l’hiver en deux jours ; en sorte qu’il y a un intervalle de temps différent, suivant la saison, entre la ponte de chaque œuf. La femelle tient chaud son premier œuf, sans néanmoins le couver assidûment; elle ne commence à couver constamment qu’après la poule du second œuf: l’incubalion dure ordinairement dix-huit jours, quelquefois dix -sept, surtout en élé, et jusqu’à dixneuf ou vingt jours en hiver. L’attachement de la femelle à ses œufs est si grand, si con-

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stant, qu’on en a vu souffrir les incommodités les plus grandes et les douleurs les plus cruelles, plutôt que de les quitter: une femelle entre autres , dont les pattes gelèrent et tombèrent , et qui , malgré cette souffrance et celle perte de membres, continua sa couvée jusqu’à ce que ses petits fussent éclos ; ses pattes avoient gelé parce que son panier étoit tout près de la fenêtre de sa volière.

Le mâle , pendant que sa femelle couve , se tient sur le panier le plus voisin ; et au moment que , pressée par le besoin de manger, elle quitte ses œufs pour aller à la trémie, le mâle, qu’elle a appelé auparavant par un petit roucoulement, prend sa place, couve ses œufs; et cette incubation du mâle dure deux ou trois heures chaque fois , et se renouvelle ordinairement deux fois en vingtquatre heures.

O11 peut réduire les variétés de la race des pigeons mondains à trois pour la grandeur, qui toutes ont pour caractère commun un filet rouge autour des yeux.

i° Les premiers mondains sont des oiseaux lourds, et à peu près gros comme de petites poules : on ne les recherche qu’à cause de leur grandeur , car ils ne sont pas bons pour la multiplication.

a0 Les bagadais sont de gros mondains avec un tubercule au dessus du bec en forme d’une petite morille , et un ruban rouge beaucoup plus large autour des yeux , c’est-àdire une seconde paupière charnue rougeâtre qui leur tombe même sur les yeux lorsqu’ils sont vieux, et les empêche alors de voir. Ces pigeons ne produisent que difficilement et en petit nombre.

Les bagadais ont le bec courbé et crochu, et ils présentent plusieurs variétés : il y en a de blancs, de noirs, de rouges, de minimes , etc.

3° Le pigeon espagnol , qui est encore un pigeon mondain, aussi gros qu’une poule, et qui est très-beau ; il diffère du bagadais en' ce qu’il n’a point de morille au dessus du bec, que la seconde paupière charnue est moins saillante , et que le bec est droit au lieu d’être courbé : on le mêle avec le bagadais, et le produit est un très-gros et trèsgrand pigeon.

4° Le pigeon turc , qui a , comme le bagadais, une grosse excroissance au dessus du bec , avec un ruban rouge qui s’étend depuis le bec autour des yeux. Ce pigeon turc est très-gros , huppé , bas de cuisses , large de corps et de vol : il y en a de minimes ou bruns presque noirs, tels que celui qui est

représenté dans la planche cxlix de Frisch ; d’autres dont la couleur est gris de fer, gris de lin , chamois , et soupe-en-vin. Ces pigeons sont très-lourds et ne s’écartent pas de leur volière.

5° Les pigeons romains , qui ne sont pas tout-à-fait aussi grands que les turcs , mais qui ont le vol aussi étendu, n’ont point de huppe : il y en a de noirs , de minimes , et de tachetés.

Ce sont là les plus gros pigeons domestiques; il y en a d’autres de moyenne grandeur, et d’autres plus petits. Dans les pigeons pattus , qui ont les pieds couverts de plumes jusque sur les ongles, on distingue le pattu sans huppe, dont Frisch a donné la figure, planche cxlv, sous la dénomination de trummeltaube en allemand, et de columba tympanisans en latin , pigeon-tambour en françois ; et le pattu huppé , dont le même auteur a donné la figure planche cxliv , sous le nom de montaube en allemand, et sous la dénomination latine columba menstrua , seu cristata pedibus phimosis. Ce pigeon pattu , que l’on appelle pigeon-tambour , se nomme aussi pigeon-glouglou , parce qu’il répète souvent ce son, et que sà voix imite le bruit du tambour entendu de loin. Le pigeon pattu huppé est aussi appelé pigeon de mois , parce qu’il produit tous les mois , et qu’il n’attend pas que ses petits soient en état de manger seuls pour couver de nouveau. C’est une race recommandable par son utilité, c’est-à-dire par sa grande fécondité, qui cependant ne doit pas se compter de douze fois par an , mais communément de huit et neuf pontes ; ce qui est encore d’un très-grand produit.

Dans les races moyennes et petites de pigeons domestiques, on distingue le pigeonnonnain , dont il y a plusieurs variétés , savoir le soupe- en-vin , le rouge panaché , le chamois panaché, mais dont les femelles de tous trois ne sont jamais panachées. Il y a aussi dans la race des nonnains une variété qu’on appelle pigeon-maurin , qui est tout noir , avec la tête blanche et le bout des ailes aussi blanc ; et c’est à cette variété qu’on doit rapporter le pigeon de la planche cl de Frisch , auquel il donne en allemand le nom de schlerer ou parruquentaube , et en latin, columba galerita , et qu’il traduit en françois par pigeon coiffé : mais en général tous les nonnains, soit maurins ou autres, sont coiffés, ou plutôt ils ont comme un demi-capuchon sur la tête, qui descend le long du cou, et s’étend sur la poitrine en forme de cravate composée de plumes re-

LE PIGEON

dressées. Cette variété est voisine de la race du pigeon grosse-gorge ; car ce pigeon coiffé est de la même grandeur, et sait aussi enfler un peu son jabot. Il ne produit pas autant que les autres nonnains , dont les plus parfaits sont tout blancs, et sont ceux qu’on regarde comme les meilleurs de la race : tous ont le bec très-court; ceux-ci produisent beaucoup ; mais les pigeonneaux sont trèspetits.

Le pigeon-paon est un peu plus gros que le pigeon nonnain : on l’appelle pigeon-paon, parce qu’il peut redresser sa queue et l’étaler comme le paon. Les plus beaux de cette race ont jusqu’à trente-deux plumes à la queue, tandis que les pigeons d’autres races n’en ont que douze : lorsqu’ils z'edressent leur queue, ils la poussent en avant; et comme ils retirent en même temps la tête en arrière elle touclie à la queue. Ils tremblent aussi pendant tout le temps de cette opération, soit par la forte contraction des muscles, soit par quelque autre cause; car il y a plus d’une race de pigeons îrembleurs r. C’est ordinairement quand ils sont en amour qu’ils étalent ainsi leur queue; mais iis le font aussi dans d'autres temps. La femelle relève et étale sa queue comme le mâle, et l’a tout aussi belle. Il y en a de tout blancs, d’autres blancs avec la tête et la queue noires : et c’est à cette seconde variété qu’il faut rapporter le pigeon de la planche cli de Frisch, qu’il appelle en allemand pfautauhe ou humreschwantz , et en latin coliunba caudata. Cet auteur remarque que, dans le même temps que le pigeonpaon étale sa queue, il agile fièrement et constamment sa tète et son cou , à peu près comme l’oiseau appelé torcol. Ces pigeons ne volent pas aussi bien que les autres ; leur large queue est cause qu’ils sont souvent emportés par le vent , et qu’ils tombent à terre : ainsi on les élève plutôt par curiosité que pour l’utilité. Au reste , ces pigeons , qui, par eux-mêmes ne peuvent faire de longs voyages , ont été transportés fort loin par les hommes. Il y a aux Philippines, dit Gemelli Carreri , des pigeons qui relèvent et étalent leur queue comme le paon.

Les pigeons polonois sont plus gros que

i. On connoît, en effet, un pigeon trembleur, différent du pigeon-paon , en ce qu’il n’a pas la queue si large à beaucoup près. Le pigeon-paon a été indiqué par Wiliughby et Ray, sous la dénomination de columba tremula laticauda ; et le pigeon trembleur, sous celle de columba tremula anguslicauda seu acuticauda : celui - ci , sans relever ou étaler sa queue , tremble , dit-on , presque continuellement.

les pigeons-paons; ils ont pour caractère d’avoir le bec très-gros et très-court, les yeux bordés d’un large cercle rouge, les jambes très-basses : il y en a de différentes couleurs, beaucoup de noirs, des roux , des chamois, des gris piqués et de tout blancs.

Le pigeon-cravate est l’un des plus petits pigeons; il n’est guère plus gros qu’une tourterelle ; et en les appariant ensemble ils produisent des mulets ou métis. On distingue le pigeon-cravate du pigeon-nonnain , en ce que le pigeon-cravate n’a point de demi-capuchon sur la tète et sur le cou , qu’il n’a précisément qu’un bouquet des plumes qui semblent se rebrousser sur la poitrine et sous la gorge. Ce sont de très-jolis pigeons , bien faits , qui ont l’air très-propre , et dont il y en a de soupe-en-vin , de chamois , de panachés, de roux et de gris, de tout blancs et de tout noirs, et d’autres blancs avec des manteaux noirs : c’est à cette dernière variété qu’on peut rapporter le pigeon représenté planche cxlvii de Frisch , sous le nom allemand mowchèn , et la dénomination latine columba collo hirsuto. Ce pigeon ne s’apparie pas volontiers avec les autres pigeons , et n’est pas d’un grand produit : d’ailleurs il est petit, et se laisse aisément prendre par l’oiseau de proie ; c’est par toutes ces raisons qu’on n’en élève guère.

Les pigeons qu’on appelle coquille hollandais, parce qu’ils ont derrière la tête des plumes à rebours qui forment comme une espèce de coquille, sont aussi de petite taille. Ils ont la tête noire, le bout de la queue et le bout des ailes aussi noirs , tout le reste du corps blanc. Il y en a aussi à tète rouge , à tète bleue, et à tète et queue jaunes ; et ordinairement la queue est de la même couleur que la tète, mais le vol est toujours tout blanc. La première variété, qui a la tête noire, ressemble si fort à F hirondelle de mer, que quelques-uns lui ont donné ce nom , avec d’autant plus d’analogie , que ce pigeon n’a pas le corps rond comme la plupart des autres, mais allongé et fort dégagé.

Il y a, indépendamment des tête et queue bleues qui ont la coquille, dont nous venons de parler, d’autres pigeons qui ont simplement le nom de tête et queue bleues, d’autres de tête et queue noires , d’autres de tête et queue rouges , et d’autres encore , tête et queue jaunes, et qui tous quatre ont l’extrémité des ailes de la même couleur que la tête ; ils sont à peu près gros comme les pigeons-paons: leur plumage est trèspropre et bien arrangé.

s8q LE PIGEON.

Il y en a qu’on appelle aussi pigeons-hirondelles , qui ne son! pas plus gros que des tourlerelles, ayant le corps allongé de même, et le vol très-léger : tout le dessous de leur corps est blanc, et ils ont tonies les parties supérieures du corps, ainsi que le cou, la tête et la queue, noires, ou rouges, ou bleues, ou jaunes, avec un petit casque de ces mêmes couleurs sur la tète; mais le dessous de la tête est toujours blanc comme le dessous du cou. C’est à cette variété qu’il faut rapporter le pigeon cuirassé de Jonston et de Willughby, qui a pour caractère particulier d’avoir les plumes de la tète, celles de la queue et les pennes des ailes, toujours de la même couleur, et le corps d’une couleur différente; par exemple, le corps blanc, et la tète, la queue et les ailes noires, ou de quelque autre couleur que ce soit.

Le pigeon-carme, qui fait une autre race, est peut-être le plus bas et le plus petit de tous nos pigeons; il paroît accroupi comme l’oiseau que l'on appelle le crapaud volant; il est aussi très-pattu, ayant les pieds fort courts et les plumes des jambes très-longues. Les femelles et les mâles se ressemblent , ainsi que dans la plupart des autres races : on y compte aussi quatre variétés , qui sont les mêmes que dans les races précédentes, savoir, les gris de fer, les chamois, les soupe-en-vin et les gris-dwux; mais ils ont tous le dessous du corps et des ailes blanc, tout le dessus de leur corps étant des couleurs que nous venons d’indiquer. Ils sont encore remarquables par leur bcc, qui est plus petit que celui d’une tourterelle; et ils ont aussi une petite aigrette derrière la tète, qui pousse en pointe comme celle de l’alouette huppée.

Le pigeon -tambour ou glouglou, dont nous avons parlé, que l’on appelle ainsi parce qu’il forme ce son glouglou , qu’il répète fort souvent lorsqu’il est auprès de sa femelle, est aussi un pigeon fort bas et fort pat tu ; mais il est plus gros que le pigeoncarme, et à peu près de la taille du pigeon polonois.

Le pigeon heurté, c’est-à-dire masqué comme d’un coup de pinceau noir, bleu , jaune ou rouge, au dessus du bec seulement et jusqu’au milieu de la tète, avec la queue de la même couleur, et tout le reste du corps blanc, est un pigeon fort recherché des curieux ; il n’est point pattu , et est de la grosseur des pigeons mondains ordinaires.

Les pigeons suisses sont plus petits (pie les pigeons ordinaires, et pas plus gros que les pigeons bisets; ils sont de même tout

aussi légers de vol. Il y en a de plusieurs sortes; savoir, des panachés de rouge, de bleu, de jaune, sur un fond blanc satiné, avec un collier qui vient former un plastron sur la poitrine, et qui est d’un rouge rembruni. Ils ont souvent deux rubans sur les ailes, de la même couleur que celle du plastron.

Il y a d’autres pigeons suisses qui ne sont point panachés , et qui sont ardoisés de couleur uniforme sur tout le corps, sans collier ni plastron ; d’autres qu’on appelle colliers jaunes jaspés , colliers jaunes maillés ; d autres colliers jaunes fort maillés , etc., parce qu’ils portent des colliers de cette couleur.

Il y a encore dans cette race de pigeons suisses une autre variété qu’on apppelle pigeon azuré, parce qu’il est d’une couleur plus bleue que les ardoises.

Le pigeon culbutant est encore un des plus petits pigeons. Celui que M. Frisch a fait représenter, planche oxiaiii, sous le nom de tummeltaube , tumler, colurnba gestuosa seu gesticularia , est d’un roux brun ; mais il y en a de gris et de variés de roux et de gris. Il tourne sur lui-même en volant , comme un corps qu’on jetteroit en l’air, et c’est par cette raison qu’on l'a nommé pigeon culbutant. Il semble que tous scs mouvemens supposent des vertiges qui, comme je l’ai dit , peuvent être attribués à la captivité. Il vole très-vite, s’élève le plus haut de tous, et ses mouvemens sont très-précipités et fort irréguliers. Frisch dit que, comme par ses mouvemens il imite en quelque façon les gestes et les sauts des danseurs de corde et des voltigeurs, on lui a donné le nom de pigeon pantomime, columba gestuosa. Au reste, sa forme est assez semblable à celle du biset, et l’on s’en sert ordinairement pour attirer les pigeons des autres colombiers , parce qu’il vole plus haut, plus loin, et plus long-temps que les autres, et qu’il échappe plus aisément à l’oiseau de proie.

Il en est de même du pigeon tournant, que M. Frisson , d’après Willughby , a appelé le pigeon batteur. Il tourne en rond lorsqu’il vole, et bat si fortement des ailes, qu'il fait autant de bruit qu’une claquette , et souvent il se rompt quelques plumes de l’aile par la violence de ce mouvement, qui semble tenir de la convulsion. Ces pigeons tournans ou batteurs sont communément gris, avec des taches noires sur les ailes.

Je ne dirai qu’un mot de quelques autres variétés équivoques ou secondaires dont les nomenclaieurs ont fait mention , et qui ressortissent sans doute aux races que nous

LE PIGEON

venons d’indiquer, mais qu’on aurait quelque peine à y rapporter directement et sûrement, d’après les descriptions de ces auteurs. Tels sont, par exemple, i° le pigeon de Norwége, indiqué par Schvvenekl'eld, qui est blanc comme neige , et qui pourra t bien être un pigeon paitu huppé plus gros que les autres.

2° Le pigeon de Crète, suivant Àldrovande, ou de Barbarie, selon Willughby, qui a le bec très-court et les yeux entourés (Tune large bande de peau nue , le plumage bleuâtre et marqué de deux taches noirâtres sur chaque aile.

3° Le pigeon irisé de Schwenckfeld et d’Aldrovande, qui est tout blanc et frisé sur tout le corps.

4° Le pigeon-messager de Willughby, qui ressemble beaucoup au pigeon turc, tant par son plumage brun que par ses yeux entourés d’une peau nue , et ses narines couvertes d’une membrane épaisse; on s’est, dit-on , servi de ces pigeons pour porter promptement des lettres au loin , ce qui leur a fait donner le nom de messagers.

5° Le pigeon-cavalier de Willughby et d’Albiu , qui provient, dit-on, du pigeon grosse-gorge et du pigeon- messager, participant de l’un et de l’autre; car il a la faculté d’enfler beaucoup sou jabot comme le pigeon grosse-gorge, et il porte sur ses narines des membranes épaisses , comme le pigeon -messager : mais il y a apparence qu’on pourrait également se servir de tout autre pigeon pour porter de petites choses, ou plutôt les rapporter de loin ; il suffit pour cela de les séparer de leur femelle, et de les transporter dans le lieu d’où l’on veut recevoir des nouvelles; ils ne manqueront pas de revenir auprès de leur femelle des qu’ils seront mis en liberté.

On voit que ces cinq races de pigeons ne sont que des variétés secondaires des premières que nous avons indiquées d’après les observations de quelques curieux qui ont passé leur vie à élever des pigeons , et particulièrement du sieur Fournier, qui en fait commerce, et qui a été /chargé, pendant quelques années, du soin des volières et des basses-cours de S. A. S. monseigneur le comte de Clermont. Ce prince, qui de trèsbonne heure s’est déclaré le protecteur des arts, toujours animé du goût des belles connoissances, a voulu savoir jusqu’où s’étendoient en ce genre les forces de la nature : on a rassemblé, par ses ordres, toutes les especes, toutes les races connues des oiseaux domestiques; on lésa multipliées et variées

à l’infini; l’intelligence, les soins et la culture ont ici, comme en tout , perfectionné ce qui étoit connu , et développé ce qui ne l’étoit pas; on a fait éclore jusqu’aux arrièregermes de la nature ; on a tiré de son sein toutes les productions ultérieures qu’elle seule et sans aide n’auroit pu amener à la lumière : en cherchant à épuiser les trésors de sa fécondité, on a reconnu qu’ils étoient inépuisables , et qu’avec un seul de ses modèles, c’est-à-dire avec une seule espèce , telle que celle du pigeon ou de la poule, on pouvoit faire un peuple composé de mille familles différentes, toutes reconnoissables, toutes nouvelles, toutes plus belles que l’espèce dont elles tirent leur première origine.

Dès le temps des Grecs on connoissoit les pigeons de 'oliere, puisque Aristote dit qu’ils produisent dix et onze fois l’année, et que ceux d’Egypte produisent jusqu’à douze fois. L’on pourrait croire néanmoins que les grands colombiers où les pigeons ne produisent que deux ou trois fois par an 11’étoient pas fort en usage du temps de ce philosophe ; il compose le genre columbacé de quatre espèces, savoir, le ramier ( palum bes) , la tourterelle (turtur) , le biset (yinagai) et le pigeon ( culumbtis ) ; et c’est ce dernier dont il dit que le produit est de dix pontes par an : or ce produit si fréquent ne se trouve que dans quelques races de nos pigeons de volière. Aristote n’en distingue pas les différences, et 11e fait aucune mention des variétés de ces pigeons domestiques ; peut-être ces variétés n’existoient qu’en petit nombre; mais i! parait qu’elles s’étoit bien multipliées du temps de Pline1, cpù parle des grands pigeons de Campanie, et des curieux en ce genre, cpii achetaient à un prix excessif une paire de beaux pigeons, dont ils racontoient l’origine et la noblesse, et qu’ils élevoient dans des tours placées au dessus du toit de leurs maisons. Tout ce que nous ont dit les anciens au sujet des mœurs et des habitudes des pigeons doit donc se rapporter aux pigeons de volière plutôt qu’à ceux de nos colombiers, qu’on

y . Columbarum amore insaniunt multi ; super teela exiodijico.nl lucres iis , nobilitatemque singularum et origines- narrant veteres. Jani exemplo L. Axius eques romanus , ante bellum civile Pompeianum , denariis quadriugentis singula paria vendilavit , ut M. Parro tradil ; quin et patriam nobilitavêre , Campania granclissimœ provenire exislimatœ. ( Plin. , Hist. liât. , lib. X , cap. 37.)

Les quatre cents deniers romains font soixantedix livres de notre monnoie. La manie pour les beaux pigeons est donc encore plus grande aujourd’hui que du temps de Pline, car nos curieux les paient beaucoup plus cher-

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doit regarder comme une espèce moyenne entre les pigeons domestiques et les pigeons sauvages, et qui participent en effet des mœurs des uns et des autres.

Tous ont de certaines qualités qui leur sont communes: l’amour de la société, l’attachement à leurs semblables, la douceur des mœurs; la chasteté, c’est-à-dire la fidélité réciproque, et l’amour sans partage du mâle et de la femelle; la propreté; le soin de soi-même , qui suppose l’envie de plaire ; l’art de se donner des grâces, qui le suppose encore plus; les caresses tendres, les mouvemens doux , les baisers timides , qui ne deviennent intimes et pressons qu’au moment de jouir; ce moment même ramené quelques instans après par de nouveaux dé-

sirs, de nouvelles approches également nuancées , également senties ; un feu toujours durable , un goût toujours constant , et , pour plus grand bien encore, la puissance d’y satisfaire sans cesse ; nulle humeur , nul dégoût, nulle querelle; tout le temps de la vie employé au service de l’amour, et au soin de ses fruits ; toutes les fonctions pénibles également réparties; le mâle aimant assez poulies partager et même se charger des soins maternels, couvant régulièrement à son tour et les œufs et les petits, pour en épargner la peine à sa compagne , pour mettre entre elle et lui cette égalité dont dépend le bonheur de toute union durable : quels modèles pour l’homme, s’il pouvoit ou savoit les imiter 1

OISEAUX ETRANGERS

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